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L. Pompeivs
Oviiii. N Viannes

IS. AN. XXV
OPTATA CONIVX
D. S. D.

On sait que les rétiaires, pour attaquer et se défendre, n'avaient qu'un lourd trident et un filet, Rete, d'où ils tiraient leur nom. C'était une sorte d'épervier destiné à être lancé et à envelopper l'adversaire, armé de toutes pièces, sur lequel ils fonçaient pour le frapper, une fois empêtré dans les plis du filet.

Une autre catégorie de gladiateurs était celle des Thraces, Threœ, ainsi nommés de la similitude de leurs armes avec celles des guerriers de ce peuple, lesquelles consistaient en un coutelas recourbé, à pointe aiguë, et un petit bouclier convexe à contours carrés. Or, le musée de Nîmes possédait deux inscriptions commençant par les initiales de ces gladiateurs.

TR

APTVS. NAT
ALEXSAND
NNVS. XXXVII.
OPTATA COIVX
DE SVO

i Le Thrace Aptvs, natif d'Alexandrie, âgé de 37 ans. Son épouso Optata a élevé cette pierre de ses deniers. ■

Le second Thrace mentionné dans les épitaphes nimoises, avec la formule abréviative de ce nom, s'appelait Q. Vettivs Gracilis, Espagnol d'origine, couronné trois fois, âgé de 25 ans. L. Sestivs Latinvs lui avait fait don d'un tombeau. TB

Q. VETTIO GRACI
LI. COR. TRIVM
ANNORVM XXV
NATIONE HISPAN
DONAVIT. L. SESTIVS
LATINVS.
D

Ces couronnes étaient une guirlande de fleurs entortillée de rubans de laine appelés lemnisques, qui étaient placées sur la tête du gladiateur dont on voulait honorer la bravoure. Enfin les initiales Mvr donnaient la première syllabe du nom des Mvrmillons ou Mirmillons (les deux étaient usités en latin), qui sont désignés sur deux stèles de Nîmes. La première, incomplète, ne portait que ces mots:

MVR
IVENCVS

La seconde est celle du Murmillon éduen citée au début de cette notice.

Les murmillons, destinés à combattre contre les rétiaires et les thraces, étaient primitivement, croit-on, des Gaulois, comme les cruppellaires armés à la manière du pays, gentico more, dit Tacite1; ils en portaient le casque surmonté, en guise de panache, d'une figure de poisson, comme d'un appât pour le filet du rétiaire, et étaient pourvus d'armes offensives et défensives. Mais s'ils étaient mieux équipés que leur adversaire, ils avaient sans cesse à se tenir en garde contre les ruses et les passes trompeuses du rétiaire sur qui ils se précipitaient quand ce dernier manquait le coup sans avoir le temps de rassembler son filet. La fortune trahit le jeune Éduen dans une de ces luttes où les hommes

t. Tacite, Annales, Hv. III, ch. Xliii.

périssaient pour amuser le peuple; il succomba, selon toute probabilité, enveloppé dans l'épervier d'un rétiaire et frappé de son trident. On croit en effet qu'il n'y eut jamais à Nîmes de combats de bêtes féroces, suivant une remarque due à la correspondance à M. A. Michel. Les spectacles usités dans l'amphithéâtre de cette ville consistaient en naumachies, en combats de gladiateurs, de taureaux sans doute, restés jusqu'à nos jours populaires chez les populations du Midi. Aussi n'y a-t-on découvert aucune épitaphe de bestiaires.

La stèle de Colvmbvs qui nous intéresse spécialement fut trouvée en 1810 dans les travaux d'appropriation de l'amphithéâtre, envahi jusqu'à cette époque et obstrué par des masures sans nombre. C'est en enlevant les terres qui encombraient l'esplanade actuelle qu'aurait été découverte la pierre funéraire. Elle semblait à sa place primitive, car d'après un renseignement recueilli à Nîmes, mais dont nous n'avons pu contrôler l'exactitude sur l'heure, on aurait rencontré entre le cippe du murmillon éduen et celui d'un autre gladiateur, rapproché du premier, une urne en verre renfermant des cendres et des restes d'ossements. Cette urne était contenue elle-même dans un grand vase de terre qui la protégeait contre l'écrasement, précaution très usitée dans les sépultures de la Gaule méridionale. La situation de cette urne unique entre deux tombes de gladiateurs n'indiquerait-elle pas que tous deux avaient trouvé la mort dans les mêmes jeux publics, et que les cendres de leurs cadavres jetés sur le même bûcher avaient été recueillies pêle-mêle et confondues dans le même récipient. Une inscription de Trieste mentionne deux gladiateurs morts dans ces conditions, à qui celui qui donnait les jeux affecte une tombe commune.1

