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aux objec

cbaristie.

faite en la terre comme au ciel. Ces livres sont nous ne voyons pas, c'est-à-dire que le pain
perdus avec plusieurs autres du même au- et le vin ont passé en la vraie substance de
teur 1, et la perte en doit être d'autant plus son corps et de son sang, afin que le man-
Sensible, qu'il s'y justifiait de quantité de re- geant et le buvant, nous vivions éternelle-
proches que ses adversaires lui faisaient sur ment. » Dans la lettre à Cunon, évêque de
sa doctrine. Les principaux étaient Guillaume Ratisbonne, d'où ce passage est tiré, il com-
de Saint-Thierry, Guillaume de Champeaux bat expressément l'erreur de Bérenger et de
et Anselme de Laon.

ceux qui voulaient que l'eucharistie ne fûl Réponses 38. On lui reprochait d'avoir dit ? que le que le signe d'une chose sacrée, et dit ", pour Lions sur l'Eu corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie n'a marquer ce qu'il en pensait : « Je crois que

d'autre vie que la spirituelle, et que cette c'est le vrai corps de Jésus-Christ qui a été
vie est dans le corps du sacrifice comme le livré pour nous, et je soutiens que c'est son
soleil dans le corps de la lune, où il est sans vrai sang qui a été répandu pour nous, comme
chaleur; que la substance du pain et du vin 3 le croit l'Eglise catholique. » Rupert ajoute,
n'est point changée dans l'eucharistie, non dans la même lettre, que l'hérésie de Béren-
plus que la substance du Verbe dans l'incar- ger n'avait plus alors que très-peu de secta-
nation. On peut répondre, à la première ob- teurs, du moins qui osassent la défendre pu-
jection, que l'abbé Rupert pensait, comme bliquement e, parce que l'Eglise catholique
la plupart des théologiens modernes, que enseignait partout que l'eucharistie est le
Jésus-Christ dans l'eucharistie ne fait aucune vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ. Cet
fonction de ses sens extérieurs, et que son abbé ne se déclare pas moins ouvertement
sacré corps est dans le sacrement comme contre l'erreur de l'impanation dans ses com-
mort, quoique vivant; ou bien que, distin- mentaires sur saint Jean ?, où il dit plus d'une
guant, avec quelques anciens écrivains ecclé- fois que le pain et le vin sont changés et
siastiques, le corps de Jésus-Christ dans l'eu- convertis au corps et au sang de Jésus-Christ,
charistie de son corps naturel, il disait comme en sorte qu'il ne reste de ces deux substances
eux que c'était le même quant à la nature et que ce qui en paraît à l'extérieur. Il dit aussi
à l'essence, mais que ce n'était pas le même sur l'Exode : « Les deux espèces du pain et
quant à la manière d'exister. Il donne lui- du vin 8 se prennent de la terre; mais lorsque
même la solution à la seconde objection dans Dieu, créateur des espèces el des substances,
l'endroit d'où elle est tirée, en disant que la agit sur elles, il les change réellement, et
substance du pain et du vin n'est pas chan- non pas en apparence, en sa chair et en son
gée selon l'espèce extérieure et sensible, en sang, quoique l'espèce extérieure du pain et
sorte que la couleur et la saveur restent. Mais du vin demeure. »
pour mettre en évidence la foi de l'abbé Ru- 39. Quelques théologiens ont accusé Ru-
pert sur la présence réelle du corps et du pert d'avoir dit qu'il n'y avait que ceux qui veucharistie,
sang de Jésus-Christ dans l'eucbaristie, et en étaient dignes qui reçussent le vrai corps ponses.
sur la transsubstantiation du pain et du vin au de Jésus-Christ. Mais cet abbé rejette claire-
corps et au sang du Seigneur, il ne faut que ment cette erreur en disant, dans son sixième
rapporter ses propres paroles : « Croyons, livre sur saint Jean : « Il y en a 10 qui peuvent
dit-il, sur la parole du Sauveur, ce que manger indignement le corps de Jésus-Christ,

Autres ob

l'Eucharistie, avec le re

1 Voyez le catalogue de ses ouvrages rapporté ci-dessus. – ? Lib. Il de Officiis divinis, cap. IX.

3 Lib. Il in Exodum, cap. X.

* Credamus fideli Salvatori Deo in eo quod non videmus, scilicet panem et vinum in veram corporis et sanguinis transiisse substantiam; et comedentes atque bibentes vivamus in æternum. Rupertus, Epist. ad Cunonem, præfixa Commentar. in Joannem, in edi. tione Coloniensi.

