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ger en 1151.

Vie de Louis

Op. Duches

mes aux yeux. Il avait fait quelque temps était le même après le repas qu'avant de se
auparavant le pèlerinage de Saint-Martin de mettre à table. «Pendant les quinze derniers
Tours; et voyant qu'il ne pouvait faire celui jours de sa vie, dit encore Guillaume, Suger
de Jérusalem, quoiqu'il en eût la dévotion, se confessait chaque jour, ou aux trois évê-
il en chargea un des principaux seigneurs ques de Soissons, de Noyon et de Senlis, en-
français, à qui il fournit tous les frais du semble ou séparément; il faisait devant eux
voyage. Pendant sa maladie, il disait sou- sa confession de foi, et recevait de leurs mains
vent la messe; et ne pouvant quelquefois se les sacrements du corps et du sang de Jésus-
soutenir lui-même, il se faisait aider de ses Christ. Il exhortait ses frères à la paix, à l'u-
confrères.

nion, au maintien de l'observance, au culte Mort de Sa. 10. Saint Bernard, le sachant en danger de Dieu et des saints. » Six évêques assistè

de mort !, lui écrivit une lettre pleine de rent à ses funérailles, avec plusieurs abbés.
tendresse et de piété, pour l'encourager à Le roi Louis le Jeune y assista aussi, fondant
cette dernière heure, et lui témoigner son en larmes, de même que le maître du sacré
désir de le voir encore et de recevoir sa bé- temple, avec plusieurs de ses chevaliers.
nédiction. Suger lui répondit en des termes 12. [Nous avons de Suger la Vie de Louis- Ses écrits.
qui marquaient le peu de cas qu'il faisait le-Gros; l'histoire de ce qu'il fit dans le gou- vl. Tom. IV.
d'un plus long séjour sur la terre; son désir vernement de l'abbaye de Saint-Denis; le ne, pag. 282.
sincère d'aller au plus tôt à Dieu; sa con- livre de la Consécration de l'église de Saint-
fiance dans la seule miséricorde de Dieu, et Denis; la translation des reliques de ce mar-
dans les prières du saint abbé de Clairvaux tyr; la constitution de Suger, son testament,
et de toute sa congrégation. Il en écrivit une ses lettres. Tous ces écrits, publiés dans dif-
autre au roi Louis pour lui recommander férentes collections, sont réunis dans la Pa-
l'église de Saint-Denis, assurant ce prince, trologie latine, tom, CLXXXVI, col. 1211-
que de son côté il le recommandait, lui et son 1460; ils sont précédés, col. 1151-1211, 1°
royaume, à Dieu. Ces deux lettres ne se trou- d'une notice tirée du Gallia christiana; 2°
vent que dans les Annales de l'ordre de Saint- d'une autre notice tirée de l'Histoire littéraire
Benoit. Quoique Suger vit avec joie appro- de la France; 3° de la Vie de Suger, par Guil-
cher la mort, il souhaitait néanmoins qu'elle laume; 4o de la lettre encyclique sur la mort
n'arrivât qu'après les fêtes de Noël, pour ne de Suger. A la suite des écrits de Suger, les
pas en troubler la joie par des cérémonies éditeurs de la Patrologie ont mis cinq privi-

funèbres. Il ne mourut que le 13 janvier 1151. léges accordés à l'abbaye de Saint-Denis du Lloge de 11. Guillaume, moine de Saint-Denis ?, temps de Suger.] Suger écrivit la Vie de Sager.

qui avait assisté l'abbé Suger à la mort, en Louis VI, surnommé le Gros, et la dédia à Jos-
donna avis partout par une lettre circulaire 3, lène, évêque de Soissons 4, avec qui il avait
où, sans entrer dans le détail des grandes été conseiller d'Etat sous le règne de ce
actions de sa vie, il ne touche que ses qua- prince. Mais en donnant la Vie du roi Louis,
lités personnelles et les circonstances de sa Suger y a mis quantité de traits de la sienne
maladie. Il relève en lui une grande pénétra propre, que l'on ne trouverait pas ailleurs.
tion d'esprit; une facilité admirable d'ex- Nous en avons rapporté quelques-uns. Nous
pression, soit lorsqu'il parlait, soit lorsqu'il remarquerons sur Louis VI, que ce prince,
écrivait; un esprit cultivé par les sciences; se voyant à l'extrémité, se disposa à la ré-
une mémoire heureuse; une sobriété si ception du saint viatique par la confession de
grande dans le boire et dans le manger, qu'il ses péchés, et par de grandes aumônes, tant
1 Bernard., Epist. 166.

