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été con

Prolog

dépenses sont égales à vos revenus, il sur- sujet, à la majesté du style et à l'élévation
viendra un accident inopiné qui renversera des pensées.
votre maison. Pourvoyez à la nourriture de 2. Aussi, dès que l'ouvrage parut, chacun Ils ont
vos bestiaux; ils ont faim, et ne peuvent de- s'empressa de l'avoir et de le lire. Saint Ber- ces es 1149.
mander. Nourrissez votre famille de viandes nard le composa pour l'édification et la con-
grossières, et non délicieuses. Aux fêtes de solation du pape Eugène, et il s'y proposa de Beroard, ia
Pâques, donnez-lui abondamment, sans affec- lui donner des conseils, moins comme un
ter des mets délicats. La dépense que vous maître que comme une mère, ou plutôt
faites pour la chevalerie est honorable; celle comme un ami, parce qu'il conserva toujours
qui est pour vos amis est raisonnable; c'est pour Eugène, qui avait été son disciple à
à pure perte que vous aiderez les prodigues. Clairvaux, un amour paternel. Le premier
Vendez vos blés quand ils sont à leur valeur, livre fut achevé en 1149, comme on le voit
et non quand le pauvre ne peut plus en ache par la lettre de Nicolas, son secrétaire, à
ter. Ne vendez point à un plus puissant que Pierre, abbé de Cluny ', à qui il dit : « Je
vous, mais donnez plutôt à meilleur marché vous envoie le livre de l'abbé de Clairvaux
à votre inférieur. Les chiens de garde sont au pape. » Le second n'était pas fait alors :
utiles; ceux de chasse coûtent plus à nour- saint Bernard ne le finit qu'après qu'on eut
rir, qu'ils ne font de profit. Ne faites pas vos reçu des nouvelles de l'expédition infruc-
enfants dispensateurs de vos biens. A l'ap- lueuse de Terre - Sainte, c'est-à-dire l'an
proche de votre vieillesse, recommandez-vous 1150, auquel il envoya ce second livre à Eu-
plutôt à Dieu qu'à votre fils. Disposez de vos gène. Le troisième fut achevé après la mort
affaires avant la maladie. » Dom Montfaucon de Hugues d'Auxerre, arrivée en 1152; le
rapporte au même endroit une autre version quatrième et le cinquième quelque temps
de la même lettre, mais dont le langage est après, et avant le 8 juillet 1153, qui fut le
le même que celui de la première. L'une et jour de la mort de ce pape, car les cinq livres
l'autre lui ont été communiquées par dom lui sont dédiés.
Calmet.

3. Quand saint Bernard eut conçu le des- Analyse da

sein d'un ouvrage où il pût édifier et consoler pag 116. § II.

le pape Eugène III, il se trouva combattu par Des cinq livres de la Considération.

le respect et par l'amour, qui lui comman

daient deux choses opposées; l'amour le 1. Dans les éditions des cuvres de saint pressait d'écrire ; le respect le lui défendait. Bernard, par Horstius, le tome II présente L'amour l'emporta sur une timidité respecd'abord ses sermons du temps et des saints, tueuse ; et voici la raison qu'en donne saint ensuite ceux qui traitent de divers sujets; Bernard. « Je sais bien, dit-il à Eugène, que Prolog et ce n'est que dans le tome III que l'on vous avez été élevé au souverain pontificat; trouve les différents traités de ce père, en- mais quand vous seriez, s'il est permis de le core n'y sont-ils qu'après des discours sur le dire, élevé sur les ailes des vents, je ne laisseCantique des Cantiques. On a suivi une autre rais pas de vous aimer toujours de la même méthode dans l'édition de dom Mabillon, où sorte. L'amour que j'ai pour vous ne vous le toone II est composé des traités de morale, considère point comme mon maître, il vous de doctrine et de controverse. L'éditeur en a reconnaît pour mon fils, et la qualité de souusé ainsi, parce qu'il lui a paru plus convena- verain pontife ne l'assujettit pas davantage. ble de donner, à la suite des lettres, des traités Il se soumet à vous volontairement, il vous écrits dans le style et la forme épistolaires, obéit sans espoir de récompense, il vous réet dont quelques-uns ont été tirés d'entre les vère sans contrainte. Tous n'en usent pas lettres pour être mis au nombre des traités. ainsi : la crainte ou la cupidité sont les prinAu reste, il s'est plus arrêté à la dignité des cipes de leurs mouvements. Ils font beaucoup matières qu'à l'ordre des temps, dans la place de caresses, et dans le besoin ils abandonqu'il leur a donnée. C'est pour cela que ce nent; mais la charité ne ment jamais. J'atome II commence par les livres de la Consi- voue que je suis déchargé envers vous des dération, qui surpassent tous les autres en soins de mère, mais je n'en ai pas perdu les dignité, soit que l'on regarde la personne à sentiments. » Saint Bernard commence son qui ils sont dédiés (c'était le pape Eugène), soit que l'on fasse attention à la sublimité du 1 Pet., lib. VI, Epist. 7.

premier livre,

Livres de

la Considera tion.

