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Bernard.

Lettre sor

traité aux free

Dien.

de certains termes obscurs ou ambigus, qui, 15. Guillaume n'a conduit la Vie de saint Vie de saint
pris dans un mauvais sens, ont occasionné Bernard que jusqu'en 1130; et on croit qu'il
des disputes. » Guillaume ajoute qu'il en est n'y mit la main qu'après l'an 1145, c'est-à-
arrivé ainsi à saint Augustin, dans ce qu'il a dire quelques années avant sa mort. Il dit
écrit sur la grâce : ce qu'il faut entendre de clairement dans la préface, qu'il avail entre-
ses premiers écrits sur cette matière.

pris cet ouvrage à l'insu du saint abbé de 13. L'abbé de Saint-Thierry s'expliqua une Clairvaux. Ce qu'il en a écrit fait le premier l'Eucbaristie.

seconde fois sur l'eucharistie, dans une lettre livre de la Vie de saint Bernard. On la trouve
à l'abbé Rupert', dont la façon de penser dans les éditions des cuvres de ce père, et
sur ce mystère lui paraissait nouvelle. Nous dans les agiographes au 20 août.
avons déjà parlé de cette lettre, qui est très- 16. On a prouvé dans l'article de Guigues, Lettre ou
polie, et pleine de sentiments d'amitié et de cinquième prieur de la Chartreuse, qu'il est res da Mont-
charité; nous nous contenterons de rappor- auteur de la lettre ou traité de la Vie solitaire,
ter l'endroit où il reconnaît ? que « l'Eglise a adressé aux frères de la Chartreuse du Mont-
toujours cru le dogme de la transsubstantia- Dieu; et on a répondu aux raisons que l'on
tion; qu'elle a en horreur l'erreur qui en a alléguées pour la donner à Guillaume de
seigne que le pain reste après la consécra Saint-Thierry 6. Nous renvoyons le lecteur à
tion, et l'a condamnée dans Berenger. « En cet article. Cet abbé avait écrit ? un grand
effet, dit-il, si, comme le prétendait cet héré- nombre de lettres à saint Bernard, et sans
siarque, le pain était tellement changé au doute à d'autres personnes de considération.
corps de Jésus-Christ, qu'il ne cessât pas Il ne reste que celles dont nous avons parlé.
d'être pain; on dirait, si cette expression 17. On voit dans sa lettre à Geoffroi de Jagement
était permise, que le Verbe a non-seulement Chartres et à saint Bernard, quel était son Gaillaams.
élé fait chair, mais aussi pain. »

zèle pour la pureté de la foi catholique, et Commen- 14. Le commentaire de Guillaume sur l'E- avec quelle ardeur il s'opposait aux nou

pître aux Romains 3, n'est qu'une compilation veautés en fait de religion. Ses autres écrits
de ce que les saints pères ont dit pour l'ex- ne respirent qu'amour, que charité, qu'hu-
pliquer. Il ne paraît point par le catalogue milité, que mépris du monde, que désir du
de ses ouvrages, qu'il en ait composé quel- vrai bien; il y règne une onction qui pénètre
qu’un contre Gilbert de la Porrée. Toutefois le cour et une lumière qui porte dans l'esprit
on lui en attribue un * dans la Bibliothèque de la conviction des vérités éternelles 8.
Citeaux 5.

des écrita de

taire sur l'Epitre aux Ro. mains.

1 Tom. IV Bibliot. Cisterciens.

2 Panis substantiam post consecrationem in altari superesse semper horruit pietas christiana, nuperque damnavit in Berengario Turonensi, ejusque sequacibus: nam si hoc admitteretur, jam Verbum non incarnatum tantum, sed etiam, si dici posset, impanatum, si sicut ille dicebat, panis sic in corpus Domini transiret, ut tamen panis esse non desisteret. Guillelm., Epist. ad quemdam monach., tom. IV Biblioth. Cisterciensis, pag. 130.