occupe, tom. XII, pag. 547. Tous ces écrits sont re? On a de Guillaume, moine de Saint-Denis : 1° une produits dans la Patrologie latine, tom. CLXXXVI, lettre encyclique sur la mort de Suger; 20 la Vie de col. 1207, 1293, 1211 et 1471-1476. Une notice tirée Suger; 3° des vers sur la mort de Suger; 40 une lettre de l'Histoire littéraire de la France, précède, col. à quelques-uns de ses confrères de Saint-Denis, qui le 1467-1472. (L'éditeur.) priaient de revenir à son monastère de Saint-Denis 3 Mabillon., lib. LXXIX Annal., num. 135. qu'il avait quitté pour se retirer à Saint-Denis-en - On a de Joslène deux expositions, l'une du SymVaux, près de Châtellerault dans le Poitou. Guillaume bole, l'autre de l'Oraison dominicale, publiées par marque les motifs qui l'empêchent de se rendre aux Martène, Ampliss. Collect., et une charte pour un sollicitations de ses confrères. Cette lettre, disent les monastère publiée par Mabillon. Ces écrits sont reauteurs de l'Histoire littéraire de la France, est une produits au tome CLXXXVI de la Patrologie latine, des plus spirituelles et des plus agréables que nous col. 1479-1498. Ils sont précédés d'une notice tirée de ayons rencontrées parmi celles du siècle qui nous la Gallia christiana. (L'éditeur.)

aux pauvres qu'aux églises; qu'il donna sa son exemple donnerait de l'émulation aux
chapelle, qui était très-riche, aux saints mar abbés ses successeurs pour faire fleurir le
tyrs, c'est-à-dire à l'abbaye de Saint-Denis; culte de Dieu. L'abbé Suger se rendit à ces
et que s'étant mis humblement à genoux de- raisons, et laissa un mémoire exact de ce
vant le sacré corps et sang de Jésus-Christ, qu'il avait fait, tant dans l'abbaye de Saint-
il fit sa profession de foi, déclarant qu'il Denis, qu'à l'égard des prieurés et des mé-
croyait chacun des articles du Symbole. Sur tairies en dépendants. Il s'étend principale-
l'article de l'eucharistie, il dit : « Nous ment sur les dépenses qu'il avait faites pour
croyons ' fermement, et nous confessons de l'église, qu'il renouvela en partie, et sur les
bouche et de cour, que ce très-sacré corps ornements dont il enrichit les autels, nom-
de Jésus-Christ, est le même qui a été pris mément celui de saint Denis. Ce n'était qu'or,
de la Vierge, qu'il a donné à ses disciples, argent et pierres précieuses. Mais il a soin
afin qu'ils lui fussent associés, unis, et qu'ils de marquer les bienfaiteurs qui avaient
demeurassent en lui; et que ce très-sacré fourni aux frais de toutes ces décorations,
sang est le même qui a coulé de son côté, et ce que lui-même avait fourni. Il n'y a
lorsqu'il pendait à la croix. » Louis-le-Gros pas jusqu'aux peintures des vitraux dont
reçut donc le viatique sous les deux espèces. il ne fasse le détail, marquant ce que
Avant que Duchesne publiât la Vie de Louis- chacune représentait. Toutes ces explica-
le-Gros par l'abbé Suger, elle avait été im- tions sont en vers de différentes mesures. Il
primée à Francfort, chez les héritiers d'André parle sur la fin de la manière dont il fut
Wechel, en 1596, avec Glaber, Helgaud, et offert étant enfant, et demande qu'au jour
quelques autres bistoriens français 2. (M. Gui- annuel de sa mort, tous lui accordent leurs
zot a traduit en français la Vie de Louis-le- prières, étant persuadé que le peu de péni-
Gros, tome VIII des Mémoires relatifs à l'his- tence qu'il avait faite avant de mourir, n'é-
toire de France ; il a donné aussi en français tait pas capable d'effacer tous les péchés
la Vie de Suger par Guillaume, avec la lettre de sa vie. Son anniversaire se fait solennel-

encyclique sur la mort de Suger, ibidem.] lement tous les ans, le 13 janvier. Histoire de. 13. Quelques-uns ont attribué à Guillaume, 14. L'abbé Suger a laissé par écrit l'His- Livre de la ser dans **auteur de la Vie de Suger, le détail de ce qu'il toire de la dédicace de l'église de Saint-Denis, de l'église de sent de l'ab: fit dans l'abbaye de Saint-Denis, pendant en 1140, et de la Translation des reliques de ce et de la Trans

