Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

Critique dauraient les, en lep

Livre de la Trinité.

nologue par plusieurs. Occupé presque con- mer, et lui envoya, par le même ami, la ré-
tinuellement de cette pensée, lantôt il croyait ponse à ses objections, en le priant, lui et tous
avoir trouvé l'argument qu'il cherchait, tan- ceux qui auraient le Prosloge, d'y ajouter la
tôt il échappait à son esprit. Désespérant de critique de Gaunilon, et sa réponse à cette
réussir, il fit tous ses efforts pour se défaire critique. Elle ne fit pas changer de sentiment
de cette pensée; mais il ne put en venir à à saint Anselme; au contraire, il en prit oc-
bout, et trouvant enfin ce qu'il cherchait, il casion de mettre son raisonnement dans un
l'écrivit aussitôt sur des tablettes cirées ! plus grand jour, et de prouver sans réplique,
dont on faisait encore usage alors, et les que l'idée d'un être souverainement parfait
donna à garder à un des frères du monas- enferme nécessairement l'existence de cet
tère, qui les égara. Saint Anselme fut donc être. L'écrit de Gaunilon porte son nom dans
contraint d'en faire un autre exemplaire sur les plus anciens manuscrits. Il ne peut donc
des tablettes de même matière, et ensuite sur être 5 de Robert Olkot, comme l'a cru Fran-
du parchemin. Il donna pour titre à ce petit çois Pie; ce Robert n'ayant vécu que plus
écrit : La foi qui cherche l'intelligence de ce de deux cents ans après saint Anselme.
qu'elle croit. Depuis, aux instances de ceux 5. Selon les anciennes éditions gothiques Livre de la
qui en avaient tiré des copies, et surtout de du livre de la Trinité, il avait été écrit contre
Hugues, archevêque de Lyon, il l'intitula les Juifs : opinion que les éditeurs paraissent
Prosloge, parce que l'auteur s'y entretient avoir prise de Trithème 6, qui dit en effet
ou avec lui-même, ou avec Dieu, sur l'exis- que saint Anselme composa un livre de la
tence de cet Etre suprême, et sur tous ses Trinité contre les Juifs, différent toutefois de
attributs; montrant qu'il est tout ce que la celui-ci. Dans les éditions postérieures l'ins-
foi nous en apprend, éternel, immuable, cription porte qu'il fut fait contre Roscelin :
lout-puissant, immense, incompréhensible, et cette inscription se trouve dans plusieurs
juste, pieux, miséricordieux, vrai, la vérité, manuscrits 7.
la bonté, la justice, et que tout cela n'est 6. Roscelin ou Ruzelin était natif de l’Ar- Saint An
dans Dieu qu'une même chose. Sigebert ? et morique ou de la petite Bretagne. Etant venu bat Koscelin
Honorius d’Autun mettent le Prosloge au à Compiègne au diocèse de Soissons, il en
nombre des écrits de saint Anselme; et ce fut fait chanoine, et chargé des leçons publi-
saint le cite lui-même dans le chapitre qua- ques. Amateur de la nouveauté, il donna
trième du livre de la Foi de la Trinité et de dans le sentiment des nominaux, avancé par
lIncarnation, et dans sa lettre 3 à Hugues le un docteur français nommé Jean, et l'épousa
Reclus, à qui il conseille la leclure de ce qui tellement qu'il passa dans la suite pour un
y est dit de la joie parfaite de la félicité éter- · des chefs de cette secte. Comme il savait plus
nelle. Comme il est certain que saint An- de dialectique que de théologie, il aimait à
selme est auteur de cet opuscule, il suit de raisonner des mystères de la religion sui-
là que le Manuel qui en est tiré pour la plus vant les lumières de la raison; ce qui le fit
grande partie, n'est pas de saint Augustin, lomber dans l'erreur au sujet des trois per-
quoiqu'il ait été quelquefois imprimé 4 sous sonnes de la Trinité; disant 8 qu'elles étaient
son nom. Le Prologue esi distribué en vingt- trois choses séparées, comme trois anges,
cinq chapitres.