$ Ego autem verum corpus Christi quod pro nobis traditum est, et verum esse de certo sanguinem qui pro nobis effusus est, sicut Ecclesia catholica tenet. Ibid.

6 Hoc jam fere nemo palam profiteri aut defendere audet, universa sciente Ecclesia catholica, quia verum corpus et verus sanguis Christi est. Ibid.

7 Lib. VI in Joan., per totum, maxime cap. vi.

8 Species utræque panis et vini de terra sumuntur :
sed accedens substantiarum ac specierum creator
Deus non superficie tenus inducit, sed efficaciter, hæc
in carnem et sanguinem ejus convertit permanente
licet specie exteriori. Rupert., cap. vii, lib. I in
Exod.

Bellarmin, de Scriptor. Eccles. ad Rupertum; et
Vasquez., in 3, D. 80, cap. I.

10 Non nemo indigne manducare potest, sed nemo
indigne manducare debet : punis namque semel conse-
cratus, numquam postea virtutem sunctificationis
amittit, aut Christi caro esse desinit : sed non pro-
dest quidquam indigno, cujus fides sine operibus mor-
tua est. Rupert., lib. VI in Joan., pag. 322.

mais il n'y en a point qui le doivent manger avaient entendu non la troisième personne
ainsi : car le pain, une fois consacré, ne perd de la sainte Trinité, mais la seconde ou le
plus la vertu de sanctification et ne cesse pas Verbe, qui en effet est appelé très-souvent
d'être la chair de Jésus-Christ; mais aussi il l’Esprit de Dieu dans les livres de l'Ancien
ne sert de rien à celui qui le reçoit indigne- Testament. Ceux dont il avait combattu en
ment, et dont la foi est morte, parce qu'elle France le sentiment sur la volonté de Dieu,
est sans les bonnes œuvres. » On ne peut examinèrent avidement ses écrits pour y trou-
nier, toutefois, qu'il n'y ait dans les écrits de ver quelque endroit digne de censure, et l'ac-
Rupert quelques expressions susceptibles cusèrent d'hérésie pour avoir avancé 5 que les
d'un sens contraire à la doctrine de l'Eglise anges ont été créés des ténèbres. Rupert ré-
sur l'eucharistie. Mais il est de l'équité d'ex- pondit que pour être hérétique il faut ou
pliquer les paroles dures et obscures par de affirmer ce qui est nié par l'Ecriture sainte,
plus claires et de plus expressives, surtout ou nier ce qu'elle affirme. « Citez-moi, leur
quand l'auteur déclare qu'il condamne les dit-il, un passage de l'Ecriture opposé à ma
erreurs opposées et qu'il s'en tient aux véri- proposition. » Comme ils n'en alléguaient
tés enseignées par l'Eglise, comme fait cet point, il leur dit qu'il y avait de bonnes et de
abbé dont la doctrine et la piété ont mérité mauvaises ténèbres; de bonnes, telles que
l'approbation de Frédéric ^, archevêque de celles dont l'apôtre dit que Dieu a fait luire
Cologne ; de Cunon, évêque de Ratisbonne; la lumière, c'est-à-dire les anges, suivant le
même du pape Honorius Il. C'est sur ce prin- sentiment de saint Augustin. D'autres adver-
cipe qu'on doit expliquer favorablement ce saires de Rupert lui firent un procés d'avoir
qu'il dit dans le second livre des Offices , que dit que Jésus-Christ ne donna pas son corps
l'unité du Verbe fait l'unité du sacrifice; et à Judas, dans la dernière cène, comme aux
sur saint Jeana, que l'unité du Verbe fait qu'il autres apôtres; ils s'autorisaient du témoi-
n'y a qu'un corps; en sorte que celui qui a gnage de saint Augustin qui assure le con-
été attaché à la croix et celui que la foi de traire. Rupert ne croyant pas devoir céder à
l'Eglise consacre par les paroles sacrées sont cette autorité, répondit que les livres de saint
une même chair et un même sang : car il ne Augustin n'étaient pas dans le canon des di-
suit pas de là que Rupert ait cru que le pain vines Ecritures. Sur cela, ils firent passer cet
et le vin dans l'eucharistie soient unis hypos- abbé pour un hérétique. Mais il se délivra de
tatiquement au Verbe, mais seulement que le leurs poursuiies en faisant voir que saint
corps qui a été attaché à la croix et celui qui Hilaire avait pensé comme lui sur le refus de
est consacré sur l'autel est le même corps la communion du corps du Seigneur à Judas.
par la médiation du Verbe. C'est ainsi que Voyez l'Apologie de l'abbé Rupert par dom
saint Jean Damascène, Remy d'Auxerre et Gerberon.

