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ex-voto déposé dans un petit compitum rustique, où un cerf occupait la place du célèbre taureau gaulois, à trois cornes *, consacré au génie de l'empereur, par Boiiorix dans le petit édifice découvert, en 1830, au sommet de la vallée de PierreCervau:

AVG. SACRVM

BOIIORIX
DAE SVA PE
CVNIA 2.

Quoique cette légende puisse faire croire que ce petit monument ait été érigé au génie d'un Auguste, ou empereur régnant, la forme des caractères et le style de ce bronze permettent de le regarder comme contemporain de l'établissement du culte politique d'Auguste en Gaule, et consacré à cet empereur lui-même. On ne saurait avoir en effet pour les inscriptions privées et sans caractère officiel, comme celle-ci, les mêmes exigences dans les noms et dans les titres, que pour les inscriptions dues à l'autorité publique qui était tenue à une plus grande précision que les simples particuliers.

L'existence de l'oratoire du taureau nous autorise donc à supposer que la Petra Cervalis devait son nom et son origine à quelque monument semblable. Les cerfs étaient autrefois très répandus dans ces forêts. Ainsi que nous le verrons plus loin, la chasse de ces animaux fut, encore au quatorzième siècle, l'occasion de nombreux conflits entre le duc de Bourgogne et les religieuses. Leur présence, en grand nombre, peut donc justifier l'existence d'un oratoire, érigé

1. Peut-être cet ex-voto avait-il pour objet l'association du culte d'Auguste à celui du Tarvos Tricaranvs représenté sur un cippe du musée de Cluny.

2. Voir sur ce bronze votif Autun archéologique, p. 259; Mémoires de la Société Éduenne, nouv. série, t. II, p. 490 ; Congrès scientifique de France, XLII" session, t. II, p. 23. — Dans la représentation qui a été faite de ce précieux monument, l'S du mot Sacrum a été à tort interprétée en 2. .Un examen plus attentif ne nous laisse aucun doute sur l'identité des deux lettres initiales des mots Sacrum et Sua qui doivent l'une et l'autre être interprétées par l'S romaine. La légère différence que l'on observe entre elles doit être attribuée à une déviation du burin, dans la gravure de la première de ces lettres, et non à l'usage d'une lettre grecque.

par quelque chasseur reconnaissant, et dont le gibier favori, placé, comme le taureau en bronze de Boiiorix, dans la cavité d'un petit monument en pierre, aura donné son nom à la contrée voisine, devenue ainsi le lieu dit « A la Pierre au Cerf », ad Petram Cervalem. Le cerf est d'ailleurs l'un des symboles que l'on rencontre quelquefois dans les laraires qui ont été trouvés sur le sol éduen, et ce fait justifie encore l'origine attribuée au nom de Pierre-Cervau.

Les deux oratoires du cerf et du taureau, rapprochés euxmêmes du fameux menhir d'Auxy, situé dans le voisinage, et du ruisseau de la Fée, qui coule dans le vallon, répandaient sur cette contrée, encore aujourd'hui couverte de ses antiques forêts, un caractère religieux qui explique le nom de Coiffe au Diable que les âges chrétiens donnèrent à la plus haute de ces montagnes.

Un tel ensemble de souvenirs et de traditions imposait à l'Église le devoir, auquel elle ne faillit jamais, d'établir en ce lieu un sanctuaire chrétien pour donner une direction différente à des habitudes qu'elle eût été impuissante à détruire. Saint Cassien, le grand évêque du quatrième siècle, dont le nom est encore attaché au sol de Pierre-Cervau, peut être considéré comme le premier auteur de la transformation chrétienne de la Petra Cervalis. Dans le nombre des héritages qui dépendirent plus tard de ce petit prieuré, nous en trouvons en effet plusieurs qui portent le nom de saint Cassien dont le tombeau, conservé à Saint-Pierre-de-Lestrier, était encore au temps de Grégoire de Tours l'objet de la vénération de toute la Gaule et un lieu de pèlerinage très fréquenté Une fontaine, entre autres, dont il avait sans doute aboli le caractère superstitieux, portait son nom %. Un

1. Greg. Turon. De gloria Confessorutn, cap. Lxxiv.

2. Il existait aussi a MassIngy-lès-Vitteaux (Cote-d'Or) une fontaine, dédiée à saint Cassien, qui passait pour avoir une vertu curatlve. V. Notice sur (a source de Massingy, par M. Bruzard, dans le Bulletin de la Société des sciences de Semur, t. ni. Dans l'ancien diocèse d'Autun, les églises de Savigny-lès-Beaune, de Veilly et d'Écutigny, étaient sous le vocable de saint Cassien.

acte du 9 mars 1510 mentionne la vente faite par Jehan Charvot à Claude et à Girarde Charpyot, enfants de feu George Charpyot, d'un pré situé « au lieu communément appcllé la Fontaine Sainct Cassien, tenant au levant au ruisseau venant d'Auxy à Sainct Pierre, et de couchant à la prairie dudict Sainct Pierre '. » Les mêmes désignations se rencontrent fréquemment dans un terrier de Pierre-Cervau de 1538: « Item, une autre pièce de prey, assise en la prairie de S. Pierre de Lestrier, vers la Fontaine Sainct Cassian, appelle le pré Latre, contenant environ six soitures, tenant d'une part au grant chemin tendant dudict S. Pierre ez bois du Roy, devers le soleil levant au pré du curé dudit S. Pierre, devers soleil couchant aux prez des sieurs et dame de la Bondue2. » Un champ voisin portait aussi le nom de « Champ de la Fontaine de Sainct Cassian 3. » Ce nom n'est pas, comme tant d'autres, tombé dans l'oubli. La belle source que l'on rencontre dans le pré de la Prée, situé à droite au bas du chemin qui conduit du domaine des Rivières à PierreCervau, porte encore le nom du grand évêque.