3 Ibid., et Henricus Gaudav., cap. de Scriptor. Ecclesiast.

* D'après les auteurs de l'Histoire littéraire de la France, tom. XII, la bibliothèque du collége de Louisle-Grand possédait un exemplaire de cet ouvrage enrichi de notes marginales du père Labbe. Il y en avait un autre, disent-ils encore, à Morigny, près d'Etampes, mais ils ne savent où les manuscrits de cette abbaye ont été transportés après le malheur de sa destruction. Guillaume mit la main à cet ouvrage peu de temps après le concile de Reims, où les nou. veautés de Gilbert furent proscrites, c'est-à-dire vers la fin de l'an 1148. On le voit par le début où il dit : Qualuor in schedulis capita, lector, invenies, quæ in magna nuper Ecclesia propalata et reprobata sunt tanquam manifeste repugnantia veritati. Ces quatre articles sont réfutés avec la même force de raisonne

ment et la même vivacité qu'on remarque dans les
autres ouvrages de Guillaume. Il finit par l'éloge des
célèbres théologiens de son temps. (L'éditeur.)
5 Pag. 137.

Quoi qu'en dise notre auteur, la lettre aux frères
du Mont-Dieu est l'œuvre de Guillaume de Thierry.
Voyez la note à l'article Guigues. (L'éditeur.)

7 Bernard., Epist. 85, ad Guillelm.

8 Guillaume était l'un des plus savants hommes du XIIe siècle, et dans presque tous les genres de littérature qui convenaient à son état. Logicien subtil et exact, personne n'entend mieux que lui l'art de pousser un raisonnement, de parer les objections de ses adversaires et de démêler les sophismes dans lesquels ils s'enveloppent. Physicien comme on pouvait l'étre, la connaissance qu'il avait des choses naturelles égalait celle des plus habiles de son temps. Théologien profond, à une grande lecture des pères, il réunissait un jugement sûr et pénétrant qui lui faisait apercevoir la correspondance, l'application et la fécondité des principes qu'il avait trouvés épars dans leurs écrits. Mystique raisonnable et sublime dans tous les sujets de spiritualité qu'il traite, il par. court avec le flambeau de la foi tous les degrés qui conduisent à la hauteur de son objet, et ne va point au-delà. Il parle au cœur et à la raison tout ensemble; il élève celle-ci sans lui faire perdre terre, il

CHAPITRE XXXV.

Robert Pullus, cardinal et chancelier de l'Eglise romaine (vers 1150);

Bernard des Portes (1152); Jean de la Chartreuse des Portes;
Etienne de Chalmet; Gui, prieur général de la Chartreuse; Zacharie,
évêque.

(Ecrivains latins du XIIe siècle. ]

lus. Ses étu

l'Académie d'Oxford,

Le pape lonocent l'ap.

Lacius II le

Il est aimé du roi Henri

en

France,

Robert Pa! 1. Anglais de nation, Robert Pullus s'ap- du jugement de l'évêque de Rochester; ce ne
des. Il råta blii pliqua de bonne heure à l'étude des belles- put être que depuis l'an 1141, puisqu'An-

lettres et des beaux-arts, puis à la théologie selme ne fut élu évêque de Rochester qu'en
et à l'intelligence des Livres saints. L'acadé- cette année, selon la Chronique de Gervais ?
mie d'Oxford ', auparavant si célèbre dans 3. Le pape Innocent II, connaissant le mé-
toute l'Europe, était à la veille de sa ruine. rite de Pullus, l'appela à Rome vers l'an pelle à Rome.
Robert entreprit de la remettre en vigueur. 1142. Lucius II, son successeur, le fit cardinal fait cardinal.
Il y ouvrit des écoles publiques; enseigna du titre de Saint-Eusébe, en 1144, et chan-
lui-même les sciences gratuitement; fit venir celier de l'Eglise romaine. Saint Bernard,
des provinces voisines des professeurs et des ayant appris l'élection d'Eugène III, bénit
disciples; en défraya une partie à ses dé- Dieu d'avoir préparé à ce pape un secours si
pens; rendit aux autres tous les offices de puissant en la personne de Robert. Car l'abbé
l'humanité, et se déclara hautement le pro- de Clairvaux n'ignorait pas que le chancelier
tecteur des gens de lettres et leur Mécène. de l'Eglise romaine était le principal ministre

