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pour la commodité du service; mais ils pré- nir à la connaissance de Dieu et de ses anges,
tendaient encore tenir la même place dans l'opinion, la foi, l'entendement, et commence Cap. iv.
toutes les assemblées régulières. Saint 3er par la considération des esprits célestes, dont
nard fait voir qu'il était indécent que ces of- il rapporte la hiérarchie. Sur les anges, il
ficiers eussent rang devant les prêtres, et dit que l'on croit que Dieu en a donné un

que la coutume à cet égard devait passer pour à chaque homme pour le servir ou le garder. Cap. V, une usurpation. Il conseille au pape de confier Ensuite il passe à la contemplation de Dieu,

le soin de sa maison à un homme fidèle et de son essence, et des mystères de la Trinité
prudent, afin d'avoir tout le temps de vaquer et de l'Incarnation.
lui-même aux affaires de sa conscience et à 19. La divinité par laquelle on dit que Dieu vi, vit.
celles de l'Eglise, d'autant qu'il n'est pas digne est Dieu, n'est autre chose que Dieu même. Il
d'un évêque d'entrer dans le détail d'un mé- est lui-même sa forme, son essence, un, sim-
nage. Il dit à cette occasion : « N'est-il pas ple, indivisible. Il n'est point composé de par-
étonnant que les évêques trouvent des gens à ties, comme le corps, ni sujet aux change-
qui confier le soin de leur âme, et qu'ils man- ments; toujours le même, et de la même ma-
quent de personnes capables d'administrer nière. Dieu est toutefois Trinité. Mais en ad-
leurs biens temporels ? Cela ne vient que de mettant en Dieu la trinité, nous ne détruisons
ce que nous supportons plus patiemment les pas l'unité. Nous disons le Père, nous disons le
pertes de Jésus-Christ, que les nôtres. » 1 Fils, nous disons le Saint-Esprit; néanmoins
veut toutefois que le pape, comme les évè- ce ne sont pas trois Dieux, mais un seul Dieu. .
ques, prenne par lui-même le soin de la dis- Il n'y a qu'une substance, mais trois person- viri

cipline de sa maison, et qu'il n'y laisse pas nes. Les propriétés des personnes ne sont vil. le désordre impuni. Dans une espèce de ré- antres que les personnes mêmes, et les per

capitulation des quatre premiers livres, il dit sonnes ne sont autre chose qu'un Dieu, une
au pape Eugène : « Considérez que la sainte divine substance, une divine nature, une di-
Eglise romaine, où , par la grâce de Dieu, vine et souveraine majesté. Mais comment
vous présidez, est la mère, et non la maî- se peut rencontrer la pluralité en l'unité, et
tresse des Eglises; que vous n'êtes pas le sei- l'unité avec la pluralité? L'examiner, c'est
gneur des évêques, mais l'un d'eux, le frère témérité; le croire, c'est piété; le connaître,
de ceux qui aiment Dieu, et le compagnon c'est la vraie voie et la vie éternelle. Saint ix.
de ceux qui le craignent; que vous devez Bernard distingue diverses sortes d'unité, et
être l'exemple de la piété, le soutien de la met au premier rang l’unité de Dieu en trois
vérité, le défenseur de la foi, le dispensateur personnes. Passant ensuite au mystère de
des canons, le tuteur des pupilles, le refuge l'Incarnation, il enseigne qu'en Jésus-Christ,
des opprimés. »

le Verbe, l'âme et la chair ne sont qu'une 18. Quoique les livres précédents soient in- même personne, sans confusion des essen$51. titulés : de la Considération, ils ne laissent pas ces, ou des natures; qu'ainsi ces trois choses

de contenir plusieurs choses qui ont rapport demeurent dans leur nombre, sans préjudice Cap. 1, 11, 111.

