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mais ils sont politiquement indisciplinables, et n'ont jamais pu conquérir leurs voisins. En Asie, au contraire, les peuples ont plus d'intelligence, d'aptitude pour les arts; mais ils manquent de cour, et ils restent sous le joug d'un esclavage perpétuel. La race grecque, qui topographiquement est intermédiaire, réunit toutes les qualités des deux autres. Elle possède à la fois l'intelligence et le courage. Elle sait en même temps garder son indépendance et former de très-bons gouvernements, capable, si elle était réunie en un seul État, de conquérir l'univers. § 2. Dans le sein même de la Grèce, les divers peuples présentent entre eux des dissemblances analogues à celles dont nous venons de parler : ici, c'est une seule qualité naturelle qui prédomine; là elles s'harmonisent toutes dans un heureux mélange. On peut dire, sans crainte de se tromper, qu'un peuple doit posséder à la fois intelligence et courage, pour que le législateur puisse le guider aisément à la vertu. Quelques écrivains politiques exigent de leurs guerriers affection pour ceux qu'ils connaissent, et férocité contre les inconnus ; c'est le cæur qui produit en nous l'affection, et le cœur est précisément cette faculté de l'âme qai nous fait aimer. § 3. En preuve on pourrait dire que le cæur, quand il croit être dédaigné, s'irrite bien plus contre des amis que contre des inconnus. Archiloque, quand il veut se plaindre de ses amis, s'adresse à son coeur :

détruira point.- Réunie en un seul p. 101, trad. de M. Cousin ; mais Élat. Cette pensée d'Aristote a Platon dit « dureté », comme sans doute quelque rapport aux Aristote plus bas, et non point entreprises politiques des rois de « férocité », comme Aristote ici le Macédoine. Ce fut Alexandre qui lui fait dire. Aussi des commentaréussit enfin à réunir la Grèce en teurs ont-ils reproché à Aristote un seul État; et ce fut là, en quel- d'attaquer Platon peu loyalement : que sorte, la condition préalable cette accusation n'est pas trèsde sa grande expédition.

juste, comme la suite même de la S 2. Quelques écrivains politiques. pensée suffit à le prouver. Voir C'est de Platon qu'Aristote veut ici plus haut, liv. IV, ch. II, § 16, une parler. Voir la République, liv. II, remarque analogue.

O mon coeur, n'est-ce pas un ami qui t'outrage?

Chez tous les hommes, le désir de la liberté et celui de la domination partent de ce même principe : le cæur est impérieux et ne sait point se soumettre. Mais les auteurs que j'ai cités plus haut ont tort d'exiger qu'on soit dur envers les étrangers ; il ne faut l'être avec per- ! sonne, et les grandes âmes ne sont jamais intraitables qu'envers le crime; mais, je le répète, elles s'irritent davantage contre des amis, quand elles croient en avoir reçu une injure. & 4. Ce courroux est parfaitement raisonnable; car ici, outre le dommage qu'on peut éprouver, on croit perdre encore une bienveillance sur laquelle on pouvait avoir le droit de compter. De là ces pensées du poëte :

Entre frères la lutte est la plus acharnée.

et ailleurs :

Qui chérit à l'excès sait hair à l'excès.

5. En spécifiant, à l'égard des citoyens, quels doivent être leur nombre, leurs qualités naturelles, et

8 3. Archiloque, de Paros, poëte pide que nous n'avons pas. On lyrique et satirique, vivait dans peut les retrouver en partie le viiie siècle av. J. C.

dans les fragments d'Euripide, § 4. Ces pensées du poëte. Ces édition de Firmin Didot, fragvers sont tirés de pièces d'Euri- ment 916.

en déterminant l'étendue et les conditions du territoire, nous nous sommes bornés à des à-peu-près; mais il ne faut pas exiger, dans de simples considérations théoriques, la même exactitude que dans des observations de faits qui nous sont fournies par les sens.

CHAPITRE VII.

Suite. Des éléments indispensables à l'existence de la cité; ils

sont de six espèces : les subsistances, les arts, les armes, les finances, le sacerdoce, et enfin la gestion des intérêts généraux et la décision des jugements ; sans ces éléments, la cité ne peut subsister et être indépendante.