qu'il fut abbé; mais Suger, à chaque page, saint martyr et de saint Rustique et saint Eleu- liques de ce
s'en fait lui-même honneur. Il dit dès le thère, ses compagnons, qu'il qualifie apôtres de pag. 350
commencement, qu'étant au chapitre géné- la France. Il décrit cette cérémonie avec
ral, la vingt-troisième année de son adminis- étendue, marquant en quel ordre elle se fit
tration, les frères le pressèrent de mettre par et par quelles personnes. Aux reliques des
écrit tout ce qu'il avait fait pour l'abbaye de saints, dont on fit le transport, il joint les
Saint-Denis, soit par de nouvelles acquisi- clous et la couronne de Notre-Seigneur, et
tions, soit en recouvrant des biens aliénés, un bras du vieillard Siméon. Il se trouva å
soit en bonifiant les biens dont l'abbaye jouis- cette cérémonie, dix-sept prélats, tant arche-
sait, soit en faisant construire ou en réparant vêques, qu'évêques, avec les principaux de
les bâtiments, soit en décorant l'église par leurs églises cathédrales; le roi Louis, la
des meubles précieux de toute espèce. Ils reine sa mère, et tous les grands de la cour,
prétextaient, pour l'y engager, deux inotifs : avec un nombre infini de peuples. Il manque
l'un, que la mémoire de ses bienfaits et de quelque chose à la fin de ce livre. Dom Ma-
ses travaux lui mériterait les suffrages et les billon y a suppléé dans ses Analectes 3.

Coastito prières des religieux à venir; l'autre, que 15. Il n'y avait pas longtemps que Suger tions de Sa:

Consécration

gouverne. ment de l'ab. baye de SaintDenis. Ibid., pag. 331.

Suint-Denis, et de la Trabslation des ro

que et sopues de

décrit qu'il

1 Hanc autem sacratissimi corporis ejus eucharistiam illud idem credimus corpus, quod assumptum est de Virgine, quod discipulis suis ad confæderandum et uniendum et in se commanendum tradidit. Hunc sacratissimum sanguinem illum eumdem esse qui de latere ejus in cruce pendentis defluxit, et firmissime credimus, et ore et corde confitemur. Vita Ludovici Grossi, tom. IV Duchesne, p. 320.

2 Outre cette Vie en grand du monarque français, Suger avait composé sa légende distribuée en trois

lecons, pour être lue chaque année à l'office de la puit le jour de son anniversaire. Elle a été mise au jour par les soins de dom Martène, dans la préface du quatrième tome de sa Grande collection. Elle est reproduite au tome CLXXXVI de la Patrologie latine, col. 1341-1346, Martène fait observer que ces leçons usitées alors pour l'anniversaire des rois étaient aussi convenables que les oraisons funèbres de ces princes qu'on prononce dans les saints mystères (L'éditeur.)

3 Pag. 463, tol.

Duchesne, pag. 546.

Suger, p. 565.

de Seger, ib.,

seg, et Feli.

de Saint-DeDis, Preaves, pàg. 70.

Epist 20,

ger, toun. IV, était abbé de Saint-Denis, lorsqu'il fit une de Suger, qui assigna les fonds nécessaires

constitution, portant que chaque samedi, à pour subvenir à toutes ces dépenses.
perpétuité, et chaque jeudi, on ferait mé- 17. Son testament, dans l'édition de Du- Lettres do
moire solennelle de la sainte Vierge. Ce statut chesne, est suivi de deux lettres : l'une à
fut approuvé dans un chapitre général tenu Pierre, archevêque de Bourges, à qui il re-
à Saint-Denis, et confirmé par les deux légats commande l'abbaye de Saint-Denis et toutes
du Saint-Siége, Pierre, prêtre-cardinal, et ses dépendances; l'autre, par laquelle il as-
Grégoire de Saint - Ange, cardinal-diacre. socie quatre ermites à l'abbaye de Saint-De-
Comme ils aspirèrent tous les deux à la pa- nis, en leur permettant, ou de garder leur
pauté après la mort d'Honorius II, en 1130, babit, ou de prendre celui de la commu-
il faut rapporter à ce temps-là la constitution nauté, à la charge qu'il ne leur sera plus
de Suger, qui ne porte aucune date chrono libre de recevoir d'autres ermites sans le
logique. Il y est dit encore, qu'après la mort consentement du prieur de l'église de la cha-

du roi Louis VI, on fera à perpétuité son an pelle, à qui ils s'étaient soumis en donnant Pag. 548. niversaire dans l'abbaye de Saint-Denis. Par tout ce qu'ils avaient à l'abbaye de Saint

une autre constitution datée du mois de mars Denis. Duchesne a recueilli d'autres lettres
1125, l'abbé Suger remit aux habitants de de l'abbé Suger; mais son recueil, qui est de
Saint-Denis le droit de main morte que l'ab- cent quarante-quatre, n'en présente que
baye avait sur eux.

