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» Mais je vous préviens que par suite de votre discrétion » outrée, je suis, sur demande, en négociation semblable » avec Orléans et avec Autun. Depuis votre retour à l'ha» meçon, je me suis dépris d'Orléans; c'est une affaire finie, » mais je me trouve encore empêtré dans les filets d'Autun, » et là il s'agit tout à la fois et de mes médailles et de » mes livres; et c'est au nom de la ville, et c'est pour la » bibliothèque publique, et on y mêle d'une manière très » flatteuse pour moi des considérations de bon souvenir et » d'estime particulière qui me sont personnelles. » 1

Les médailles réunies par le père Ohapet étaient assez nombreuses; en 1812, il avait procédé à une révision de toutes ses richesses, et voici comment il en parle:

« Il résulte de mon travail que mon choix à moi, bien » étalé sur ses cartons, est composé de 3,467 médailles pour » cette partie. (Suite impériale, latine et grecque.)

» Or 17

» Argent et billon 1,115

» Potin d'Égypte 25

» Médaillon de bronze 6

» Grand bronze 478

» Moyen bronze 695

» Petit bronze 1,055

» Pièces fausses de toutes sortes 76

» Je renvoie à un autre temps le reste de mon opération; » lequel reste tombe sur les consulaires, les rois, peuples et » villes, et les monnoies modernes. » 2

En 1827, il écrit à M. Leys:

« Ma collection, ainsi que la vôtre, Monsieur, est en » somme très peu de chose aux yeux des savants ou pré» tendus savants de Paris, et depuis plusieurs années je ne

1. B. Lettre du 18 mars 1827.

2. A. Lettre du 28 octobre 1812.

» mets aucun intérêt à l'augmenter. Je me suis même com» plètement borné à la suite impériale, latine et grecque.

» Et puis je dois vous prévenir que dans l'ordre de mes » goûts personnels, je me soucie fort peu du rare quand il » n'est pas plus historique que le commun. » 1

Cette précieuse collection existe encore; des mains de M. Jourdain elle passa, avec de nouvelles recrues, à la bibliothèque publique de Troyes 2; mais le souvenir de celui qui l'a formée n'y est point resté attaché et on m'écrit de Troyes que « le père Chapet y est complètement inconnu ». Un pareil oubli ne se serait pas produit si Autun n'avait pas laissé échapper ce trésor.

Après avoir ainsi réglé le sort de ses médailles, le père Chapet s'inquiéta de celui de ses livres. Il les considérait comme des amis et se plaisait au milieu d'eux. M. Fortin raconte que quand il montrait sa bibliothèque à des visiteurs « il manquait rarement d'ajouter qu'un de ses amis en » avait une plus riche encore que la sienne, où l'on voyait » gravées au-dessus de la porte d'entrée ces paroles de » l'Évangile, dont le sens n'était pas fait pour encourager » les emprunteurs de livres : lté potius ad vendentes, et emite » vobis 3. » Ce n'était là toutefois qu'une boutade destinée tout au plus à ceux qui ne rendent jamais les livres parce

1. B. Lettre adressée à M. Leys, citée dans la lettre du 14 novembre 1829.

2. Le médaillier de M. Jourdain renfermant 7,240 monnaies et médailles a été acquis par la ville do Troyes. en mai 1841, moyennant une rente viagèro de 1,000 fr. payée depuis le 1" juillet 1841. Il en existe un catalogue manuscrit drossé par M. Jourdain.

Le médaillier de Grollier, cédé par le père Chapet avec sa collection, n'est point à la bibliothèque de Troyes. (Voir ci-dessus, page 242.)

3. Souvenirs, p. 19t.

» Argent et billon
» Grand bronze ..
» Moyen bronze. .
» Petit bronze ...

1,200
600
800

1,400

4,000

qu'ils ne trouvent jamais le temps de les lire car le père Chapet, sa correspondance le prouve surabondamment, mettait volontiers ses richesses bibliographiques au service des travailleurs, et se privait de ses in-folio pendant de longs

1. A propos des oublis de restitution dont se rendent parfois coupables les emprunteurs de livres, il n'est peut-être pas inutile de protester ici contre une insinuation lancée par un auteur allemand qui semble rendre le père Chapet responsable de la perte à jamais regrettable de deux précieux manuscrits qui ont disparu de la bibliothèque du grand séminaire d'Autun.

