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concession qui fixe exactement la date de la construction de cette chapelle et qui ne permet pas de faire remonter plus haut l'origine de cet établissement monastique. La plus ancienne prieure connue est Christiana dont le nom se rencontre dans un acte de 1199 par lequel Barthélémy de Riveau 1 donne aux religieuses certaines terres situées à Pierre-Cervau. 2

Cette donation est contemporaine de celle de la terre des Boauges que fit Gaultherius de Ravallo 3, sous condition que sa fille serait admise à faire la profession religieuse et à résider au prieuré 4. Le terrier de 1538 indique cette terre des Boauges comme située « au finage et paroisse de SaintLéger du Chemin, contenant une soiture et demie de pré et douze journaux de terre, et tenant à l'esglize dudit SaintLéger du Chemin 5. » Par un acte, également daté de 1199 et passé en présence de Gautier, évêquo d'Autun, dame Guybourg « burgensis Sancti Johannis Eduensis », c'est-àdire habitant au bourg de Saint-Jean d'Autun, fait à la communauté naissante une aumône de dix sous. 6

Au mois d'octobre 1200, Pétronille Robin, de Beaune, et Thomas Barneau, de Meursault, donnent au prieuré deux demi-muids de vin de rente sur une vigne dite Laye 7. En 1207, Hugues de Monthelon et Bernard son frère, chevaliers, donnent au prieuré tout ce qu'ils possèdent à PierreCervau 8. En 1209, le duc Eudes III, qui portait à cette maison un intérêt particulier, lui donne une rente de trois muids de vin sur le produit de sa châtellenie de Pommard 9.

1. Ce Barthélémy de Riveau est cité avec le titre de miles dans plusieurs chartes de 1178, 1192 et 1194. V. CarluUire de l'Église d'Autun, p. 109, 113, 114, 115.

2. Ancien Inventaire.

3. L'inventaire de 1762 porte de Clavallo.

4. Ancien Inventaire.

5. Saint-Léger-du-Chemin, aujourd'hui la Chapelle-Saint-Léger, commune de Curgy (S.-et-L.).

6. Ancien Inventaire,

7. Id.

8. Id.

Par un acte du mois de janvier de la même année, le duc lui concéda en outre le droit d'usage dans ses forêts de Pierre-Luzière, pour le chauffage de la maison, l'entretien des bâtiments et la paisson des animaux Un acte du 14 novembre 1618 reconnaît le droit de paisson pour douze porcs et un verrat seulement, en temps de glandée. Les religieuses furent maintenues dans ces droits d'usage par un jugement du grand maître des eaux et forêts, du 3 septembre 1624 2. En 1209, Hugues d'Auxey, fils de Regnaud d'Aluze, fait don au prieuré de deux muids de vin de rente sur les dîmes de Monthelie. 3

Par un acte de 1213, passé en présence de Barthélémy, archiprêtre d'Autun, Bernard de Saint-Forgeot et Guillaume de Saint-Symphorien donnent au prieuré de Pierre Cerval certains cens, dîmes et héritages qu'ils tenaient à Hautevau *, à Saint-Symphorien, à Saint-André-lès-Autun, et aux Endormys 5. Cette dernière désignation se retrouve encore dans deux actes de 1217 et de 1235, l'un contenant donation de la huitième partie « de la terre des Endormis », et l'autre ratifiant cette donation. Cette terre, ainsi appelée dans l'inventaire français auquel ces renseignements sont empruntés, était sans doute désignée sous le nom de Terra dormientium dans la charte originale : nom qu'elle devait vraisemblablement à sa situation dans le voisinage de quelque oratoire élevé en l'honneur des Sept Dormants dont le culte était assez répandu en Bourgogne et dont la fête est indiquée au 27 juillet dans la plupart des anciens calendriers liturgiques du diocèse d'Autun. Outre les Sept Dormants d'Éphèse, il y avait aussi les Sept Dormants du monastère de Marmoutiers, dont l'histoire est attribuée à Grégoire de Tours. Le nom des Dormants de Marmoutiers, lié au grand souvenir

1. Nouvel Inventaire.

2. Id.

3. Ancien Inventaire.

4. Hautevau, commune de Saint-Pantaléon (S.-et-L.).

5. Ancien Inventaire.

de saint Martin, était devenu très populaire en Gaule et un oratoire put être érigé en leur honneur par saint Euphrônc, pour y placer des reliques obtenues en action de grâces des marbres précieux qu'il avait envoyés d'Autun pour recouvrir le tombeau du saint évêque de Tours. Ce nom de Terra dormientium et le souvenir des Sept Dormants, n'ont pas tout à fait disparu de la toponomastique locale et peut-être pourrait-on les reconnaître, avec assez d'exactitude, dans le lieu encore appelé aujourd'hui les Dremeaux1 et qui se trouve précisément au centre des possessions du prieuré de PierreCervau.

