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nard refuse divers éve. chés, reçoit le

vaux en 1131.

Saint Bernard fait as

en Italie en

lant avec les cardinaux aux délibérations qu'il n'eût pas encore été placé surie siége
publiques. Les particuliers s'adressaient épiscopal de cette ville. Le roi Lothaire avait
même à lui pour leurs affaires, dont il faisait fourni au pape deux mille hommes pour lui
ensuite le rapport à la cour.

aider à rentrer dans Rome. Ce secours n'éSaint Ber- 8. Sigefroi, évêque de Gênes, étant' mort tant pas suffisant, Bernard écrivit au roi

en 1130, on offrit à Bernard de le remplacer; d'Angleterre, qui joignit ses troupes à celles pape a Clairo mais il s'en excusa, et refusa l'année sui- du roi de Germanie. Le pape rentra dans la

vante l'évêché de Châlons, pour lequel il fit ville le 1er mai de l'an 1133. Bernard, après
élire Geoffroi, abbé de Saint-Médard de Sois- y avoir fait quelque séjour avec le pape,
sons 2. Le pape Innocent, pendant son séjour passa par son ordre en Allemagne, pour ré-
en France, alla visiter l'abbaye de Clairvaux. concilier l'empereur Lothaire avec les neveux
Il y fut reçu 3 par les pauvres de Jésus de son prédécesseur, Conrad et Frédéric.
Christ, grossièrement vêtus, portant une 10. Il n'y avait pas longtemps que Bernard
croix de bois simple et mal polie, chantant était de retour à Clairvaux, lorsque 5 le pape second voyage
les psaumes d'un ton modeste, les yeux at- Innocent l'appela au concile convoqué à Pise. 1984.
tachés à la terre, sans regarder ni de côté ni En passant par la Lombardie, les Milanais le
d'autre. A ce spectacle, le pape et les évêques prièrent, par lettres, de les réconcilier avec
qui l'accompagnaient ne purent retenir leurs l'empereur et le pape Innocent, qui les avait
larmes. Tous admirèrent la gravité et la mo- excommuniés et ôté à leur ville la dignité
destie de cette communauté. Il ne se trouva de métropole, pour avoir pris le parti de
rien dans Clairvaux qui pût exciter la cupi- l'antipape Anaclet. Bernard leur promit sa
dité, ni flatter la sensualité. On ne pouvait y médiation, et aussitôt que le concile de Pise
envier que les vertus; les murailles étaient fut fini, il alla à Milan avec deux cardinaux
nues, même dans l'église. Toutes les délices envoyés par le pape : Guy, évêque de Pise;
de la table consistaient en herbes et en lé- Matthieu, évêque d'Albane, et Geoffroi, évê-
gumes, avec du pain bis. Si par hasard on que de Chartres. Les Milanais vinrent au-
eut du poisson, il fut servi au pape seul, les devant d'eux jusqu'à sept milles. On traita
autres n'en eurent que la vue.

en public du sujet de leur voyage. Toute la Voyage do 9. Son séjour dans les Gaules ne fut pas ville se soumit à l'obéissance du pape Innoen Italie, on long. Il était en Lombardie en avril de l'an cent. Elle quitta le parti de Conrad, pour ne

1132, et célébra à Ast la fête de Pâques, qui, reconnaître d'autre roi que Lothaire. Les
en cette année, était le 10 de ce mois. L'abbé peuples, aux discours de Bernard, se con-
Bernard le suivit en ce 4 voyage, fut le mé vertirent, frappés de ses vertus et de ses mi-
diateur de la paix entre les Génois et les racles. Ils firent leur possible pour l'obliger
Pisans, et refusa une seconde fois l'évêché d'accepter le siége archiepiscopal de Milan,
de Gênes, soit que Syrus eût abdiqué, soit vacant par la déposition d'Anselme; mais il le

