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CHAPITRE II.

Eadmer, moine de Cantorbéry (1137; Gondulfe, évêque

de Rochester, 1108].

[Ecrivains latins.]

sosedsu

Fodter, 1. On nous permettra de joindre le disci- moire. Il s'appliqua aussi à l'éloquence; en

ple au maitre, et après avoir parlé des ou sorte qu'il devint habile dans l'histoire et
vrages de l'ún, de traiter des écrits de l'au- surpassa ses égaux dans l'art de bien dire.
tre, puisqu'on les a renfermés dans un même Les écrits qu'il composa sont en grand nom-
volume à cause de leur connexité. Eadmer, bre, savoir 6 : la Vie de saint Anselme, en deux
surnommé le Chantre, était anglais de nais- livres; l'Histoire des nouveautés, en six livres;
sauce!. Il fut premièrement 2 moine de l'ab- la Vie de saint Wilfride; des Mémoires pour
baye du Bec, ensuite de Cantorbéry. De dis l'histoire, celle de son temps, en un livre; on
ciple de saint Anselme, il en devint l'ami et le volume de la Liberté ecclésiastique, ou du .
confident. Il eut part à ses travaux, l'accom- mêlé entre le roi Guillaume-le-Roux et saint
pagna dans son exil et dans ses voyages. Anselme; une plainte en vers élégiaques sur
Rien ne put le séparer de son maître, pas la mort de cet archevêque; un livre des
mėme les menaces du roi d'Angleterre. Aussi Louanges de la sainte Vierge; un des Instituts
saint Anselme ne faisait rien sans le conseil de la vie chrétienne ; un poème en l'honneur
d'Eadmer. Etant ensemble à Rome, l'arche de saint Dunstan, et plusieurs lettres; les Vies
vêque pria le pape Urbain II de le lui donner des saints Odon et Breywin ?, archevêques de
pour supérieur et pour son père spirituel, Cantorbéry;desaint Oswald, archevêque d'York;
afin qu'étant élevé au-dessus des autres par de saint Dunstan, aussi archevêque de cette
sa dignité, il ne perdit point le mérile de l'o- ville, avec un livre de ses miracles. Mais la
béissance en se soumettant à Eadmer. Après plupart de ces écrits sont encore ensevelis
la mort de saint Anselme, Eadmer vécut quel dans l'obscurité des bibliothèques d’Angle-
que temps en simple moine, mais dans la terre. Voici ceux que l'on a mis au jour (et
bienveillance de Radulphe, successeur du que l'on trouve au tome CLIX de la Patrolo- .
saint dans le siége de Cantorbéry. Ce fut à gie, d'après l'édition de 1721.]
ce prélat qu'Alexandre, roi des Ecossais, s'a. 3. La Vie de saint Anselme, par Eadmer, se
dressa pour donner l'évêché de Saint-André trouve dans les éditions des cuvres de ce Anselmo,
à Eadmer. On dit qu'il le refusa 3, ou qu'a- père, à Cologne en 1612, et à Paris en 1630,
près avoir gouverné cette Eglise jusqu'en 1675 et 1721; dans Surius et dans Bollandus,
1124, il abdiqua l'épiscopat, revint à son mo au 21 avril. Elle est divisée en deux livres,
nastère de Cantorbéry et en fut prieur jusa avec un prologue en tête, dans lequel Ead-
qu'en 1137, qui fut l'année de sa mort. Il faut mer rend comple de son dessein. Il y remar-
le distinguer d'Eadmer ou Ealmer, prieur de que qu'il avait déjà rapporté des circons-
Saint-Alban, mort en 980, à qui l'on attribue tances de la vie de saint Anselme dans un
cinq livres * d'exercices spirituels, un livre de autre ouvrage, et qu'il n'a écrit celui-ci que
lettres et des homélies.

pour les donner avec plus de suite. C'est l'His-
2. Celui dont nous parlons s'était appliqué toire des nouveautés dont il veut parler. Dom
dès son bas âge 5 à remarquer tout ce qui Martène a fait entrer dans le tome VI 8 de sa
arrivait de nouveau, surtout en matières grande Collection un Poème des miracles de saint
ecclésiastiques, et à le graver dans sa mé- Anselme, que l'on peut attribuer à Eadmer.

Vie de saint

Eritread.