L'action de saint Cassien et de ses premiers successeurs avait sans doute été impuissante à faire renoncer tout à fait les populations aux attraits mystérieux dont la Petra Cervalis continuait à être l'objet. Un nouvel effort devait être tenté. Les habitants du pays ont conservé la mémoire d'une chapelle dédiée à saint Hubert, ce célèbre patron des chasseurs, qui, suivant la légende, fut ramené à la pratique de ses devoirs par l'apparition soudaine d'un cerf portant le signe sacré de la rédemption entre ses bois. Cette chapelle qui n'est mentionnée dans aucun document écrit et dont le souvenir s'est conservé seulement dans la tradition locale, était située dans un champ, appelé le Champ d'en Bas, dépendant

1. Protocoles de Jean Desplaces, fol. 2. Etude do M* Rérolle, notaire à Autun.

2. En 1513, le fief do la Bondue appartenait à Claudine Martin, veuve de Jehan le Maire, chevalier, seigneur de la Bondue. [Protocoles de Jean Desplaces, fol. 32.)

3. Terrier de 1538.

du domaine de Pierre-Cervau. On a trouvé dans ce champ d'abondants débris de tuiles à rebord et de carreaux. Un ancien habitant du pays racontait récemment qu'il y a environ quarante ans, tandis que le domestique du domaine de PierreCervau labourait la Pièce d'en bas, le socle de la charrue heurta une grosse pierre plate, percée d'un trou au milieu, qui recouvrait l'orifice d'un puits à sec et rempli de décombres; celui-ci, ayant eu la curiosité de soulever cette pierre et de chercher dans la citerne, trouva, au fond, une statue en métal d'un poids considérable. Il courut au domaine des Rivières demander au fermier de l'aider à extraire et à enlever l'objet qu'il venait de trouver, mais quand il fut revenu, suivi de son compagnon, il constata avec surprise que la statue avait disparu '. On sait que saint Hubert était spécialement invoqué contre la rage et les périls qu'entraîne la morsure des chiens enragés 2. Or, la même tradition raconte également que ce lieu était le refuge de tous les chiens atteints de la rage, comme si ces animaux eussent eu l'instinct, eux aussi, de recourir à leur protecteur et d'invoquer son secours. Le culte de saint Hubert dont le cerf, portant la croix, était le caractéristique, convenait en effet pour servir de transition entre le Petra Cervalis et les dogmes chrétiens. L'établissement de l'Église d'Autun sur ce territoire que les comtes lui disputèrent et finirent par lui abandonner tout à fait en 861, hâta la transformation religieuse de ce petit vallon. La fondation d'une colonie monastique porta sans doute le dernier coup aux superstitions locales. Partout en effet où le paganisme avait laissé des traces profondes, l'Église eut soin d'établir des monastères d'hommes ou de femmes dont la présence et l'activité, la prière, le travail et les chants, étaient seuls capables d'effacer le caractère

1. Récit de M. Chifflot, autrefois fermier du domaine des Rivières, aujourd'hui maire de Curgy.

2. V. Cahier, Caractéristique des Saints, p. 215.

superstitieux que certains lieux devaient à la forêt, à la solitude et au silence.

Ainsi transformé, ce lieu ne cessa jamais de recevoir de pieuses visites qui prenaient un caractère plus général le 27 décembre, pour la fête de saint Jean Évangéliste. Ce jour-là, le curé de Saint-Pierre-de-Lestrier avait coutume d'y conduire ses paroissiens en procession, de chanter la messe dans la chapelle, de recevoir un dîner au prieuré et de percevoir toutes les oblations qui sont faites par les fidèles à l'occasion de cette fête. La retraite des religieuses de Pierre-Cervau au prieuré de Champchanoux, qui eut lieu dans le cours du treizième siècle, n'eut pas pour effet d'abolir cet usage. En 1492, un jugement décida que, le jour de fête de saint Jean Évangéliste, le curé de Saint-Pierre-de-Lestrier aurait le droit, comme d'ancienneté, do se rendre en procession à la chapelle du prieuré, d'y célébrer la messe et de prendre les oblations, mais que les religieuses ne seraient point tenues de lui donner à dîner, de lui ouvrir la chapelle aucun autre jour de l'année, ni de lui abandonner le produit des oblations faites en tout autre temps. D'après ce même acte, les religieuses lui étaient encore redevables d'une rente de vingt-un boisseaux de seigle qu'elles furent condamnées à payer. 1

L'établissement d'une colonie monastique à Pierre-Cervau remonte seulement à un acte de 1199, par lequel le duc Eudes III cède aux religieuses de Champchanoux le bois qu'il possédait à Pierre Cerval pour la construction d'un monastère 2. Un terrier de 1538 estime à cent huit arpents l'étendue de ce canton de forêt. A dater de cette époque, les titres se succèdent avec une certaine régularité. En 1199, Gautier, évêque d'Autun, autorise les religieuses à faire dire la messe dans la chapelle par elles construite à Pierre Cerval3:

1. Ancien Inventaire.

2. Nouvel Inventaire.

3. Ancien Inventaire.

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