2. Il gagna par sa candeur, par la beauté du pape. Voici comment il s'explique sur ce ler. ll passe de son esprit, par la probité de ses moeurs, sujet dans sa réponse à une lettre du cardinal pais a Rome: et par son savoir, l'estime et l'amitié de Pullus, qui n'est pas venue jusqu'à nous.

Henri ler, roi d'Angleterre; et ce ne fut ap- 4. « Je rends grâces au Seigneur de ce Lettre de
paremment qu'après la mort de ce prince, qu'il a préparé à Eugène, son serviteur, et à Pallus.
en 1135, qu'il passa en France. Car il y était notre ami, un ministre intelligent, capable
en 1140, comme on le voit par la lettre de de le soulager dans les pénibles fonctions de
saint Bernard à Ascelin ou Anselme, évêque sa charge. Entrez donc dans les desseins de
de Rochester, écrite cette année-là. Etant à Dieu, mon très-cher ami; soyez le consola-
Paris, Robert y enseigna publiquement la teur et le conseil de celui auquel il vous at-
théologie. Sa doctrine était saine; et ce fut tache; usez de la sagesse qu'il vous donne,
cette raison qui engagea saint Bernard à pour garantir le pontificat d'Eugène, de tout
écrire à cet évêque, pour le prier de ne plus ce qui peut le déshonorer. Pour préserver
insister sur le rappel de Pullus en Angle- ce pape des surprises où la foule et la multi-
terre. Anselme, au lieu d'accorder ce qu'on plicité des affaires l'exposent continuelle-
lui demandait, répondit durement, et fit sai- ment, remplissez avec honneur la place que
sir tous les biens de Robert, apparemment vous occupez: ayez un zèle mêlé de fermeté
parce qu'il ne faisait aucune fonction de l'ar- et de prudence; un zèle qui procure la gloire
chidiaconé de Rochester, dont il était pourvu, de Dieu, votre salut, et le bien de l'Eglise,
Robert, appuyé du crédit de quelques per afin de pouvoir dire : La grâce de Dieu n'a 1 Cor. XV, 10.
sonnes puissantes à la cour de Rome, appela point été infructueuse en moi. »

saint Bernard

échauffe l'autre sans lui inspirer un enthousiasme
oatré. Interprete sage des saintes Ecritures, il ne force
point la lettre pour la faire plier à son sens particu.
lier, il n'affecte point de dire des choses neuves, mais
il prend toujours la tradition pour règle dans l'expli-
cation de ces livres profonds et divins. Ecrivain
d'ailleurs clair, méthodique, éloquent, rempli d'onc-

tion ou les sujets en demandent, et, pour tout dire
en un mot, l'auteur de sou siècle qui a le plus ap-
proché de saint Bernard. Les auteurs de l'Histoire
littéraire de la France, tom. XII. (L'éditeur.)

1 Jacob. a Sancto Carolo, præfat. in opera Pulli.
2 Gervasii Chron. ad an. 1147.
3 Bernard., Epist. 362.

bert vers l'an 1150.

Paris. an.

Ses ouvrages.

