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Pag. 515.

Pag. 521.

éternelle en Dieu de faire une chose, est ce 51. D'après Hugues, l'Eglise est le corps Suite.
que Hugues appelle volonté de bon plaisir, de Jésus-Christ vivifié par un même esprit, Pag. 606.
voluntas beneplaciti; ce qu'il fait dans le temps, uni et sanctifié par une même foi; chaque
il le nomme volonté de signe, voluntas signi, fidèle est membre de ce corps; tous ne com-
parce que l'effet de la volonté de Dieu est un posent qu'un corps, à cause d'un même es-

signe qu'il a voulu cette chose éternellement. prit et d'une même foi. Sur les possessions Suite. 49. La créature raisonnable élant la seule temporelles de l'Eglise, il remarque que les

qui ait été faite à la ressemblance de Dieu, princes de la terre lui en accordent quelque-
on doit dire qu'elle a été faite la première, à fois; tantôt seulement l'utile de certaines 608.
raison de sa dignité, et non du temps, puis- terres; tantôt l'utile et le pouvoir d'y exercer
que tout a été créé en un même moment, la justice, non par des ecclésiastiques, mais

c'est-à-dire la matière de tout, comme du par des juges laïques, suivant la teneur des 630. corps de l'homme. A l'égard de son âme, lois et les usages des lieux; à charge aux

Dieu l'a créée dans l'instant que son corps a Eglises de reconnaître qu'elles tiennent ce
été formé. Hugues se propose et résout grand droit des princes, et de leur prêter secours
nombre de questions sur l'état d'Adam avant dans le besoin, pour la protection qu'elles en
et après son péché; sur le péché originel et reçoivent.
sur ses suites ; sur la réparation du genre 52. Il ne doute pas que la circoncision n'ait Suits.
humain par l'incarnation du Verbe; et sur remis les péchés avant l'institution du bap- Pag.623.
l'institution des sacrements, tant sous la loi tême; qu'il n'y ait eu un temps où la circon-
naturelle que sous la loi écrite et la loi decision et le baptême avaient l'un et l'autre
l'Evangile.

ce pouvoir; et il croit que l'obligation généSuite. 50. Hugues de Saint-Victor met cette diffé- rale de recevoir le baptême n'a commencé Pag. 572. rence entre les sacrements de la loi de na- que quand les apôtres ont été envoyés pré

ture, et ceux des deux lois écrites ; que les cher l'Evangile par toute la terre. Après avoir
premiers étaient de volonté, les autres de distingué dans l'eucharistie l'espèce visible,
précepte. Il pense toutefois que Dieu avait la vérité du corps et du sang de Jésus-Christ,
enseigné intérieurement aux patriarches de et la vertu de la grâce spirituelle produite
lui offrir des veux et des sacrifices : « D'où par le sacrement, il marque en ces termes sa
vient, en effet, dit-il, qu'ils n'offraient pour croyance sur la présence réelle : « Ce que 633.
la dîme de leurs fruits que la neuvième par nous voyons 1, est l'espèce du pain et du vin.
tie, s'ils n'avaient eu là-dessus aucune ins- Ce que nous croyons être sous cette espèce,
truction ? » Après avoir établi aussi les diffé- est le vrai corps de Jésus-Christ qui a été at-
rences entre les sacrements de l'Ancien Tes- taché à la croix, et son vrai sang qui a coulé

tament et du Nouveau, il traite de la foi, de de son côté. » Il ajoute : « Par les paroles de 698. l'Incarnation et de la sainte Trinité. En par- sanctification 2 la vraie substance du pain et