seize de l'abbé Suger; les autres lui sont Testament 16. Son testament, qui est du mois de juin adressées de la part de diverses personnes. pag. 59 e 1137, fut lu en plein chapitre et fut signé des Nous remarquerons ce que celles de cet abbé bien, Histoire religieux de la communauté, des archevê- contiennent d'intéressant pour l'histoire de mis Preaves, ques de Tours et de Reims, de quelques évê- l’Eglise.

ques, et de Robert, abbé de Corbie. Suger le 18. A la requête du doyen et du chapitre de
commence par l'énumération des bienfaits Chartres, qui avaient élu Joslène pour leur pag. 108.
dont Dieu l'avait comblé, en le faisant asseoir évêque, il approuvà cette élection de la part
avec les princes, quoiqu'il fùt né pauvre et du roi, et consentit à donner à Joslène,
d'une famille obscure; il avoue avec humi- après sa consécration et son serment de fidé-
lité, qu'il n'a pas reconnu comme il le devait lité au roi, les régales, c'est-à-dire la jouis-
tant de grâces, et en demande pardon à Dieu. sance du temporel et des droits de son église.
N'osant l'espérer qu'avec le secours des Les deux lettres au pape Eugène regardent Epist. 40. 47.
prières de ses frères, il ordonne que dès le l'introduction des chanoines réguliers de
17 juin de la même année, le jour même Saint-Victor en l'abbaye de Sainte-Gene-
qu'il avait fait son testament, on célébrerait viève pour y mettre la réforme, et les oppo-
une messe du Saint-Esprit; et qu'après sa sitions que les anciens chanoines y forme-
mort, elle serait changée en une messe de rent. Par une autre lettre, il pria le pape
Requiem au jour anniversaire de sa mort, d’obvier aux troubles de l'Eglise de Paris, en
pour le repos de son âme; que la commu- procurant l'élection canonique d'un doyen.
nauté chanterait le niême jour l'office des Voyant que les barons et les seigneurs qui
morts; que tous les prêtres offriraient pour avaient accompagné le roi Louis à la Croi-
lui le sacrifice de l'autel; que les autres reli- sade étaient de retour, il écrivit une lettre 67
gieux réciteraient cinquante psaumes à son aussi tendre que respectueuse à ce prince,
intention; et que ceux qui ne savaient pas pour l'engager à revenir au plus tôt dans ses
lire, feraient dans le même dessein quel Etats, où il était souhaité universellement,
que cuvre de piété. Il ordonna aussi qu'en ce et attendu comme l'ange de Dieu. Son ab-
jour on ferait de grandes aumônes aux pau- sence avait occasionné des troubles dans
vres; et qu'en considération des fatigues de l'Etat et dans l'Eglise, par la liberté que les
l'office, les portions des religieux seraient méchants se donnaient. Ce fut pour y remé-
plus abondantes qu'à l'ordinaire. Le même dier que l'abbé Suger indiqua une assemblée
testament porte encore, que dans les prieurés à Soissons, le dimanche d'avant les Roga-
dépendants de St-Denis, où il avait également tions, où se devaient trouver grand nombre
travaillé à rétablir les biens, on ferait pour lui d'évêques et de seigneurs.
des prières et des aumônes. Toute la com- 19. La lettre à Roger, roi de Sicile, ne con- ,

146. munauté consentit à l'exécution des volontés tient que des témoignages de respect et de

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165.

tres de Sager,

dot, Martene, pag. 415

168.

reconnaissance; mais le porteur était chargé de mots ce qui était arrivé au sujet de la réEpist. 160. de dire bien des choses à ce prince. Dans forme de Sainte-Geneviève et de Saint-Cor

celle qu'il écrivit au roi Louis, il le prie de neille. Il chargea Eudes de deux autres let- Epist. 16,
ne point faire la guerre au comte d'Angers tres : l'une pour l'abbé de Cluny, qui était
et au duc de Normandie, sans en avoir au- Pierre le Vénérable; l'autre pour saint Ber-

paravant délibéré avec les grands et les ar nard, par lesquelles il les prie de le recevoir 163. chevêques de son royaume. Suger écrivit avec bonté, et de le recommander au pape.