plusieurs autres pères se sont expliqués. 41. C'en est assez pour montrer que cet abbé Autres ob- 40. On reprocha encore à Rupert d'avoir ne fut infecté ni de l'erreur des bérengariens Rupert. tre l'abbé Ro• dit, dans le troisième livre 3 des Offices sur ni de celle des impanateurs, et qu'il eut sur

le quatrième dimanche de l'Avent, que le le mystère de l'eucharistie la même foi que
Saint-Esprit s'élait incarné dans le sein de l'Eglise catholique. Si son savoir le rendit
la vierge Marie. Ce reproche lui fut fait par célèbre, sa piété ne le rendit pas moins re-
un homme de sainte vie qui lui avait em- commandable. Ses envieux ne lui reproche-
prunté ce livre pour le lire, et qui en fut si rent ou que des sentiments qu'il n'avait pas,
choqué, qu'il le jugea digne d'être jeté an ou qu'une conduite qu'ils auraient dù imiter,
feu comme contenant l'hérésie. Rupert re- je veux dire l'application aux études utiles
connut dans cette accusation saint Norbert, et sérieuses. Le plus grand nombre de ses
à qui il avait en effet prêté les livres des écrits consiste, comme on vient de le voir,
Offices divins. Elle lui fit horreur 4; mais il lui en commentaires sur l'Ecriture. Ils sont, sui-
fut aisé de s'en justifier, parce qu'il avait vant le goût qui commençait à s'introduire,
emprunté de saint Grégoire-le-Grand les pas mêlés de diverses questions de théologie,
roles dont on lui faisait un crime, et que par traitées selon les principes de la dialectique;
le Saint-Esprit, ce pape, et Rupert après lui, ce qui rend ces commentaires trop ditfus et
1 Mabillon., lib. LXXVI Annal., num. 84.

* Rup. lib. I in Regul. S. Benedicti, pag. 951.
* Lib. VI, pag. 322.

5 Rup., ibid. * Lib. III de Offic., cap. XI.

Jogement des écrits de

Jeetions con

pert.

Editions

ment.

trop chargés de matières étrangères. Il est épuisées, en fit une nouvelle en deux volumes rare que Rupert approfondisse le sens litté- in-fol., en 1598 et 1602, qui parurent l'un et ral de l'Ecriture. Le mystique et le moral l'autre à Cologne. Elles furent suivies del’édiétaient plus de son goût.

tion de Mayence en 1631, dont Hermann My42. Jean Cochlée, doyen de l'église de lius fit la dépense, et de celle de Paris en 1638, The one parle Notre-Dame à Francfort, fit imprimer une chez Charles Castellain. On ne trouve dans

