Abbildungen der Seite
PDF
EPUB
[ocr errors]

ris en 1647, [et ensuite dans le tome CLXII 13. Il a déjà été parlé de Pierre de Hones- Pierre de

Honestis. de la Patrologie latine, col. 611-616.] Quel tis dans l'article de saint Pierre Damien, avec qu'en soit l'auteur, on ne la trouve pas digne qui on l'a quelquefois confondu, soit à cause de foi !.

de l'identité de nom, soit parce qu'ils étaient Fierest Bira. 11. Vers le même temps, un autre moine nés dans la même ville, c'est-à-dire à Ravenne. mies. se bénédictin composa une Chronique depuis le Mais ils étaient en effet très-différents : l'un

commencement du monde jusqu'en 1118. Il fut moine de l'ordre de Saint-Benoît, évêque
était anglais de nation, du monastère de Wor- d'Ostie et cardinal, et mourut en 1072; l'au-
chester, et se nommait Florent Bravon. Très- tre n'est mort qu'en 1119, et n'eut d'autre
instruit dans les lettres divines et humaines, grade dans l'Eglise que celui de prévôt ou
il se fit, par ses ouvrages, une grande répu d'abbé dans le monastère qu'il fonda au port
tation. Sa Chronique, toutefois, n'est à pro de Ravenne. Il était 3 de la famille noble des
prement parler qu'une compilation des an- Honestis, établie en cette ville. En un voyage
ciennes, de celles de Gildas, de Bède, de sur mer, il fut attaqué d'une tempête vio-
Marianus, de Sigebert; mais on lui doit la lente. Dans le danger, il s'obligea, par vou,
connaissance des événements qui se passè lorsqu'il serait de retour au port de Ravenne,
rent sous les rois dont il fut contemporain, d'y bâtir un monastère en l'honneur de la
c'est-à-dire Guillaume-le-Conquérant et ses sainte Vierge. Il exécuta sa promesse, assem-
deux fils, Guillaume-le-Roux et Henri Jer, rois bla en cette maison un certain nombre de
d'Angleterre. Il ne vit même qu'une partie prêtres, avec qui il vécul conformément à la
du règne de ce dernier prince, qui vécut règle qu'il leur prescrivit. Il était lui-même
jusqu'en 1135, s'il est vrai, comme on le honoré du sacerdoce.
dit, que Florent soit mort au mois de juil- 14. Constantin Cajetan, qui a fait imprimer sardele
let 1118 ?. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il cette Règle à la suite des Quvres de saint
ne conduisit sa Chronique que jusque-là, et Pierre Damien, remarque qu'elle fut écrite
qu'un anonyme, moine comme lui de Wor- pour les clercs ei les chanoines qui vivaient
chester, la poussa jusqu'en 1163.

régulièrement dans les cloîtres des églises Fatie is de 12. Elle fut imprimée, avec ce!te conti- cathédrales ou dans les collégiales, suivant

nuation , pour la première fois à Londres en les statuts du concile d'Aix-la-Chapelle, et
1592, in-40, par les soins de Guillaume non pour les chanoines réguliers qui suivent
Houard, depuis comte de Northampton, avec pour règle celle de saint Augustin. Pierre
un autre écrit de Florent Bravon, intitulé : de Honestis composa la sienne sur les écrits
Livre de la race royale des Anglais, ou la Gé- des saints pères, et prit beaucoup de choses
néalogie des rois d'Angleterre. On la réimprima de la règle de saint Benoît. Mais avant de
en la même ville en 1596, in-fol., dans la l'établir dans son monastère, il l'adressa, par
collection des Historiens anglais, par Henri une lettre, au pape Pascal II, en le suppliant
Savilius; à Francfort en 1601, chez les Wé- de la confirmer. Il prend, dans cette lettre,
chels, avec Matthieu de Westminster, [et à le titre de pécheur, selon qu'il était d'usage
Londres en 1848-1849, deux volumes in-8°, alors à toutes les personnes qui vivaient dans
par Thorpe, qui l'a revue sur les manuscrits.] la piété. On a mis cette lettre à la tête de la
Florent remarque que le Comput de Denis. Règle, et celle du pape à la fin. Elle est datée
le-Petit est contraire à la manière de comp- du mois de décembre 1116, et signée de
ter les années de l'Incarnation suivant l'E- treize cardinaux, qui tous confirment et au-
vangile, et que la vingt-troisième année se- torisent cette règle, conjointement avec Pas-
lon l'Evangile, est la première suivant l'ère cal II. (On la trouve au tome CLXIII de la
dionysienne.