1 Mabillon., in Chronolog. Bernard., ad ann. 1130. ville. J'ignore pourquoi les éditeurs de la Patrologie

2 Voyez sur Geoffroi, évéque de Châlons-sur-Marne, ne reproduisent pas cette lettre. On conservait à une notice tirée de la Gallia christiana et reproduite l'abbaye de Saint-Thierry vingt-quatre sermons de dans la Patrologie avec les lettres et les diplômes de Geoffroi qui n'ont jamais été publiés. Ils roulent sur ce prélat au nombre de sept, bien qu'il en existe neuf. différents sujets et contiennen: une morale pure et La première de ces lettres, imprimée dans la Biblio évangélique, mais ils manquent d'élévation. Nous thèque de Cluny et reproduite au tome CLXXXIX, avons six chartes de Geoffroi. Quatre sont insérées col. 264, est adressée à Pierre le Vénérable, pour le dans le tome X de la Gallia christiana, une autre remercier des bontés qu'il avait témoignées à son fils fait partie des Preuves de l'Histoire de Lorraine, par spirituel, cu plutôt à son Ethiopien, comme l'appelle D. Calmet, La sixième charte a été publiée par Petit l'auteur, eu le faisant prieur d'une maison voisine de dans son édition du Pénitentiel de saint Théodore. Châlons. La seconde lettre est adressée à Etienne, Elle est commune à Geoffroy et à Hugues de Mâcon, évêque de Paris : elle est publiée dans le tome III du évêque d'Auxerre. C'est un accommodement fait par Spicilége, et l'éditeur la rapporte à l'an 1132. On la l'ordre du pape Ionocent entre l'abbaye et le curé de trouve reproduite au tome CLXXIII de la Patrologie, Faremoutier au diocèse de Meaux. Les éditeurs de col. 1412. Elle a pour objet d'engager ce prélat, au la Patrologie d'indiquent pas cette charte au tome nom de l'abbé des Vertus et de sa communauté, à CLXXIII. Voyez l'Histoire littéraire de la France. leur envoyer un religieux de Saint-Victor de Paris (L'éditeur.) pour les gouverner. La troisième lettre, insérée dans 3 Ernald., lib. II, cap. II. le tome V des Mélanges de Baluze, est adressée au - Mabillon., in Chron. Bernard., ad an. 1132. pape Innocent II, dans le but de justifi r la sentence 5 Mabillon., Chron., Bernard., ad an. 1134, et Erde déposition prononcée par Alvire, évêque d'Arras, nald., lib. II Vitæ Bern., cap. II. contre Gauthier, abbé de Saint-Varst dans la inéme

saint Bernard en Italie, en 1132.

r ne

nouveagr bå.

Clairvaux, va

ea 1135.

refusa constamment. De cette ville il passa?, Dieu le pousse du pied, lui ordonne de se
par ordre du pape, à Pavie et à Crémone, lever, et d'écouter debout la sentence de
pour y rétablir la paix. Sa médiation fut inu- Dieu. « Voilà, lui dit-il, l'évêque de Poitiers
tile aux Crémonois.

que vous avez chassé de son église; réconIl fait de 11. Il eut la consolation, en revenant à ciliez-vous avec lui par le baiser de paix, et liments i Clairvaux, d'y trouver la communauté dans le ramenez vous-même à son siége. Rétablispa Aquitaine une union parfaite. Le nombre des religieux sez l'union dans vos Etats; soumettez-vous

