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XU.

XXVII.

expressions qui ne sont pas dans l'Evangile, prouvé par l'autorité de l'Ecriture que la pri-
comme on l'a fait plusieurs fois dans les con- mauté de l'Eglise romaine est de droit divin,
ciles. Il y fut décidé que le Fils est consubs- et non par concession de quelques conciles;
tantiel au Père, que Marie est mère de Dieu, qu'elle a par-dessus les Eglises patriarcales
qu'il faut adorer le Saint-Esprit, expressions d'Orient le privilege de n'avoir été infectée
qui sont reçues par les Grecs, quoiqu'elles d'aucune hérésie; que Libère, l'un de ses cap. vi.
ne soient pas formellement dans l'Ecriture, pontifes, n'avait pu être engagé ni par les
mais seulement en substance.

promesses, ni par les menaces de l'empereur Cap. XXIV. 44. Il produit plusieurs passages des pères Constantius, à souscrire l'hérésie arienne et

grecs, de Didyme, de saint Cyrille, de saint à condamner saint Athanase, interrompit .
Chrysostome, et du Symbole qui porte le nom l'archevêque de Nicomédie, pour faire con-
de saint Athanase, où ces pères disent que naître à l'assemblée que ce prélat ne con-
le Saint-Esprit procède du Fils comme du naissait ni la religion de l'Eglise romaine, ni

Père. Il rapporte aussi des témoignages des sa sincérité, ni sa douceur, ni son équité, ni
XXV. pères latins, de saint Jérôme, de saint Au- sa sagesse, ni sa cbarité envers tout le monde,

gustin, de saint Hilaire, dans les écrits des- ni son exactitude dans l'examen des causes
quels on voit , comme dans ceux des grees, ecclésiastiques, ni sa liberté dans les juge-
que quoique le Saint-Esprit procède du Père ments; et que, s'il eût connu en elle toutes
et du Fils, il procède proprement et princi- ces grandes qualités, comme elle les a en

palement du Père, comme de la première effet, ainsi que l'expérience le fait voir, il XXVI. cause. Il rejette le langage de ceux qui disent n'en aurait pas parlé de le sorte, mais se se

que le Saint-Esprit procède du Père par le rait rangé de lui-même à sa communion et à
Fils, et fait passer pour ridicule l'exemple son obéissance. Ensuite, après avoir prouvé
qu'ils apportaient pour le justifier. La fin de que l'établissement du patriarcat de Constan-
la première conférence fut que l'on souhaita tinople était une entreprise des conciles de
des deux côtés qu'il se tînt un concile géné- Constantinople et de Chalcédoine, il fit voir
ral de l'Eglise d'Occident et de celle d'Orient que, pour être devenu le siége et la demeure
par l'autorité du pape et du consentement des des empereurs, elle n'en était pas pour cela
empereurs, pour y décider la question de la chef des Eglises; qu'autrement on pourrait
procession du Saint-Esprit, et quelques au- accorder la même qualité à l'Eglise d'Antio-
tres qui intéressent la foi catholique.

che et aux autres qui ont été le séjour des 42. Dans la seconde conférence!, qui se empereurs; qu'il suivrait aussi de là qu'il y Cap. 1, vol.