Patrologie latine, avec une notice littéraire,

1 Lakbe, de Script. Eccles., tom. II, pag. 502.

* Il prit pour base de son travail la Chronique unie verselle de Marianus Scotus, y introduisit des extraits de Bede, la majeure partie de la biographie du roi Alfred, par Asser, d'autres documents précieux surtout au point de vue généalogique, et la traduction de la Chronique anglo-saxonne, la première des sources pour l'histoire ancienne d'Angleterre, après Béde, est une des plus importantes pour l'historio. graphie du nord de l'Europe. Cette traduction de la

Chronique anglo-saxonne est précieuse, parce que Florent se servit des meilleurs manuscrits et qu'il rendit plus fidèlement l'anglo-saxon en latiu que tous les autres chroniqueurs. Florent suivit exactement le texte de Marianus ; c'est pour cela qu'on désigne souvent sa Chronique comme celle de Marianus. Chronicon Mariani, Diction, encyclop. de la Théologie catholique, art. Florent. (L'éditeur.)

% Rubæus, Histor. Ravennat., lib. V, et Cajetanus, Observat in regul. Petri.

cette règle, ad

Damiani Pa

vre premier.

deuneme !

tirée d'Oudin, sur Pierre de Honestis, col. l'accordait demeuraient dans des cellules
690-948.)

voisines d'une église éloignée, sous l'obéisAnalyse de 15. Elle est divisée en trois livres. Le pre- sance du prieur. Le silence est ordonné tant Cap. xxII. calcem. Op. mier est composé de trente-six chapitres, au dortoir qu'au réfectoire, depuis les vêpres ris 1642. Li- avec un prologue où l'on voit que les obser- jusqu'au lendemain matin, lorsqu'on sort du XIV.

vances qui y sont prescrites avaient été mises chapitre, pendant tout le jour du vendredi
en pratique dans le monastère de Pierre de et aux grandes fêtes.
Honestis, avant qu'il les mît par écrit, et qu'il 18. Dans le second livre, qui est de vingt- Analyse d
ne le tit qu'afin qu'on les observat plus exac- huit chapitres, Pierre règle ce qui regarde "T.
tement dans la suite. La règle prescrit le re. la nourriture et les vêtements des frères pour

noncement à tous les biens temporels et à la toute l'année. Ils mangeaient de la viande Cap. 1, 11,00 Cap. 1,111. propre volonté. « Que celui, dit-elle, qui est tous les jours de la semaine, excepté le mer.

choisi pour supérieur, aime ses frères; qu'il credi et le vendredi. Quelquefois ils y ajou

les reprenne librement et qu'il leur donne taient le samedi. Depuis la Pentecôte jusqu'à v. l'exemple. Que trois, ou au plus quatre se- la Nativité de saint Jean, ils s'abstenaient de

maines après la mort du prieur, l'on en choi- viande et jeûnaient le lundi , le mercredi et

sisse un autre à qui le prévôt ou l'ancien le vendredi. Depuis ce jour jusqu'à la fête de v11. dise, avant la messe de tierce, en présence saint Matthieu , ils ne s'en privaient que le ix. de la communauté : Vos frères vous ordon- mercredi, le vendredi et le samedi; mais ils