Cap.i.

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premier livre par compatir à la peine qa’Eu- du moins par intervalle. » Saint Bernard con- Cap. VI.
gène avait ressentie en se voyant arraché vient que le temps ne permettait pas à un
des délices du doux repos de la solitude, pape de ne s'occuper que de fonctions ecclé-
pour être appliqué à un travail continuel et siastiques; qu'on trouverait mauvais qu'il ne
accablant. Ensuite il l'exhorte à se méfier répondit point à ceux qui demandaient jus-

des effets que produit l'assiduité aux grandes tice pour des intérêts séculiers; qu'on le traiCap. 11. occupations. Un fardeau qui dans les com- terait de rustique et d'ignorant qui ne con

mencements parait insupportable, devient naîtrait pas son pouvoir, et qui déshonorerait
plus léger, à mesure que l'on s'y accoutume; sa dignité; mais il dit aussi que la manière
ensuite on ne le sent plus, et enfin on y de penser de son siècle, n'était pas celle des
prend plaisir. C'est ainsi que l'on tombe dans apôtres. Ils ont été cités devant les tribunaux
l'endurcissement de cour, et de la dans l'a- pour y être jugés, et non pour y faire l'office
version du bien. Il fait une description de ces de juges. Occupés uniquement du service de 1 Tim. mu.
funestes effets, et conseille au pape de les Dieu, ils ne s'embarrassaient point d'affaires
prévenir en ne se livrant qu'avec ménage- séculières. Jésus-Christ ne voulut pas se ren- Luc. X11, 14.
ment aux occupations extérieures, et en se dre arbitre entre deux frères.
réservant des moments de loisir pour s'en- 5. « Votre pouvoir, ajoute saint Bernard, Cap. Yıl
tretenir et traiter avec lui-même « Quel est, s'étend sur les consciences des hommes, et
je vous prie, cet état, lui dit-il, d'entendre non sur leurs biens; les clefs du royaume des
plaider depuis le matin jusqu'au soir ? Les cieux vous ont été données pour l'un, et non
nuits mêmes ne sont pas libres. A peine pour l'autre. Les rois et les princes de la
laisse-t-on à la nature ses besoins. Il n'est terre sont juges des affaires terrestres; pour-
permis ni de respirer, ni de prendre du re- quoi usurpez-vous le droit d'autrui? » Il cite
pos. La patience est une grande vertu ; mais ce passage du psaume xuve : Considérez et
je ne souhaile point qu'il vous faille la pra- voyez que je suis Dieu, et en prend occasion de
tiquer en cette occasion.

traiter de la considération, qui fait le sujet 4. » Ne m'opposez point ce que dit l'apô- de son ouvrage, « Son premier effet est, ditCar, 13, 19. tre : Qu'étant libre, il s'est fait esclave de tout il, de purifier l'âme, ensuite d'en diriger les

le monde. Pensez-vous que de toutes les par désirs et les actions, de corriger les excès,
ties de l'univers on vît venir à lui des am- d'adoucir les moeurs, et de porter l'esprit à
bitieux, des avares, des simoniaques, des la connaissance des choses, tant divines
sacriléges, des concubinaires, des incestueux, qu'bumaines. C'est elle aussi qui, comme
et une infinité de semblables monstres pour juge entre la volupté et la nécessité, leur
obtenir les dignités ecclésiastiques, ou pour prescrit des bornes raisonnables, donnant à
y être maintenus par l'autorité apostolique? l'une ce qui suffit, et ôtant à l'autre ce qu'elle
Non. Il s'était fait esclave de tous pour les a de trop; ce qui produit la vertu qu'on ap-
gagner à Jésus-Christ, et nullement pour con- pelle tempérance. La considération forme
tenter leur avarice. Vous ferez une chose aussi la justice, la prudence et la force, en