lant de la mort de Jésus-Christ, il observe du vin est convertie au vrai corps et au vrai
que, d'après quelques-uns, la divinité s'était sang de Jésus-Christ; la seule espèce du pain
séparée en ce moment de l'humanité. Mais et du vin reste, la substance en étant changée
il regarde ce sentiment comme insoutena- en une autre substance. »
ble : la nature divine, dit-il, ayant été 53. Hugues fait mention de la cérémonie Soite.
unie personnellement avec la nature hu- usitée dans l'Eglise de bénir des cendres le Pag. 637.
maine en Jésus-Christ, le corps en demeu- mercredi de la Quinquagésime; d'en mettre
rant mort dans le tombeau, et l'âme en des- sur la tête des fidèles en disant les paroles de
cendant aux enfers, n'ont pu rompre cette la Genèse, que nous disons encore; de bénir
union; on doit dire que Jésus-Christ Dieu des palmes le dimanche qui précède immé-
est mort, mais selon la nature humaine, diatement celui de Pâques, et de plusieurs
qu'il a été mis dans le tombeau selon son autres rits de l'Eglise. Il se propose plusieurs
corps, qu'il est descendu aux enfers selon cas sur le mariage qu'il résout avec beau-
son âme.

coup de prudence. Ensuite il traite des veux,

i Quod videmus, species est panis et vini : quod autem sub specie illa credimus, verum corpus Christi est: et verus sanguis Jesu Christi quod pependit in cruce, et qui fluxit de latere. Hugo., lib. II de Sacram., part. VIII, cap. VII.

. Per verba sanctificationis vera panis et vera vini substantia in verum corpus et sanguinem Christi convertitur : sola specie panis et vini remanente : substantia in aliam substantiam transeunte. Ibid., cap. IX.

Jogement des écrits de

des vices et des vertus; puis du pouvoir des de la Discipline, ni son commentaire sur le
clefs et de la confession des péchés; de l'ex- septième verset du quatrième chapitre du
trême-onction; des peines du purgatoire et Cantique des Cantiques. Trithème et Henri de
de l'enfer; de l'utilité du saint sacrifice et de Gand 6 font mention de tous ces opuscules
la prière pour les morts; du temps auquel se dans le catalogue des ouvrages de Hugues de
fera le second avénement de Jésus-Christ, la Saint-Victor ?
résurrection générale et le jugement dernier; 55. Cet auteur sera toujours estimable pour
enfin de l'état du siècle futur, et en quoi con- la façon dont il traite les matières de la reli- Hagues.
sistera la félicité des bienheureux. Ces deux gion. Il met les plus abstraites dans tout le
livres des Sacrements furent imprimés sépa- jour dont elles sont susceptibles, résout les
rément à Strasbourg, en 1465, in-fol.

difficultés avec précision et avec clarté, touOo vrages 54. On cite sous le nom de Hugues de jours appuyé sur l'autorité de l'Ecriture et Saint - Victor Saint-Victor beaucoup d'autres écrits, qui des pères; établit solidement les vérités de

n'ont pas encore été rendus publics, entre la foi, et ne laisse presque rien à désirer sur
autres une Chronique des papes et des empe- les points importants de la discipline de l'E-
reurs !. Albéric de Trois-Fontaines en parle glise. Son style est grave, noble, précis, net,
dans la sienne, sur l’an 1130, et dit que Hu- et débarrassé des termes et des raisonne-
gues avait conduit jusque-là cette Chronique. ments que la scholastique commençait à met-
On n'a pas imprimé non plus son Explication tre en usage. Il prit pour modèles les anciens,
de lOraison dominicale ?, ni celle du cantique nommément saint Augustin 8, dont il suit les
Magnificat', ni son traité sur la Confession 4, ni principes et la doctrine. Ce fut un des plus
un autre des Sept dons du Saint-Esprits, ni un profonds théologiens de son siècle.

de Hogues de

non rés.

impri

1 D'après M. Hauréau, la Chronique en question se trouve imprimée dans le t. III des cuvres de Hugues de Saint-Victor, édit. de Rouen, p. 215-283. (L'édit.)