nent de vous charger du soin de leurs corps jeûnaient le vendredi. L'abstinence du sang
et de leurs âmes selon Dieu.» Elle porte que suivait ordinairement celle de la chair. Hors
les parents pourront offrir d'eux-mêmes leurs les jours de jeûna prescrits par l'Eglise, ils
enfants à Dieu dans le monastère avant l'âge mangeaient deux fois le jour. Depuis la quin- v.
de quatorze ans, mais qu'après cet âge ils ne quagésime jusqu'à Pâques, et depuis l'Avent
le pourront sans le consentement de leurs jusqu'à Noël , ils s'abstenaient d'oeufs et de
enfants. Elle ne règle pas le temps de pro- fromage; ce qu'ils faisaient aussi depuis la
bation, le laissant à la prudence du prieur et Pentecôte jusqu'à la Saint-Jean, et depuis le
de la communauté.

1er novembre jusqu'à l'Avent. Ils se retran-
16. On y lit encore ce qui suit : « Si le chaient le vin aux veilles des fêtes, tous les
prieur le trouve utile au bien commun, il vendredis depuis la Quinquagésime jusqu'à
mettra dans les premières places ceux qui Pâques, et les vendredis des Quatre-Temps.
sont venus les derniers, parce qu'en fait de 19. On lisait au réfectoire pendant le re-
supériorité il faut avoir égard aux mérites pas, et tous gardaient le silence en mangeant,
personnels, et non au temps de la profession. si ce n'est que le prieur voulût dire quelques

Défense de rien donner ni recevoir sans la mots d'édification pour les frères, ou qu'il
XV. permission du prieur. Il doit lire toutes les l'ordonnat à quelqu'un d'eux. A l'égard des

lettres des frères, tant celles qu'ils écrivent habits, on leur en donnait autant qu'il était
que celles qu'on leur adresse. Le cloître de nécessaire, suivant les différentes saisons de

ces chanoines réguliers était fermé et voisin l'année. Les malades devaient avoir un ap- m. xx. de l'église; ils avaient de suite tous les édi- partement séparé, où l'on prenait encore

fices nécessaires : un chapitre, un réfectoire, plus de soin de leur âme que de leur corps. In. un dortoir, etc.; mais ils mettaient au dehors On avait attention, dans le cas de danger, de n.

les bâtiments pour les domestiques et les ou les munir des sacrements de la pénitence,
vriers.

de l'extrême-onction et de l'eucharistie; après
17. La Règle défend aux clercs toute con- leur mort, on célébrait pour eux des messes,
versation particulière avec les femmes, si ce on disait des psaumes et d'autres prières, et
n'est à ceux qui sont prêtres et de mours on donnait aux pauvres les portions qu'on

éprouvées, pour les entendre en confession leur aurait servies s'ils eussent été en vie. Il xxv. Elle permet au prieur d'employer les frères y a un chapitre particulier pour les vieillards

au travail manuel, tant dans le jardin qu'ail- et les infirmes habituels, un pour l'éducation
leurs, et d'établir dans sa communauté des des enfants et des jeunes gens qu'on éle-

prêtres pour recevoir les confessions de leurs vait dans le monastère, et un pour former xvi. xxx. confrères. On ne permettait que difficilement dans les sciences divines et humaines ceux

à un chanoine régulier de mener, en gardant en qni l'on trouverait les dispositions néces-
son habit, la vie solitaire; et ceux à qui on saires.

XVII.

XXI11.