quoiqu'elles n'eussent qu'une volonté et 4. Un moine de Marmoutiers nommé Gau- qu'une puissance. Il ajoutait qu'on pourrait Pag. 35, 37. nilon, l'ayant lu, fut surpris de ce qui y est dire véritablement qu'elles sont trois dieux,

dit, qu'on ne peut avoir l'idée d'un être très- s'il était d'usage de s'exprimer ainsi. Rosce-
parfait, sans concevoir qu'il exisle nécessai- lin s'appuyait de l'autorité de Lanfranc et de
rement. Il réfuta ce raisonnement, dont il ne saint Anselme, soutenant qu'ils avaient l'un
connaissait pas la force, et joignit sa réfuta- et l'autre pensé comme lui sur cette matière.
tion à l'écrit même. Un ami l'envoya à saint Le saint archevêque, se voyant calomnié avec
Anselme, qui la reçut avec plaisir. Il en re- son prédécesseur, écrivit en 1089 à Foul-
mercia même Gaunilon, mais sans le nom- ques, évêque de Beauvais, qui devait assis-

selne y com

Réponse à

1 Anselm. vil., pag. 6.

? Sigebert, cap. CLxviii, et Honorius, lib. IV, cap. xv.

8 Anselm., lib. II, Epist. 22. - Voyez tom. IX, pag. 287.

5 Censura operum S. Anselmi, pag. 2.
6 Trithem., de Script. eccles., cap. CCCLI.
7 Censura lib. de Trinitate.
8 Tom. X Concil., pag. 434.

ter au concile indiqué à Reims contre Ros- nent que rien n'est possible que ce qu'ils
celin, pour le prier de déclarer en plein conçoivent par les lumières de la raison; et
concile, s'il en était besoin, que ni Lafranc fait voir qu'en suivant ce principe, il n'est
ni lui n'avaient jamais rien enseigné de sem- pas surprenant qu'ils tombent en tant d'er-
blable, et qu'il disait anathème à quiconque reurs.'ll pose un principe contraire, qui est
enseignerait l'erreur qu'on attribuait à Ros- que l'on ne parvient à la connaissance des
celin. Il ajoutait qu'on ne devait lui deman- choses divines que par les lumières de la foi,
der aucune raison de son erreur, ni lui en et en suivant ce que l'Eglise nous enseigne.
rendre aucune de la vérité opposée, et qu'il Venant à la proposition de Roscelin, portant
fallait agir contre lui par autorité, s'il était que les trois personnes divines sont trois
chrétien, « Car ce serait, dit-il, une extrême choses séparées, comme trois anges ou trois
simplicité de mettre en question notre foi si âmes, parce qu'autrement il faudrait dire que Pag 63.
solidement établie, à l'occasion de chaque le Père et le Saint-Esprit se sont incarnés
particulier qui ne l'entend pas. Il faut la dé- avec le Fils, il dit ou que Roscelin admet
fendre par raison contre les infidèles, mais trois dieux, ou qu'il ne sait ce qu'il dit; que
non pas contre ceux qui portent le nom de s'il admet trois dieux, il n'est pas chrétien;
chrétiens.» Le concile indiqué à Reims se tint que s'il ne sait ce qu'il dit, on ne doit pas
à Soissons, quatre ans après, c'est-à-dire en l'écouter. Il convient que l'on peut dire en
1092, ou au commencement de l'année sui- un sens que les trois personnes sont trois
vante. Roscelin, cité au concile, comparut, fut choses, pourvu que par ce terme l'on entende
convaincu de son erreur, feignit de l'abjurer, relation et non pas substance, puisqu'en effet
et continua à l'enseigner dans des disputes la paternité, la filiation, la procession sont
Secrètes, assurant qu'il ne l'avait abjurée trois choses différentes. Mais ce n'était pas
que dans la crainte d'être assommé par le là le sens de Roscelin; il voulait qu'elles fus-
peuple. Yves de Chartres lui fit des reproches sent trois substances différentes comme le
de sa dissimulation 3, et l'exhorta, mais inuti- sont trois anges et trois âmes, ne trouvant
lement, à se rétracter sincèrement, et à faire point d'autre moyen pour sauver au Père la
cesser le scandale qu'il avait causé dans l'E- nécessité de s'incarner avec le Fils, Saint
glise.