tint à la basilique de Sainte-Sophie, l'arche- aurait non un Pierre prince des apôtres, mais
vêque Nechitès invectiva contre l'Eglise ro plusieurs, ce qui est absurde, l'Eglise, qui
maine. Quoiqu'il ne lui refusât pas le pre- est une, ne devant avoir qu'un chef. Il éta-
mier rang entre les Eglises patriarchales , ni blit pour maxime que l'on ne doit tenir au-
le droit de présider au concile général, il cun concile, que le pape n'y préside, ou par
avança qu'elle s'était séparée de l'Eglise d'o- lui-même, ou par ses légats; et il en donne
rient par sa hauteur; que, célébrant ses con- des preuves par le détail des conciles tenus
ciles avec les évêques d'Occident seuls, elle même en Orient. Nechitès convint que tout
ne pouvait obliger les Grecs à recevoir ses ce qu'Anselme avait dit sur ce sujet se trouvait
décrets, ni leur envoyer ses ordres; qu'on ne dans les archives de l'église de Sainte-Sophie.
trouvait dans aucun symbole qu'il soit or- 44. On proposa ensuite la question des
donné de confesser en particulier l'Eglise azymes : on convint que comme c'était une
romaine, mais une Eglise sainte, catholique chose indifférente en elle-même d'offrir avec
et apostolique; que quoiqu'il la révérât, il ne du pain fermenté ou du pain azyme, puisqu'à
croyait pas devoir la suivre en tout, ni que Rome il y a des moines grecs qui offrent avec
les Grecs dussent quitter leurs rits pour re- du pain fermenté, et d'autres avec du pain
cevoir ceux de l'Eglise romaine dans l'usage azyme, la variété des usages en ce point
des sacrements, sans les avoir auparavant n'aurait pas dû fournir une occasion de divi-
examinés par la raison et l'autorité des Ecri- sion entre les Grecs et les Latins; que toute-
tures.

fois il serait difficile de changer la pratique
43. L'évêque d'Havelburg, qui avait déjà des Grecs, à l'égard du pain fermenté, sans

l'autorité d'un concile général, à cause de la 1 Tom. XIII Spicileg., pag. 197.

longueur du temps qu'ils sont dans cet usage. .

Deuxièmo dialogue.

111, XIV.

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Ils en avaient un autre, qui était de ne point ouvrage. On peut fortifier cette conjecture en
mettre d'eau avec le vin dans le calice avant disant que l'auteur était contemporain, puis-

la consécration, mais d'y en mettre après la qu'il vivait 3, comme l'évêque d'Havelburg, Cap. xx. consécration. Nécbitès en donne pour raison, sous le pontificat d'Eugène III. Mais, 10 il ne

que l'Ecriture ne dit point qu'à la dernière paraît, par aucun endroit de cette Apologie,
cène, Jésus-Christ ait mêlé de l'eau avec le que celui qui l'a composée ait été évêque. Il
vin dans le calice. Il ajoute que si les Grecs y n'avait, ce semble, d'autre qualité que celle
en mettent après la consécration, c'est afin que de chanoine 4 régulier, vivant sous la règle
le peuple, représenté par cette eau, soit sanc de saint Augustin, et c'est apparemment pour
tifié par son union au sang consacré, et par la illustrer son ordre qu'il appelle saints Erle-
participation au sacrement. Il reconnaît en ter bald 5, archevêque de Milan, martyrisé en
mes clairs que le vin offert · dans le calice est 1076 par les schismatiques et les simonia-
fait, par l'opération et la vertu divines, et par ques; Appon de Salzbourg, et les chanoines
le ministère du prêtre, le sang de la nouvelle de l'église de Saint-Nicolas à Passau , qu'il
et éternelle alliance. Répondant aux repro nomme ses frères, el qui avaient aussi souf-
ches qu'on faisait aux Grecs de rebaptiser les fert persécution. 2° Quand il parle de saint
Latins, sous prétexte qu'ils arrosaient d'huile Norbert, c'est comme d'un saint qui lui était
bénite et lavaient ensuite par tout le corps étranger. Il ne dit pas même quel était son
celle qu'un Grec voulait épouser, avant de siége. Anselme, évêque d'Havelburg, n'en a
ralifier leur mariage, il rejette ces reproches pas usé de même dans ses Dialogues, où il est
comme des calomnies qui ne venaient que question de la défense des ordres religieux.