[ocr errors]

Analyse da

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

20. Le troisième livre traite de l'office di ne connaissons point d'autres ouvrages de vin, tant de nuit que de jour, et des heures lui que le prologue en vers qu'il a mis à la auxquelles on doit le célébrer. Pour la dis- tête de ce recueil pour en marquer l'auteur tribution des psaumes et autres parties des et l'année. Il se nomme tantôt Udalric, tan

heures canoniales, la Règle s'en rapporte à tôt Ulric, suivant le besoin de ses vers, qui SE : l'usage de l'Eglise. Les frères s'assemblaient sont hexamètres. Il fit ce recueil en 1125, et le

après prime au chapitre, où l'on faisait une dédia à Gébéhard, évêque de Bamberg, qu'il
lecture en commun; puis on disait les coul- nomme la perle des évêques. Ce ne fut pas

pes. La même chose se faisait après none. sans peine et sans dépense qu'il vint à bout 133 et seq. Suivent des règlements pour le choix et les de ramasser tant de diplômes et de lettres.

fonctions de tous les officiers du monastère Il paraît que son but fut de former un corps
et pour la réception des hôtes.

de modèles ou de formules de chartes et de Gilbert 21. Parmi les lettres de saint Bernard, il y lettres; c'est pourquoi, dans celles qu'il rap

en a une' à Gilbert, évêque de Londres, dont porte, il omet ordinairement les noms pro-
il parle comme d'un homme célèbre par son pres des personnes et des lieux; mais il est
savoir, mais plus admirable encore par le aisé de les deviner, pour peu que l'on soit
mépris qu'il faisait des richesses. «Il n'a pas au fait de l'histoire du temps. On ne trouve
été surprenant, dit-il, que maître Gilbert fût pas ailleurs tant de monuments touchant les
fait évêque; mais on ne peut trop admirer contestations entre le sacerdoce et l'empire,
qu'un évêque de Londres vive pauvrement.) sous les empereurs Henri IV et Henri V, ni
Il était anglais de naissance, et si instruit touchant le schisme de l'anti-pape Guibert,
dans toute sorte de littérature, qu'on l'appe- connu sous le nom de Clément III. Ces mo-
lait universel. Il passa d'Angleterre à Paris, numents consistent ou en actes des conciles,
où il se fit une grande réputation parmi les ou en lettres des papes , des cardinaux, des
philosophes et les théologiens. Etant allé de évêques et des princes séculiers, ou en
lá à Auxerre, il en fut fait chanoine et or- chartes et diplômes, ou en formules de ser-
donné successivement sous-diacre, diacre et ment et de profession de foi. Il commence
prêtre. On le tira de cette Eglise pour le par des épigrammes sur divers sujets, par
faire évêque de Londres, après la mort de des épitaphes et par des formules de saluta-
Richard. Il fut sacré, au mois de janvier 1127, tions usitées dans les lettres des papes et des
par Guillaume, archevêque de Cantorbéry, rois, et finit par un petit poème d'Eberhard
et mourut en 1134. Il laissa divers écrits qui sur la Salutation angélique, et l'épitaphe de
n'ont pas encore vu le jour, savoir : une ex- Frédéric, duc d'Autriche, par un moine saxon
plication abrégée ou glose sur l'Ancien et le de l'ordre de Citeaux, nommé Conrad. Le
Nouveau Testament, spécialement sur Isaïe, recueil d'Ulric est le premier des monuments
Jérémie, les Lamentations, les douze petits du moyen âge dans le second tome de la
Prophètes, quelques psaumes et saint Mat- collection d'Eccard, imprimée à Leipsick en
thieu; des homélies sur les Cantiques de Sa- 1723.
lomon, un commentaire sur le Prologue de (23. Les éditeurs de la Patrologie placent Ponco, abbé
saint Jérôme sur la Bible. Il est parlé de Gil- sous l'an 1124 une lettre écrite par Ponce,
bert et de ses ouvrages dans l'Histoire de l'U- abbé de Saint-Ruf, à l'abbé de Chaumousey
niversité de Paris 2. Nous avons dit quelque (Calmosiacensis), dans le diocèse de Toul.
chose plus haut d'un autre Gilbert, évêque Ponce répond aux questions qui lui avaient
de Limerick en Hibernie, qui vivait encore en été proposées sur le jeûne quotidien, sur le
1139. Il y a de lui dans le recueil des Lettres silence continuel, sur l'abstinence du vin, sur
hibernoises 3 par Ussérius : un traité de l'Etat les vêtements de laine dont se couvraient les
de l'Eglise; une lettre aux évêques et aux chanoines de Chaumousey. Elle est reproduite
prêtres de ce royaume; et une à saint An- d'après Martène, au tome CLXIII de la Pa-
selme, archevêque de Cantorbéry.