s'était augmenté, et le lieu où ils étaient au pape, comme toute l'Eglise lui obéit. » Le
logés se trouvant trop serré pour les con- duc exécuta, sans répondre, ce que le saint
tenir, il parut ? nécessaire de bâtir le mo- abbé venait de lui ordonner. Ainsi les trou-
nastère en un lieu plus étendu et plus com- bles que le schisme avait causés dans l'A-
mode. Thibaud, comte de Champagne, les quitaine furent apaisés. Il n'y eut que Gérard,
évêques voisins, et plusieurs nobles et riches évêque d'Angoulême, qui s'opiniâtra dans le
marchands fournirent aux frais. Pendant parti d'Anaclet.
qu'on se disposait à exécuter le plan de ce 12. Son crédit diminuait de jour en jour, Saint Ber-
nouveau bâtiment, Bernard reçut ordre du et celui du pape Innocent s'augmentait. Il ne troisième
pape de passer en Aquitaine avec le légat laissa 4 pas d'écrire à Bernard, en 1137, de lie on 1137.
Geoffroi, évêque de Chartres, pour travailler venir au secours de l'Eglise; il en fut aussi
de concert à délivrer cette province du prié par les cardinaux. Arrivé à Viterbe, le
schisme dans lequel Gérard, évêque d'An- pape et les cardinaux lui firent part de la
goulême, l'avait engagée. Guillaume IX, disposition où était l'empereur de soutenir
comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, était le l’Eglise par la force des armes. L'abbé de
plus fort appui du schisme. Dès l'an 1131, Clairvaux, informé que la plupart des schis-
Bernard avait eu avec lui une conférence sur matiques ne tenaient pour l'antipape, que
ce sujet, mais sans succès. Dans une se- parce qu'ils craignaient les reproches qu'on
conde, qui se fit à Parthenay, en 1134, le leur ferait, s'ils l'abandonnaient, après le
duc parut se déclarer pour le pape Innocent, serment de fidélité qu'ils lui avaient fait,
mais à des conditions trop onéreuses. L'abbé entra en conférence avec eux, les désabusa
de Clairvaux 3 étant entré dans l'église le sur leur serment, et les fit rentrer dans l'u-
lendemain de la conférence, pour offrir les nité de l'Eglise. Il fit à Roger, roi de Sicile,
saints mystères, le duc n'osant y entrer des conditions de paix pour l'engager à ren-
parce qu'il était d'une autre communion, trer dans l'obéissance du pape Innocent.
resta à la porte. Après la consécration, le Roger proposa une conférence pour exami-
saint donna la paix aux fidèles; puis poussé ner la validité de son élection. Les disputes
par un mouvement plus qu'humain, il met le durèrent huit jours en présence de ce prince.
corps de Jésus-Christ sur la patène, le porte Le dernier jour, il n'y eut que Pierre de Pise
avec lui, et le visage tout en feu, et les yeux et Bernard qui parlèrent. Pierre avait été
étincelants, il sort de l'église, non en sup- nommé de la part du roi, parce qu'il le con-
pliant, mais en menaçant, et adresse au duc naissait pour éloquent; mais Bernard l’em-
ces paroles terribles : « Nous vous avons prié, porta sur lui par ses raisons. Le succès de
et vous nous avez méprisés; voici le fils de la conférence jeta Anaclet dans un chagrin
la Vierge qui vient à vous; le Chef, le Sei- qui lui donna la mort le 7 janvier de l'an
gneur de l'Eglise que vous persécutez: Voici 1138.
votre Juge au nom duquel tout fléchit au 13. Ceux de son parti élurent, de concert
ciel, sur la terre et aux enfers, votre Juge avec le roi Roger, Grégoire, prêtre-cardinal, 14.38.
entre les mains duquel votre âme viendra. à qui ils donnèrent le nom de Victor. Mais
Le mépriserez-vous aussi, comme vous avez par cette élection, ils avaient moins en vue
méprisé ses serviteurs ? » Tous les assistants de perpétuer les troubles inséparables du
fondaient en larmes, attendant avec frayeur schisme, que de se faire des conditions avan-
le succès de cet événement. Le duc, saisi de tageuses en se réconciliant avec le pape. Les
peur, tombe par terre, hors de lui-même, parents d'Anaclet se réconcilièrent en effet
jetant de profonds soupirs. Le serviteur de avec Innocent II, et Victor étant venu de

Dard fait un

voyage en Ita.