Anselme fait voir que la distinction que les Inité de l 7. Alors les moines de l'abbaye du Bec relations constituent entre les personnes sufincreatien. pressèrent saint Anselme, devenu archevê- fit pour dire que le Fils s'est seul incarné

que de Cantorbéry, d'achever la réfutation personnellement, quoique l'incarnation soit
de Roscelin, qu'il avait commencée, étant l'ouvrage des trois personnes. Il donne plu- 43.
leur abbé, dans sa lettre à l'évêque de Beau- sieurs raisons pour prouver qu'il était plus con-
vais. L'archevêque fit ce que ses moines de- venable que le Fils s'incarnât que le Saint-Es-
mandaient de lui, dans un livre intitulé : de prit; entre autres, que dans le cas où le Saint-
la Foi de la Trinité et de l'Incarnation, qu'il Esprit se serait fait chair, il aurait été fils de
dédia au pape Urbain II, en le priant de l'homme, et qu'alors il y aurait eu deux fils
l'examiner. Eadmer parle 4 de ce traité en dans la Trinité : ce qui aurait produit quel-
deux endroits, et le met au commencement que confusion dans nos idées, lorsque nous
de l'épiscopat de saint Anselme, c'est-à-dire parlons de Dieu le Fils. La même difficulté
en 1093 ou 1094. Il ajoute que ce pape le serait arrivée, si le Père se fût incarné. Il
reçut gracieusement, et qu'il en fit le fond montre qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une
de ses raisonnements contre les erreurs des personne et deux natures; et pour donner
Grecs au concile de Bari. Saint Anselme cite une idée de l'origine des personnes en Dieu,
au quatrième chapitre son Monologue et son il propose l'exemple d'une fontaine, d'où
Prosloge, ce qui montre que le traité de la naît d'abord un ruisseau, puis un lac ou un
Trinité leur est postérieur, suivant l'ordre fleuve tel que le Nil. Ce n'est qu'une même
des lemps; mais il fut fait avant le livre de la eau dans la fontaine, dans le ruisseau, dans
Procession du Saint-Esprit, où il est cité au le lac ou le fleuve, et toutefois la fontaine
dix-septième chapitre. Saint Anselme re- n'est pas le ruisseau, ni le ruisseau le lac. La
prend ces hommes téméraires, qui s'imagi- fontaine, le ruisseau et le lac sont distingués
1 Anselm., lib. II, Epist. 41.

* Eadmer., lib. II, de vita Anselm., pag. 14, et
: Anselm., de Trinit., cap. 1; Yvo, Epist. 7. lib. II Novor., pag. 53.
* Yvo, Epist. 7.

Procession du

d'Aogle.erro.

l'un de l'autre; la fontaine ne naît pas du

& II.
ruisseau, ni du lac; le ruisseau nait de la
fontaine, mais non pas du lac; et le lac naît

Du traité de la Procession du Saint-Esprit;
de la fontaine et du ruisseau. Le ruisseau

du Dialogue sur la Chute du diable; Pourest tout entier de la fontaine; et le lac tout

quoi Dieu s'est fait homme, et quelques autres entier de la fontaine et du ruisseau. La na

opuscules. ture divine est une et la même dans le Père, 1. Le concile indiqué à Bari par le pape Traité de la le Fils el le Saint-Esprit, mais chacune de Urbain II, s'y tint au mois d'octobre de l'an Saint-Eprit. ces personnes a ses propriétés qui la distin- 1098. Les Grecs proposèrent la question de guent des autres; le Père ne tire son origine la procession du Saint-Esprit, et apportèrent de personne; le Fils est engendré du Père; et divers passages de l'Evangile pour montrer