trologie, col. 1477-1480.
Titire da 22. On met au nombre des écrivains ecclé- 24. Jean, surnommé de Coutances, est

siastiques Udalric de Bamberg , uniquement auteur d'un traité du Comput ecclésiastique, como à cause de son recueil épistolaire, car nous dédié à Geoffroi, abbé de Savigni, qui gou

de Saint-Rur.

Jean de Coutances

[blocks in formation]
[blocks in formation]
[blocks in formation]

verna cele maison depuis l'an 1122 jusqu'à crêché d'Ostie jusqu'à sa mort, rapportée
l'an 1138. Doin Martène a fait imprimer le par Robert du Mont à l'année 1138, en ces
prologue de cet ouvrage dans le tome ser de termes : « Drogon, d'heureuse mémoire,
ses Anecdotes. Les éditeurs de la Patrologie évêque d'Ostie, illustre par sa piété et son
l'ont reproduit au t. CLXIII, col. 1479-1482. savoir, mourut en cette année. » Le nécro-

25. On ne possède aucuns renseignements loge de Saint-Jean de Laon marque son obit
positifs soit sur la patrie, soit sur la famille de et celui de sa sœur Mathilde le 19 décembre.
Drogon. Dom Marlot le fait naître dans le Tous les écrivains qui ont parlé de lui ne l'ont
territoire de Reims, et François Duchesne, fait qu'avec éloge. Outre Hériman et Robert
au contraire, en fait un noble picard, auquel du Mont, Guillaume de Nangis le loue comme
il prête même des armoiries comme preuve de un homme respectable par sa science et par
sa noblesse. Mais ni l'un ni l'autre ne citent ses meurs. Trithème, dans ses Hommes
rien à l'appui de leur assertion. Ce qu'il y a illustres de l'ordre de Saint-Benoît , le met au
de certain, c'est que Drogon eut une sour rang des personnages les plus distingués par
appelée Mathilde, et un neveu , nominé la valeur de ses connaissances, par le don de
Beaudouin, qui lui succéda sur son siége la parole et par une piété sincère. Il allègue
abbatial. Drogon embrassa la vie monas- comme preuve de ses talents littéraires les
tique à Saint-Nicaise de Reims, sous l'abbé productions de sa plume qui ont passé à la
Joramne, qui le fit son prieur claustral. postérité. Comment a-t-il pu l'oublier dans
Le désir d'une plus grande perfection lui son Catalogue des Ecrivains ecclésiastiques?
inspira ensuite le dessein de passer dans 26. Les écrits qui portent le nom de ce
l'ordre de Citeaux. Il choisit l'abbaye de Pon- prélat répondent mieux aux éloges que les
tigny et s'y rendit à l'insu de son abbé. Cette anciens ont faits de sa piété, qu'à l'idée avan-
retraite fut très-sensible à Joramne, qui se tageuse qu'ils nous ont donnée de ses talents.
voyait privé par là de sa plus chère consola. Ils sont au nombre de quatre. Le premier a
tion. Il mit tout en cuvre pour ramener à pour titre : Du sacrement de la Passion du
lui le fugitif, et malgré les instructions de Sauveur. C'est une explication allégorique en
saint Bernard et les efforts de l'abbé de Mon- forme de sermon, sur toutes les circonstances
tigny pour le retenir, il eut le bonheur de le de la Passion. L'auteur, en donnant l'essor
voir rentrer à Saint-Nicaise, où il continua aux sentiments de sa dévotion, n'a pa
de se distinguer par son mérite. En 1128, les l'ordre et la liaison nécessaires pour faire un
religieuses de l'abbaye de Saint-Jean de Laon discours suivi. Souvent ses pensées manquent
ayant été chassées pour faire place à des de justesse et ses raisons de solidité. Son
bénédictins, Drogon fut mis à la tête de la style, dans lequel il affecte d'employer les
nouvelle communauté. Hériman rend à son expressions mêmes de l'Ecriture, est bien
administration le témoignage honorable qu'on éloigné, quoi qu'en dise Marlot, de la brillante
ne vit point dans toute la France de monas- élocution de saint Bernard. Cet écrit parut
tère plas régulier que le sien et où l'hospi- pour la première fois en 1547, à Paris, chez
talité fût exercée avec plus de décence et de Nicolas Leriche, en un volume in-8° qui con-
charité. Innocent II, dont il avait acquis l'es- tenait en même temps l'explication des Psau-
time pendant le séjour de ce pape en France, mes par Alcuin. C'est le premier livre sorti
le fit venir à Rome après son retour, et lui des presses de cet imprimeur, et, comme il
conféra l'évêché d'Ostie, titre qui emportait le dit lui-même, ce sont les prémices de ses
dès lors le cardinalat. Les historiens modernes travaux. Il faut avouer que ce coup d'essai
sont partagés sur l'époque de cette promo- lui fait honneur. Cette édition fut reproduite
tion. Ciaconius la place en 1133, Frizon et en 1589 par Barthélemy Macé. On trouve
Ughelli en 1134; mais les monuments de encore ce premier écrit de Drogon parmi les
l'abbaye de Saint-Jean de Laon prouvent qu'il Orthodoxographes publiés à Bâle, en un vo-
ne la quitta qu'en 1136, puisqu'on y conserve lume in-fol., en 1555. Lippen en cite une
des charles signées de lui en qualité d'abbé autre édition faite en la même ville en 1557.
dans le cours de cette année. Arnoul Wion Enfin il a passé, avec les autres écrits du
le fait passer de l'évêché d'Ostie à celui de même auteur dans toutes les Bibliothèques
Laon, et Possevin adopte lui-même cette re- des Pères, et en dernier lieu, dans le tome
verie qui n'a aucun fondement dans l'anti- CLXVI de la Patrologie, col. 1513-1564, avec
quité. Il est certain que Drogon garda son une notice tirée de Fabricius.