Augustin, Sermon.51 in

Mort de Ro 5. Robert Pullus ne fit les fonctions de sa ses écrits, ni termes, ni distinctions scolasti- ces. Edition

charge que jusqu'à la troisième année du ques. Les questions qu'il agite ne sont ni 1636.
pontificat d'Eugène III, selon Onuphre : Cia- subtiles, ni métaphysiques; elles regardent ou
conius dit, jusqu'à la cinquième. Mais l'opi- la foi, ou la discipline, ou la morale; et pour
nion d'Onuphre paraît la mieux fondée, puis- les résoudre, il n'emploie pas les principes de
qu'on trouve ' des lettres apostoliques de logique, ou de philosophie; mais l'autorité de
l'an 1147, signées du chancelier Guy. On ne l'Ecriture et des pères, et quelquefois les lu-
met toutefois sa mort que vers l'an 1150. mières de la raison. Voici l'analyse de son Cap. 1, 11.
C'est le premier cardinal anglais que l'on ouvrage: Dieu existe par lui-même; il est en
connaisse 2. Quelques-uns mettent Ulric avant trois personnes, simple de sa nature, sans au-
lui; mais ils n'en donnent point de preuves. cune forme; comme il n'a point de commen-
En mémoire des travaux de Pullus pour le cement, il ne peut avoir de fin; les païens, en
rétablissement de l'académie d'Oxford, on y admettant des dieux plus jeunes ou plus puis-
fait 3 chaque année son panegyrique. sants les uns que les autres, ignorent la vraie

6. Excellent interprète, bon théologien, essence de la Divinité, qui ne reconnait d'iné.
éloquent orateur, il laissa quantité de mo galité ni d'âge, ni de puissance; si le Fils était u.
numents de son esprit et de son savoir. On d'une autre substance que le Père, le Fils se-
connaît de lui un ouvrage intitulé : Des Sen rait un monstre, parce que chaque espèce
tences; il est divisé en huit parties; un doit engendrer son semblable. C'est un rai-
écrit en quatre livres sur les paroles re- sonnement tiré de saint Augustin. Telle est la Joan.
marquables des Docteurs; un du Mépris du matière des trois premiers chapitres du pre-
monde ; un de ses leçons; un de ses sermons, mier livre. Pullus cite, comme de saint Jé-
différent de celui qui en contenait plusieurs rôme, que nous confessons, non-seulement
pour le commun des saints; des commen les noms des trois personnes divines, mais
taires sur quelques psaumes et sur l'Apoca- aussi leurs propriétés, c'est-à-dire que le Père
lypse. Mais de tous ces écrits, le seul qui ait est non engendré; que le Fils unique est né du
vu le jour est celui des Sentences. Il fut im- Père, et que le Saint-Esprit procède de l'un et
primé à Paris, chez Siméon Piget, en 1655, de l'autre. Mais l'exposition du Symbole qu'il
in-fol., par les soins de dom Claude-Hugues attribue à ce père, est de l'hérétique Pélage,
Mathoud, bénédictin de la congregation de comme l'a remarqué saint Augustin; elle a
Saint-Maur. Pour rendre l'édition complète, néanmoins passé longtemps pour être de
dom Mathoud se donna tous les mouve- saint Jérôme; et ce qu'en cite Pullus, n'a rien
ments nécessaires pour recouvrer les autres de contraire à la foi. Voici ce qui fait la ma-
écrits de Pullus, cachés dans les bibliothè- tière des livres suivants.
ques de l'Europe, nommément dans celles 8. Les différents attributs de Dieu ne nui- Cap. s.
d'Angleterre et de Suède. Il employa même sent pas à son unité. C'est le même qui est
le crédit de Messieurs de Valois. Mais rien tout-puissant, juste, sage, immense. Tous ces
ne lui réussit à cet égard; et il fallut se con- attribuls étant essentiels à la nature divine,
tenter de rendre publics les huit livres des conviennent à cet égard aux trois personnes.
Sentences, sur un manuscrit de l'abbaye de Elles ne sont distinguées que par leurs pro- vl.
Saint-Remy à Reims, qui parait de l'âge de priétés personnelles, ou relatives; le Père
l'auteur. Dom Malhoud a fait sur cet ouvrage n'est pas le Fils; le Fils n'est pas le Père de
de très-amples observations, dans lesquelles qui il est engendré; le Saint-Esprit qui pro-
il a été aidé par dom Hilarion le Febvre, ha- cède du Père et du Fils, n'est ni l'un ni l'au-
bile théologien. L'édition est dédiée à de tre. Mais quoique le Père soit autre que le
Gondrin, archevêque de Sens; et dans l'ins- Fils, il n'est pas autre chose. Leur nature est
cription, l'éditeur donne à Pullus le titre de la même; le Fils est tout-puissant comme le
premier théologien scolastique. (Elle est re- Père; il lui est égal en tout. Comme Dieu est 11, 3,
produite au tome CLXXXVI de la Patrologie tout entier en tous lieux, ainsi l'âme de
latine, col. 625-1152.]