le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. qu'il ne procède que du Père. Le pape en Roscolin 8. Roscelin, s'opiniâtrant dans son erreur, produisit de son côté pour prouver qu'il proFranco si fut ' banni du royaume. Il se retira en An- cède du Fils comme du Père, ce qu'il appuya

gleterre, où il excita de nouveaux troubles, de plusieurs raisons tirées du livre de la Tri-
surtout à Oxford, enseignant ? que les en- nité et de l'Incarnation, qu'Anselme lui avait
fants des prêtres ne pouvaient être promus adressé. Les Grecs insistant par de nouvelles
aux ordres sacrés. Thomas ou Thibaud d'E preuves, le pape ordonna à Anselme de s'ap-
tampes, qui enseignait alors en cette ville, procher de lui, et de répondre aux objections
le réfuta par un traité dogmatique 3 qu'il lui des Grecs. Il était prêt à le faire; mais on fut
adressa en forme de lettre. Roscelin se ré- obligé de renvoyer la chose au lendemain.
pandit ensuite en calomnies 4 contre saint L'archevêque parla avec tant de force et de
Anselme. Elles ne furent point écoutées, solidité, que tous convinrent qu'il avait ren-
mais le roi Guillaume le Roux, à la persua- versé absolument les objections des adver-
sion des amis de l'archevêque, chassa de ses saires, et mis en évidence que le Saint-Es-
Etats le caloniniateur. Il eut en une autre prit procède du Père et du Fils; en sorte que
occasion des démêlés avec un théologien le concile, après avoir donné au prélat les
nommé Pierre, que quelques-uns ont cru être louanges qu'il méritait, prononça anathème
Pierre Abélard. Mais la lettre de ce théolo- contre ceux qui nieraient cette vérité. Ead-
gien contre Roscelin fut écrite avant 5 qu'A- mer 8, qui était assis aux pieds de son arche-
bélard eût étudié en théologie. Elle est adres vêque pendant la dispute, dit que depuis il
sée à un archevêque de Paris, dont le nom traita la même malière par écrit avec encore
commençait par la lettre G, et qui gouver- plus de soin et d'exactitude, et qu'il envoya
nait cette Eglise depuis la condamnation de des copies de ce traité à ses amis qui lui en
Roscelin au concile de Soissons et du vivant avaient demandé. Hildebert, évêque du
de ce novateur : ce qui désigne l'évêque Mans, fut un de ceux qui le pressèrent de
Guillaume, mort vers l'an 1101. Ce théolo- composer cet ouvrage, dont on met l'époque
gien prie le prélat 6 de lui accorder une con- vers l'an 1100. Il est intitulé : Lettre, dans
férence avec Roscelin, où ils puissent l'un et les éditions gothiques et dans celles de Colo-
l'autre publiquement et en sa présence s'ex- gne. Dans les autres il porte le titre de Livre,
pliquer sur la matière qui faisait le sujet de et il est divisé en vingt-neuf chapitres, sans
leur dispute. On ne sait quelle fut l'issue compter le prologue et l'épilogue. Tous les
de cette affaire. Roscelin ne se rendit pas manuscrits o le donnent à saint Anseline, de
moins odieux par ses calomnies que par ses même que Sigebert. Mais dans celui du col-
erreurs, et l'irrégularité de sa conduite. 11 lége de Saint-Benoît à Cambridge, il porte le
fut sans doute dépouillé de son canonicat de nom de saint Augustin : ce qui vient sans
Compiègne, puisqu'il demanda à Yves de doute de ce que le copiste, ne lisant dans son
Chartres une place dans son Eglise. Elle lui exemplaire que la première lettre du nom
fut refusée sous d'honnêtes prétextes. Nous d'Anselme, a cru qu'elle marquait saint Au-
ne connaissons la lettre qu'il écrivit à ce pré- gustin.
lat' que par la réponse qu'il en reçut.