plus digne de votre apostolat en écoutant ce nous apprenant à ne faire à autrui que ce I Cor. yp, 23. que cet apôtre dit ailleurs : Vous avez été acheté que nous voulons qui nous soit fait, et à ren

chèrement, ne vous faites pas esclave des hommes. fermer notre volonté dans des bornes étroites
Or, est-il rien de plus servile et de plus in- entre le trop et le trop peu; ce qui est un
digne, surtout. d’un Souverain Pontife, que effet de la force et de la prudence. »
de travailler continuellement à de telles af 6. « Si, dit saint Bernard au pape Eugène, ix.
faires, et pour de telles gens ? Quand prions vous vous appliquiez à cette philosophie,
nous? Quand instruisons-nous les peuples ? on vous accuserait d'affecter de la singula-
Quand édifions-nous l'Eglise ? Quand médi- rité, et de blâmer vos prédécesseurs, en vous
tons-pous la loi de Dieu? Il est bien vrai éloignant de leur conduite; mais il pourra
qu'on entend citer des lois dans votre palais; venir un temps où il vous sera libre de vous

mais ce sont celles de Justinien, et non celles y donner peu à peu , et de suivre l'exemple Cap. 1. de Notre-Seigneur. Vous vous croyez redeva- des anciens papes, qui se donnaient du loisir

ble aux sages et aux insensés; mais ne soyez au milieu des plus grandes affaires; comme
pas le seul que vous refusiez de servir. Sou- saint Grégoire qui, pendant le siége de Rome,
venez-vous de vous rendre à vous-même, je expliquait la partie la plus difficile de la pro-
ne dis pas toujours, ni même souvent, mais phétie d'Ezéchiel avec autant de soin que

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Analyse du dea xième livre, p. 422.

Cap.x. d'élégance. Si donc à présent la fraude et la étes, regarde la nature; qui vous êtes, la

calomnie, qui règnent par toute la terre, la personne; quel vous êtes, les mœurs. » Saint
violence et l'oppression des pauvres, vous Bernard passe légèrement sur le premier
obligent à juger des causes, faites du moins objet de considération, qui se borne à la na-
qu'on les plaide comme il convient; car je ture de l'homme; mais il s'étend davantage
ne sais comment vos oreilles peuvent souf- sur le second, c'est-à-dire sur les devoirs at-
frir ces disputes d'avocats, et ces combats de tachés à la dignité de pape. Ils consistent, Cap. VL
paroles, plus propres à cacher la vérité, qu'a dit-il, à arracher et à détruire, à édifier et à
la découvrir. Rien ne la fait mieux connaître, planter. La papauté est un ministère, et non
qu'une courte et simple exposition du fait une domination. Le pape est assis sur une
Accoutumez-vous à décider promptement les chaire élevée, mais c'est pour voir de plus
causes que vous devez juger par vous-même; loin; et le droit d'inspection qu'il a sur
retranchez les détails inutiles et captieux. toutes les églises, doit plutôt le disposer au
Connaissez par vous-même des causes des travail qu'au repos. «Voilà, ajoute saint Ber-
veuves, des pauvres, et de ceux qui n'ont nard, ce que l'apôtre saint Pierre vous a
rien à donner. Vous pourrez en commettre laissé, et non de l'or ni de l'argent. Vous
plusieurs à d'autres. Il se trouvera même des pouvez bien en avoir à quelqu'aulre titre,
affaires indignes de votre audience, comme mais non comme héritier de l'apôtre, puis-
sont celles des personnes dont les péchés qu'il n'a pu vous donner ce qu'il n'avait pas. »
sont manifestes. Faites-vous craindre de ceux Il rapporte les passages de l'Ecriture qui dé-
qui se fient à leur argent; qu'ils le cachent fendent l'esprit de domination aux apôtres,
devant vous, et qu'ils sachent que vous êtes et il ajoute : « Si vous vous glorifiez, ce doit
plus disposé à le répandre, qu'à le recevoir. ) être, comme saint Paul, dans les travaux et