Le tilre du second est : De la Création et arbitre à la grâce. Vivien, instruit de ce qui de la Rédemption du premier homme. Ces deux s'étail dit de part et d'autre, n'hésita pas à objets y sont traités assez brièvement et dans se décider pour le dernier sentiment. Quoique un goût particulier. Le but de l'auteur est l'abbé de Clairvaux eût traité cette question d'exciter l'homme à la reconnaissance des avec la supériorité de lumière qui lui était grâces que Dieu lui a faites par l'incarnation ordinaire, il se crut néanmoins permis de de son fils, en le rétablissant dans la posses- donner l'essor à son zèle en mettant ses résion des biens que sa désobéissance lui avait flexions par écrit. Sa doctrine est parfaitefait perdre. Il ne cite qu'une fois saint Au- ment conforme à celle de ce père, dont il regustin, mais on s'aperçoit aisément que ce connaît avoir emprunté les pensées et quelpère lui avait fourni la plupart de ses pen- quefois les propres paroles, ainsi que des sées et de ses réflexions. Il serait à souhaiter plus célèbres docteurs qui se sont signalés qu'il en eût également adopté la méthode. pour la défense de la même cause. Il définit Cet écrit n'est pas entièreinent imprimé. Un le libre arbitre une faculté de la volonté raimanuscrit de l'abbaye d'Elnone, cité par sonnable par laquelle, aidée de la grâce, elle Sandérus, contient un sermon de notre pré- choisit le bien, et, dépourvue de la même lat sur ces paroles d'Isaïe : Vous puiserez avec grâce, elle préfère le mal 3. Après avoir exjoie les eaux aux sources du Sauveur. Ce ser pliqué cette définition, il vient aux différentes mon est une suite du précédent et continue espèces de libertés. Il en distingue trois : d'expliquer le mystère de la rédemption. liberté de nécessité, liberté de péché, liberté