Il paraîtrait, d'après ces circonstances, que les gladiateurs égorgés sur l'arène étaient traînés dans les terrains vagues

1. Wilmanns, Exempta inscriptionum, t. II, p. 189, n" 2613.

voisins de l'amphithéâtre situé à la lisière de la ville, pour y recevoir la sépulture, car c'est dans la même région qu'ont été trouvées la plupart des tombes qui les concernent. L'aspect funèbre de ce champ et des stèles piquées çà et là était d'un sinistre augure pour ceux qui se préparaient au combat; mais la pitié publique, bien que divinisée sous le paganisme, comptait peu d'adorateurs. Un bas-relief du musée de Nîmes1, qui fut trouvé servant de couvercle à une urne funéraire représente un duel à outrance entre deux gladiateurs, un samnite et un secutor. Deux cercueils déposés à l'avance dans l'enceinte et placés sous leurs yeux portaient chacun, par anticipation, le nom d'un des combattants, Xantvs et Eros. Il restait peu de place à l'illusion.

Les apprentis de ce triste métier étaient nourris d'une façon succulente pour développer leurs forces, résister aux durs exercices de la profession et peut-être soutenir leur courage. Tacite compare les rations dont Vitellius repaissait les soldats de son escorte, à celles des gladiateurs, gladiatoriam saginam. Mais après cette bonne chère, après cette confortation animale, le gladiateur voué à être assassin ou assassiné était fatalement condamné à une mort prématurée, car la force ni l'adresse ne pouvaient le garantir longtemps contre les trahisons du hasard. Parmi les victimes de cette férocité native de l'homme qui n'a pas été le lot exclusif des païens et qui, dans tous les âges, reparait sous mille formes partout où le christianisme n'atteint pas l'idéal de sa perfection, les inscriptions citées plus haut montrent trois de ces malheureux égorgés à 25 ans. L'un, le rétiaire Pompeïus, avait déjà conquis à cet âge ses tristes couronnes en arrachant neuf fois la vie à des adversaires. Le quatrième, l'Alexandrin Aptvs, plus alerte ou plus heureux, avait prolongé la sienne jusqu'à trente-sept ans. On trouve mentionné cependant un murmillon affranchi ayant survécu à quatre

t. N* 161, p. 46 du Catalogue du musée, par Auguste Pelet. Ntmes, 1859.

vingt-sept combats, et qui périt au quatre-vingt-huitième sous le couteau d'un thrace. Le hasard, qui avait rendu ce murmillon homonyme de l'éduen Colvmbvs, a de plus conservé ce nom gravé à la pointe sur une colonne d'une maison de Pompéi. On y lit, au-dessous du dessin d'une palme et d'une couronne:

T. M.

PINNA NIIRONIANVS XVI V[icit]

Colvmbvs Liber Lxxxvni p[eriit]1

C'est là, on doit le croire, une rare exception; car le plus grand nombre des acteurs de ces drames sanguinaires, qu'on a osé appeler des jeux, meurent avant trente ans dans les inscriptions.

En dépit de ces dénoûments misérables, de cette fin précoce et prévue, ces hommes sacrifiés trouvaient des compagnes prêtes à unir leur sort au leur. Si le nom d'oPTATA, deux fois mentionnée dans nos épigraphes, s'applique réellement à la même personne, ainsi qu'on peut l'admettre d'après l'aspect des monuments, cette femme, peu inquiète du veuvage, aurait épousé successivement deux gladiateurs, le rétiaire Pompeivs, puis le thrace Aptvs, et payé religieusement à chacun une pierre funéraire. Ce nom d'oPTATA, de même que celui de Sperata, épouse de Colvmbvs, qu'on traduirait en style moderne par ceux de Désirée et d'Espérance, sont peut-être des noms d'esclaves, mais ils ressemblent de trop près aux pseudonymes usités dans nos théâtres pour ne pas y voir les petits surnoms de pauvres filles sans famille, réduites par leur triste condition à prendre pour époux des infortunés pour qui elles devaient trembler sans cesse, et que chaque fête populaire menaçait d'enlever à jamais au foyer.

I. Wilmanns, Exempta interiptionum, t. Il, p. 61, n" 19B7.

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