de ce que les Latins n'étaient point assez Il fait de ce saint instituteur un grand éloge, XII. versés dans les rits des Grecs. Il proteste que marque en quel temps il fut fait archevêque

chez eux l'on ne rebaptisait aucun de ceux de Magdebourg, le lieu de sa sépulture dans
qui avaient été baptisés au nom de la très- l'église métropolitaine, l'endroit où il avait
sainte Trinité; que si l'on oignait ceux ou fait les ordinations. Toutes ces remarques
celles qui passaient des Latins chez les Grecs, conviennent à un suffragant par rapport à son
ce n'était que dans le doute s'ils avaient reçu métropolitain, quand il veut en parler. 3° Le
le sacrement de l'onction ou de la confirma- style de l'apologiste des chanoines réguliers
tion, et qu'ils ne l'administraient à personne, est différent des Dialogues d'Anselme d'Ha-
quand ils avaient des preuves du contraire. velburg; il n'est ni si bien soutenu, ni si net,
On finit cette seconde conférence comme la et les raisonnements n'en sont pas si solides.
première, en souhaitant un concile universel Il ennuie par ses froides applications de l'E-
pour la réunion parfaite des deux Eglises criture sainte, presque toujours déplacées et
d'Orient et d'Occident, et toute l'assemblée inutiles. Nous croyons donc qu'il faut le dis-
applaudit en rendant grâces à Dieu et en de- tinguer d'Anselme, évêque d'Havelburg.
mandant que l'on mît par écrit ce qui venait 46. Ce prélat composa aussi plusieurs Vies Vies des
de se passer.

de saints, dont le recueil faisait de gros vo- tres d'AsselApologio da 45. On attribue à Anselme un ouvrage d'un lumes, et il écrivit nombre de lettres à diver- barg. chanoines ré. autre genre, qui est lApologie des chanoines ses personnes 6. (Il mourut en 1159.]

réguliers. Dom Bernard Pez, qui lui a donné [47. Henri de Saulteri (Salteriensis), moine Henri de
place dans le tome IV de ses Anecdotes?, sur hibernois, écrivit, vers l'an 1050, un livre sur nos vers 1
un manuscrit de la bibliothèque d'Hamerlèbe, le Purgatoire de saint Patrice. Il l'adressa à
dit qu'elle porte en tête le nom d'Anselme, Henri, abbé de Sartis. Thomas Messingham
et il ne doute pas qu'il ne se trouve dans l'o- le fit paraître en entier dans son Florilegio
riginal comme dans la copie que le célèbre insulæ sanctorum Hiberniæ, Paris 1624, in-4°,
Georges Eccard lui a communiquée; mais il p. 89-109. On le trouve aussi dans la Triade
ne dit pas qu'Anselme y soit qualifié évêque thaumaturge de Jean Colgani, Louvain 1645, et
d'Havelburg. Ce n'est donc que sur le nom au tome CLXXX de la Patrologie, col. 973-
seul d'Anselme qu'on le fait auteur de cet 1004, d'après Messingham. Cet éditeur aver-

IX.

saints et lettres d'Adselme d'Havel

l'ordre des

galiers.

Saulteri, boi

1 Vinum merum tantum in calice offerimus, quod per divinam operationem et virtutem, et per ministerium sacerdotis consecratum, fit sanguis novi et æterni Testamenti. Anselm., Dialog. 3, cap. xx.

2 Tom. IV Anecd., Bernard Pez, pag. 76; [Patrol.,

lom. CLXXXVIII, col. 1093-1139. - 8 Cap. XXXVI,
pag. 108.

Cap. I, xxv, etc. — 5 Cap. VII.
6 Fabricius, tom. I Bibliot. Lut., pag. 304.