7. Saint Bernard fait, au commencement dans les souffrances; à dompter les loups, et
du second livre, l'apologie de la croisade, non à dominer sur les brebis; à faire consister
dont on faisait retomber sur lui le mauvais votre noblesse dans la pureté des meurs,
succès, parce qu'il l'avait prêchée, quoique dans la fermeté de la foi, dans l'humilité,

sur les instances du roi Louis, et par ordre du qui est l'ornement le plus éclatant d'un SouCap. 1. pape, ou plutôt de Dieu même. Il rapporte à verain Pontife. »

cet effet l'exemple de Moïse, qui, après avoir 9. Il examine quelle en est la dignité et
tiré de l'Egypte les Israëlites, par l'ordre de l'autorité, et dit à Eugène : « Qui êtes-vous ?
Dieu, confirmé par des miracles, ne les fit Grand prêtre, Souverain Pontife, le prince
pas néanmoins entrer dans la terre fertile des évêques, l'héritier des apôtres. Vous êtes
qu'il leur avait promise; celui de la guerre celui à qui l'on a confié les clefs, à qui l'on
des autres tribus, pour venger par ordre de a commis le soin des brebis. Il est vrai qu'il
Dieu le crime de la tribu de Benjamin : guerre y a d'autres portiers du ciel, et d'autres pas-
où ces tribus furent défaites jusqu'à deux teurs des troupeaux; mais vous avez hérité
fois, et ne vainquirent qu'à la troisième. de ces deux qualités au-dessus des autres,
Comme on aurait pu lui demander par quels avec d'autant plus de gloire, que vous les
miracles il autorisait la prédication de la possédez avec une plus grande différence.
croisade, il appelle en témoignage ceux qui Chacun d'eux a son troupeau particulier.
avaient vu eux-mêmes ces miracles, ou qui Tous vous sont commis, de sorte que tous
les avaient appris de témoins oculaires. ces troupeaux n'en font qu'un dont vous êtes

8. Il revient ensuite à son sujet, définit la le seul pasteur; et non-seulement le pasteur considération une recherche attentive de la des brebis, mais des pasteurs mêmes. » Saint vérité; la distingue de la contemplation, qui Bernard le prouve par les paroles de Jésussuppose une vérité déjà connue; et la divise Christ à saint Pierre : Pierre, si vous m'ai- Joen.

en quatre parties, dont chacune à son objet. mez, paissez mes brebis. Il dit ? néanmoins m. « Votre considération, dit-il au pape Eugène, ailleurs, que les évêques sont les vicaires de

doit commencer par vous-même. Considérez Jésus-Christ.

premièrement ce que vous êtes; ensuite, qui 10. De là saint Bernard passe à la troi-. ca iv, v. vous êtes; enfin, quel vous êtes. Ce que vous sième considération, qui a pour objet les x, xii, SH.

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Joan. ixi, 13

Cap. IX, X,

' Nec modo ovium, sed et pastorum tu unus omnium pastor, Lib. I de Consid., cap. VIII.

2 lte nunc ergo, resistite Christi vicario, Idem, de Officio episcop., cap. IX, num. 36.

sités, sa uir l'oisi

pas vionné tous ce

troisième

li

meurs et la conduite du pape, ses progrès pas touché à la vue d'une personne qui, outre
dans la vertu, son zèle pour le bien de l'E- le tort qu'on lui a fait, est encore épuisée
glise, sa clémence envers ses ennemis, sa par la longueur du chemin et par la dépense;
patience dans les adversités, sa modestie il y aurait de votre part de la lâcheté à ne
dans la prospérité. Il l'exhorte à fuir l'oisi- pas user de sévérité envers celui qui lui a
veté, et les railleries indécentes dans ses dis- occasionné tous ces maux. » Saint Bernard

cours; à n'avoir point d'acception de per- exhorte le pape à réprimer les appellations Cap. Xır. sonnes dans les jugements. Il ne lui fait point inutiles, et celles que l'une des parties faisait

de remontrances sur l'avarice, parce qu'il quelquefois avant la sentence même, soit
était connu dans tout le monde qu’Eugène III pour vexer sa partie adverse, soit pour ga-

regardait l'argent comme de la paille. gner du temps; et à ne pas écouter ceux qui Analyse do 11. Dans le troisième livre, qui fut com se servaient de l'appellation pour arrêter les T8, p. 6312"posé en 1152, saint Bernard représente au évêques lorsqu'ils voulaient dissoudre ou em

pape les choses qui sont au-dessous de lui, pêcher des mariages illicites, ou punir les Cap. i. c'est-à-dire le monde entier, dont l'adminis- prévaricateurs des lois et des canons. Il dé