· Voir sur Eadmer une notice historique tirée de Warthon, Anglia sacra, et reproduite au tom. CLIX de la Patrologie, col. 341-344. (L'éditeur.)

* Præfat. in ejus opera, et Mabill., tom. V Annal., lib. LXVIII, num. 91.

9 Fabricius, tom. II Bibliot. Lalin., pag. 210.

Ibid., pag. 214. — 5 Eadmer., lib. II Novorum.
6 Præfat. in ejus opera.
7 Fabricius, tom. II, pag. 212.
8 Pag. 983, 987,

pouveautés.

dans Marie.

Similitudes.

Vier di

zaints.

Histoire des 4. Cet écrivain donne, dans l'Histoire des en elle les quatre verlus cardinales : la jus- qui ont és

nouveautés, ce qui s'est passé de plus consi- tice, la prudence, la force, la tempérance. La "
dérable dans l'Eglise d'Angleterre depuis conclusion est que le fils de Dieu ·n'a pu
l'an 1066, que le roi Edouard succéda à son s'incarner dans une vierge plus parfaite ni
père Edgar, jusqu'en 1122. Il la divise en six autre que Marie.
livres. Les quatre premiers contiennent la Vie 7. Le traité de la Béatitude est précédé , Traité !
de saint Anselme avec plusieurs de ses let- d'une lettre au moine Guillaume, dans laquelle
tres. Le cinquième est son apologie contre Eadmer l'averlit qu'il l'avait composé d'un
ceux qui lui faisaient un crime de ce qu'il n'a- discours prononcé par saint Anselme dans
vait pas, comme ses prédécesseurs, employé le chapitre de Cluny, et de ce qu'il lui
ses revenus en des bâtiments utiles au siècle avait ouï dire ailleurs sur l'état des bienheu-
ou à l'Eglise. Eadmer fait voir qu'ayant trouvé reux dans le ciel. Il parcourt lous les avan-
toutes ses terres ravagées à son entrée dans tages que les hommes estiment le plus en
l'épiscopat et après ses exils, il n'avait pas cette vie : la beauté, la force, l'éternité de la
été en état de faire ce que ses calomniateurs vie, la sagesse, la joie , et fait voir que les
lui reprochaient de n'avoir pas fait. Il rap- bienheureux les posséderont dans un degré
porte quantité de lettres ou écrites par saint beaucoup plus éminent.
Anselme, ou qui lui avaient été adressées par 8. Il faut juger du traité des Similitudes . Traité de
diverses personnes. Les deux dernières con- comme du précédent. Le fond est de saint
cernent l'élection d'Eadmer pour l'évêché de Anselme, la forme de quelqu'un de ses dis-
Saini-André. Il en est encore parlé dans le ciples, et apparemment d Eadmer, dont il
sixième livre, où il est aussi fait mention du porte le nom dans plusieurs manuscrits.
mariage du roi Henri, en secondes noces, 9. La Vie de saint Wilfride, par Eadmer, a
avec la princesse Adélaïde, fille de Godefroy, été donnée par dom Mabillon, dans la pre-
duc de Lorraine; de l'élection de Turstan mière partie du troisième siècle bénédictin,
pour l'archevêché d’York, et de la légation et par Henschénius, au 24 avril. Celle de
du cardinal Pierre de Léon en Angleterre. saint Biegwin se trouve dans le tome II de
Eadmer intitula l'ouvrage : Histoire des Nou- lAngleterre sacrée, avec celles de saint Oswald
veautés, parce que depuis que Guillaume, duc et de saint Dunstan, et une lettre d'Eadmer
de Normandie, s'était emparé de l’Angleterre, aux moines de Glaston, qui croyaient avoir
on n'avait installé aucun évêque ni aucun le corps de cet archevêque. On attribue en-
abbé qui n'eût fait hominage au roi et reçu core à Eadmer un livre des Miracles de saint
de sa main l'investiture de l'évêché ou de Dunstan, dont Surius a fait l'abrégé au 19 mai.
l'abbaye, par la crosse ou bâton pastoral. Cet Henri Warthon a aussi inséré dans le tome II
usage était inconnu auparavant, et saint An- de l'Angleterre sacrée la Vie de saint Odon, ar.
selme le regardant comme contraire aux ca- chevêque de Cantorbéry, qu'il dit avoir été
nons, refusa de s'y soumettre et fit tous ses composée par Eadmer, et non par Osbern,
efforts pour l'abolir, ce qui lui occasionna de comme l'a avancé dom Mabillon dans le
fâcheux démêlés avec Guillaume-le-Roux et tome VII des Actes de l'ordre de Saint-Benoit.
son fils Henri. Dom Gerberon a joint à cette Une lettre de Nicolas, prieur de Worchester,
histoire les notes que Jean Selden avait mises touchant la primauté de l'Eglise d'York, et
à la fin de l'édition de cet écrit, à Londres en une d'Eadmer aux moines de Worchester,
1623, in-fol.