Le troisième écrit de Drogon estintitulé: Des de misère. « La première, dit-il, convient sept dons du Saint-Esprit et des sept béatitudes, indifféremment à Dieu et à toute créature et il est d'une brièveté si obscure qu'on ne sait raisonnable, bonne ou mauvaise. Ni le péché, pas trop ce que l'auteur a voulu prouver. ni la misère ne l'affaiblissent, loin de la faire

On remarque plus d'arrangement et de clar perdre. Elle n'est pas plus grande dans un té dans le quatrième, dont l'inscription est: Des juste que dans un pécheur, dans un ange Offices divins et des Heures canoniales. Drogon que dans un homme. Car, de même que le n'avait en vue, dans la composition de cet ou- consentement de la volonté humaine tourne vrage, que d'exciter les religieux, par des ré- vers le bien par le secours de la grâce, rend flexions pieuses, à réciter l'office divin avec l'homme librement bon et libre dans le bien, l'attention et le recueillement convenables, et par cela seul que cette grâce rend ce conil n'a pas mal réussi dans son dessein. sentement volontaire et ne l'entraîne pas

Quelques biographes lui font honneur de malgré lui, ainsi, lorsque par sa propre pente quelques ouvrages que nous ne trouvons ce même consentement se précipite dans le

nulle part reproduits sous son nom '. mal, l'homme n'en est pas moins libre et Vivien de 27. Vivien, d'après Martène et Durand ?, exempt de contrainte, parce qu'aucune viokatrul, tom. fut un des premiers disciples de saint Nor- lence intérieure, mais sa seule volonté l'en1319 et suiv. bert. Il s'inscrit lui-même le plus petit de gage à devenir mauvais; et comme un ange

l'Eglise de Prémontré : Vivianus pauperum du ciel et Dieu même persévèrent avec liberté Ecclesiæ Præmonstratæ minimus, expressions dans le bien et n'y sont attachés par aucune qui désignent plus que vraisemblablement nécessité qui vienne du dehors, on doit dire un institut naissant. Ces deux critiques font aussi que le diable s'est livré au mal et qu'il remonter son écrit intitulé Harmonie de la y persiste par un mouvement purement vogrâce et du libre arbitre à l'an 1130. On ignore lontaire, et non par une impression étranl'époque de sa mort. L'ouvrage est dédié à gére. Pour rendre ceci plus sensible, il est Gérard, doyen de Saint-Quentin. L'auteur important d'observer que le libre arbitre ne annonce, dans le début, l'occasion qui l'en- tire pas sa dénomination d'une puissance ou gagea à prendre la plume. Ce fut une dis- facilité qu'on lui supposerait égale entre le pute qui s'agita de vive voix entre deux per- bien et le mal, puisqu'ayant bien su tomber sonnes dont l'une faisait dépendre la grâce par lui-même, il ne peut cependant se reledu libre arbitre, l'autre soumettait le libre ver que par l'assistance de l'Esprit saint; au

Prémontré

CLXVI, col,

Presque toute cette notice est extraite de l'Histoire littéraire de France, tom. XI, pag. 699 et suiv,– 2 Marten., Collect., tom. IX, p. 1073.- 3 Liberum arbitrium est habilitas rationalis voluntatis qua bonum eligitur,

gratia cooperante, et malum ipsadeserente. Sans la grâce on peut encore choisir le bien; mais ce ne sera plus alors le bien surnaturel. L'assertion contraire a été condamnée dans la 27° proposition de Baïus. (L'éditeur).

« ZurückWeiter »