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avec vous, dans la Ligue contre l'athéisme, les tendances matérialistes de notre époque. Ce que je combats ici avec plus de regret c'est l'excès d'un zèle religieux méconnaissant aussi bien les traditions et la doctrine dont il se réclame que les conditions naturelles de l'organisation des sociétés. Dans une telle polémique, j'avais à prendre auprès de vous plus d'un exemple et plus d'une leçon. Je n'ai pu remonter dans les controverses de notre siècle sur le socialisme sans vous y rencontrer à chaque pas. Je vous y ai trouvé tel que vous avez toujours été, sincére ami des croyances religieuses, souhaitant qu'elles ne soient jamais séparées ni de la science ni de l'esprit philosophique, les aimant donc surtout quand elles sont réfléchies, soutenues par la foi en Dieu et par le dévouement à l'humanité, mais préservées aussi par le bon sens.

Bien d'autres peuvent tenir à honneur de se rencontrer avec une âme comme la vôtre dans la défense de pareilles idées. A ce sentiment s'ajoute en moi une gratitude aussi fidèle que l'est votre estime et, si vous voulez bien que je le dise, votre amitié !

HENRI JOLY,

LE

S0CIALISME CHRÉTIEN

CHAPITRE I
LES ORIGINES

Position de la question. — Deux définitions du socialisme. — I. La théorie de la justice dans l'Ancien Testament : les rapports de l'homme et de Dieu ; les rapports des hommes entre eux. — Les droits de l'individu. — L'homme et la

terre. — La propriété de famille et la propriété individuelle. — L'expropriation. — La richesse et la pauvreté. — II. Le Nouveau Testament. — En quoi il confirme

l'Ancien. — La propriété du père de famille. — Jésus refusant d'être juge des partages temporels. — Les deux degrés de la vertu : le droit et l'esprit de sacrifice. — La propriété devant les apôtres. — Conclusion sur l'esprit des textes bibliques et évangéliques.

Rappelons brièvement ce qui paraît aujour

d'hui acquis sur les tendances de la doctrine

appelée socialisme. Ces tendances oscillent entre

deux idées, dont l'une, plus vague, est accep

table pour tout le monde, s'impose même, on

peut le dire, à tous les esprits, et dont l'autre 1

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est un système défendu par une secte nombreuse, il est vrai, mais exclusive, militante et fermée. « Le socialisme est la recherche de l'amélioration du sort du plus grand nombre par les efforts réunis du penseur, du législateur et de l'homme d'Etat. » Voilà la première idée. · é Le socialisme. est l'ensemble des mesures par lesquelles la puissance publique travaille à

. niveler les inégalités et impose à tous la réparti

| tion la plus équitable de la richesse, en dépit de ce qu'on appelle les lois économiques, et en dépit des revendications de la liberté individuelle. » Telle est la seconde idée. Un nombre considérable et croissant de . publicistes s'intitulent socialistes. C'est entre ces deux pôles qu'ils s'agitent et qu'ils essayent de se diriger. L'autorité publique a-t-elle failli à une partie de la mission qu'elle s'était donnée, ou, en se substituant à l'initiative individuelle, n'a-t-elle abouti qu'à du désordre; on recule alors du côté des aspirations et des conseils, ou l'on ébauche des combinaisons locales et partielles, dont chacun tirera parti comme il le pourra. Est-ce le libéralisme qui a échoué; on se retourne du côté de l'autorité, on lui demande d'intervenir et de mettre un terme aux déceptions dont on se plaint. Dans ce milieu confus, bien des opinions sincères vont se heurtant, parce que, suivant la

nature des déceptions les plus récentes, les uns vont dans un sens, les autres dans un autre. Beaucoup pensent que, dans ce milieu, le christianisme doit offrir un point de ralliement plus stable et en même temps plus ouvert aux bonnes volontés. Mais, ici encore, on se divise : les uns cherchent dans le christianisme un esprit de solidarité, de justice et d'équité plutôt que des formules précises et qu'un système arrêté d'organisation sociale; les autres croient que les livres saints de cette religion renferment les grandes lignes d'un système où le respect absolu de l'autorité est le point de départ, où l'égalité de tous est le but. De ces deux interprétations, laquelle est la plus vraie ? C'est ce que nous nous proposons d'examiner. Prenons la Bible dans son ensemble, Ancien et Nouveau Testament. Les discussions des érudits sur l'importance respective, sur l'ordre chronologique, je dirai même sur l'authenticité des divers livres de la Bible, importent ici fort peu. En dépit de ses divisions, l'Église chrétienne a reconnu ces livres comme une parole divine et en a fait la base de ses croyances et la règle de sa conduite. Dès lors, que tel prophète soit plus ancien ou plus moderne qu'on ne l'a cru, que tel livre soit de Salomon ou d'un auteur postérieur, cela n'importe pas pour la question que nous traitons : ce n'est pas à nous

à reprendre ces discussions. La Bible vulgaire forme un tout traditionnel dont le christianisme est devenu inséparable. Cela suffit. Encore une fois, ouvrons donc cette Bible, patrimoine commun des races latines et des peuples anglosaxons. Que renferme-t-elle d'esprit « socialiste »? Quels encouragements, quels freins la doctrine socialiste y rencontre-t-elle?

Irons-nous chercher ce que la Bible nous fournit d'indications sur le droit au travail ou sur l'impôt progressif? Il semble qu'il y ait tout d'abord deux questions plus hautes à examiner. 1° La justice de la Bible est-elle la simple application d'un ordre donné, d'une organisation imposée par une puissance supérieure qui, après avoir été Dieu lui-même, serait ensuite son représentant spirituel ou temporel ? 2° Cette justice veut-elle par-dessus tout la solidarité sociale et ignore-t-elle le droit de l'individu ? | S'il faut répondre affirmativement à ces deux questions, la Bible est très socialiste. Elle l'est beaucoup moins : 1° si elle nous fait voir dans la justice un ordre qu'il s'agit de déchiffrer et qui n'a rien d'arbitraire ; 2° si elle a égard à l'individu et si elle exige qu'en toutes choses il soit traité selon ses mérites personnels.

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