On lit, en effet, dans un ouvrage intitulé : Cataiogi librorttm manuscriptorum, qui in bibliothecis Galliœ, Helvetiœ, Delgii, Britannim M., Ilispanise, LuxitanUe assercantur nutic primum editi a D. Guslavo Hœnel. Lipsiw, sumptibus I. C. Wnriclia MDCCCXXX (col. Gl), « Autun. I. Bibliotheca Scminarii ecclesiastici.

• 1826. — Libri imprimati 5,000 vol., Codd. 115, olim ecclesue cathedralis, per » plura conclavia dispersi sunt. Dolendum est. Horatium et Virgilium, quorum

> mentio fit in catalogo, non inveniri. De his codicibus cel. Prunelle, Medic. Doct. » Lugdunensis, bibliothecœ quondam Pessulanensis prœfectus, unus ex eorum

• numéro, quos Gallorum imperator in provincias mlsit, ut lilterarum monumenta » investigarent utque optima quaeque Parisios deportarent, quajrenti mini respondit, i se Ipsum eos vidisse eorumque admiratum esse anliquitatem. Ita inveniendi cupi» ditate incensus onines bibliothecae recessus atque angulos perscrutatus sum; ope» ram tamen perdidi, quod non levem mihi attulit dolorem. Tandem vero mihi » nuntiatum est, pretiosissimos illos codices ante hos quinque annos ibi adhuc » fuisse, deinde vero ven. Chapet principi, quem vocant, collegii S. Guilie prope » Catalaun. ad Matron., missos ab eo nondum restitutos esse. Varia) prœtentae sunt j hujus morse causse, imprimis vero illa, quod Chapet non potuisset invenirc, cui » codd. crederct. »

Le père Chapet, pendant son séjour à Autun, a pu feuilleter les précieux manuscrits; mais il est inadmissible qu'ils lui aient été envoyés à Juilly; d'ailleurs si jamais ils lui ont été confiés, ce n'est pas en ses mains qu'ils ont pu s'égarer, car le père Chapet avait des habitudes d'ordre minutieuses et sa scrupuleuse délicatesse écarte tout soupçon d'improbité. Comment admettre qu'il ait pu hésiter sur la provenance- de ces deux manuscrits de premier ordre? Ils ne figurent pas, à peine est-il besoin de le dire, dans le catalogue de sa bibliothèque imprimé après sa mort.

V. Millin, t. I, p. 328, note, et Libri, Catalogue des manuscrits de la bibliothèque du séminaire d'Autun. Paris, Imprimerie royale, 1846, p. M de l'avertissement.

Le père Chapet n'a certainement jamais connu l'accusation dirigée contre lui par Hœnel. Cependant il s'est Inquiété, en 1830, de la publication de son catalogue; il voulait se le procurer, mais n'a pas donné suite à ce projet.

« Il me revient qu'un M. Hainel que je crois allemand, très habile bibliographe. » ou plutôt paléographe, vient de publier un catalogue de manuscrits anciens qu'il » a remarqués et décrits dans les différentes bibliothèques de la France. Je ne t sais que cela de la chose. Tachez de deviner le surplus, et si, sans trop vous » gêner, vous parveniez à trouver la pie au nid, apportez-m'en un exemplaire, t (B. Lettre du 4 juillet 1830.)

• Très grand merci de tous vos soins pour ma commission Haenel. La note que » vous a fournie si obligeamment M. Everat fait parfaitement mon affaire et toute » mon affaire. Je n'ai pas du tout l'intention d'y faire suite en quelque façon que

> ce soit. Si à fin de compte l'ouvrage se complète et s'imprime, et que son prix » me oonvienne, je verrai. > (B. Lettre du 30 juillet 1830.)

mois pour obliger des amis studieux et exacts *. Il se plaisait même à donner des livres, comme il donnait des médailles, quand il croyait par là rendre service à la science en lui attirant de nouveaux adeptes.

Dans le calme de ses dernières années que la révolution de 1830 2 put à peine troubler et que l'apparition du choléra n'atteignit même pas 3, il était poursuivi, comme par un remords, de la pensée qu'il n'avait pas encore mené à fin le catalogue de ses livres.