grande partie des ouvrages de cet abbé à aucune l'ouvrage de Rupert, intitulé : Du Cologne en 1526, 1527, 1528, 1529. L'édition glorieux David, divisé en quinze livres et dédes commentaires sur les Ouvrages de la sainte dié à Frédéric, archevêque de Cologne, aux Trinité et sur les Prophètes et les Evangélistes, instances de qui il l'avait entrepris. On le est de l'an 1528, aux frais de François et Ar- croit perdu; peut-être se trouvera-t-il dans nold Birckmann, de même que celle de Lou- l'édition qu'on dit avoir été faite à Venise", en vain en 1551, in-fol., chez Servais Sassen, quatre tomes in-fol., l'an 1752, [de 1748-1752. qui mit aussi sous presse, la même année, Cette édition a été donnée par Michel Pleumais séparément, les commentaires sur les nich, avec l'aide de Grégorio Cannom, de Douze petits Prophètes. Il s'en fit aussi une l'ordre des ermites de Saint-Augustin; elle édition particulière à Nuremberg en 1524. est plus ample et plus correcte que les préLe traité de la Gloire du Fils de l'homme, ou cédentes. Mais la meilleure et la plus étencommentaire sur saint Matthieu, fut imprimé due est celle qu'on trouve dans les tomes à Cologne en 1533, avec celui de la Glorifica- CLXVII, CLXVIII, CLXIX, CLXX de la Patrotion de la sainte Trinité et de la Procession du logie. C'est la reproduction de celle de Venise, Saint-Esprit, et en 1540, de même que le avec des améliorations, des corrections et commentaire sur le Cantique des Cantiques des additions. Les Prolegomenes, tels qu'ils En 1545, il se fit à Paris une édition particu- sont dans l'édition de Venise, renferment la lière de l'ouvrage intitulé : De la Glorification dédicace de Michel et Pleunich, l'avertissede la Trinité. Il y a eu trois éditions des com- ment de l'imprimeur, la Vie de saint Rupert mentaires sur saint Jean, deux à Cologne en d'après Trithème, le discours de Jean, abbé 1526, avec la lettre à Cunon, et en 1541; l'au- de Spanheim, à la louange de Rupert; son tre à Paris en 1545; une du commentaire sur éloge par Matthias-Agricius Wittichius, l'Al'Apocalypse à Cologne en 1540,et uned Nurem- pologie de Rupert , par rapport à son orthoberg en 1526. Les treize livres de la Victoire du doxie sur l'eucharistie, par le père D. GerVerbe de Dieu parurent en la même ville en beron, publiée à Paris en 1669. Vient ensuite 1523, à Augsbourg en 1489, par Antoine Sorg, le traité sur la sainte Trinité. Le deuxième vobourgeois de cette ville, et à Louvain en 1551. lume renferme les commentaires sur les douze Nous avons plusieurs éditions des livres des Prophètes, sur les Cantiques, sur Job, sur l'EcOffices divins, une à Cologne en 1543, in-fol.; clésiaste, et le traité de la Gloire du Fils de une à Anvers en 1593, et une à Paris en 1610, ľhomme. Dans le troisième volume, nous troudans la Collection des livres liturgiques. Les vons la Glorification de la sainte Trinité et la deux livres de la Méditation de la mort furent Procession du Saint-Esprit, les commentaires publiés , avec la relation de l'incendie de sur l'Evangile de saint Jean, sur l'Apocalypse, l'abbaye de Tuy, à Cologne en 1572. On a et le traité de la Victoire du Verbe de Dieu. Le dans Surius, au 16 mars et 16 octobre, les quatrième volume nous présente le traité des Vies de saint Héribert et de saint Elophe (ou Offices, l'Incendie de Tuy, la Méditation de la Eliphe.] Bollandus a donné celle de saint Hé- mort, la Vie de saint Héribert, la Passion du ribert au 16 mars. (Pertz l'a publiée aussi au bienheureux Eliphe, martyr; les traités sur la tome IV des Monum. Germ. historica, p. 740.) Volonté de Dieu, sa toute-puissance, sur quelOn a mis dans une même édition, à Nurem- ques cbapitres de la Règle de saint Benoît, le berg en 1524, les livres de la Volonté et de la traité sur le pouvoir qu'ont les moines de preToute-puissance de Dieu.

cher, la Lettre à Everhard, le traité sur la CorEditions gé- 43. Tous ces ouvrages, et quelques autres ruption de la virginité, le Dialogue entre un

que l'on n'avait pas imprimés séparément, chrétien et un juif, le traité sur la Prééminence
furent recueillis en trois volumes in-fol., à de l'ordre monacal sur l'ordre clérical, la Chro-
Cologne en 1533, 1566, 1577, aux dépens de nique de Saint-Laurent de Liége, l'Epitre de
François et d'Arnold Birckmann, puis de leurs
héritiers. Arnold Mylius, voyant ces éditions 1 Il ne s'y trouve point. (L'éditeur.)

nérales,

Menyor à Rupert. Une dissertation chronolo- Pertz, Monumenta Germaniæ historica, Script., gico-historique sur la vie et les écrits de Ru- t. VIII. L'édition de Venise renferme aussi pert, tirée de l'Histoire littéraire, t. XI, clôt plusieurs choses qu'on ne trouvait pas dans les cuvres de cet abbé. Chaque volume a une les éditions antérieures, savoir : les Prolégotable analytique des matières. Les choses mènes, le Dialogue entre un juif et un chrétien nouvelles qui entrent dans celle édition sont, (il est donné, d'après l'édition des auvres de outre la notice tirée de l'Histoire littéraire, Saint Anselme, par Gerberon); les deux livres l'Epître sur la Prééminence de l'ordre monacal sur la Vie apostolique, l'Histoire du monastère sur l'ordre clérical; elle est reproduite d'après de Saint-Laurent, d'après Martène, avec les Martène; la Chronique du monastère de Saint- prologues de cet éditeur.] Laurent de Liège, d'après Wattenbach, dans

CHAPITRE XXIV.