Il fait finir le schi:mo en

1 Bernard., Epist. 134.
. Ernald., . II, cap. v.

3 Idem, ibid.
- Ernald., lib. II, cap. vi.

Latrap, 1139.

en

Dard foc divers mons tères. Desse

nuit trouver saint Bernard, ce saint abbé lui lieu de l'assemblée le livre de la Théologie
fit quitter tous les ornements pontificaux, et d’Abaillard, et les propositions absurdes, ou
le mena aux pieds d'Innocent II, qu'il recon- plutôt hérétiques, qu'il en avait extraites,
nut pour seul pape légitime, le jour de l'oc- demandant ou qu'il les prouvât, ou qu'il les
tave de la Pentecôte, 29 mai 1438. Cinq jours désavouât. Abaillard ne fit ni l'un, ni l'autre.
après, Bernard sortit de Rome pour retour- Bernard, au contraire, ayant prouvé évidem-
ner à Clairvaux', n'emportant avec lui qu'une ment la fausseté des propositions, le concile
dent de saint Césaire, et quelques autres re- les condamna, et pria le pape, auquel Abail-
liques de saints. Le clergé, la noblesse et lard avait appelé, de les condamner aussi.
le peuple le reconduisirent bors de Rome, le La lettre synodale au pape est de l'abbé de
regardant comme l'auteur de la paix.

Clairvaux.
Concile de 14. Avant son départ, il réconcilia Pierre 16. Dans les années suivantes, comme Saint Be

de Pise, cardinal, avec le pape, qui lui rendit dans les précédentes, il fut occupé de la fon- divers mon
sa dignité dont il l'avait privé pour s'être at- dation de plusieurs maisons de son ordre en de la croisad
taché à l'antipape Anaclet; mais dans le con- diverses provinces. En 1144, il fut le média-
cile tenu à Rome le 8 avril 1139, Eugène l'en tour 3 de la paix entre le roi Louis, el Thi-
priva une seconde fois. Bernard s'en plaignit baud, comte de Champagne. L'année d'après,
au pape même, par une 2 lettre très-forte, le jeune roi ayant reçu du pape Eugène une
où il prend la défense de Pierre de Pise, et lettre, où il exhortait tous les Français à se-
fait voir que le pape ne pouvait, sans ternir courir l'Eglise d'Orient, déclara à quelques
sa propre réputation, révoquer ce qu'il avait seigneurs de sa cour qu'il était résolu à se
accordé à ce cardinal en le rétablissant dans croiser, pour accomplir le vou que Philippe,
sa place et dans tous ses honneurs. Je ne son frère aîné, avait fait, et qu'une mort im-
parle pas ainsi, lui dit-il, pour trouver à re- prévue ne lui avait pas permis d'accomplir.
dire à la rigueur apostolique, et au zèle ar- Ces seigneurs lui conseillèrent de consulter
dent dont Dieu vous dévorait contre les en- là-dessus l'abbé de Clairvaux, qui fut d'avis
nemis de l'unité; mais quand la faute n'est qu'une affaire de cette importance devait être
pas égale, la punition ne doit pas l'être; et il renvoyée au pape pour en délibérer. La ré-
ne convient pas d'envelopper dans la même ponse du pape fut favorable. En conséquence,
sentence celui qui a quitté le péché, et ceux le roi Louis assembla les évêques et les sei-
que le péché quitte.»

gneurs à 4 Vézelay en Bourgogne, le 31 mars Concile de 15. Guillaume, abbé de Saint-Thierry, et 1146, qui était le jour de Pâques. La croisade Tom. X Con- quelques autres, voulaient engager Bernard fut résolue, et Bernard chargé de la prêcher.

à écrire contre les erreurs qu'Abaillard con- A son premier discours, on s'écria de tous
tinuait de répandre, quoiqu'elles eussent côtés pour demander des croix; le nombre
été condamnées au concile de Soissons. de celles que l'on avait préparées ne suffi-
L'abbé de Clairvaux aima mieux l'avertir en sant pas, Bernard se trouva obligé d'y sup-
secret, que de le confondre publiquement. pléer en mettant en pièces ses habits. Il fit
Cette démarche de charité lui réussit pour en cette occasion plusieurs miracles. Le troi-
un temps; mais Abaillard, se fiant trop à son sième dimanche d'après Pâques, le roi Louis
esprit et à son expérience dans la dispute, assembla un parlement à Chartres, pour ré-
demanda à l'archevêque de Sens de se dé- gler le voyage de la croisade. Pierre, abbé
fendre en public contre ses adversaires, et de Cluny, invité à cette assemblée, ne pul y
d'appeler Bernard au concile. Il se tint le 2 venir 5, parce qu'il tenait le même jour un
juin 1140. Henri, archevêque de Sens, y chapitre de son ordre. L'avis commun était
présida, assisté des évêques de Chartres, de choisir Bernard pour le chef de la croisade.
d'Orléans, d'Auxerre, de Troyes, de Meaux, Il 6 le refusa.
et d'un grand nombre d'abbés. Louis, roi de 17. En 1147, Albéric, évêque d'Ostie, en-
France, s'y trouva, avec les comtes de Nevers voyé à Toulouse, comme légat du pape Eu- les bearicie
et de Champagne. L'archevêque de Reims y gène, pour combattre l'hérétique Henri, dis-
vint aussi. L'abbé Bernard produisit au mi- ciple de Pierre de Bruis, prit avec lui Geoffroi,