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l'homme est tout entière dans le corps 7. Robert Pullus ne suit pas néanmoins la qu'elle anime; n'étant pas composée de parpremier livre méthode ordinaire de l'école. On ne voit dans ties, elle est indivisible. Pullus enseigne que

Analyse da

1 Monasticon Anglican., tom. I, pag. 108, et in notis ad Guibertum Novigent., pag. 620.

2 Mabillon., in notis ad Epist. 362 S. Bernardi. 3 Præfat. in opera Pulli.

XXIX, XXXI.

Cap. II, III.

Cap. vi. le Père et le Fils sont deux principes du attendant ils souffrent dans les airs, par les

Saint-Esprit, non à raison de leur nature, différentes vicissitudes des saisons. Il dit Cep. vi.
qui est une, mais parce que ce sont deux que le démon était non-seulement bon de sa
personnes distinguées l'une de l'autre. Il n'a nature quand Dieu l'a créé, mais très-bon;
donc pas cru, comme il semble le dire d'a- qu'après son péché, sa substance n'est plus
bord, que le Père et le Fils soient deux prin- bonne, ni créature de Dieu; ce qu'il explique
cipes distingués en substance; mais seule- ensuite en disant qu'il a corrompu lui-même
ment que ces deux personnes en produisent et dégradé sa nature par son péché. Pullus,
une troisième par une action ou spiration, suivant la doctrine de quelques théologiens
qui, quoique réellement la même, peut être de son temps, ne distinguait pas la substance,

regardée comme distincte, à cause des deux ou la nature, de ses facultés. 31. personnes qui la produisent. Il admet les 10. Il croit que l'âme n'est unie au corps, Suite.

deux prédestinations dans le sens de saint qu'après que le corps est formé; qu'elle est Cap. vol. 314. Augustin. Il dit, en parlant de la prière des créée de Dieu, et ne vient point par la gé

fidèles pour les morts, qu'elle profite à ceux nération comme le corps; qu’unie à un corps VIII, IX,

qui ont mérité en cette vie, qu'elle leur pro- corrompu dans son origine, elle contracte le Ang. Enchi- fitera en l'autre; ce qui est encore le senti- péché originel, dont elle n'est délivrée que rid. cap. cx. ment de saint Augustin.

par le baptême dans la loi évangélique, par Deoxièmo 9. Dans le second livre, Pullus enseigne la circoncision sous la loi de Moïse, et aupalivre, pag. 62.

que Dieu a créé le monde quand il a voulu; ravant par la foi des parents, ou par les sacriCap. 1. qu'il pouvait le créer plus tôt, et en créer fices qu'ils offraient à Dieu. Eccli. xviii, 1. plusieurs, si c'eût été sa volonté. Moïse dit 11. C'est ce que Pullus établit dans le troi- , Troisième

livre, pag. 96. que l'ouvrage de la création fut achevé en sième livre. Mais il met cette différence entre a six jours; on lit ailleurs que toutes choses l'obligation du baptême et celle de la circonfurent créées ensemble. L'auteur explique cision, que la loi du baptême étant générale, cette contrariété apparente, en disant que oblige en tout temps et toutes sortes de perDieu a fait tout à la fois, parce que depuis le sonnes; au lieu que celle de la circoncision jour du repos qui était le septième, il ne créa n'obligeait que les mâles, et seulement au plus rien. Il agite plusieurs questions tou huilième jour; en sorte que les enfants qui chant les anges, le moment de leur création, mouraient auparavant, n'encouraient auleur demeure, leur persévérance dans le cune faule ni châtiment pour n'avoir pas