? Un des catalogues publiés par M. Hauréau attribue à Hugues de Saint-Victor deux Expositions sur l'Oraison dominicale. La première est formée du chapitre il du livre II des Allégories sur saint Matthieu ; la deuxième commence au chapitre vi et finit au chapitre iv des mêmes Allégories. Un grand nombre de manuscrits rangent ces deux opuscules parmi les cuvres de saint Victor ; ils se trouvent à leur place naturelle dans la nouvelle édition. (L'éditeur.)

3 L'Explication du Magnificat forme un petit opuscule inséré à tort dans les potes allégoriques sur l'Evangile de saint Luc. Il est reproduit dans la Patrologie à sa place naturelle, tom. I, col. 413 des cuvres de Hugues. (L'éditeur.)

Cet ouvrage n'est pas inédit. Dans l'édition des @uvres de Hugues, il occupe les derniers chapitres du IIIe livre du traité de l'Ame; il commence au chapitre xxxII de ce IIIe livre. C'est un dialogue entre un moine et son abbé; on a supprimé à tort les interlocuteurs dans l'édition des cuvres. Cette suppressiog rend le discours obscur. (L'éditeur.)

dons du Saint-Esprit, mentionné dans plusieurs ca-
talogues de Hugues de Saint-Victor. C'est une expli-
cation de ces paroles de l'évangéliste saint Luc : Si
enim vos cum sitis mali, nostis bona dare filiis vestris,
quanto magis Pater vester cælestis dabit spiritum
bonum petentibus se, etc. Ce traité ne fait pas partie
du commentaire. Hugues oppose d'abord les sept
dons du Saint-Esprit aux sept péchés capitaux,
comme dans les Septenaires qui précèdent. Il aban-
donne ensuite cette comparaison et s'attache à mon-
trer en général quels sont les effets que le Saint-Es-
prit produit dans les âmes. Voy. Hugonin, Proleg.,
tom. I, p. Cvi. (L'éditeur.)

6 Trithem., de Scriptor. Eccles., cap. CCCLXIII, et
Henric. Gandav., cap. XXV et XXVII.

7 Les catalogues imprimés par M. Hauréau font mention des livres de grammaire, d'un abrégé de philosophie qui existe encore, c'est un dialogue entre divers interlocuteurs. Ils parlent aussi d'un commentaire littéral sur Ezéchiel qu'on ne retrouve plus, d'un traité intitulé de Professione monachorum, qui n'est peut-être pas différent de l'imprimé intitulé de Institutione novitiorum; il peut être aussi l'ouvrage de ce nom composé par saint Bernard. (L'éditeur.)

5 Le traité des Sept dons du Saint-Esprit, intitulé aussi Septenarium ou Septem septenariis, est un opuscule qui se trouve à la suite des Allégories sur le Nouveau Testament, et au t. I des æuvres, édition de la Patr., col. 779. Dans le traité de l'Oraison dominicale, Hugues oppose les sept demandes de l'Oraison dominicale aux sept péchés capitaux. Dans le traité des Sept dons, aux sept demandes et aux sept péchés capitaux, il joint les sept dons du Saint-Esprit, les sept vertus cardinales et même les béatitudes qu'il réduit au nombre de sept. Il y a un autre Septenaire à la fin des notes sur Abdias. Il est à peu près semblable à celui qui précède, mais il ne forme pas un ouvrage à part : il fait partie du commentaire. Dans l'édition de Rouen, le chapitre ix des Allégories sur le Nou veau Testament coinprend un petit traité sur les Sept

8 Jamais Hugues n'abandonna la scholastique dans ce qu'elle a d'utile, quoiqu'il se plaigne souvent de ce qu'on abuse de la philosophie contre la théologie et qu'il insiste pour qu'on fasse un usage légitime de la philosophie, il examine au contraire les questions les plus ardues de la scholastique avec une sagacité magistrale et une profondeur remarquable, et sait en donner les solutions les plus simples, les plus naturelles, les plus exactes, en les animant du souffle d'un profond respect pour tout ce qui est divin, en les maintenant dans les bornes d'une sagesse toujours sobre, c'est-à-dire toujours humble et croyante, et en les dirigeant toutes vers le but final, qui est l'union en Dieu, dans la foi, la science, la contemplation et l'amour. Hugues, dans sa tendance spéculative, s'attache surtout à saint Augustin et à saint Anselme; et

CHAPITRE XXX.