Patrol., t. CLXXX, col. 987-988.

de Saint-Lau.

mort au mi

siècle.

tit qu'il y a fait entrer plusieurs choses qui ple; mais on la rouvrit peu de temps après.
ne sont point l'ouvre d'Henri, mais il a eu Elle fut fermée une seconde fois par l'ordre
soin de les distinguer.

de Henri VIII. On ne laissa pas de la visiter
Le Purgatoire de saint Patrice, apôtre des encore pour y prier et y pratiquer les austé-
Irlandais, était une caverne située dans une rités de la pénitence, à l'imitation de saint
petite île du lac Dearg, sur les frontières du Patrice et de plusieurs autres saints-qui se
comté de Fermanagh , dans l'Ultonie. Henri retiraient souvent dans ce lieu et dans des
rapporte que les insulaires à qui Patrice an- endroits écartés pour y vaquer plus librement
nonçait la parole de Dieu, refusant de se con aux exercices de la contemplation. On ne peut
vertir à moins de voir les tourments des mé- taxer de superstitieuses les personnes qui
chants, le saint apôtre, après avoir redoublé s'en tiennent là !.
ses prières et ses jeûnes, vit Notre-Seigneur 48. Jean, frère de Gilbert, et comme lui Jean, moine
qui le conduisit à une caverne située dans un disciple de Wazelin II, en l'abbaye de Saint- seat de Liége.
lieu désert, et lui dit : « Celui qui, avec une Laurent de Liége, y exerça l'emploi d'éco- lica da X11°

ole pénitence et la persévérance dans låtre avec une rare capacité vers le milieu du la foi, entrera dans cette caverne et y demeu X11° siècle. Renier, qui avait été son élève, rera un jour et une nuit, sera purifié de tous convient que ce n'était pas un maître comles péchés qu'il a commis durant sa vie, et mode. Dans une maladie qu'il eut, il vit en en passant par cette caverne il verra non seu extase des choses singulières, qu'il laissa par

lement les tourments des méchants, mais s'il écrit pour l'édification de ses lecteurs. Il se Ibid., col. persévère constamment dans la foi, il verra mêlait aussi de vers, et composa deux poèmes

aussi les joies des bienheureux. » Matthieu héroïques que nous n'avons plus, l'un sur
Paris, cité par Messingham, nous apprend Tobie et l'autre sur le Martyre de saint Etienne.
que saint Patrice fit bâtir une église avec un Peut-être est-il aussi auteur de quelques sa-
monastère dans l'ile indiquée ci-dessus, en- tires dont on conservait autrefois un exem-
ferma la caverne et en donna la clef au prieur plaire à Saint-Waast d'Arras, sous le titre de .
du monastère, et qu'un grand nombre d'infi- Joannis segië satyra. Il nota encore les offices
dèles se convertirent. Pour entrer dans cette de saint Christophe, de sainte Marie Egyp-
caverne il fallait une permission spéciale de tienne, et plusieurs versels du Cantique des
l'évêque, qui l'accordait difficilement et après

Cantiques. Son écrit intitulé : Vision des âmes
avoir averti préalablement que plusieurs après la mort et miracle de saint Laurent de
avaient trouvé la mort dans cette caverne. Liége, martyr, est reproduit, d'après Pez, au
Le pape Alexandre VI la fit fermer en 1497,

tome CLXXX de la Patrologie, col. 177-186, pour arrêter le cours de certains contes su- avec une notice tirée de Fabricius.] perstitieux qui prenaient parmi le petit peu

988.

CHAPITRE XXXVII.

Saint Bernard, premier abbé de Clairvaux, docteur de l'Eglise 2.

(Père de l'Eglise latine, 1153.]

ARTICLE fer.

HISTOIRE DE SA VIE. Naissance 1. Ce grand homme de Dieu, que l'on repard, en 1090 garda 3 de son temps comme l'organe du

Saint-Esprit et l'interprète de la volonté di-
vine, naquit à Fontaines, dans le duché de
Bourgogne, à une demi-lieue de Dijon, sur
la fin de l'an 1090 ou au commencement de
1091. On fixe l'année de sa naissance sur l'é-

de saint Ber

og 1091.

* Godescard, Vies des saints, 17 mars, note. Voyez aussi les Bollandistes, tom. Il de mars, pag. 587 et suiv. (L'éditeur.)