sur l'élection d'un évêque. [La Vie de saint 5. Dans le traité de l'Excellence de la sainte Odon existe, sous le nom d'Osbern, au tome Mainte Vierge, Eadmer relève son origine, sa qua- CXXXII de la Patrologie, col. 931 et suiv. La

lité de Mère de Dieu , son amour ineffable lettre aux moines de Worchester est au
pour son fils, la douleur dont elle ful péné- tome CLIX, col. 807-808; elle est suivie de
trée en le voyant attaché à la croix, sa joie la lettre de Nicolas sur la primauté de l'Eglise
à sa résurrection et à son ascension. Il parle d’York.) Warthon, dans sa préface sur le
aussi de l'assomption de la sainte Vierge dans second tome, parle de plusieurs autres écrits
le ciel, des avantages qu'elle a procurés aux d'Eadmer, qui n'ont pas encore été rendus
hommes en mettant au monde leur Rédemp- publics, savoir : un poème en l'honneur de
teur, ct finit par une longue prière qu'il lui saint Dunstan; un à la louange de saint
adresse.

Edouard , roi et martyr; une lettre adressée
6. Il a fait un traité particulier pour louer à Eadmer, touchant la mère de saint Edouard;

Livre de l'Excelienco

Vierge.

11

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Traité des Quatre vertus

un écrit sur l'ordination de saint Grégoire; Ils firent le voyage presque toujours à pied, un poème en vers héroïques sur les actions avec des fatigues et des périls extrêmes, et mémorables de saint Anselme et de saint assaillis au retour par une tempête furieuse, Elphége, l'un et l'autre archevêques de Can- ils s'engagèrent par væu à se faire moines, torbéry; un traité de la Conception de la sainte s'ils échappaient au danger. Le calme sucVierge; la Vie de Pierre, premier abbé de Saint- céda à l'orage, ils achevèrent leur course en Augustin de Cantorbéry; un sur le Culte des paix, et à leur arrivée à Rouen, Gondulfe Saints; un des Reliques de saint Ouen et autres n'eut rien de plus pressé que d'accomplir saints, qui étaient conservées dans l'Eglise son veu. Il se rendit au Bec, où il embrassa de Cantorbéry; un sur saint Gabriel, archange, la profession monastique sous le bienbeureux et un sous ce titre : De commovendo super se abbé Hellouin et le célèbre Lanfranc, qui manum sancti Petri apostoli. Warthon sou- élait alors prieur de la maison. La même an. tient, dans la même préface, que la Vie de née, par conséquent en 1059, la providence saint Dunstan, donnée par Surius sous le y amena Anselme dans le même dessein. nom d'Osbern, est d'Eadmer; avouant toute- Les deux néophytes ne se furent pas plus tôt fois qu'Osborn en a composé une, mais dif- connus, que l'âme de l'un s'attacha à l'âme férente de celle d'Eadmer. Il avoue encore de l'autre. Jamais on ne vit une nnion plus qu'Eadmer et Osbern, qui écrivaient à peu parfaite ni plus persévérante. Il n'y avait prés dans le même temps, se sont servis l'un guère moins d'affection entre Gondulfe et et l'autre d'une ancienne Vie de saint Duns Lanfranc : Lanfranc l'aimait pour sa piété, tan; d'où vient qu'ils se rencontrent souvent son zèle et les rares talents dont Dieu l'avait en rapportant les mêmes faits. (La Vie de enrichi. Gondulfe était attaché à Lanfranc saint Dunstan est reproduite au tome CLIX de comme un bon disciple au meilleur des maila Patrologie, col. 785-800.]