2. On trouve d'abord dans ce livre les ar- Analy de

e livre. Pag 49.

i Tom. X Concil., pag. 487.
· Spicileg. tom. III, pag. 142, 146.
s Ibid., pag. 139. – 6 Tom. X Concil., pag. 487.
% Mabill., lib. LXIX Annal., nuni. 71, pag. 384.

o Tom. X Concil., pag. 487.
7 Yvo Carnot., Epist. 7.
8 Eadmer., lib. II, Histor. Novor., pag. 53.

Censura Lib. de Procession.

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

Chute do dia.

ticles de foi communs aux Grecs et aux Latins, leur consentement. Saint Anselme répond Cap. XXI:.

en ce qui regarde le mystère de la sainte que l'éloignement des lieux ne l'a pas perCap. : Trinité. Ils croient les uns et les autres qu'il mis, et que d'ailleurs ce consentement n'é

n'y a qu'un Dieu en trois personnes, le Père, tait point nécessaire, parce qu'il n'y avait
le Fils et le Saint-Esprit; que chaque per aucun doute de la part des Latins sur l'article
sonne est esprit, avec cette différence que le ajouté au Symbole; que le Symbole ne con-
Père et le Fils ne sont l'esprit d'aucun, au tenant pas tous les articles de la foi, on a pu
lieu que le Saint-Esprit est l'esprit du Père y ajouter ceux qu'on a crus nécessaires. Il
et du Fils. Les Latins ajoutent qu'il procède prouve que cette procession n'emporte aucune xx1, xxv.

du Père et du Fils; les Grecs soutiennent autre priorité que celle d'origine, en sorte que 1r. qu'il ne procède que du Père. Saint Anselme le Saint-Esprit n'en est pas moins égal au Père

fait voir, en premier lieu, que le Fils et le et au Fils; tout étant commun au Père, au
Saint-Esprit tirent leur origine du Père; le Fils et au Saint-Esprit, excepté ce qui est
Fils par la génération, le Saint-Esprit par la propre à chaque personne, ou relatif, comme
procession; en second lieu, que le fils ne la paternité, la filiation, la procession.
reçoit rien du Saint-Esprit; troisièmement, 3. Il est parlé du livre de la Chute du dia- Livre de la
que le Saint-Esprit procède du Père et du ble dans plusieurs autres écrits ' de saint ble. Pag. 62.

Fils. Il ne procède du Père, que parce qu'il Anselme. Il l'écrivit?, suivant l'auteur de sa vui. est du Père : il procède donc aussi du Fils, Vie, étant prieur de l'abbaye du Bec, c'est

puisqu'il est l'esprit du Fils, et qu'il est en- à-dire dans le temps qui s'écoula depuis l'an

voyé par le Fils comme par le Père, cela est 1063 jusqu'en 1077, auquel il fut élu abbé. dag 310, 26. dit en termes clairs dans l'Evangile. Il y est L'ouvrage est en forme de dialogue. Le traité

dit encore que quand l'Esprit de Vérité sera du Mal, dont saint Anselme parle dans sa Joan. IV, 26. venu, il ne parlera pas de lui-même, mais lettre 3 à Maurice, est tiré entièrement du

qu'il dira tout ce qu'il aura entendu, et an- onzième chapitre de ce livre. C'est pour cela das 191, 15. noncera les choses à venir. C'est lui, ajoute qu'on n'a point imprimé séparément le traité

Jésus-Christ, qui me glorifiera, parce qu'il du Mal dans la nouvelle édition de ses eu-
prendra de ce qui est à moi et il vous l'an- vres. Saint Anselme fait voir dans le livre de co
noncera. Saint Anselme insiste beaucoup sur la Chute du diable, qu'encore que Dieu n'ait lll, ir, v, vs.
ces paroles du Fils : Il prendra de ce qui est pas donné aux mauvais anges le don de la
à moi. L'Ecriture ne pouvait en effet mar- persévérance dans la vérité, qu'ils ne pou-
quer plus clairement que le Saint-Esprit tient vaient avoir que de lui, ils n'ont pas laissé de