(Honoré ou Honorius, prêtre et scolastique de l'Eglise d'Autun, ensuite

solitaire.]

(Ecrivain latin, vers l'an 1136.]

Histoire de la vie d'HoDoré.

1. Le titre de cet article - énonce presque
tout ce que nous savons de certain sur la
personne d'Honoré. Si l'on en croil Arnoul
Wion, la dénomination de Solitaire qu'il
porte doit s'expliquer par celle de Moine,
d'où cet écrivain conclut qu'il était bénédic-
tin. C'est une conjecture que rien n'oblige
d'admettre ni de rejeter. Il n'en est pas de
même des récits d'autres historiens moder-
nes }, dont les uns placent Honoré sur la
chaire épiscopale d'Autun, les autres racon-
tent que, cette chaire lui ayant été offerte, il
la refusa pour suivre le roi Louis-le-Jeune à
la croisade. Ces anecdotes, visiblement en-
fantées par l'imagination, ne méritent point
que la critique se mette en frais pour les ré-
futer. L'opinion singulière de M. Le Beuf sur
la patrie d'Honoré, sans être plus vraie, de-
mande un peu plus de considération. Ce sa-
vant, dans une de ses dissertations 4, entre-
prend d'enlever cet écrivain, non-seulement
à l'Eglise d'Autun, mais à la France, pour
faire honneur de sa naissance à l'Allemagne.
Voici les raisons dont il étaye ce paradoxe
historique. D'abord il soutient que le surnom
d'Augustodunensis, par lequel on distingue
celui qui nous occupe, des autres de même
nom, a fait illusion en deux manières :
1° dit-il, personne avant Trithème ne l'a qua-

lifié de la sorte. Cependant il convient que
cette dénomination se trouve à la fin d'un
ouvrage d'Honoré même. C'est son traité Des
auteurs ecclésiastiques, dont le dernier article
porte : Honorius Augustodunensis Ecclesiae
presbyter non spernenda opuscula edidit. Mais
cet endroit n'embarrasse pas le dissertateur,
parce qu'il le regarde comme une addition
faite par une main étrangère. La preuve de
celte assertion qu'il se contente de mettre en
avant, n'aurait pas été de trop. Supposons
néanmoins l'addition réelle : du moins faut-
il convenir qu'elle précède de beaucoup l'âge
de Tritheme, puisque tous les manuscrits sur
lesquels ont été faites les différentes éditions
de ce traité, la renfermaient. Il y a plus ;
Honoré porte ce même surnom dans plu-
sieurs manuscrits à la tête des productions
de sa plume. Nous indiquerons spécialement
celui de la bibliothèque du roi, colé n° 999,
dont l'écriture appartient au XIIIe siècle. On
y trouve son traité De la Perle de l'âme, avec
ce titre qui est du même temps : Honorüi Au-
gustodunensis Gemma animæ. 2° M. le Beuf pré-
tend qu'en admettant la dénomination con-
testée, elle ne doit point s'entendre de la
ville d'Autun, mais ou d’Augt près de Bâle,
ou d'Augsbourg, capitale de la Souabe. Il n'a
point, à la vérité, rencontré de monument où

1 D. Ceillier ayant omis, on ne sait pourquoi, de parler d'Honoré, nous empruntons la plus grande partie de ce chapitre à l'Histoire littéraire de la France, tom. XII, pag. 165. (L'éditeur.)

? Lignum vitæ, l. II, pag. 69.

3 Vigner, Biblioth. Hist., ad an. 1120 ; Munier, Rech. sur Autun, pag. 41 ; Saulnier, Autun chrétien, pag. 96. — Dissert., tom. I, pag. 254 et seq.

le terme Augustodunensis fût employé pour Pez avec l'exactitude connue de ce critique 2.
désigner un citoyen de celte dernière ville; Obligés de rendre compte de toute cette lit-
mais il a trouvé qu'au vijie siècle un évêque térature, nous commencerons par les pro-
d'Augt s'était dit: Episcopus Ecclesiæ Augus- ductions qu'Honoré lui-même s'attribue ;
todunensis , découverte qui le fait pencher à bien entendu néanmoins qu'il ne sera fait
placer Honoré dans cette ville préférable- mention ici que de celles qui ont vu le jour;
ment aux deux autres. Malheureusement il le surplus réservé pour le paragraphe sui-
y a ici un petit inconvénient que ce critique vant.
n'a point aperçu : c'est que longtemps avant 3. 1° Un traité qui a pour titre Elucida-
le x11° siècle la ville d'Augt était détruite, et rium 3. Les critiques ont été longtemps divi-
son évêché réuni à celui de Bâle ; sur quoi sés touchant son véritable auteur. Fondés
nous renvoyons à l'Alsatia illustrata du sa- sur l'autorité de quelques manuscrits, les uns
vant Schoëphlin 1.