1 Lib. IV Vitæ Bernard., cap. 1, et Ernald., lib. II, Bernard., Epist. 426, et Guillelm., lib. III Vilee
cap. VII.

Bernardi, cap. IV. 2 Epist., pag. 213.

5 Bernard., Epist. 364. 3 Bernard., Epist. 220, 221.

6 Idem, Epist, 256.

Sens en 1140.

cil., p. 1018.

Saiat B nard cool

en 1147.

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Bernard écrit ses livres de la Considération en 1149, 1150. Sa mort en 1153.

évêque de Chartres, et l'abbé de Clairvaux mêmes; que la nature divine ne s'est pas in-
Henri était un ' moine aposlat, qui étant re- carnée, mais seulement la personne du Fils.
tourné dans le siècle, s'y adonna à la débau- Toutes ces erreurs lui furent reprochées dans
che, surtout à l'impureté. Se trouvant dénué le concile de Paris en 1147, en présence du
de tout, il fut obligé de mendier son pain, et pape Eugène qui présidait à cette assemblée.
d'errer partout en vagabond, parce que per- On y disputa beaucoup sur cette matière ;
sonne ne voulait le recevoir. Pour se tirer de mais le pape en renvoya la décision au con-
la misère il se mit à prêcher dans le Mans et cile qu'il devait tenir à Reims, le 22 mars de
à Toulouse les erreurs de son maitre. Les l'année suivante 1148. Bernard qui avait été
peuples, amateurs de la nouveauté, se laissè. le principal adversaire de Gilbert dans le
rent séduire. Bernard, par ses discours et par concile de Paris, l'attaqua encore dans celui
ses miracles, détrompa ceux qui avaient élé de Reims 3, et le convainquit d'erreur. Le
infectés d'erreur, soit au Mans, soit à Tou- concile en condamna tous les articles, défen-
louse, soit ailleurs. Un des plus éclatants mi- dit la lecture du livre de Gilbert, et ordonna
racles fut celui qu'il fit à Sarlat en Périgord. que l'on y corrigerait tout ce qui avait rap-
Après avoir fini son discours, grand nombre port aux erreurs condamnées.
de personnes lui présentèrent des pains à 19. La croisade n'ayant pas * eu le succès
bénir; en les bénissant?, il éleva la main, fit qu'on en avait attendu, le roi Louis revint en
dessus le signe de la croix, et dit : « Vous France en 1149. La même année, le pape
connaîtrez que ce que nous vous disons est Eugène rentra dans Rome; et ce fut pour le
vrai, et que ce que les hérétiques vous pré- consoler au milieu de tant d'afflictions dont
chent est faux, si vos malades guérissent son pontificat avait été agité, que saint Ber-
aussitôt qu'ils auront mangé de ces pains. ) nard composa l'ouvrage intitulé de la Consi-
L'évêque de Chartres, craignant qu'il ne se dération. Il reçut lui-même une lettre de con-
fût trop avancé par une proposition si géné- solation de Jean, abbé de Casemarie, au sujet
rale, ajouta : « S'ils le mangent avec foi, ils de la croisade. Eugène III mourut le 8 juillet
recouvreront la santé. » Mais Bernard qui 1153, après huit ans et près de cinq mois de
ne craignait point, reprit : « Ce n'est pas ce pontificat. Bernard, dont les forces défail-
que je dis; mais assurément ceux qui en laient de jour en jour, lui survécut de peu,
goûleront seront guéris, afin qu'ils sachent étant mort le 20 août de la même année,
que nous sommes véridiques, et vraiment en dans la soixante-troisième de son âge, trente-
voyés de Dieu. » La chose arriva ainsi : tous huit ans après qu'il avait été élu abbé de
les malades qui goûtèrent de ces pains y Clairvaux.
trouvèrent la guérison de leurs maux. Les 20. Sa piété connue de toute l'Eglise, son Son éloge.
henriciens répandus dans le Périgord avaient zèle pour la pureté de la foi, le grand nom-
pour chef un nommé Ponce. Le moine Héri- bre de ses miracles l'ont fait mettre au nom.
bert décrit les erreurs des henriciens du Pé- bre 5 des saints, presque aussitôt après sa
rigord, dans une lettre adressée à tous les mort, c'est-à-dire en 1174, par Alexandre III.
fidèles, et imprimée dans les Analectes de ce pape, qui n'était pas moins informé de
dom Mabillon. On aura lieu de les détailler son savoir et de sa doctrine, que de sa sain-
dans la suite, de même que celles des divers teté, lui donna le premier le titre de docteur
hérétiques de ce temps. Nous remarquerons de l'Eglise, en lisant à la messe qu'il célébra
seulement ici que la plupart ne reconnais le jour de sa canonisation, la collecte et l'é-
saient point d'Eglise hors de leur secte; qu'ils vangile que l'on a coutume de lire le jour de
rejetaient le baptême des enfants, et le ma- la fête des docteurs. Innocent III, élu en 1198,
riage, le culte des saints, les jeûnes, et les fit lui-même en l'honneur de saint Bernard
autres mortifications corporelles.