§ 1. De même que, dans les autres composés que crée la nature, il n'y a point identité entre tous les éléments du corps entier, quoiqu'ils soient essentiels à son existence, de même on peut évidemment ne pas compter parmi les membres de la cité tous les éléments dont elle a pourtant un besoin indispensable, principe également applicable à toute autre association, qui ne doit se former que d'éléments' d'une seule et même espèce. Il faut nécessairement à des associés un point d'unité commune, que leurs portions soient d'ailleurs pareilles ou inégales : les aliments, par exemple, la possession du sol, ou tout autre objet semblable. § 2. Deux choses peuvent être faites l'une pour l'autre, celle-ci comme moyen, celle-là comme but, sans qu'il y ait entre elles rien de commun que l'action produite par l'une et reçue par l'autre. Tel est le rapport, dans IV (7), CHAPITRE VII. 221 un travail quelconque, de l'instrument à l'ouvrier. La maison n'a certainement rien qui puisse devenir commun entre elle et le maçon, et cependant l'art du maçon n'a pas d'autre objet que la maison. Et de même, la cité a besoin assurément de la propriété; mais la propriété n'est pas le moins du monde partie essentielle de la cité, bien que la propriété renferme comme éléments des êtres vivants. La cité n'est qu'une association d'êtres égaux, recherchant en commun une existence heureuse et facile. g 3. Mais comme le bonheur est le bien suprême, comme il réside dans l'exercice et l'application complète de la vertu, et que, dans l'ordre naturel des choses, la vertu est fort inégalement répartie entre les hommes, car quelques-uns en ont fort peu et en sont même tout à fait dénués, c'est évidemment là qu'il faut chercher la source des différences et des divisions entre les gouvernements. Chaque peuple, poursuivant le bonheur et la vertu par des voies diverses, organise aussi sa vie et l'État, sur des bases qui ne le sont pas moins.

Voyons donc combien d'éléments sont indispensables à l'existence de la cité; car la cité résidera nécessairement dans ceux à qui nous reconnaîtrons ce caractère.

4. Enumérons les choses elles-mêmes afin d'éclaircir la question : d'abord les subsistances, puis les arts, tous

US.

82. Une association d'êtres égaux. le début de la Politique, liv. I, Aristote a proclamé dans tout le ch. 1, § 1, et liv. III, ch. VIII, § 1, cours de son ouvrage ce principe et la préface, où cette question est d'égalité pour tous les membres de discutée tout au long. - Une l'État. Il est difficile de concevoir existence heureuse et facile. Voir comment, en présence de déclara- plus haut, liv. III, ch. III, S 9; tions aussi formelles, on a pu l'ac- ch. VI, S 14, et la distinction des cuser de soutenir la tyrannie. Voir gouvernements, ch. iv, $ 7.

objets indispensables à la vie, qui a besoin de bien des instruments; puis les armes, dont l'association ne peut se passer, pour appuyer l'autorité publique dans son propre sein contre les factieux, et pour repousser les ennemis du dehors qui peuvent l'assaillir; en quatrième lieu, une certaine abondance de richesses, tant pour les besoins intérieurs que pour les guerres; en cinquième lieu, et j'aurais pu placer ceci en tête, le culte divin ou, comme on l'appelle, le sacerdoce; enfin, et c'est ici l'objet sans contredit le plus important, la décision des intérêts généraux et des procès individuels.

8 5. Telles sont les choses dont la cité, quelle qu'elle soit, ne peut absolument point se passer. L'agrégation qui constitue la cité n'est pas une agrégation quelconque; mais, je le répète, c'est une agrégation d'hommes pouvant satisfaire à tous les besoins de leur existence. Si l'un des éléments énumérés plus haut vient à manquer, il est dès lors radicalement impossible que l'association se suffise à elle-même. L'État exige impérieusement toutes ces fonctions diverses; il lui faut donc des laboureurs qui assurent la subsistance des citoyens; il lui faut des artisans, des guerriers, des gens riches, des pontifes et des magistrats, pour veiller à ses besoins et à ses intérêts.

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