[Benoît, chanoine de Saint-Pierre, 1143]; Hugues Metellus, chanoine

régulier de Toul (vers 1148).

[Ecrivains latins.]

Benolt, cha noi de de

Hugues Métellus. Ses études.

1. (Benoit, chanoine de Saint-Pierre, écri- les difficultés qui se rencontrent dans l'AnSaint-Pierre. vit le livre intitulé : Livre de l'ordre ecclésias- cien et le Nouveau Testament. Appliqué à

tique de toute l'année et principalement de la des études aussi sérieuses, il prit du dégoût
dignité apostolique et de toute la cour pontificale. pour le monde, et dans le dessein de vaquer
Il est adressé à Guy, alors cardinal de Saint- plus sûrement à son salut, il se fit chanoine
Marc, depuis pape sous le nom de Calixte II. régulier dans l'abbaye de Saint-Léon à Toul,
Ce livre, qui porte aussi le titre de Pollicitus, sous l'abbé Siebaud. Il nous apprend 3 lui-
a pour objet les offices de toute l'année et même quelle était sa vie avant sa conversion,
principalement ce qui a rapport aux fonctions et quelle elle fut depuis. Dans le monde, il
papales. Dom Mabillon a placé cet opuscule se revêtait de fourrures précieuses, se nour-
parmi les Ordres romains, entre lesquels il rissait de ce que la terre et l'eau produisent
occupe le onzième rang. Il est reproduit au de plus délicat, et ne buvait que les vins les
tome CLXXIX de la Patrologie, col. 731-762, plus exquis. Etant chanoine régulier, il se
sous l'an 1143.]

couvrit de peaux de chèvres et de brebis, vé-
2. Né à Toul, vers la fin du onzième siècle, cut de choux, de légumes sauvages, de fèves,
d'une famille honnête et opulente, Hugues et ne but que de l'eau, ou une liqueur com-
eut Tiécelin pour maître dans les lettres hu- posée d'avoine; car on vivait ainsi dans le
maines, et s'y rendit babile. Il était instruit monastère de ces Nazaréens blancs, comme
des subtilités de la philosophie d'Aristote, et il les appelle, parce qu'ils 4 étaient alors vê-
il fallait être sur ses gardes lorsqu'il argumen- tus de blanc, comme les chanoines réguliers
tait : il s'appliqua aussi avec succès à la gram- de Sainte-Geneviève, de Saint-Victor à Paris,
maire, à la rhétorique, à la musique, à l'a- et de Murbach en Alsace. Nous avons de
rithmétique, à la géométrie, à l'astronomie Hugues deux 5 lettres à Simon, abbé de Saint-
et à la poésie. Son talent pour les vers était Clément à Metz, mort en 1148; peut-être
tel qu'il pouvait en composer mille étant de- survécut-il à cet abbé, mais on n'en a point
bout sur un pied; et il avait acquis une si de preuves.
grande facilité de s'exprimer, qu'il dictait, 4. Il reste de Hugues Metellus cinquante- Ses lettres.
quand il voulait, à deux ou trois scribes en cinq lettres, dont on ne connaît que deux
même temps. Aux beaux-arts il joignit l'é- manuscrits, l'un du collége de Clermont,
tude de la langue grecque, puis il alla étudier l'autre de l'abbaye de Sainte-Geneviève. Dom
la théologie et l'Ecriture sainte à Laon, sous Mabillon s'est servi du premier dans ce qu'il
Anselme et Raoul son frère, qui y ensei- a publié de ses lettres parmi ses Analectes 6.
gnaient avec réputation.