Quoique l'église de Pierre-Cervau n'eût pas le caractère paroissial, elle était cependant, ainsi que presque toutes les plus petites chapelles, entourée d'un cimetière qui est mentionné dans un acte de 1224. 2

En 1226, Gui de Vauteau, chevalier, donna, pour la célébration de son anniversaire, un muid de blé de rente, assigné sur les tierces de Chazelle 3. En 1250, par acte passé devant Nicole, abbesse de Saint-Jean d'Autun, il opéra le rachat de cette redevance au prix de soixante livres qui furent employées à acquérir six muids de vin de rente à Nolay. 4

Nous trouvons le nom d'une deuxième prieure de PierreCervau, Vergies, qui, en 1228, céda aux lépreux de Fleury un champ situé entre l'Étang-l'Évêque et les murs de la cité, au prix de deux sous de cens en mars et d'une poule au temps du carnaval. 5

C'est à peu près à cette époque que le prieuré de PierreCervau subit une transformation complète qui préludait à une suppression prochaine. Aucun document ne nous fait

1. Les Dremcau^ commune de Salnt-Pantaléon-lès-Autun. Le peuple des campagnes prononce toujours dreumir pour dormir et dromou pour dormeur.

2. Lettre de Gautier, évêque d'Autun, concernant le cimetière de Pierre-Cervau. (Ancien Inventaire.)

3. Id.

5. V. plus loin, pièce I.

connaître les causes et les circonstances de ce changement qui était déjà opéré en 1229, et peut-être même plus anciennement, puisque Vergies, qui est appelée prieure de PierreCervau en 1228, est qualifiée d'ancienne prieure de Champchanoux en 1229 : titre auquel elle avait sans doute déjà renoncé depuis quelques années en quittant Champchanoux pour se retirer à Pierre-Cervau. Cet éloignement avait été rendu nécessaire par la mauvaise intelligence qui existait entre elle et les religieuses. Il fut convenu que Vergies se retirerait à Pierre-Cervau où elle ferait sa résidence et dont elle serait prieure, « salva tamen obedientia dicte ecclesie de Chanchano 1 »; qu'elle ne pourrait en être éloignée contre son gré; que trois religieuses, la dame de Vauteau, Bone de Chanchano et sa nièce, résideraient avec elle à PierreCervau; que si l'une d'elles venait à mourir, il lui en serait substitué une autre, du consentement commun de la prieure de Champchanoux et de la prieure de Pierre-Cervau et qu'en cas de dissentiment entre elles, à ce sujet, la décision appartiendrait à Pévêque. Il fut aussi convenu qu'après la mort de Vergies, une autre prieure serait établie à sa place à Pierre-Cervau, mais il ne parait pas que cette dernière clause ait reçu son exécution pendant bien longtemps : au moins ne trouve-t-on aucune trace de la présence d'une prieure et de religieuses à Pierre-Cervau après 1273; ce nom même finit par s'effacer peu à peu et par être remplacé par celui de Petit-Champchanoux, sauf cependant en ce qui concerne le territoire situé entre la route nationale n° 80 et la rivière d'Auxy, qui s'appelle encore aujourd'hui le Cervau. Cependant, quelques donations furent encore faites en faveur des religieuses qui continuaient à y résider : en 1243, par Gautier de Saint-Symphorien, abbé de Saint-Pierre-de-Lestrier, qui lègue vingt sous aux églises de Pierre-Cervau et de Champchanoux « pro officio faciendo 2 »; en 1248, par Philippe, sire

1. V. plus loin, pièce II.

2. V. Carlulaire de l'Eglise d'Autun, p. 165.

d'Antigny, qui donne une rente de six setiers de froment, à la mesure d'Arnay en 1253, par Gillette, veuve d'Arnoult de Corrabeuf, qui lègue aux « monialibus de Petra Cervali » un boisseau de froment de rente, à la mesure de Beaune, et une distribution de six boisseaux de froment au jour de son décès 2. En 1273, la prieure de Champchanoux afferma PierreCervau à Nicolas de Luxeuil, archidiacre d'Autun, et à sa mère, à condition de recevoir et de prendre à sa charge l'entretien de deux religieuses qui lui seraient désignées 3. Nous ne rencontrons plus ensuite aucun vestige de conventualité à Pierre-Cervau où elle avait duré moins d'un siècle. Le terrier de 1538 nous apprend qu'à cette époque on célébrait encore la messe chaque dimanche dans la chapelle du prieuré.

Rien ne rappelle plus aujourd'hui au passant qui suit « le grand chemin tendant de S. Pierre de Lcstrier es bois du Roy 4 », qu'il rencontre au Petit-Champchanoux un sol où les vieux cultes de la Gaule et le christianisme se sont ainsi succédé. Si le temps et l'oubli ont jeté le voile sur tous ces souvenirs et toutes ces traditions, les lieux conservent cependant encore assez fidèlement l'aspect décrit dans le terrier de 1538:

Ledit prioré est assis audit Pierre Servaut, prez la cité d'Ostun d'environ demie lieue, auquel il y a une esglise et chapelle dudit prioré; un doux de maison joignant à ladite chapelle, auquel il y a trois chambres, et au dessous d'iceluy une autre maison en laquelle y a une cuisine et une chambre où les métayers font leur résidence, le tout enclos ensemble, la cour et un petit jardin entre deux. Item, au dessous dudit prioré est assize la grange dudit prioré, entre lesquels passe le grand chemin tendant dudit Saint-Pierre de Lestrier es bois du Roy, icelle grange contenant quatre chats de maison, couverte de tuile, au dessous de laquelle grange est assize une pièce de prey et terre joignant à ladite grange, le tout enclos ensemble, contenant six soictures de prez et environ six journaux de terre, appelle

1. Ancien Inventaire.

2. Cartulaire de l'Église d'Autun, p. 183.

3. Ancien Inventaire.

4. Terrier de 1538.

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