tres. Il le suivit à Saint-Etienne de Caen, dapest 10. Eadmer écrivait avec beaucoup d'or- lorsqu'il en fut nommé abbé en 1063, et plus

die, d'exactitude et de clarté, d'un style na- tard en Angleterre, lorsqu'en 1070, Lanturel et facile, recueillant soigneusement franc se vit contraint d'accepter l'archevêché tous les monuments qui pouvaient servir à de Cantorbéry. Gondulfe fut chargé du soin répandre du jour sur les faits rapportés dans du temporel, et s'en acquitta avec tout le ses écrits, et les constater à la postérité. zèle qu'on pouvait attendre de sa vertu. L'éAussi ceux qui ont travaillé depuis lui sur glise de Rochester, ayant perdu son évêque l'histoire ecclésiastique et civile d'Angleterre, au mois de juillet 1070, Lanfranc jeta les l'ont cité avec éloge, en particulier Guil- yeux sur Gondulfe pour remplir ce siége valaume de Malinesbury, dans son prologue cant. Sans lui rien communiquer de son prosur les Gestes des rois, et en plusieurs autres jet, il le députa en Normandie où se trouvait endroils.

alors le roi Guillaume, pour obtenir son conSeneta (11. Gondulfe!, l'un des plus grands évé- sentement. Ce prince, qui connaissait le mées ques de l'Eglise anglicane, et l'ami qui té rite du sujet qui lui était proposé, et qui ai.

moigna le plus de dévouement à saint An mait à mettre en place des personnes de ce selme lors de ses disgrâces, naquit dans le caractère, entra dans les vues de Lanfranc, diocèse de Rouen, et eut pour père Hate- et renvoya Gondulfe en Angleterre avec des gouin et pour mère Adélésie. Après avoir lettres, au contenu desquelles il était loin reçu les premières notions des lettres dans de se croire si personnellement intéressé. sa famille, il alla à Rouen continuer ses étu- Instruit de la volonté du roi, Lanfranc la nodes et s'y distingua par des succès marqués; tifia aussitôt aux principaux du clergé de mais le désir de servir Dieu plus parfaite- Rochester. Tous y souscrivirent avec joie; ment le porta à entrer dans le clergé de la malgré ses réclamations, Gondulfe fut procathédrale, où il devint bienlôt l'exemple des clamé évêque et peu après consacré dans la autres clercs, par sa sagesse et sa vertu. cathédrale de Cantorbéry, le 19 mars de l'an L'archidiacre Guillaume, qui depuis fut ar 1077. Gondulfe rouva sa nouvelle Eglise chevêque de cette église, l'avait pris en si dans un état déplorable; c'est pour cela même grande affection, qu'il le choisit pour l'ac- que Lanfranc la lui avait destinée. Il ne s'y compagner dans un pèlerinage à Jérusalem. trouvait que cinq chanoines, qui manquaient

La notice historique littéraire qui suit est extraite

de l'Ilistoire littéraire de la France, tom. IX.

Ses éc:

sur la sai Ecritore,

même du nécessaire. Un des premiers soins Anselme, son ancien et intime ami, vint lui
du zélé prélat fut de substituer des moines à rendre visile et lui administra les derniers
leur place : ęt en peu de temps, il en ras sacrements. Il vécut cependant encore plu-
sembla jusqu'à soixante, qui donnèrent sous sieurs jours; mais lorsqu'il sentit que sa der-
ses yeux l'exemple de la plus parfaite réguo nière heure approchait, il voulut finir en
larité, et rendirent à cette Eglise désolée son moine, se fit élendre sur un cilice, et rendit
ancienne splendeur. La sainteté du vieux ainsi le dernier soupir le 8 mars 1108, qui,
pontife était si généralement reconnue, que cette année-là, se trouvait être le troisième
le roi Guillaume-le-Roux, qui n'avait que de dimanche de Carême, c'est-à-dire le jour
la durelé pour les autres évêques, bonorait même où il avait été sacré évêque. Il était
Gondulfe jusqu'au point de lui donner toute dans la quatre-vingt-cinquième année de son
sa confiance et d'enrichir son Eglise des dé- âge, et la trente-unième, moins onze jours,
pouilles qu'il enlevait aux autres. L'évêque de son épiscopat. Sa Vie, écrite quelques
de Rochester était regardé comme le pre- années après sa mort par un moin
mier suffragant du siége métropolitain et cathédrale, se trouve au tome II de l’Anglia
primalial de Cantorbéry. C'était à lui d'y sacra, et de là au tome CLIX de la Patrolo-
remplir les fonctions pastorales pendant la gie, col. 811-836), et mérite d'autant plus de
vacance du siége ou en l'absence de l'arche- croyance que l'auteur avait vécu plus long-
végue.