à la vie active. Le cinquième, au contraire, de l'unité de la personne.
ne traite que de la Considération ou Contem- 20. Il revient une seconde fois à la défini- xi
plation, c'est-à-dire des objets qui sont au- tion de Dieu, et dit que quant à l'universa-
dessus de nous. Saint Bernard entend par lité des choses, c'est la fin; que par rapport
là, non le soleil, ni les étoiles, qui ne nous à l'élection des élus, c'est le salut; qu'à l'é-
sont supérieurs que par leur position, et gard de lui-même, il est le seul qui le sache;
non en valeur ni en dignité, n'étant que des que c'est une volonté toute-puissante, une
êtres purement corporels, et conséquem vertu parfaite, une lumière éternelle, une
ment inférieurs à nous par rapport à notre raison immuable, la souveraine béatitude;
âme, qui est spirituelle; mais il entend Dieu qu'il est autant le supplice des superbes, que
et les anges. Dieu, en effet, nous est supé- la gloire des humbles; et que comme il re-
rieur par nature, et les anges par grâce seu- compense les bonnes cuvres par sa bonté, il
lement, puisque la raison nous est commune punit les crimes par sa justice.
avec eux. Il propose trois moyens de parve-

Analyse da cinquième lie Te, pag. 451.

11.

1 Putemus angelos dici, qui singuli singulis homi. nibus dati creduntur, missi in ministerium, secundum

XIV.

Pauli doctrinam, propter eos qui hæreditatem capiunt salutis. Lib. V de Consid., cap. lv.

30

Devoirs évêques.

des

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ce traitė, pag. 467.

& III.

et après qu'ils étaient montés aux premières

dignités de l'Eglise, soit par mérite, soit par Traité des moeurs et des devoirs des évêques.

argent, soit par le privilége de la chair et du Traité des 1. Henri, successeur de Daïmbert dans sang, ils brûlaient de deux désirs, savoir, de

l'archevêché de Sens, en 1122, se livra d'a- multiplier leurs bénéfices, et d'en acquérir de
bord aux délices de la cour, laissant son dio- plus honorables. Etait-on prévôt, doyen, ar-
cèse sans pasteur. Mais revenu de ses éga- chidiacre, l'on n'était pas content de ne pos-
rements par le ministère de Geoffroi, évêque séder qu'une de ces dignités; on se donnait
de Chartres, et de Burchard, évêque de des mouvements pour en avoir plusieurs, soit
Meaux, il pria saint Bernard de lui envoyer dans la même église, soit dans des églises
quelqu'un de ses ouvrages, qui pût l'affermir différentes. S'il fallait s'en dépouiller pour
dans le nouveau genre de vie qu'il avait em- devenir évêque, on le faisait volontiers. L'é-
brassé. Le saint abbé, qui en avait été informé vêque songeait à devenir archevêque. L'am-
par les deux évêques dont nous venons de bition n'avait point de bornes. Saint Bernard
parler, lui adressa aussitôt l'opuscule intitulé gémissait sur ces abus dont il était témoin, et
du Devoir des évêques. C'est la lettre quarante- rappelant ce qui se passait dans les premiers
deuxième dans plusieurs éditions de saint siècles, où l'on ne trouvait qu'avec peine des
Bernard. Elle fut écrite vers l'an 1126, au- personnes qui voulussent se charger de l'é-
quel Burchard était évêque de Meaux, ou du piscopat, tant ce poste leur paraissait au-
moins vers l'an 1130, qui fut celui de la mort dessus de leurs forces, il blâme l'empresse-
d'Honorius II, puisque dans la quarante-neu- ment que les clercs de son temps témoignaient
vième lettre, écrile à ce pape en faveur de pour un ministère que la plupart n'étaient
l'archevêque de Sens, saint Bernard marque pas en état de remplir, et qu'ils ne cher-

clairement la conversion de Burchard. chaient ou que par avarice ou par ambition. Analyse de 2. Le premier conseil que l'abbé de Clair- 4. Il établit cette maxime : « Pour savoir Cap. Tils, 11.

vaux donne à ce prélat, c'est de confier hardi- commander, il faut savoir obéir; » et se plaint

ment sa personne et son diocèse aux évêques de ce que les abbés de son ordre, quiexigeaient Cap. 1. de Meaux et de Chartres, l'assurant que, sous l'obéissance de leurs moines avec tant de ri

leur direction, sa réputation et sa conscience gueur, ruinaient leurs maisons pour se ren11. seront en sûreté. Ensuite il lui fait remar- dre indépendants des évêques; ne faisant pas

quer que la gloire et la dignité épiscopales attention qu'ils étaient moines par état, et
ne consistent ni dans la pompe des habits, ni abbés par nécessité. Ils disaient qu'ils ne
dans la magnificence des équipages, ni dans cherchaient à se soustraire à la juridiction
la somptuosité des palais; mais dans l'inno- des évêques, que pour procurer la liberté à
cence des meurs, dans l'application aux de leurs monastères. Saint Bernard leur répond:

voirs de l'épiscopat, dans l'exercice des « Qu'y a-t-il donc de dur et de fâcheux dans 111. bonnes cuvres. Il lui recommande en parti- l'autorité des évêques? Craignez-vous leur

culier les vertus de chasteté, de charité et violence? Mais si vous souffrez pour la justice,
d'humilité ; mais il veut que sa charité naisse vous serez heureux. » Il ajoute : « Quelques-

d'un cœur pur, d'une bonne conscience, uns de ces abbés ne découvrent que trop 1v, v, vi. d'une foi sincère. La pureté de coeur doit leur orgueil, en n'épargnant ni peines, ni dé

avoir deux objets, la gloire de Dieu, et l'uti- penses pour obtenir du Saint-Siége le privi-
lité du prochain; la bonne conscience con- lége de porter les ornements pontificaux;
siste à se repentir du mal, et à n'en plus d'avoir la mitre, l'anneau, la chaussure d'un
commettre; la foi sincère est celle qui se sou- évêque. Si ce sont des marques de la dignité
tient et qui agit par la charité.

épiscopale, il n'est rien de plus éloigné de VII. 3. La plupart, n'envisageant dans l'épisco- l’étal monastique; si ce sont des symboles de

pat que l'éclat, et non la peine qui y est at- leurs fonctions, il est évident qu'ils ne son!
tachée, rougissaient d'être au bas rang du propres qu'aux évêques. Votre législateur
clergé, et couraient avec vivacité aux hon- distingue douze degrés d'humilité; il donne
neurs. On élevait même aux premières di- à chacun sa définition. Dans quel degré, je
gnités de jeunes enfants, qui n'avaient d'au- vous prie, est-il marqué qu'il soit permis à
tre mérite que leur naissance; des gens de un moine d'aimer le faste, et d'ambitionner
tout âge, de toute condition, savants et igno- les honneurs? Le travail des mains, la re-
rants, briguaient les emplois ecclésiastiques; traite, la pauvreté volontaire, sont ses orne-

Livre de la Referme des eleres.

ments, et les marques d'honneur de la vie pour le détourner du péché; qu'ainsi il ne
monastique. »

doit pas étouffer le ver rongeur qui le pique Сар 1. 5. La suite de la lettre, ou du traité de saint en cette vie. Il conseille à celui qui pense sé- Cap. vi.

Bernard, fait voir qu'alors les évêques avaient rieusement à se convertir, de commencer ce
seuls le droit de se faire dresser un trône salutaire ouvrage en s'abstenant de nou-
dans leur église, de donner la bénédiction veaux péchés, avant de déraciner ses ancien-
au peuple, et de conférer les ordres. On per- nes et mauvaises habitudes; pour lui en faci-
mit dans la suite à quelques abbés de donner liter le moyen, il lui représente la vanité et
les quatre moindres, même le sous-diaconat, l'inconstance des biens et des plaisirs du
et la bénédiction au peuple.

monde, la fausse sécurité du pécheur qui se viii.

persuade follement qu'il n'est vu de per& IV.

sonne, quand il péche entre quatre murailles, Livre de la Réforme des clercs.

tandis qu'il est aperçu non-seulement de ix.

Dieu, mais de son bon et de son mauvais la 1. Saint Bernard se trouvant, en 1122, ange.