même à ce comte pour lui représenter, que 22. Parmi un grand nombre de lettres Autres let. le différend qu'il avait avec le roi, ne lui adressées à l'abbé Suger, dom Martène en tom. 1; Anecétait ni honorable, ni avantageux; qu'il lui con- rapporte quelques-unes de cet abbé même. de. pag. 415 seillait, pendant qu'il en était encore temps, Il y en a une à Henri, évêque de Beauvais,

d’employer des moyens convenables pour au clergé et au peuple de cette ville, pour 154. rentrer dans l'amitié du roi. Il pressa l'évê- les détourner de la révolte qu'ils méditaient

que d'Amiens de chasser de son diocèse un contre le roi. Henri était son frère; Suger lui
fameux apostat, qui s'y était retiré, et qui fait voir, qu'outre les dangers auxquels il s'ex-
pouvait y faire beaucoup de mal.

posait, lui et la ville de Beauvais, il ne con-
20. On a vu plus haut que Suger avait été venait pas à un évêque de prendre les armes
choisi par le pape Eugène III, avec l'évêque contre le seigneur commun du royaume,
de Noyon, pour faire sortir les chanoines de l'ami et le protecteur des Eglises, à qui tous
Compiègne, et mettre à leur place des moi- les archevêques, les évêques, les harons sont
nes. Comme il leur fallait un abbé, Suger attachés nécessairement par le serment de
pria cet évêque de se transporter sur les fidélité qu'ils lui ont prêté. Il représente à la
lieux le jour même de la fête de saint Cor- ville de Beauvais son impuissance dans un
neille, et de bénir l'abbé devant l'autel, si cas semblable, et la compare à une fourmi

cela se pouvait faire sans beaucoup de bruit. qui entreprendrait de tirer seule un chariot. 189. Les chanoines, soutenus par Philippe de La lettre suivante est la réponse de Suger à Pag. 626.

France, frère du roi, eurent recours à la vio- celle qu'il reçut de saint Bernard, étant à
lence pour se faire rétablir à Compiègne; l'extrémité. Elle est rapportée dans les An-
mais leurs efforts scandaleux furent inutiles, nales de l'ordre de saint Benoît, et on en a

la puissance royale maintint le nouvel éta- parlé plus haut. Celle qu'il écrivit à Joslène, 161. blissement. Suger écrivit au comte de Ver- évêque de Soissons, est une lettre d'amitié. 124, 485.

mandois de ne point se dessaisir de ce que Il a été aussi parlé ci-dessus de sa lettre au
ces chanoines avaient mis sous sa garde; roi, pour lui recommander l'abbaye de Saint-
parce que, s'ils étaient privés de leurs offices Denis et les pauvres.
et du bénéfice de l'église, ils l'avaient mérité 23. Nous finirons l'article de Suger en re- Soger, ap-
par leur mauvaise conduite. Ces clercs ayant marquant que le roi Louis le Jeune, au re- la Patrie.
pris les devants, le comte ne put se saisir que tour de la Croisade, fut si content de la ma-
de peu de chose.

nière dont cet abbé avait administré le A
21. Eudes, élu et béni abbé de Compiègne, royaume, qu'il lui donna le nom de Père

alla à Rome pour raconter au pape Eugène de la Patrie, et que ce nom glorieux lui fut 163. tout ce qui s'était passé. Suger le chargea aussi donné par le peuple.

d'une lettre pour le pape, à qui il dii en peu

peie Père de

Mabillon. lib. LXXIX AR. DEM 137,

CHAPITRE XXXIII.

Alger, diacre et scholastique de Liége.

[Ecrivain latin, vers l'an 1132 ou 1135.]

Commence

seigne à Lié.