son essence de celle du Fils et qu'il en pro- pécher en ne persévérant pas, parce qu'en Cap. XI, III. cède. Il rapporte d'autres passages qui ten- effet ils n'ont pas voulu persévérer dans le

dent à la même fin. Les Grecs disaient quel- bien; que les bons anges avaient également
quefois que le Saint-Esprit procède du Père le pouvoir de ne pas persévérer, mais
par le Fils : façon de parler inintelligible, et qu'ayant préféré la justice, ou le bien dans

qui n'est point fondée dans l'Ecriture. Ils lequel ils avaient été créés, à l'injustice,
. objectaient que Jésus-Christ, parlanl de l'Es- c'est-à-dire au désir immodéré d'être sem-

prit de Vérité, dit bien qu'il procède du blables à Dieu, ils ont été, pour récompense laaa. IV, 26. Père, mais qu'il ne dit pas qu'il procède aussi de leur fidélité, confirmés dans l'état de Cap. 318. do Fils. Saint Anselme répond que souvent grâce; au lieu que les mauvais anges, en

l'Ecriture n'attribue qu'à une seule personne punition de leur péché, ont perdu le bien

ce qui appartient à deux, ou même à toutes qu'ils avaient, c'est-à-dire la justice, et se With 291,. les trois. C'était sans doute le Père, le Fils sont mis hors d'état de la recouvrer jamais.

et le Saint-Esprit qui avaient révélé à saint Saint Anselme traite à cette occasion de la
Pierre la divinité de Jésus-Christ, et toutefois nature du mal et de son origine. Il soutient

l'Evangile n'attribue cette révélation qu'au que le mal n'est que la privation du bien ou | Pag. 17, 's. Père. Elle dit du Saint-Esprit qu'il fera con- de la justice; qu'on peut dire néanmoins

naitre toute vérité. Le fera-t-il à l'exclusion que Dieu est auteur du mal, en ce qu'il ne
du Père et du Fils ? Les Grecs se plaignaient l'empêche pas, comme on dit qu'il induit en
qu'on eût ajouté la particule Filioque sans tentation lorsqu'il n'en délivre pas; qu'on

Cap. 1, 11,

IX, X, XI.

1 Lib. I, Cur Deus homo, cap. XVII, lib. de Conceptu Virg., cap. XXIX, et lib. de Concord., cap. VII.

? Eadmer., lib. I, de Vita Anselm., pag. 6. 8 Lib. II, Epist. 8.

Analys

Dieu s'est fait bomme.

prologo.

Cap. xx. peut dire en un autre sens qu'il fait la mau- . 5. L'ouvrage est en forme de dialogue, et

vaise volonté de la créature, non en tant que divisé en deux livres. Le premier contient 1, paplit mauvaise, mais en tant qu'elle est volonté les preuves que les infidèles apportaient

et la cause des mauvaises actions. Il ne croit pour montrer que la religion chrétienne est x31, X111, pas que les anges, soit bons, soit mauvais, contraire à la raison, et les réponses des XX1, XXIV.

aient pu prévoir leur persévérance dans le chrétiens à ces objections. «C'est, disaient les cap. II.
bien, ou leur chule et la peine dont elle a infidèles, faire injure à Dieu, de dire qu'il
été punie.

est né d'une femme, qu'il a été nourri de Les deux li 4. Le dialogue intitulé : Pourquoi Dieu lait, qu'il a souffert, qu'il est mort. Les cliréDieu s'est fait s'est fait homme, est dû, en quelque sorte, tiens répondent que Dieu, dans l'économie

aux inslances du moine Boson, qui est un de l'incarnation, a fait voir sa sagesse et sa
des interlocuteurs. Saint Anselme le com- bonté envers nous; puisqu'il fallait que,
mença en Angleterre, dans le temps que comme la mort était entrée dans le monde