bien, et la chute de plusieurs d'entre eux. subi cette loi. Il remarque que l'on n'inhuCap. 11. D'après Robert Pullus, ils ont été créés avec mait pas dans le cimetière commun des fidè

le ciel, et dans le ciel qui devait leur servir les, les enfants morts sans baptême, ceux

d'habitation; ils ont été créés tous bons et mêmes que l'on tirait du sein de leur mère 11, v. sages; doués du libre arbitre, et d'une liberté dans le dessein de les baptiser s'ils avaient

supérieure à celle de l'homme; tous pou- vie. Il s'étend sur la différence des préceptes vi, vil, VILI.
vaient persévérer dans le bien avec le se- et des observances de la loi ancienne et de
cours de la grâce; le péché de ceux qui sont la nouvelle; et après avoir montré que la
tombés a été l'orgueil ; les autres, pour avoir grâce était moins abondante pour le juif
usé avec reconnaissance du secours de Dieu, que pour le chrétien, il fait mention de l'u- ix.
ont persévéré dans la vérité et y ont été con- sage ancien, et qui durait encore, d'adminis-
firmés; en sorte qu'ils ne peuvent plus en trer le sang du Seigneur aux fidèles par les
déchoir, comme l'homme ne pourra plus pé- mains des diacres, dans la célébration des
cher après la résurrection. Il ne doute pas divins mystères, et s'exprime ainsi' : « Lors-
que les anges n'aient connu Dieu clairement, que l'on vous donne à boire du sang du ca-
et qu'ils ne l'aient vu dès le moment de leur lice, souvenez-vous que Jésus-Christ a fait
création; et c'est dans cette vue intuitive couler le sang pour nous de son côté; et
de Dieu qu'il fait consister leur béatitude. lorsque vous prenez son corps avec votre
Quant aux anges apostats, il croit, avec bouche, comme pour l'écraser avec vos
plusieurs anciens, qu'ils ne sont pas encore dents, souvenez-vous qu'il a souffert pour
tourmentés par les flammes de l'enfer; qu'en nous. »

1 Ergo dum sanguis tibi infunditur de calice, memineris pro te sanguinem Christum fudisse ex latere : dum corpus Christi quasi conterendum ore sumis,

Christum pro te tribulatum reminiscere. Pullus, lib. III
Sent., cap. IX, pag. 103.

XV, XVI, XVII.

itre, p. 334.

Cap. xiv. 12. Pullus traite ensuite des sacrements et Gauthier de Mauritanie à Hugues de Saint

des promesses de l'Ancien Testament, et Victor, où, prenant le milieu entre les théo-
montre que n'ayant été que les figures des logiens qui attribuaient à Jésus-Christ la plé-
sacrements du Nouveau, les premiers ont nitude la science, et ceux qui soutenaient
cessé aussitôt après que Jésus-Christ eut qu'il avait ignoré quelque chose, Gauthier
substitué dans la dernière Cène, à la Pâque dit que Jésus-Christ étant selon sa nature
légale et à ses cérémonies, une autre Pâque, divine égal à son Père, il a, selon la même
savoir la participation de son corps et de son nature, tout ce que le Père a lui-même, et
sang. Il remonte de la passion du Fils de conséquemment la plénitude de la science;
Dieu à son incarnation dans le sein de la mais qu'étant moindre, selon la nature hu-
sainte Vierge par l'opération du Saint-Esprit; maine, que le Père, il a aussi une science
et à cette occasion, il établit l'union des inférieure à la sienne.
deux natures, la divine et l'humaine, à une 13. Pullus emploie lui-même cette distinc- Quatrième
seule personne, sans changement ni confu- tion, pour résoudre plusieurs questions qu'il
sion des natures. Il emploie sur cela les ex se propose sur l'Incarnation dans le qua-
pressions du Symbole attribué à saint Atha trième livre. Il y rapporte les divers senti-
nase, soit pour expliquer comment Jésus ments des théologiens surl'impeccabilité de Jé-
Christ, Fils de Dieu, est moindre que son sus-Christ. Quelques-uns ont cru qu'il pouvait Cap. 1.
Père selon la nature humaine, et égal à son pécher, parce que n'ayant rien rejeté de ce
Père selon la divinité; soit pour montrer qui est essentiel à la nature humaine, il a

