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vant sur l'exploration accomplie au Négeb, du 23 janvier au 12 février dernier, par les PP. A. Jaussen, H. Vincent et R. Savignac, professeurs de l'Ecole; il y est traité principalement de la topographie et de l'archéologie d'Abdeh.

I. – RÉCIT DE L'EXPLORATION.

Le vaste cirque où prend naissance l'ouâdy Fiqreh est fermé à l'est par une rampe de collines abruptes, de quatre à cinq kilomètres de longueur, ravinées par les vents et la pluie d'ouest; avant de se rompre au sud pour livrer passage à l'ouâdy Nafakh, torrent tributaire du Figreh, la ligne toute droite se relève pour projeter sur la plaine un môle hardi : c'est ‘Abdeh. Dans la plaine où la roche est à peine recouverte d'une couche de terre végétale qui nourrit quelques touffes d'absinthe et de petits arbustes épineux, aussi grises que le sol, des vestiges d'enclos en pierres sèches qui signalent, au Négeb, les antiques installations de cultures, les murs d'une vieille tour de garde des barrages pour capter les eaux de la vallée. Au-dessus d'un large soubassement de dunes marneuses, le môle apparaît couvert d'immenses éboulis, ponctué de larges taches sombres. La caravane atteint les ruines dans l'après-midi du 4 février. Le campement est installé au pied de la montagne; un cavalier adjoint à l’escorte par le qaïmaqâm de Bersabée en assure la sécurité; la liberté du travail a été obtenue par des pourparlers engagés directement avec les arabes ‘Azâzimeh et Dhullam rencontrés sur les lieux.

Toute la colline qui, sous la couche de silex de surface, est d'un calcaire blanc très mou, avec quelques veines plus dures, est percée de grottes — trois cent cinquante à quatre cents ont été visitées — qui paraissent, à l'origine, avoir été creusées par assises horizontales et toutes sur un plan analogue avec des proportions très variables : une sorte d'atrium qui devait être largement ouvert à l'extérieur et autour duquel rayonnent des chambres qui s'enfoncent à des profondeurs très variables au cæur de la montagne. Presque partout, le plafond de la pièce antérieure de ces hypogées antiques, dont beaucoup ont été transformés en habitations chrétiennes, modifiées encore en quelques cas à l'époque arabe, s'est effondré sous la pression des édifices installés au-dessus ou par suite de quelque secousse sismique, et l'exploration a été rendue fort difficile. Parmi ces cavernes, une surtout attire : complètement isolée au sud des ruines, elle s'ouvre par une large baie cintrée, presque sous la crête de la colline. Une construction appareillée, accrochée habilement contre la fente, ornait cette entrée, derrière laquelle est aménagée dans le roc une vaste chambre funéraire; on a l'impression de pénétrer dans un des grands hypogées de Pétra, mais tout bouleversé : aucune sépulture intacte, nulle part un signe; à l'entrée seulement quelques traces d'ornementation sculpturale.

Le sentier qui, de la plaine, monte vers ce monument, escalade maintenant presque à pic, par deux branches différentes, le dernier escarpement de la montagne, au lieu de revenir au nord, dans les ruines. Sur le plateau où il débouche, à une vingtaine de mètres au-dessus de la grande tombe, le sol est rocailleux, absolument nu d'abord, puis coupé de petits murs très bas en pierres sèches, formant de multiples petits enclos, sans aucune régularité, ni aucune utilité pour enfermer des troupeaux sur ce promontoire exposé à tous les vents. De larges plaques de roche vive plus dure et plus unie que le calcaire et le silex du reste de la surface, tantôt en léger relief, ailleurs presque en creux, selon les hasards de l'érosion, ne retiennent pas l'attention; mais au milieu de ces enclos, une structure étrange frappe dès le premier aspect : une esplanade circulaire, spacieuse, percée en son milieu d'une large cavité, domine de quelques mètres le sol environnant. Reliée au nord à l'arête du plateau, cette esplanade est entourée sur les autres côtés de longs rayons qui lui donnent l'aspect d'une gigantesque astérie. Entre les rayons, on peut constater des cavernes creusées dans la roche qui fait le noyau de l'esplanade. Les branches elles-mêmes de l'étoile sont en partie évidées du roc et complétées par de larges quartiers de pierre reliés par de la terre. Quelques gros blocs de basalte sont entassés sur un point de l'esplanade; une sorte de chemin de ronde enveloppe le tout et, de plusieurs côtés, à travers le plateau, des sentiers orientent vers ce belvédère, au fin sommet de la montagne. L'idée vient aussitôt d'un haut-lieu nabatéen, bien qu'on n'y voie ni clôture de ḥaram, ni autel, ni bassins. Il restait encore à y découvrir des graffites.

Le samedi 6, pendant qu'une partie de la caravane se rendait à Cadès = 'Aïn Qedeis, pour raccorder l'itinéraire relevé jusqu'à ‘Abdeh à une localité suffisamment fixée par des travaux topographiques antérieurs, le P. Vincent s'occupa d'achever le relevé topographique du plateau. Arrêté sur la crête orientale de la plate-forme, au sommet d'un ravin, pour fixer la position d'un sentier montant de l'ouâdy Asaly, il observa sur un rocher voisin un graffite nabatéen ; le sentier, au lieu de continuer vers la citadelle, obliquait vers le sud, toujours orienté vers la grande étoile de mer. On découvrit bientôt sur les roches nues la forme très nette d'une sandale, puis le tracé plus gauche d'un pied, d'autres sandales avec leurs lanières, d'autres symboles, des graffites accompagnés de nombreux ex-votos, des sandales ou pieds, sigles inconnus attestant le caractère religieux attaché à cet emplacement. L'un des graffites portait l'exclamation : 0724 17.

Les deux jours suivants furent employés à dresser les plans d'ensemble de la citadelle et de la ville, à terminer l'exploration des hypogées qui permit de découvrir dans le grand tombeau situé au sud, dans l'axe ouest-est du hautlieu et dans le voisinage assez immédiat du : Vive Obodas!

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