« Quand je suis venu me domicilier icy en 1812, il était » bien dans ma tête que le catalogue à en refaire serait l'objet » de mon premier soin et de mes premières écritures. Hé » bien! depuis vingt ans et plus je n'ai pas encore pu me » déterminer à commencer. Cependant j'ai pleinement à ma » disposition depuis tout ce temps là un aide tout rempli » d'amitié pour moi, plein de zèle et de bonne volonté pour » tout ce qui intéresse mon repos. Il a fait à lui seul tout le » plus difficile et le plus dégoûtant, en battant, époussetant, » plaçant et déplaçant; il me presse, il me talonne pour me

1. Nous ne citerons que le passage suivant:

« Une autre chose qui vous ferait bien encore dans le point où vous êtes, c'est » un pauvre ouvrage imprimé en 1763 en un volume in-f° intitule : Jntrodtictton

& la science des médailles, etc , etc., par Dom. Mangeart, relig. bénédictin. Je » l'ai dans ma bibliothèque et pour peu que la chose vous soit agréable, je vous i le ferai passer quand vous m'aurez arrangé un moyen commode et sûr -pour ces » sortes d'envois. Je vous ajoute très volontiers de plus à cet égard, que mon » absence d'environ six mois ne devant commencer qu'au 25 avril, si d'icy là vous » pouvez venir fouiller vous-même parmi mes livres, il vous sera loisible d'en » enlever une caisse tout entière, pour y paître en paix et à votre fantaisie pendant

• tout le temps de mes courses. » (B. Lettre du 8 février 1821.)

2. c Pour mon compte, je suis pleinement en paix de la part du dehors, par la > raison que ni par les yeux ni par les oreilles je ne suis en communication aucune » avec le dehors, et quand à mon dedans de la tète et du cœur, j'ai pour me sou» tenir le grand et solide point d'appui de ne rien savoir par le menu.

» Notre ville, au resto, a été et est encore sans secousse, parce que la partie

• qui sait penser a maintenu avec prudence et sagesse la partie qui ne sait que » remuer. » (B. Lettre du 10 août 1830.)

3. c Quant à moi, et en tant que la chose pourrait me devenir personnelle, je » me soucie fort peu du choléra, je n'y pense ni ne m'en informe; une porte de » plus ou de moins pour le passage à l'autre monde n'augmente ni ne diminue ma

• sollicitude courante sur l'Importance de cette grande affaire. > (B. Lettre du 4 mai 1832.)

» faire commencer enfin ce qui ne peut être fait que par » moi, et il lui a été, depuis vingt ans, impossible d'en venir » à bout. Jugez là dessus des effets misérables de la vieil» lesse et prenez patience comme moi et avec moi. » 1

Après l'inondation de 1836 qui avait mouillé ses in-folio, il écrit en gémissant:

« Le catalogue de mes livres est toujours à faire, et leur

» triste destinée n'aide pas beaucoup à m'y décider

» La paresse étant définitivement devenue chez moi un » ulcère de la vieillesse et bien par conséquent incurable. » plaignez-moi d'y avoir jeté l'ancre, quelque soin que j'aie » pris pour m'en défendre! » 2

La vieillesse, en effet, s'appesantissait sur sa tête; si elle lui épargnait les douleurs physiques, il n'en sentait pas moins ses atteintes et les acceptait avec une admirable résignation.

« Je ne répondrai point encore aujourd'hui à votre bonne » lettre en retour de Juilly, écrivait-il le 4 juin 1835, à » M. Fauche, je n'en ai ni le courage ni la force. La quatre» vingt-deuxième année d'âge dans laquelle je suis déjà au » troisième mois, prend depuis quelque temps une marche » de dégringolade qui ne me permet plus que très difficile» ment d'obéir aux besoins de mon cœur. Le corps de la » place tient toujours bon, Dieu merci; mais les démolitions » commencent fort dans les faubourgs, sans douleur pour» tant très heureusement; mais des importunités, des mi» sères, des tracasseries, des bouffées d'indolence et de » paresse de tête. Dieu soit béni. Dans cette position plus » qu'incommode, je me trouve forcé de renoncer complète» ment non seulement à tout voyage, mais même à toute » visite en ville. Je me suis fait colimaçon, et à l aide de » mes livres je m'en trouve parfaitement et très complète» ment bien. » 3

1. B. Lettre du !l novembre 1835.

2. U. Lettre du 17 mai 1830.

3. L'original de cette lettre appartient à M. Charles Hamel, auteur de l'Histoire lie l'abbaye cl du collège de Juilly.

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