qu'il a pris non-seulement un corps, mais pris le libre arbitre qui, de sa nature, peut XVIII, XIX, XX. aussi une âme humaine. Par le moyen de la* pécher ou ne pas pécher 2; d'autres soutien

distinction des deux natures unies person- nent que l'homme-Christ n'a pu pécher, et il
nellement en Jésus-Christ, il explique toutes paraît que Pullus penche plus pour ce senti- w.
les difficultés que l'on a coutume d'objecter ment que pour l'autre. Il prouve que les
sur le mystère de l'Incarnation. Selon lui, trois personnes divines sont égales en puis-
le Fils de Dieu s'unit successivement à la sance, et que les cuvres de la Trinité sont
masse du sang dont il forma son corps; puis indivises, parce que leur substance et leur na-
au corps et à l'âme humaine, lorsqu'elle ture sont une : ainsi l'ouvrage de la création
anima ce corps; ce qu'il prouve par les pa- est également l'ouvrage des trois personnes. A
roles du Symbole de Constantinople, où les ceux qui prétendent que le Fils ne peut engen-
pères du concile disent d'abord : Il a été fait drer comme le Père, ni procéder comme le
chair par l'opération du Saint-Esprit; et en- Saint-Esprit, Pullus répond, qu'engendrer
suite : Il a été fait homme. « Il n'y a pas plus en Dieu , n'est pas opérer, et ne marque pas
de répugnance, ajoute-t-il, à ce que le Verbe ait dans le Père une puissance, mais la propriété
été uni à une chair inanimée dans le sein de singulière de sa relation avec le Fils.
la Vierge, que dans le tombeau, lorsque son 14. D'après Pullus, la crainte qui est sé- mu.
âme descendit aux enfers. » Il croit que Jé- parée de la charité parfaite, n'a pas été en
sus-Christ a eu toutes les faiblesses de la Jésus-Christ; mais il a eu cette crainte sainte,
nature humaine, excepté le péché et l'igno- qui demeure même dans les bienheureux,
rance; mais il ne pense pas qu'il ait eu dès et qui, à proprement parler, n'est que le res-
le moment de sa conception cette connais- pect et la révérence que l'on doit à Dieu; au
sance humaine que nous appelons expéri- lieu de la foi, qui est comme un miroir dans u.
mentale; el il ne doute pas qu'il n'y ait fait lequel nous voyons Dieu en ce monde, Jé-
des progrès avec l'âge. Pour ce qui est de sa sus-Christ voyait la Divinité très-clairement,
science, Pullus embrasse l'opinion de ceux et comme elle est. Quoique les anciens justes xvi.
qui attribuent à Jésus - Cbrist une science aient été égaux en vertus, et supérieurs à
égale à sa toute-puissance; et parce qu'il sui- plusieurs de la loi nouvelle par le mérite de
vait de là que Jésus-Christ était égal au Père, leur foi, leurs fautes n'ont pu être remises
Pullus répond qu'il lui était inférieur, en lui que par le sang de l'agneau qui est venu
supposant même cette science infinie, parce ôter les péchés du monde, les sacrifices des
qu'il l'avait reçue comme un don de Dieu !. taureaux et des autres animaux n'ayant pas
Dom Hugues Mathoud rapporte une lettre de eu ce pouvoir; c'est pour cela que ces justes

XXI, XXII, XXIII.

XXX

1 Observat in Pullum, p. 333, 334.

2 Vide notas, pag. 334.

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