L'abbé Hugo, après les avoir revues sur tous . 3. Il apprit dans leurs écoles à résoudre 2 les deux, les a fait imprimer dans le second

I se fait chanoino régulier

de lå son surnom alter Augustinus. Dans la mystique
il suit les traces de saint Bernard et fonde tout le
développement de ses idées sur la différence des trois
états de l'homme : 1° l'institution, état dans lequel
l'homme sortit primitivement des mains de Dieu;
20 la destitution, état dans lequel il tomba par sa
faute ; la restitution, état auquel il arrive par la ré-
demption. Voy. Diction, encyclop. de la Théol. cath.,
art. Hugues de Saint-Victor. (L'éditeur.)

1 Hugo, Epist. 51.

2 Idem, Epist. 51.
3 Idem, Epist. 11. - * Not. in hanc epist.
5 Epist. 54, 55.

6 Le tome CLXXXVII, col. 1269-1276, reproduit la notice littéraire sur Hugues Métellus, publiée par Mabillon avec la lettre à Gerland : trois autres lettres seulement sont indiquées ; on les trouve parmi les @uvres de saint Bernard, tom. CLXXXV, col. 687, 688, 690. (L'éditeur.)

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Analyse de ces lettres. Epist 1.

tome des Monuments historiques, dogmatiques, der, propre au Saint-Esprit qui procède du
diplomatiques, à Saint-Dié, en 1731, in-folio, Père et du Fils. Telle est la matière de la
chez Joseph Charlot.

lettre à Tiécelin.
5. Elles sont la plupart adressées à des 8. Celle qu'il écrivit au pape Innocent II Epist. 4 et 5.
personnes de la première distinction, ce qui avait pour but de l'engager à réprimer les
fait voir que le nom de Hugues Métellus était erreurs que Pierre Abaillard répandait dans
célèbre. La première est à saint Bernard, les Eglises de France, soit de vive voix, soit
abbé de Clairvaux; c'est un éloge de ses par écrit. Il reconnaît la primauté de l'Eglise
vertus et de ses écrits, où Métellus prodigue romaine sur toutes les Eglises, les droits
les métaphores, les antithèses et les autres qu'elle a de décider les questions de la foi,
figures de rhétorique; ce n'est qu'allégories et l'indéfectibilité de la foi; il écrivit aussi à
et allusions continuelles à divers endroits, Abaillard pour l'obliger à rétracter ses er-
tantôt de l'Ecriture sainte, tantôt de l'histoire reurs, et à rentrer dans son cloitre pour y
romaine, tantôt de la fable, dont il fait l'ap- suivre la règle qu'il avait professée. Un peu
plication à la vie de saint Bernard, et à la moins d'amertume dans le zèle de Métellus,
sienne : car après avoir donné à cel abbé les l'aurait rendu plus persuasif.
louanges que méritaient sa piété et son sa- 9. Dans sa lettre à Albéron, archevêque ..
voir, il parle de lui-même, el raconte les éga- de Trèves, il fait une peinture assez vive des
rements de sa jeunesse, son dégoût du désordres qui régnaient alors dans le dio-
monde, sa retraite dans le monastère de cèse de Toul; les incestes, les homicides, et
Saint-Léon. Quoiqu'il se crût beaucoup au beaucoup d'autres crimes se commettaient
dessous de saint Bernard pour le mérite de hautement sans qu'on les punit; et ces choses
la vie, il ne laisse pas de lui donner des avis étaient venues au point qu'on croyait pro-
touchant la pratique de l'humilité, fondé sur chaine l'arrivée de l'Antechrist. Hugues fait
ce principe : qu'il est rare que le savoir et la là-dessus de grands reproches à Albéron, se
sainteté des meurs se rencontrent en quel plaignant de ce qu'il n'apportait aucun remède
qu’un dans un grand degré, sans être agités à ces maux, quoiqu'il fût métropolitain et lé-
par quelque vent d'orgueil, encore qu'on ne gat du Saint-Siége : il le presse d'assembler
s'en aperçoive pas. Il finit sa lettre par dix vers un concile, et d'user du pouvoir des deux
de mesure inégale, et de fort mauvais goût. glaives qu'il avait en main, le glaive spirituel

