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PRÉFACE.

Place de la Politique dans le système d'Aristote. — Réfu

tation de quelques reproches adressés à la Politique. Transmission de la Politique depuis Aristote jusqu'à nous.

Albert le Grand, saint Thomas d'Aquin, Buridan. Éditions grecques générales et spéciales. — Traductions latines, françaises, italiennes, allemandes, anglaises, espagnoles, etc. - Commentaires. — Discussion de l'ordre des livres de la Politique. — Travaux de cette nouvelle édition. — Influence de l'ouvrage d'Aristote.

Cette traduction est adressée à tous ceux qu’intéressent la science politique et l'histoire de la philosophie : l'une doit reconnaître dans la Politique d’Aristote son point de départ et l'un de ses principaux monuments; l'autre y trouve un des chefs-d'oeuvre de cette intelligence qui, depuis deux mille ans, n'a point encore eu d’égale en profondeur et en étendue, et que l'humanité n'a pas cru trop honorer par une obéissance inouïe de plusieurs siècles et par une admira

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tion qui ne s'éteindra pas. Témoignages de l'antiquité, étude et collation des manuscrits et des éditions diverses, examen des traductions en langues savantes et vulgaires, analyse des ouvrages qui, de près ou de loin, se rattachent à celui du philosophe grec,

le traducteur n'a négligé aucun des secours de la philologie pour obtenir un texte pur et parfaitement intelligible : il le soumet avec confiance au jugement des érudits, assuré d'avoir apporté dans une tâche laborieuse et délicate la persévérance et la réserve qu'elle exigeait, et persuadé d'ailleurs que, quel que soit le mérite de son æuvre, on lui tiendra compte d'efforts

que personne encore n'avait faits aussi complétement, pour amener à toute sa clarté l'éminente pensée d'un grand homme.

Ce n'est point ici le lieu d'essayer, à propos d'une œuvre particulière, de montrer quel est l'ensemble de la doctrine aristotélique. Cet exposé appartient à un ouvrage moins spécial, et qui ne sera point resserré dans des bornes aussi étroites que celui-ci; toutefois je crois devoir rappeler sommairement quelques idées générales acquises à l'histoire de la philosophie.

Dans ce monde admirable de la Grèce, qui joue sur la scène de l'intelligence humaine un rôle si magnifique et en même temps si net et si bien cir

conscrit, quatre siècles avant notre ère, un fait philosophique s'accomplit, unique jusqu'à ce jour en importance, et destiné sans doute à l'être éternellement. C'est là que, par le génie d'un sage, qui ne légua point d'écrits à la postérité, mais dont sortirent Platon et Aristote, comme ses fils légitimes et ses interprètes fidèles, l'humanité se mit pour la première fois à réfléchir avec méthode, et prit régulièrement possession d'elle-même. La vie tout entière de Socrate n'eut qu'un objet, ce fut de montrer ce qu'avaient si faiblement aperçu toutes les écoles antérieures, celle d'Ionie, celle des pythagoriciens, et même celle d'Élée, qu'avant d'étudier la nature, l'homme devait s'étudier luimême, qu'il fallait connaître l'instrument avant de l'employer, qu'il était besoin d'une méthode pour se diriger dans ce chaos immense de la nature, et, pour me servir de termes trop modernes peut

la méthode n'avait qu'une seule base légitime, la connaissance de l'homme.

La première tâche que la philosophie avait à remplir, c'était donc de faire une psychologie. C'est à cette ouvre que Platon, l'héritier direct de Socrate, se consacra, on sait avec quel succès. Platon fut, on peut dire, tout psychologique. Renfermé dans le monde des Idées, qu'il avait créé, il n'en sortit pas. Mais de quelles parures, de quelles couleurs il

être, que

a.

l'embellit! De quels parfums d’imagination, de poésie, de sensibilité, de tendresse il l'inonda! L'intelligence humaine qui s'apercevait alors ellemême pour la première fois, s'éprit de sa propre image, éblouie de ses clartés inconnues, admirant ses puissances ignorées, entendant avec délice les voix harmonieuses qui s'élevaient en elle, et qu'elle n'avait point encore écoutées, s'épanouissant sous le soleil de sa propre pensée, heureuse et fière de se trouver si belle et si pure, puis s'envolant dans ces lumineux espaces où elle ne rencontrait qu'elle seule et l'être infini, immuable, inaltérable, auquel elle rapportait sa vie, sa force et sa félicité, adressant ses hymnes que nulle langue humaine n'a pu retrouver, à elle-même et à son divin auteur. L'euvre de Platon fut donc ce premier coup

d'ail jeté sur le monde des Idées, sur cet infini que chaque homme porte en soi : ce fut le bonheur et l'ivresse de cette première contemplation, la sérénité de cette première apperception de soi-même, sous le ciel pur et calme de la conscience. Aussi Platon est-il resté dans l'esprit du genre humain, comme le souvenir ineffable de ces joies si profondes, si naïves et si fraîches de la jeunesse, de ces jouissances si douces, si limpides, si harmonieuses que donne le premier exercice de la pensée, comme le type éternel de

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