une collecte particulière, où il lui donne la 18. Gilbert de la Porrée, évêque de Poi- qualité d'abbé et de docteur excellent. QuelColbert, de la tiers, était accusé d'erreurs toutes différen- ques-uns l'ont qualifié depuis docteur miel

tes, savoir, d'enseigner que l'essence divine leux, à cause de la douceur de son style et n'est pas Dieu ; que les propriétés des per- de ses expressions. Nicolas le Fèvre, précepsonnes divines ne sont pas les personnes teur de Louis-le-Juste, nommait saint Ber1 Bernard., Epist. 241, 242.

* Mabillon., Chronolog. Bernard., ad ann. 1149, 2 Gaufridus, Vita Bernardi, lib. III, cap. vj.

1150, 1153. - 5 Tom. X Concil., pag. 1376, et Ma3 Gaufridus, Vita Bernardi, lib. III, cap. v.

billou., Præfat in Op. Bernardi, num. 2.

Il combat

Porrée, 1148.

en

saint Ber

Epist. 1 sontknann edit. Paris.

ann, 1719, pe

nard le dernier des pères, parce qu'il est le

ARTICLE II.
dernier qui ait suivi la méthode des anciens

DES ÉCRITS DE SAINT BERNARD.
pères, de traiter les matières théologiques en
s'appuyant sur l'Ecriture et sur la tradition,