l'ont donné à saint Anselme sous le nom du-
M. Le Beuf accumule ensuite les textes quel il fut imprimé l'an 1560, à Paris, chez
d'Honoré, par lesquels celui-ci annonce, sui- Morelet, en un volume in-8°, par les soins de
vant ce critique, son origine allemande. Nous Claude d'Espence, réimprimé à Liége dans
répondons que cela ne prouve autre chose, le même format en 1586, et ensuite inséré
sinon que les livres d'où ces textes sont ex- dans toutes les éditions du saint docteur,
traits furent composés en Allemagne. Effec- parmi ses ouvrages sincères, à l'exceplion
livement, l'affectation avec laquelle Honoré de la dernière où il se trouve relégué dans
parle des particularités de ce pays-là donne l'appendice 4. Les autres, par une conjecture
tuut lieu de croire qu'il l'habita durant quel beaucoup moins vraisemblable, l'ont mis sur
que temps; mais il faut convenir aussi pour le compte de saint Augustin. Plusieurs en
accorder toutes choses, que ce ne fut qu'après ont fait honneur à Abailard, quelques-uns à
avoir quitté l'Eglise et la scolastique d'Aulun Guibert de Nogent; et il s'en est enfin trouvé
pour prendre le parti de la retraite. Le choix qui l'ont donné à Guillaume de Coventry,
d'une terre étrangère, de la part d'un homme carme du xive siècle. D. Rive: 5 sur saint An-
qui veut se dévouer à la vie solitaire, n'a selme a fort bien démontré la fausseté de tou-
rien qui doive nous étonner. Les exemples tes ces attributions. Mais le doute qu'il élève
de transmigrations causées par un semblable touchant l'identité de l'Elucidarium que nous
motif sont trop communs. Que si l'on nous avons, et de celui d'Honoré, disparait en
demande en quel temps arriva ce change- consultant la notice que notre auteur donne
ment de patrie, nous croyons devoir le met du sien dans la liste citée de ses écrits. Car
tre sous l'empire de Henri V, environ l'an il dit l'avoir partagé en trois livres, dont le
1120. A l'égard du lieu qu'Honoré choisit premier concerne Jésus-Christ ; le second,
pour son domicile en Allemagne, on ne peut l'Eglise ; le troisième, la vie future. Or telle
autrement le déterminer qu'en disant, d'a- est précisément la division de celui qui est
près lui-même, qu'il était situé dans les entre les mains du public. Il est vrai qu'on
terres du duc d'Autriche. Nous n'avons pas aperçoit quelquelégère différence de principes
plus de lumières sur la date de sa mort. Il entre cet écrit et les autres qui sont sortis de
vivait encore sous le pontificat d'Innocent II. la plume d'Honoré. Mais on doit observer
C'est tout ce qu'il nous est permis d'assurer. que c'est ici le coup d'essai d'un écolier, le-

2. Honoré d'Autun a été l'un des plus fé- quel pressé par ses condisciples admirateurs gos imprimés.

conds écrivains de son siècle. Quoique le de ses progrès, se hasarda de mettre par dénombrement qu'on voit de ses écrits à la écrit le résultat de ce qu'il avait appris. Sæpe fin de son traité Des auteurs ecclésiastiques rogato a condiscipulis, est-il dit dans la présoit considérable, il n'est cependant rien face, quasdam quæstiunculas enodare, impormoins que complet. On en a découvert beau- tunitati illorum non fuit facultas negando obcoup d'autres postérieurs en date à celui-ci, viare. L'ouvrage effectivement annonce une dont une partie est entre les mains du pu- main novice, mais capable de bien exécuter blic, l'autre a été délaillée par D. Bernard dans la suite. Toute la théologie y est traitée

Ses ouvra

1 Pag. 667.
2 Anecdot., tom. II; Dissert. isag., pag. V-VII.

3 Le docteur Giles l'a insérée à la suite des auvres
de Lanfranc, tom. II, Oxford, 1844; d'où les éditeurs

de la Patrologie l'ont fait passer au tome CLXXII,
col. 1109-1179. (L'éditeur.)

o Ansel. op. nov. ed., pag. 455-448.
5 Hist. litt., tom. IX, pag. 443.

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