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LA STÈLE FUNÉRAIRE

DU

GLADIATEUR ÉDUEN COLUMBUS

Il a été question en 1862, dans une des séances de notre Société, de l'épitapho d'un Ëduen, classée aujourd'hui sous le n° 279 au musée de la Maison-Carrée, à Nîmes, et dont le contenu fut inséré dans nos Mémoires.1

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Cette épitaphe parfaitement conservée est gravée sur une stèle de pierre vulgaire, haute de 1 m05 sur 0m50 de large, dont la partie supérieure affecte la forme d'un fronton triangulaire. Elle nous intéressait trop directement pour ne pas désirer d'en voir figurer dans notre musée une reproduction authentique;

I. Annales de (a Société Éduenne, 1862 à 1864, p. 34 et suiv,

nous en avons obtenu le moulage en échange d'une épreuve de l'inscription en langue gauloise de notre musée lapidaire. Le résultat satisfaisant do cette petite négociation est dû à l'obligeance de M. Albin Michel, membre de l'Académie de Nîmes, qui a bien voulu accompagner son envoi de notes nécessaires à l'interprétation du monument. Nous nous applaudissons de pouvoir lui adresser ici nos sincères remerciements. Le texte du cippe est ainsi conçu:

Mvn

COLVMBVS
SERENIANVS XXV

NAT. AEDVS
HIC. ADQVIESCIT.
SPERATA. CONIVX.

i Mvr Columbus Serenianus âgé de 25 ans, Eduen d'origine, repose ici. Sperata son épouse [sous-entendu : a élevé cette pierre].

Le corps de cette inscription était, on le voit, des plus simples. Cependant la formule Mvr, nouvelle alors dans les inscriptions de Nîmes, déconcerta au premier abord et donna lieu, sur place, à des interprétations singulières d'autant plus excusables, du reste, que cette formule ne figurait pas dans les anciens ouvrages concernant les abréviations de l'épigraphie romaine. Telles étaient encore les lettres Ret et Tr placées en tête d'autres épitaphes de même famille et omises pareillement dans ces ouvrages.1

Les recueils d'inscriptions ont vulgarisé depuis des documents aussi nombreux que certains, qui ont montré que ces formules abréviatives désignaient diverses catégories de gladiateurs par les initiales de leur nom. « Ces abréviations sont constantes non seulement dans les listes de gladiateurs retrouvées à Rome ou dans les autres villes d'Italie, mais même dans toutes les parties du monde romain2. »

1. Sertorius Vrsatus, Explicalio nolarum et litterarum qum frequenlius in antiquis lapidibus occurrunt. Parisiis, apud Lambertum CofBn, 1723.

2. Cf. Héron do Villefosse, dans le Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques, section d'histoire, d'archéologie et de philologie; an. 1882, n* 2, p. 142. Plusieurs pierres du musée de Nîmes en fournissaient des exemples. Sur l'une on lit les lettres Ret, sur deux autres Tr. Rapprochées de celles qui portent les caractères Mvr, elles correspondaient chacune à la première syllabe du nom de trois classes distinctes de gladiateurs qui avaient combattu jadis dans l'amphithéâtre de cette ville : les meriaires, les TRaces, les Hvnmillons. Une inscription récemment trouvée à Bourges donne la formule Mvr, non plus en tête mais dans le corps même du texte de la stèle funéraire du gladiateur L. Tarqvinivs Primvs MVRmillon, à qui son collègue Romanvs avait dédié un tombeau.1

Les découvertes épigraphiques faites dans les ruines d'Autun n'ont révélé aucun monument analogue parmi les nombreuses stèles funéraires exhumées des polyandres qui l'entouraient de tous côtés. La ville cependant a possédé dès l'origine un amphithéâtre. Une cité aussi populeuse, dotée d'écoles florissantes, de fabriques d'armes, d'un capitole, d'un palais impérial, de thermes, de tous les raffinements du luxe et des vices romains, devait avoir plus souvent qu'une autre de ces représentations barbares. Tacite, l'an 21 de notre ère, mentionne les nombreux esclaves exercés dans Autun même au métier de gladiateurs, ces cruppellaires bardés de fer et emprisonnés dans leur lourde armure, qui formèrent la partie la plus résistante de l'armée de Sacrovir2. L'histoire ni les inscriptions ne rapportent pourtant pas de fait relatif à notre amphithéâtre; le supplice du Boïen Mariccus3, battu et fait prisonnier par la jeunesse d'Autun, puis exposé aux bêtes sous les yeux de Vitellius, dut, selon toute apparence, avoir lieu ailleurs. Vitellius venant de Germanie et gagnant Lyon par la Séquanie ne se détourna pas de sa route pour passer à Autun, où il avait envoyé quelques cohortes prêter main-forte aux Éduens

t. Même bulletin, loc. cit.