Guillaume-le-Roux le persécutait le plus vio- par la désobéissance de l'homme, la vie y
Anselm. in lemment; mais il ne put l'achever qu'en lla- rentrât par l'obéissance de l'homme, et que,

lie, où les mauvais traitements de ce prince comme le péché qui nous a causé la mort
l'obligèrent à se retirer. Jean, abbé de Saint- avait pris son commencement de la femme,
Sauveur, dans la terre de Labour, l'avait l'auteur de notre justice et de notre salut
prié de venir faire sa demeure à Sélanie, naquil dune femme. Quant à ce qu'on dit si..
terre dépendante de son monastère. L'ar- qu'il est indigne de Dicu de souffrir, de mou-
chevêque l'accepta , et charmé du repos rir et d'être sujet aux infirmités humaines
d'une si agréable solitude, il y reprit la suite qui sont les suites de l'incarnation, il est
de l'ouvrage dont nous parlons. Il faut l'en- aisé de répondre que tous ces inconvénients

tendre lui - même en expliquer l'occasion cessent d'en être, si l'on considère que Jésus- u. Anselm. dans le premier chapitre : « Plusieurs person- Christ, comme Dieu, n'a rien souffert, et lib. 1. cap 1

nes m'ont, dit-il, prié souvent et avec beau- que, comme homme, il n'a souffert que ce
coup d'instances de mettre par écrit les rai- qu'il a bien voulu souffrir, sans y être con-
söns que je leur rendais d'une question qui traint de la part de Dieu son Père, ayants
regarde notre foi, non pour arriver à la foi fait volontairement ce qu'il savait être la vo-
par la raison, mais pour avoir le plaisir d'en lonté de son Père. »
tendre et de contempler ce qu'ils croient, et : 6. Saint Anselme fait voir que le péché
de pouvoir en rendre raison aux autres. C'est étant une dette, puisque ce n'est autre chose et XIV.
Ja question que nous font les infidèles, en se que de ne pas rendre à Dieu ce qu'on lui
moquant de notre simplicité; pour quelle rai- doit, il ne lui convenait pas de laisser le pé-
son ou par quelle nécessité Dieu s'est fait ché impuni; que Dieu ne peut rien faire de
homme, et a rendu la vie au monde par sa · plus juste que de se faire rendre par ses
mort, puisqu'il le pouvait faire par un autre, créatures l'honneur qui lui est dû, et de les
soit un ange, soit un homme, ou par sa seule punir, si elles sont hors d'état de payer ce
volonté ? » Avant que l'ouvrage fût achevé qu'elles lui doivent. ll prouve ensuite que
et châtié comme il convenait, des amis d'An. Dieu, ayant résolu de remplacer par les
selme en copièrent la première partie à son hommes le vide que les mauvais anges
insu. Cela l'obligea à supprimer plusieurs avaient laissé par leur chute dans le nom-
choses qu'il avait dessein d'y ajouter, et à le bre des esprits à qui il voulait faire part de
finir plus tôt qu'il n'aurait souhaité. Il l'acheva sa gloire, devait, avant d'élever l'homme à

ax et sey. l'aller au concile de Bari, qui se tint ce grand bonheur, eziger de lui une satis

au mois d'octobre 1098. Ainsi, ce traité est faction convenable pour son péché; que ce 111, ist. 28, antérieur à celui de la procession du Saint- péché était de lui - nême si grand, que ist. 55.

Esprit, qui ne fut écrit que quelques années l'homme ne pouvait réparer le tort qu'il
après ce concile. Aussitôt que saint Anselme avait fait à Dieu en lui préférant le démon;
eut fini l'écrit Pourquoi Dieu s'est fait et qu'étant par celle prelerence tombe sous

XXV.
homme, Eadmer, qui avait été moine du l'esclavage du démon, il ne pouvait en être
Bec, en fit une copie pour cette abbaye. tiré que par un Dieui fait homme.
Quelque temps après, les moines de Cantor 7. Il montre dans le second livre que
béry en firent une autre par ordre de l'ar l'homme a été créé juste, pour être heureux second livre
chevêque, pour être envoyée au pape Pascal. en jouissant de Dieu; qu'il ne serait pas

X1, XI', 1:1

a

Apselm.lib.

Analyse de

Jag. 86.

« ZurückWeiter »