2 Voyez sur saint Bernard les Prolegomènes de Mabillon reproduits au tome CLXXXII de la Patrologie, les appendices du tome CLXXXV, la Vie de saint Bernard par le protestant Néander; elle est inti

tulée : Saint Bernard et son siècle, Berlin 1913; elle a été traduite en français par Vial, Paris, 1842. Voyez aussi le père Ratisbonne, supérieur de Notre-Dame de Sion, Histoire de saint Bernard, 2e édit., 2 vol., Paris 1843, et le Dictionnaire de l'histoire de l'Eglise, art. saint Bernard. (L'éditeur.)

3 Tom. I Op., pag. 1271.

moine à CI

Ses éludes. poque de son entrée en religion. Il était dans gea presque en nature, ne vivant plus que

sa vingt-troisième année, selon Guillaume de pour les choses spirituelles; en sorte que,
Saint-Thierry et Jean l'Hermite, lorsqu'il en voyant des yeux du corps, il ne voyait pas;
tra à Citeaux, et ce fut 2 en 1113. Bernard écoutant, il n'écoutait pas; mangeant, il ne
eut pour père Tescelin 3, issu des comtes de goûtait rien. On s'en aperçut quand, après
Châtillon, et pour mère Aleth, de la maison de avoir passé une année entière dans le dor-
Monsbar (ou Montbar). Elle l'envoya -faire ses toir des novices, il ne savait pas, lorsqu'il en
études à Châtillon-sur-Seine, sous de savants sortit, si le haut du plancher était en voûte,
ecclésiastiques qui y tenaient les plus célèbres ni s'il y avait dans l'église plus d'une fenêtre.
écoles de la province. Bernard s'y appliqua Il veillait au-delà de ce que peut la faiblesse
à la lecture des meilleurs auteurs profanes; humaine, n'apportant d'autre modération
mais, non content de s'être formé dans les dans ses veilles que de ne point passer toute
lettres humaines, il commença dès lors à lire la nuit sans dormir. A l'égard du manger, il
les Livres saints.

ne s'y portait que par la seule crainte de ... * fait 2. Il revint à Châtillon dans sa dix-neu- tomber en défaillance. Quoique 8 d'un natuteaux en 1113. vième année. Six mois après, il perdit sa rel fort délicat, il ne se dispensait d'aucun

mère. A mesure qu'il avançait en âge, crois exercice de la vie commune, travaillant des
saient en lui les belles qualités de son es- mains, bêchant la terre, coupant du bois, le
prit et les grâces de son corps. Bien fait de portant sur ses épaules, sciant les blés. Il ai-
sa personne, beau de visage, de moeurs mait à lire l'Ecriture sainte, sans commen-
douces, d'un esprit vif mais flexible, d’un taire et de suite, disant qu'il ne l'entendait
génie vaste et sublime, parlant avec élé- jamais mieux que par elle-même; néanmoins
gance, tous ces talents lui ouvraient une il lisait aussi les interprétations des saints
entrée avantageuse dans le monde. Il en con- pères de l'Eglise, se faisant un devoir de
nut et éprouva les dangers, et, persuadé qu'il conformer ses sentiments aux leurs.
ne pouvait y demeurer avec sûreté, il se re- 4. Ayant fini son noviciato, il fut revêtu
tira 5 à Câteaux en 1113, accompagné de de l'habit religieux avec ses compagnons, ei
trente gentilshommes qu'il avait convertis. tous ensemble se consacrèrent à Dieu par la
Jusque-là cette abbaye s'était vue réduite à profession solennelle, au commencement de
un petit nombre de religieux. L'abbé Etienne l'an 1114. L'un d'eux, nommé Hugues, fut
en gémissait devant Dieu, mais dans l'espé- choisi la même année pour abbé de Ponti-
rance que sa miséricorde multiplierait ses gny, et préféré à Bernard, peul-être comme
serviteurs. Au bruit de la retraite de Bernard son ancien. L'année suivante, l'abbé Etienne
et de ses compagnons à Cîteaux, ils y furent envoya les frères de Bernard, religieux
suivis 6 par des personnes de tout âge, de comme lui de Citeaux, pour bâtir le monas-
toutes dignités et de tous les côtés, voyant tère de Clairvaux, et leur donna Bernard
que ce qui leur avait d'abord paru au-dessus pour abbé. Ils firent d'une retraite de voleurs
des forces humaines dans l'observance éta- un temple de Dieu et une maison de prières 10;