2. Tacite, Annales, liv. III, ch. Ilui.

3. Tacite, Histoires, liv. II, ch. nu.

contre l'insurrection sans se rendre en personne sur le théâtre de la lutte. C'est dans les arènes de Lyon que dut avoir lieu l'exécution du malheureux Gaulois.

Il faut remarquer néanmoins que si l'épigraphie relative aux gladiateurs fait défaut à Autun, notre sol n'en a pas moins fourni de curieux monuments qui rappellent les jeux de l'amphithéâtre. Les combattants sortis sains et saufs de l'arène à la suite d'une victoire ou dérobés à la mort par un caprice populaire rendaient grâces à une divinité protectrice. Ils lui offraient un ex-voto quelconque qui consistait le plus souvent en une plaque de métal mentionnant leur nom, leur classe par des initiales en objets divers, statuettes, images sinon du personnage lui-môme, au moins d'un modèle affecté à ces sortes de représentations. Quelques figurines trouvées à Autun paraissent avoir cette origine. Le lieu d'où elles proviennent est considéré comme ayant été l'emplacement d'un temple d'Apollon ou de la déesse Fors, divinité populaire par excellence! Un ex-voto grec du premier, des débris d'architecture monumentale couverts d'attributs sculptés spéciaux à la seconde, y ont été recueillis; la détermination de l'un ou de l'autre est du reste étrangère à notre sujet. Une des pièces dont nous parlons est un groupe de deux gladiateurs cruppellaires, déjà cités, et ainsi nommés de l'armure qui les recouvrait en quelque sorte d'une écaille de tortue. Les personnages sont plaqués d'argent, dans l'attitude du combat.

Le coin de terre où ils ont été découverts ainsi qu'une dédicace à des divinités était, d'après cette coïncidence, un sanctuaire, comme on l'a dit, affecté à recevoir les offrandes de la piété ou de la reconnaissance païennes, et permet de leur donner une attribution votive. Une autre figurine de plus grande dimension2, trouvée aussi à Autun, près du

1. Bulletin monumental, 1882, p. 501 et suiv. Robert Mowat, Inscriptions pointillées. Paris, Champion. 1. Mémoires de la Société Èduenne, nouv. série, t. I, p. 405 et suiv.

même lieu, rentre dans la même catégorie. C'est le magnifique bronze représentant une sorte de boxeur, aujourd'hui au musée du Louvre. Le personnage est, comme les premiers, figuré dans l'exercice de son métier bestial, prêt à porter un double coup de pied et de poing; mais ce qui, à nos yeux, détermine son caractère votif, c'est l'absence voulue de socle, et le trou pratiqué pour un anneau de suspension au sommet de la calotte de métal qui lui couvre la tête. L'usure de ce trou indique que la statuette est restée suspendue pendant un laps de temps considérable; elle devait être accrochée à un cartel portant le nom du boxeur, mode d'offrande usité parmi les gladiateurs, au milieu des ex-voto d'un temple. Une petite plaque de bronze de ce genre, conservée au musée britannique, munie encore de deux chaînons, porte l'inscription:

T. R.
CALEDI.

C'est l'ex-voto d'un apprenti rétiaire, tiro retiarius, désigné par les simples initiales usitées dans les listes et les ex-voto de gladiateurs. Une jambe de même métal que le cartouche y est appendue par un annelet, en souvenir d'une guérison de blessure ou d'une préservation1. La statuette du lutteur d'Autun, suspendue pareillement, est l'ex-voto d'une victoire dans l'arène et équivaut pour nous à un monument épigraphique.

La stèle funéraire du murmillon éduen de Nîmes n'est pas restée isolée; des découvertes subséquentes ont depuis fait connaître le nom de plusieurs de ses compagnons, ainsi qu'on l'a annoncé. L'inscription suivante commençant par les lettres Ret était celle d'un rétiaire, L. Pompeivs, neuf fois couronné, natif de Vienne, mort à vingt-cinq ans, comme son confrère, l'Éduen. Sa femme Optata avait élevé son tombeau de ses deniers.

1. Bulletin monumental, loc. cit.

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