6. Soit qu'on eût critiqué cet éloge de et le glaive royal, auxquels il lui était facile
l'abbé de Clairvaux, soit qu'il appréhendât de recourir. Il convient que l'archevêque
que ses envieux ne le censurassent, il les avait des lumières, qu'il prenait soin de son
prévint par une lettre adressée en général à diocèse; mais il souhaitait qu'il étendit son
ceux qui fréquentaient les écoles chrétiennes, zèle sur les diocèses voisins, en qualité de
et leur fit voir qu'il n'avait loué que ce qui métropolitain. Saint Bernard, qui avait pris
méritait de l'être, que le mensonge ni l'adu auprès du pape Innocent II la défense d'Al-
lation n'étaient entrés pour rien dans le pa. béron, ne s'accorde pas tout à fait avec Mé-
négyrique de ce saint homme.

tellus sur la situation des choses et les évé-
7. A la prière de Tiécelin, son premier nements : il ne dissimule pas que les diocèses
maitre, mais qui n'avait point étudié en théo- qui relevaient de l'archevêque de Trèves, ne
logie, il composa un petit traité sur la Trinité, fussent tellement dérangés ', qu'on n'y con-
dans lequel il propose ce que l'Eglise croit naissait plus ni ordre, ni justice, ni honneur,
de ce mystère; Hugues n'y dit rien, ou peu ni religion; mais il soutient qu'Albéron n'é-
de chose de lui-même, il ne parle que d'après tait ni une ombre, ni un fantôme d'archevê-
saint Augustin, saint Ambroise, saint Atha- que; s'il ne faisait point de fruit ailleurs
nase, saint Jérôme et Boëce. En voici le ré-. que dans son diocèse, c'est qu'on lui avait
sumé : Il n'y a en Dieu qu'une nature, qu'une donné pour suffragants de jeunes prélats de
substance, et trois personnes. Tout ce qui est qualité, qui, au lieu de l'aider, le traver-
essentiel à la nature divine, la toute-puis- saient et le contrariaient; si ces suffragants
sance, l'éternité et tous les autres attributs, manquaient de zèle pour le bon ordre, ils
est commun au Père, au Fils, au Saint-Es- avaient des archidiacres zélés et éclairés,
prit, et ce qui est relatif est propre à ces nommément Henri, archidiacre de Toul.
trois personnes; engendrer est propre au
Père; ètre engendré, propre au Fils; procé- Bernard, Epist. 176, 177.

Epist. 2

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Epist. 706 8. 10. La lettre à Adam, confrère de Métel- pandu sur son compte plusieurs calomnies

lus, c'est-à-dire chanoine régulier comme lui, parmi le peuple. Il n'épargne pas à son tour
est une exhortation à la pratique exacte des ce voleur; mais à la fin de sa lettre, il ap-
vertus de son état. Ami de Guileneus, évêque porte un lénitif à ses expressions dures et
de Langres depuis l'an 1125 jusqu'en 1131, violentes, en disant qu'il l'avait écrite en
il lui donna les avis nécessaires pour la con- rhétoricien, tantôt en accusant Garnier, tan-
duite de son diocèse, en particulier de dis- tôt en l'excusant, sous l'enveloppe de certains
tribuer au peuple de Dieu le pain de la pa- termes.
role, et aux pauvres la nourriture corporelle, 13. Par sa lettre à Henri de Lorraine, évê- Epist. 15.
sans craindre d'en manquer lui-même. Il que de Toul, il lui donne avis qu'il se trouve
écrivit à Etienne, évêque de Metz, pour le dans son diocèse des hommes infectés d'er-

congratuler sur son voyage de Rome; mais reurs, qui, après les avoir répandues en se-
9. il l'avertit de restituer, avant son départ, aux cret, commencent à les publier hautement.