blie en cette abbaye n'était pas impraticable. vivant dans une grande simplicité et une Sa conduite 3. Dès le premier jour que Bernard entra merveilleuse pauvreté d'esprit, dans la faim,

dans l'appartement destiné aux novices, il dans la soif, dans le froid, dans la nudité,
commença ? de pratiquer ce qu'il devait un faisant souvent du potage de feuilles de hê-
jour enseigner aux autres. Il avait toujours tres, mangeant du pain d'orge, de millet et
dans le ceur et souvent dans la bouche cette de vesce. L'abbaye de Clairvaux étant située
parole : « Bernard, qu'es-tu venu faire ? » dans le diocèse de Langres, c'était à Joceran,
Jamais il ne se pardonnait rien, mortifiant qui en était évêque, de donner à Bernard la
continuellement les désirs sensuels et les sens bénédiction abbatiale; mais cet évêque étant
par lesquels ils entrent dans le cour; à peine ou absent, ou occupé d'autres affaires, Ber-
leur accordait-il la liberté nécessaire pour lenard alla à Châlons la recevoir de Guillaume
commerce de la vie civile et extérieure. Il se de Champeaux, avec qui il lia , depuis ce
fit de cette conduite une habitude qui se chan- moment-là, une amitié très-étruite.

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pendant son Doviciat.

1 Guillelm., in Vita Bernard., cap. iv, lib. I.
2 Ibid. — 3 Ibid., cap. I. — * Ibid.
5 Ibid., cap. IV.
6 Manriq., ad ann. 1113.

7 Guillelm., cap. IV. – 8 Ibid.
9 Mabillon., lib. LXXII Annal., num. 77.

10 Guillelm., Vita Bernard., cap. v, et Mabillon. lib. LXXII Annal., num. 95, 96, 97.

de gou rerner.

Sa manière 5. L'établissement de Clairvaux, qui ne s'é- primé dans le recueil de ses ouvrages sous

tait formé que lentement, prit inscnsible- le titre : De la Réforme des ecclésiastiques. ment des accroissements. Grand nombre de En 1126, il écrivit 5 au pape Honorius II en personnes venaient à ce monastère, les uns faveur d'Albéric, élu évêque de Châlons pour converser avec Bernard, et jouir de sa d'une voix unanime du clergé et du peuple. présence; les autres pour se mettre sous sa Invité eu 1128 au concile de Troyes, il s'exdiscipline. Il disait à ceux qui témoignaient cusa d'abord d'y venir, sur une fièvre aiguë de l'empressement pour être reçus à Clair- dont il était tourmenté; mais ensuite il s'y vaux : « Si vous : désirez vivre dans cette rendit avec les abbés de Citeaux, de Pontimaison, il faut que vous laissiez dehors le gny, de Trois-Fontaines. Il écrivit même à corps que vous apportez du monde; il n'y a Thibaud, comte de Champagne, pour le félique les âmes qui doivent entrer ici, la chair citer sur l'honneur que le cardinal Matthieu, ne sert de rien. » Voyant que les novices évêque d'Albane, et légat du pape en France, s'effrayaient par la nouveauté de ce discours, avait fait à la ville de Troyes, de la choisir il soulageait leur faiblesse en leur disant, pour cette assemblée. Louis VI, roi de France, que par le corps qu'il leur ordonnait de lais- surnommé le Gros, voulant examiner lequel ser dehors, il entendait la concupiscence. Il des deux l'on reconnaîtrait pour pape, ou sortit de Clairvaux une 2 colonie pour aller d'Innocent ou d'Anaclet, indiqua, en 1130, établir un monastère dans le diocèse de Châ- un concile à Etampes, où Bernard fut nomlons, en un lieu qui fut nommé Trois-Fon- mément appelé, de l'avis commun du concile. taines. Guillaume de Champeaux avait de- On s'en rapporta 6 à lui pour la décision de mandé cet établissement à Bernard, pour cette affaire. Bernard n'accepta la commiss'unir ensemble encore plus étroitement. Cet sion qu'avec crainte, et par le conseil de ses abbé envoya une autre colonie dans le diocèse amis. Il examina soigneusement la forme de d'Autun, qui donna naissance au monastère l'élection, le mérite des électeurs, la vie et de Fontenay. Cela se passa en 1118. L'année la réputation de celui qui avait été élu le presuivante, il céda à saint Norbert le lieu dit mier; puis il déclara que l'on devait recevoir Prémontré, qu'un homme de bien nommé Innocent pour pape. Tous y applaudirent, et Guy lui avait donné pour y établir un mo- ayant chanté les louanges de Dieu, selon la