Alger. Ses 1. Natif de Liége', Alger y fit ses études à ces deux écrivains les éloges qu'ils méri-
meets. I en sous les meilleurs maîtres, etcette ville en avait tent. Il y a toutefois dans le traité d'Alger

d'excellents: Hézelon et Tézelin. Ses progrès quelques expressions peu correctes. Nous les
dans les sciences furent si grands, qu'en con- remarquerons dans l'analyse.
sidération de son mérite seul, on l'admit 4. Alger rapporte dans le prologue les di. Analyse de
dans le clergé de l'église de Saint-Barthé- verses erreurs répandues sur cet auguste
lemy, où il fut ensuite fait diacre, et chargé mystère 5. « Les uns, dit-il, croient que le
du soin de l'école. L'évêque Otbert le fit cha- pain et le vin ne sont pas changés, non plus
noine de la grande église. Il y demeura jus- que l'eau du baptême, ou l'huile du chrême;
qu'à la mort de l'évêque Fridéric, en 1121, en sorte que le pain et le vin ne sont qu'en
c'est-à-dire pendant environ vingt ans. Sa figure le corps et le sang de Jésus-Christ.
réputation s'étendit en Saxe et dans les au- D'autres disent que Jésus-Christ est dans le
tres parties de l'Allemagne. Plusieurs évê- pain, comme le Verbe dans la chair par l'in-
ques le demandèrent, lui offrant des riches. carnation ; c'est ce qu'on appelle l'erreur de
ses et des honneurs. Content de la médiocrité l'impanation. Quelques-uns enseignent que
de ses revenus, il préféra le séjour de la le pain et le vin sont changés au sang et à la
ville de Liége aux honneurs qu'on lui offrait chair, non de Jésus-Christ, mais de tout
ailleurs.

homme qui est par la sainteté de sa vie Il se fait 2. Plus touché encore de son salut que des agréable à Dieu. Il y en a qui pensent que er bort biens qu'il possédait, il abandonna tout pour l'indignité du prêtre est un obstacle au chan

suivre Jésus-Christ, et se retira à Cluny pour gement du pain et du vin en la chair et au
y vivre dans la retraite et dans la pratique de sang du Seigneur; d'autres, que le change-
la règle de saint Benoît. Pierre-le-Vénérablement se fait par la consécration, mais que le
en était alors abbé. Ecrivant à Adalbéron ?, corps de Jésus-Christ ne demeure pas dans
évêque de Liége, il fait l'éloge d’Alger et de ce sacrement pour ceux qui le reçoivent in-
ses écrits. Il le compte pour le troisième des dignement, et qu'il retourne en ce qu'il était
scholastiques de Liége, qui s'étaient réunis avant la consécration, c'est-à-dire en pain et
à Cluny. On conserve dans l'archive de cette en vin. La dernière erreur est de ceux qui
abbaye l'acte de donation que lui fit Alger, croient que le corps de Jésus-Christ, lorsque
lorsqu'il y vint embrasser l'état religieux. On nous l'avons mangé, est sujet aux suites or-
ne sait pas bien l'année de sa mort. Le père dinaires des autres aliments. »
Pagi la met en 1152 ), et rien n'empêche que 5. La méthode qu'Alger se prescrit pour dé- 11 est divisé
l'on ne s'en tienne à cette époque 4.

truire toutes ces erreurs, est de ne s'appuyer res: Ses écrits. 3. L'ouvrage qui lui a donné le plus de ré point sur les lumières de la raison, mais sur l'Eacharistie. putation est celui qu'il a composé sur l'Eu- l'autorité de l'Ecriture et des pères. Il avertit

Il se fait Doise à Cla

Il est diviso en trois li

charistie. Pierre-le-Vénérable le préfère à ses lecteurs que si le mystère de l'Eucharistie ceux que Lanfranc et Guitmond d'Averse ont est incompréhensible, il n'est pas pour cela écrit sur le même sujet ; mais il donne aussi incroyable ; parce que le pouvoir de Dieu ne

Traité sor

1 Vers l'an 1070 ou 1075, selon M. Malou, Præfatio
ad librum de sacramentis corporis et sanguinis Domini,
Louvain 1847, 1 vol. in-32, et Patrologie, t. CLXXX,
col. 726 et suiv. (L'éditeur.)

2 Lib. I, Epist. 2.
3 Pagi, ad an. 1152, num. 18.

* Alger fut ordonné prêtre dans le monastère de
Cluny à un âge déjà avancé, et il mourut dix ans
après être entré en religion ; il avait commencé à

être mis par Otbert à la tête des affaires ecclésiastiques en l'an 1101, à l'âge de 25 ou 30 aps; il demeura vingt ans dans le clergé, fut pendant vingt ans chargé de l'administration de l'école de Liége, et professa environ douze ans la vie monastique, ce qui nous permet de mettre sa mort vers l'an 1132 ou 1135. Voyez M. Malou, ouvrage cité. (L'éditeur.)

3 Tom. XXI Bibliot. Pat. pag. 251, prolog.

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