§ 1.
On les traita depuis par des raisonnements

De ses Lettres. philosophiques ; et c'est ce qu'on appelle la théologie scholastique, par opposition à la 1. Le premier tome des ouvrages de saint Letras de théologie positive suivie par les pères. Saint Bernard, selon l'édition de Paris en 1719, com- bard. Bernard avait lu leurs écrits, surtout ceux de prend ses lettres qui sont au nombre de quasaint Augustin, comme il est aisé de le voir tre cent quarante-sept, rangées pour la plus par son traité de la Grâce et du Libre arbitre. grande partie suivant l'ordre chronologique. Lors donc qu'il disait ' à ses amis, qu'il n'a- Nous suivrons cette disposition. Pendant que vait eu d'autres maitres dans l'étude de l'E- ce saint abbé, séparé de sa communauté pour la criture sainte que les chênes et les hêtres, il cause de maladie, vivait seul dans une cellule ne voulait dire autre chose, sinon, qu'il avait hors de l'enceinte du monastère, le grand plus ? de confiance en la prière, qu'en sa prieur de Cluny, que l'on croit être Bernard propre industrie et en son travail. Aussi, surnommé le Gros, vint à Clairvaux sous après avoir 3 dit qu'il avait reçu principale prétexte de s'y édifier, mais en effet pour en ment dans les champs et dans les bois l'in- retirer Robert, cousin-germain de saint Bertelligence des Ecritures, il ajoute que ce fut nard, qui après avoir été d'abord offert à par la méditation et par la prière. On ne peut l'abbaye de Cluny, avait fait profession à Cimieux juger de l'autorité et du crédit qu'il teaux, d'où il était sorti pour passer à Clairs'était acquis dans le monde et dans l'Eglise vaux. Il ne lui fut pas difficile de tenter ce par ses verlus et par sa science, que sur le jeune homme, à qui la vie dure de Citeaux témoignage de Guillaume, abbé de Saint- et de Clairvaux était peut-être devenue à Thierry, témoin oculaire. « S'est-il trouvé, charge. Quoi qu'il en soit, le grand prieur dit-il 4, un homme, en parlant de saint Ber- l'emmena, le revêtit de l'habit de l'ordre de nard, à la volonté duquel les plus grandes Cluny, obtint de Rome un rescrit qui ordonpuissances de la terre, soit du siècle, soit de nait à Robert de se stabilier à Cluny, et lui fit l'Eglise, aient déféré avec tant de soumission, faire une nouvelle profession. Saint Bernard et aux conseils duquel elles se soient rendues fut quelque temps à attendre si Robert reavec tant d'humilité ? Les rois, les princes, viendrait de lui-même; mais frustré dans son les tyrans les plus superbes, les gens de espérance, il lui écrivit une lettre que l'on guerre, les usurpateurs les plus violents, le peut regarder comme la plus éloquente de craignent et le révèrent de telle sorte, que toutes, également remplie de force, de sentil'on voit en quelque façon en lui celte parole ments de tendresse et de charité. Comme il de Notre-Seigneur à ses disciples : Je vous ai la dictait en pleine campagne, pour la tenir donné le pouvoir de fouler aux pieds les ser- plus secrète, à Guillaume son secrétaire, depents, les scorpions, et toute la puissance de puis premier abbé de Riéval en Angleterre, l'ennemi, et rien ne pourra vous nuire. » Trois il survint une pluie. Le secrétaire voulant abbés, contemporains de saint Bernard, ont serrer le parchemin sur lequel il écrivait, pris soin d'en écrire la Vie : Guillaume, dont saint Bernard lui dit : « C'est l'ouvre 5 de nous venons de parler; Arnaud, abbé de Dieu, écrivez, ne craignez rien. » Le secréBonneval dans le diocèse de Vienne; et Geof- taire continua; et encore qu'il plût tout aufroi, religieux de Clairvaux, secrétaire du tour, la lettre ne fut pas mouillée. Saint Bersaint. Leurs ouvrages, que l'on a imprimés à nard fait envisager doucement à Robert qu'il la suite des écrits de saint Bernard, ont été n'a pu sortir de Clairvaux sans violer son traduits en français par Le Maitre, sous le nom veu d'obéissance, ni en quitter l'habit sans emprunté du sieur Lamy, et imprimés en cette apostasie ; que personne ne s'étant trouvé à langue à Paris, chez Antoine Vitré en 1648, Rome pour réfuter les raisons exposées dans in-4°, et 1649, in-8°.

la supplique des clunistes, il se flattait en

Luc. x, 19.

1 Guillelm., Vita Bernard., lib. I, num. 23, cap. iv,
2 Idem, lib. III, cap. I, num. 1.
3 Idem, lib. I, cap. iv, num. 23.

Ibid, cap. XIV, num. 70.
s Bernard. vita, per Guillelm., lib. I, cap. XI.

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