tration lui était confiée, mais non pas la pos- cide en général que toute appellation à la-
session, qui n'en appartient qu'à Dieu seul. quelle on n'a point été contraint par une in-
« Vous présidez, lui dit-il, aux affaires de justice, est illégitime; que les appellations
tout le monde, mais pour y pourvoir, pour étant un bien lorsqu'elles subviennent à la
y veiller, pour y donner ordre, pour y être nécessité, on doit à cet égard les appuyer et
utile. Le père de famille vous a élabli pour les maintenir; mais non, quand on les fait
gouverner, et non pour régner. N'affectez servir à la fraude et à la tromperie. Il rap-
point la domination sur les hommes, étant porte deux exemples d'appellations abusi-
homme vous-même. Il n'y a ni poison ni fer ves, et loue le pape de renvoyer les appelants
que je craigne tant pour vous, que le désir devant leurs juges naturels, ou devant des
de dominer. Etendez vos soins sur tous, afin commissaires en état de connaître de l'affaire,
que ceux qui ne sont pas assez sages le de- cette façon de rendre la justice étant plus
viennent; que les incrédules se convertissent sûre et plus prompte.
à la foi; que ceux qui sont divisés de vous 13. Saint Bernard fait voir que les pasteurs Cep. 111.
par le schisme reviennent à l'unité ; que les de l'Eglise doivent moins chercher leur uti-
hérétiques soient confondus, et leurs erreurs lité particulière, que le profit de leurs sujets;
détruites; que l'ambition et l'intérêt ne déso- et après avoir donné plusieurs exemples du
lent plus l'Eglise. » Il dit sur ce dernier ar- désintéressement du pape Eugène III, il lui
ticle : « N'est-ce pas l'ambition, plus que la adresse la plainte générale des Eglises au
dévotion, qui engage à visiter les tombeaux sujet des exemptions accordées par le Saint-
des apôtres ? N'est-ce pas de sa voix que re- Siége. « On soustrait, dit-il, les abbés aux 17.
tentit continuellement votre palais ? Toute évêques, les évêques aux archevêques, les
l'Italie ne travaille-t-elle pas avec une avidité archevêques aux primats ou aux patriarches.
insatiable à s'enrichir de ses dépouilles? » Il vous faites connaitre en cela que vous avez
parlait des ambitieux et des avares, qui, par la plénitude de la puissance, mais peut-être
le moyen du pape, prétendaient régner dans aux dépens de la justice. Vous le faites, parce
l'Eglise, et s'emparer de ses revenus.

que vous le pouvez; mais devez-vous le faire?
n. 12. Il vient ensuite à l'abus des appella C'est une question. On vous a établi non

tions. On appelait devant le pape de tous les pour ôter, mais pour conserver à chacun son côtés du monde. «C'est, dit-il, un témoignage degré et son rang d'honneur. Avant d'entrede votre primauté. Mais si vous pensez bien, prendre quelque chose , l'homme spirituel vous vous réjouirez moins de cette préroga- doit considérer premièrement si cela est tive, que de l'utilité qui peut en revenir au possible, ensuite s'il est de la bienséance public. Y a-t-il rien de plus beau que de voir de s'en charger, enfin si c'est expédient. Ne les faibles à couvert de l'oppression, aussitôt m'alléguez pas l'utilité de ces exemptions. qu'ils réclament votre nom? Mais au con- Tout ce qui en provient, c'est que les évêtraire se peut-il rien de plus triste, que de ques en deviennent plus insolents, les moivoir ceux qui ont fait du mal triompher, et nes plus relâchés, et même plus pauvres, ceux qui l'ont souffert se fatiguer inutilement parce qu'on les pille plus librement, voyant Comme il y aurait de l'inbumanité à n'être qu'ils n'ont personne pour les défendre. A