nastère suivant la règle observée à Clairvaux. coutume, ils promirent obéissance au pape Conversion 6. De toute la famille de Bernard , il ne Innocent, et souscrivirent à son élection.

restait dans le monde que sa soeur Hum Elle fut aussi confirmée dans un concile ? de beline. Ses frères s'étaient consacrés à Dieu seize évêques assemblés à Wirtzbourg, au dans 3 le monastère. Elle y vint avec toutes mois d'octobre de la même année 1130, par ses parures mondaines. Aucun de ses frères ordre du roi Lothaire. Le pape, à l'invitation ne voulut l'entretenir. Mais ayant déclaré des 8 deux rois, et des évêques des deux naqu'elle se présentait comme pécheresse pour tions, fit un voyage en France et en Allemademander conseil des gens de bien, Bernard gne. Etant à Liége, où l'on avait assemblé vint à elle pour essayer de la convertir. II un concile, Lothaire le pressa de lui rendre lui rappela les exemples de leur mère com- les investitures; saint Bernard °, qui était mune, celui de ses frères, uniquement oc- présent, s'opposa a la proposition du roi, en cupés de leur salut, tandis qu'elle ne l'était fit voir la malignité, et obligea Lothaire à se que du soin de son corps, et ne pensait qu'à désister de sa demande. Après le concile de la terre. Honteuse de ses égarements, elle Liége, le pape Innocent en tint un à Reims, entra dans le dessein que son frère lui ins- au mois d'octobre de l'an 1131, où il coupirait de renoncer au monde, et de se donner ronna roi Louis, second fils de Louis-le-Gros, tout entière à Dieu.

devenu son aîné par la mort de Philippe, qui Il fait un 7. En 1122, Bernard fut obligé 4 de faire avait été couronné dès le 14 avril 1129. Saint ris, assistei un voyage à Paris, où, à la prière d'Etienne, Bernard, que le pape 10 voulait avoir toujours

évèque de cette ville, il fit un discours, im- auprès de lui, se trouva à ce concile, assis

de la seur de saint Bernard.

voyage à Pa.

divers conci

les.

1 Guillelm., in Vita Bernurd., cap. Iv.

Idem, ibid., cap. XIII.
3 Idem., ibid., cap. vi.
- Manriquez, ad ann. 1122.
3 Berpard., Epist. 13.

6 Ernaldus, lib. II de Vita Bernard., cap. 1; Suger., Vita Ludovici, pag. 377.

? Annal. Magdeburg., apud Mabillon., Præfat. in tom. I Bernard. – 8 Ernaldus, lib. II, cap. I.

* Idem, ibid. - 10 Idem, ibid.

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