temps avec le saint personnage qui en fait Il y avait près de quatre ans déjà qu'il le héros. On y voit qu'aux miracles prés, gouvernait ce diocèse avec le sien, lorsque Gondulfe réunissail en lui tous les caractères la Providence envoya pour succéder au bien- auxquels on reconnaît les saints. heureux Lanfranc, Anselme du Bec, le seul 12. Un des travaux auxquels le saint ponami qui fût capable de le consoler de la perte tife consacra spécialement son savoir, fut la sestrax de son prédécesseur. Quelle joie pour l'un et correction des anciens livres et surtout des l'autre de se voir ainsi rapprochés après une livres de l'Ecriture sainte. On a vu que c'é. longue séparation! Nous avons dit ailleurs tail une des occupations littéraires du bientout ce que saint Anselme eut à souffrir, tant heureux Lanfranc, son maître, de saint Ande la part des deux rois Guillaume-le-Roux selme, son condisciple, et de plusieurs autres et Henri Jer, que de celle des évêques politi- élèves de l'école du Bec, où il avait perfecques, ses collègues. Gondulfe sut se compor- tionné ses études. C'est peut-être à ce trater avec tant de prudence dans ces temps vail, qui suppose un grand fonds d'érudiorageux, qu'il resta toujours étroitement at- lion et une connaissance parfaite de la criLaché au saint archevêque, sans jamais of- tique, que nous devons d'avoir conservé la fenser ses adversaires. A la mort du roi Guil- tradition dans son intégrité, et de posséder laume, le prince son successeur éprouva de aujourd'hui, dans sa pureté native, le texte la part des Anglais des contradictions qui me des anciens auteurs. Du reste, les Eglises de naçaient de dégénérer en guerre civile. L'é. France et d'Angleterre en ont tiré beaucoup vêque Gondulfe, qui était singulièrement chéri de fruits, dès le siècle même où ces grands et lionoré du peuple, trouva moyen d'apaiser hommes s'appliquaient à leur procurer cet les troubles, et contribua plus que personne avantage. Il nous reste encore aujourd'hui à affermir la couronne du nouveau roi. Aussi un illustre monument qui atteste la part que eut-il l'insigne honneur de baptiser de sa l'évêque Gondulfe y prit en particulier. C'est main et de tenir sur les fonts du baptême le une grande Bible en parchemin, écrite sur .premier issu du mariage de Henri et de la deux colonnes et en assez beaux caractères, reine Mathilde, et héritier de cette couronne dont la première partie annonce dès le fronqu'il avait conservé à son père. Il ne protita tispice qu'elle est l'æuvre de Gonduife, évêde cette faveur que pour le bien de son que de Rochester. Prima pars Biblia per Eglise et des monastères qu'il avait fondés, bonæ memorice Gundulfum Roffensem episcoEnviron un an avant sa mort, Dieu, pour pum. Le pieux et savant prélat en fit d'abord achever de le purifier, permit qu'il fût atta- présent au monastère de sa ca!hédrale, et de qué d'une maladie de langueur, pendant la concert avec le prieur et tous les prêtres qui quelle il montra la résignation la plus par le composaient, il rendit un décret portant faite, et édifia tous ceux qui l'entouraient par excommunication contre quiconque enlèvel'exemple des plus touchantes vertus. Saint rait, cacherait ce volume ou en effacerait

Ses lettres

l'inscription qui alteste qu'il appartient au consentement au plus vite, et de ne pas s'op-
monastère de Rochester. Ce décret fut copié poser à la volonté de Dieu qui venait de se
à la tête de ce volume, ce qui n'empêcha pas manifester.
qu'il ne fût enlevé dans la suite des temps, L'autre lettre ne porte pas le nom de Gon- Col. 635.
probablement lors de la fatale révolution qui dulfe, mais on a des preuves qu'elle lui ap-
bouleversa l'Eglise d'Angleterre sous le règne partient. Elle est adressée à saint Anselme,
de Henri VIII. Ce précieux trésor, après et lui fut envoyée à Lyon, pendant le second
avoir passé par les mains de différentes per- séjour qu'il y fit, depuis la fin de l'année
sonnes, était entre celles d'Herman Van 1103 jusqu'en avril 1105. Le but de l'auteur
de Wal, bourgmestre d'Amsterdam. A sa est de déterminer le saint archevêque à re-
mort, arrivée en 1734, il fut vendu aux en venir au plus tôt en Angleterre. Dans cette
chères avec les autres livres de sa bibliothè- vue, il lui expose les raisons qu'il croit les
que, et depuis on l'a tout à fait perdu de plus pressantes, le renversement du bon or-
vue.