pauvres chanoines de Saint-Léon ce qu'on « Ils détestent, lui dit-il, le mariage, ont en
leur avait enlevé, s'il voulait rendre son horreur le baptême, tournent en dérision les
voyage heureux. On avait fait à saint Ber- sacrements de l'Eglise, abhorrent le nom de
nard un faux rapport touchant ces chanoines; chrétien, et vivent comme des bêles, » C'é-
l'abbé Siébaud alla exprés à Clairvaux pour taient les henriciens et les pétrobrusiens, que
le détromper.

saint Bernard combattit de vive voix, et conu 11. L'éditeur pense que Gemma, à qui la tre lesquels il écrivit à Hildephonse, comte

onzième lettre est adressée, n'est autre que de Saint-Gilles, pour les empêcher de dog-
Guillaume, abbé de Saint-Thierry, ami in- matiser à Toulouse, comme ils avaient fait à
time de saint Bernard, et célèbre par sa vertu Lausanne, au Mans, à Poitiers, à Bordeaux,
et son savoir. Cela peut être; mais il y a là. et ailleurs, vers l'an 1146 et 1147. Hugues
dessus une difficulté qu'il n'est pas facile de exhorte son évêque à assembler son concile,
résoudre : c'est que, dans cette supposition, et à faire tout ce qui convenait pour dissiper
il faudrait dire que Guillaume eut d'abord le cette compagnie de Satan.
nom de Gemma, qu'ensuite il le changea en 14. Plus Métellus s'est appliqué à rendre 16 et 17.
celui de Guillaume; ce qui ne parait par au- Abaillard odieux dans ses lettres au pape
cun autre endroit. Siébaud, écrivant' à Guil. Innocent I, plus il a affecté de relever les
laume de Saint-Thierry, ne le nomme pas vertus et le savoir d'Héloïsse dans les deux
autrement que Guillaume; comment dans le lettres qu'il lui a adressées; il avoue toute-
même temps, et dans une même maison, cet fois qu'il ne la connaissait que de réputation.
abbé était-il nommé Gemma et Guillaume, Pour se faire connaître à elle, il lui dit qui
Gemma par Métellus, Guillaume par Siébaud ? il était, d'où il était, et lui vante ses talents
Métellus, dans sa lettre, lui donne de grandes poétiques, et les ouvrages qu'il avait faits en
louanges, tant pour s'être consacré à Dieu vers : il fait encore remarquer à Héloïsse que
dès sa plus tendre jeunesse, que pour ses la ville où il était né avait deux noms, Leu-
vertus et lumières; il se reproche au con- que et Toul; le nom de Leuca ou Leuque,
traire de n'être venu travailler à la vigne du lui venait de la blancheur des hommes de
Seigneur que vers la onzième heure, el dans cette ville, et de son vin blanc, parce que
un âge avancé. C'est dans cette lettre qu'il Leucon en grec, signifie blanc en français;
parle de la vie et des vêtements des chanoi. pour le nom de Toul, il fut donné à cette ville
nes réguliers de Saint-Léon, comme on l'a depuis que Tullus s'en fut emparé sous le duc
dit plus haut.

Césarien.
12. Hugues n'avait pas encore embrassé la 15. La dix-huilième lettre n'est pas de Hu: 1.
vie régulière dans ce monastère, lorsqu'il gues, mais de Siébaud son abbé, qui l'écrivit
écrivit sa seconde lettre à Tiécelin, son pre à Guillaume de Saint-Thierry, pour lui ren-
mier mailre, puisqu'il s'y plaint à lui de ce dre compte de la façon un peu dure dont il
qu'il avait accordé l'hospitalité à un nommé avait traité un de ses religieux nommé Her-
Garnier, de Bourges, qui, après lui avoir volé bert, de qui il avait reçu des injures. La sui-

19 et 14. son argent et ses livres, en ouvrant son ar- vante est au prêtre Rainald, que Hugues loue moire avec une fausse clef, avait encore ré pour ses bonnes cuvres, en particulier pour

ses libéralités envers les pauvres et les étran1 Epist. 18.

gers.

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