quatsiàme

qui en effet auraient-ils recours? Aux évê- les dignitaires des chapitres; et toutefois, de-
ques? Offensés du tort qu'on leur fait à eux- puis quatre ans que ces décrels avaient été
mêmes, ils ne feront que rire des maux qu'ils publiés, on ne s'était pas mis en devoir de les
verront souffrir à ces moines, ou qu'ils leur observer.
feront souffrir. Pardonnez-moi, si je vous 15. Le quatrième livre de la Considération Analyse i
dis qu'il ne vous est pas permis de consentir a pour objet ce qui est autour du pape, son re, p. 42.
à ce qui produit tant de maux. Croyez-vous clergé, son peuple, ses domestiques, son
d'ailleurs qu'il soit en votre pouvoir de con- conseil, «Votre clergé, lui dit saint Bernard, Cap. I.
fondre l'ordre, d'arracher les bornes que vos doit vivre dans une grande perfection, puis-
pères ont posées ? S'il est de la justice de que c'est de lui que le clergé de toute l'E-
rendre à chacun ce qui lui appartient, n'est- glise a pris sa forme et sa règle. » Quant au 11.
ce pas commettre une injustice que d'ôter le peuple romain, quoiqu'il en fasse un portrait
bien à qui que ce soit? Vous vous trompez, odieux, et qu'il le représente comme endurci
si vous pensez que votre puissance apostoli- dans le mal, il ne laisse pas d'exhorter Eu- •
que soit la seule établie de Dieu, comme elle gène à travailler à le réformer, en employant
est la souveraine. Il y en a de moyennes et la parole, et non le fer, le glaive spirituel, et
d'inférieures; et comme on ne doit pas sépa- non le matériel; le premier devant être tiré m.
rer ceux que Dieu a joints, il n'est pas juste par la main du prêtre, et l'autre, par la main
d'égaler ceux que Dieu a rendus inégaux. De du soldat, qui toutefois ne doit s'en servir que
même que dans le ciel les chérubins, les sé- suivant le conseil du prêtre, et d'après l'ordre
raphins, jusqu'aux anges et aux arcbanges, de l'empereur. C'est en ce sens que saint Ber-
sont disposés chacun en son ordre sous un nard dit ici, que les deux glaives, le spirituel
seul chef, qui est Dieu, ainsi sur la terre les et le matériel, appartiennent à l'Eglise; parce
primats ou patriarches, les archevêques, les qu'encore qu'elle ne puisse elle-même tirer
évêques, les prêtres ou abbés, sont sous le le glaive de sang, elle s'en sert par la main
Souverain Pontife. Il ne faut pas mépriser un du prince; et le prince ne doit l'employer,
ordre.qui a Dieu pour auteur, et qui tire son qu'après avoir consulté le prêtre, pour savoir
origine du ciel. Mais si un évêque dit : Je ne si la guerre est juste.
veux pas être soumis à un archevêque; ou 16. Saint Bernard recommande au pape
un abbé : Je ne veux pas obéir à un évêque; d'apporter beaucoup d'attention dans le choix
cela ne vient pas du ciel. Je n'ignore pas que des cardinaux; de les prendre de toutes
vous avez le pouvoir de dispenser, mais pour parts, et d'un âge mûr, puisqu'ils doivent
l'édification, et non pour la destruction. juger tout le monde; de choisir pour ses lé-
Quand la nécessité presse, la dispense est gats des personnes d'une vie exemplaire, et
excusable. Quand l'utilité le demande, elle est qui ne cherchent point dans leur légation
louable; je dis l'utilité publique, non la par- des avantages temporels, mais l'utilité des
ticulière. Il y a toutefois quelques monastères âmes; qui reviennent en cour fatiguées de
exempts, qui relèvent spécialement du Saint- leurs travaux, mais non chargées de dépouil-
Siége, suivant l'intention des fondateurs; mais les; qui puissent se glorifier, non d'avoir rap-
il y a de la différence entre ce qui est donné porté les choses les plus curieuses, mais d'a-
par dévotion, et les entreprises d'une ambi- voir donné la paix au royaume, la loi aux
tion qui ne veut point souffrir de supérieur.» barbares, la paix aux monastères, et rétabli

14. Il est aussi du devoir du pape , selon ou maintenu l'ordre et la discipline dans les
saint Bernard, de faire attention à tout l'état églises. Il rapporte des exemples édifiants
ecclésiastique, et d'y examiner si les peuples de deux légats : l’un, le cardinal Martin,
sont soumis au clergé, les clercs aux prê. légat en Transylvanie, qui revint du pays
tres, et les prêtres à Dieu : si dans les mai- de l'or sans or, et si dépourvu d'argent, qu'à
sons religieuses l'on garde l'ordre et la dis- peine put-il regagner Florence; l'autre, Geof-
cipline; si les censures de l'Eglise sont en froi, évêque de Chartres, légat en Aquitaine,
vigueur contre les méchants et les hérésies; qui fit à ses frais toutes les dépenses de sa
si les décrets apostoliques sont observés légation, sans avoir voulu recevoir aucun pré-
exactement. Le pape Eugène III en avait pu- sent, pas même deux plats de bois bien tra-
blié lui-même au concile de Reims, en 1148, vaillés, qu'une dame lui offrait par dévotion.
touchant la modestie des habits des clercs, 17. Il était d'usage dans les solennités que
et les ordres auxquels doivent être promus les officiers du pape fussent proches de lui,

II Cor. X, 8

Cap. v.

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