dre dans tous les états, les églises dépouil-
13. L'ancienne et étroite union qui existait lées, le sanctuaire souillé, le sacerdoce avili,
entre saint Anselme et Gondulfe, dut pro- les veuves et les vierges opprimées, les évè.
duire, après leur séparation, un grand nom- ques sans vigueur et presque sans action, et
bre de lelires échangées entre les deux amis. plusieurs autres désordres qu'il rejette tous
Il nous en reste plus de vingt de la part du sur son éloignement et auxque's sa présence
premier : ce qui en suppose au moins autant pourrait remédier.
de la part de l'évèque de Rochester. Ces let- Que cette lettre appartienne à Gondulfe,
tres formeraient un recueil aussi agréable les réflexions suivantes ne permettent pas
qu'intéressant, si on avait eu soin de les con- d'en douter. Eadmer, qui l'a enchâssée dans
server. Nous y découvririons encore mieux son Histoire, sans en nommer l'auteur, dit
que dans son histoire l'esprit, le cæur, en un néanmoins qu'il était homme de piété, ami
mot l'heureux caractère de ce grand évêque. de Dieu, et l'un de ceux qui désiraient le
D'ailleurs, les traits d'amitié chrétienne dont plus ardemment le retour de saint Anselme.
elles étaient remplies, comme le font suppo. L'auteur, de son côté, s'y donne lui-même
ser celles de saint Anselme, et même, à ce pour un évêque tout dévoué au saint prélat,
défaut, leur style tout seul sulfirait pour les toujours prêt à lui obéir, que son absence
faire estimer; car ou sait que les élèves du accablait de tristesse, et qui, malgré la li-
Bec, à cette époque, avaient le talent de berté avec laquelle il se croyait obligé de lui
mieux écrire que presque tous leurs contem- écrire, conservait toujours la même affection
porains. Nous pouvons en citer comme esem- pour sa personne. Tous ces caractères rap-
ple Gondulfe lui-même, dans ses deux lettres prochés du portrait que nous avons tracé de
échappées aux malheurs des révolutions qui Gondulfe, ne permettent pas de le mécon-
nous ont privés des autres.

naître. Ajoutons, pour confirmer cette res. La première est écrite à ses chers amis les semblance, que l'auteur, dans l'inscription de col.

moines du Bec, comme il les qualifie lui-
m

sa lettre, prend un titre qui semble désigner
même dans l'inscription, pour leur annoncer clairement l'évêque de Rochester, en s'y
qu'après une vacance de près de quatre ans, qualifiant le serviteur de toute la maison du
le siége primatial de Cantorbéry vient d'être Seigneur. A qui ce titre convient-il inieux, en
pourvu par la nomination d'Anselme, leur effet, qu'au pontife qui suppléait aux absen.
abbé, qui se trouvait alors en Angleterre ces de l'archevêque de Cantorbéry, primat
pour les affaires de sa maison. Par consé de toute l'Angleterre?
quent cette lettre est du mois de février de 14. Si la perte des autres lettres de Gon. Ses sermons.
l'an 1093. Il était à craindre que les moines dulfe est regrettable, combien doit l'être da-
du Bec, justement attachés à leur abbé, vantage encore celle qu'on a faite de ses ser-
n'apportassent quelqu'obstacle à cette élec- mons ! Nous en jugeons ainsi sur l'idée que
tion, qu'il regarde comme providentielle, ce les critiques nous en donnent, et sur divers
qui aurait causé un grand préjudice à l'E traits que l'écrivain anonyme a insérés dans
glise d'Angleterre, qui avait besoin d'un tel son histoire. Le saint évêque était si vive-
primat. Gondulle s'efforce de prévenir cet ment touché lui-même des grandes vérités
inconvénient, et presse ceux à qui il écrit et qu'il annonçait à son peuple, que souvent
qu'il console en même temps, de donner eur les gémissements et les larmes lui coupaient

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