dans les environs de Paris, l'évêque Etienne 4. Ce n'est pas assez pour une vraie con- s.
le pria d'y venir, et de prêcher. L'abbé, qui version de s'éloigner du mal; il faut faire le
ne paraissait en public que le moins qu'il bien, et en rapporter la gloire à Dieu. Le
pouvait, s'excusa de faire ce que le prélat temps de la pénitence est celui de pleurer les
souhaitait; mais le lendemain, se sentant plus péchés; mais le pénitent ne doit pas se lais-
de confiance pour toucher les cours, il fit ser absorber par la tristesse; il faut qu'il 111, XIII, XIV.
dire à l'évêque qu'il prêcherait. Il s'assembla adoucisse l'âcreté de ses larmes par l'espé-
donc un clergé très-nombrenx, ce qui arri- rance de la consolation et des douceurs, que
vait toutes les fois qu'il devait parler en pu- ceux qui sont véritablement convertis, goû.
blic. Le discours qu'il fit en cette occasion tent dans les délices de la vie spirituelle.
est intitulé : de la Conversion ou de la Réforme 5. Au sujet des clercs avides des fonctions si.
des clercs. En quelques manuscrits, il est ecclésiastiques, saint Bernard dit qu'ils s'in-
adressé aux écoliers, ce que l'on peut auto- géreraient avec plus de réserve dans les
riser par ce que dit un des ses historiens : charges et les emplois des plus petits rois de
Qu'invité par les clercs d'entrer dans leur la terre; qu'ils doivent savoir que Dieu n'ap-
école, il y parla de la vraie philosophie, en pelle au ministère sacré que ceux qui ont le
les exhortant au détachement des créatures, caur pur, qui cherchent, non leurs propres
et au mépris du monde. D'autres manuscrits intérêts, mais ceux de Jésus-Christ; et à être
lui donnent le titre de Discours aux clercs. Il utiles plutôt aux autres qu'à eux-mêmes. Le si.
est très-vif et très-pressant.

saint abbé s'élève contre les clercs inconti-
2. L'auteur y attaque surtout ceux qui té- nents, et dit qu'il leur serait plus avantageux
moignaient trop d'avidité pour les dignités de travailler à leur salut dans l'humble degré
de l'Eglise, et qui s'engageaient dans les or- du peuple, que de se perdre dans les dignités
dres sacrés sans réflexion et sans examen; du clergé, en ne gardant pas la continence

mais il traite aussi de la conversion des qui y est attachée. Mais quoiqu'il se plaigne Cap... meurs et de la pénitence. Il fait voir que amèrement du grand nombre des ministres

personne ne se peut convertir à Dieu qu'avec indignes, il reconnaît qu'il y en avait encore
le secours de la grâce prévenante, et que dans l'Eglise plusieurs qui s'y conduisaient

lorsqu'il a fait retentir sa voix dans le cour d'une manière conforme à leur état, et donne xxii. 11, 111. du pécheur, c'est à nous à obéir à cette voix, pour marque distinctive des bons pasteurs

et à ouvrir les yeux à la lumière qu'il répand d’avec les mercenaires, la fuite, ou le sou-
sur nos ténèbres, pour nous faire apercevoir tien de la persécution pour la justice.
toutes nos iniquités; que ce n'est qu'en cette
vie qu'on peut les effacer par la pénitence,

§ V.
le regret que l'on en aura en l'autre devant

Livre du Précepte et de la Dispense.
être inutile, parce que, dans les damnés, le
péché sera aussi irrémissible que le supplice 1. Dans le temps qu'Udon était abbé de
sera durable.

Saint-Père-en-Vallée, près de Chartres, il le préciple of do
3. Saint Bernard trouve que les remords fut depuis l'an 1128 jusque vers l'an 1150,
de conscience sont avantageux au pécheur quelques-uns de ses moines consultèrent à

Asalyse de te discoars, pag. 481.

IV.

Livre du Précepte et de la Dispense.

e répondit pas une seconde,

de

va

ce livre, pag. 50 5.

son insu saint Bernard touchant l'obligation le silence, le travail des mains. Les préceptes
de la règle de Saint - Benoit qu'ils profes- touchant les vertus, venant de Dieu même,
saient. Il ne répondit pas d'abord à leur let- ne souffrent point de dispense; mais on peut, Cap. I.
tre; mais en ayant reçu une seconde, écrite dans le besoin, en accorder pour les obser-
comme la première sans la permission devances monastiques, parce qu'ils ne sont, ni
leur abbé, il adressa sa réponse, non à ces par elles-mêmes, ni naturellement bonnes,
moines, mais à Roger, abbé de la Coulombs, et qu'elles n'ont été instituées que pour pro-
du même ordre et du même diocèse, afin curer ou conserver la charité. Tout le temps
qu'il la remit à l'abbé de Saint-Père, et en- donc qu'elles font pour la charité, le supé-
suite à ses moines, sous son agrément. Roger rieur même ne peut dispenser de ces obser-
fut abbé de la Coulombs depuis l'an 1131 jus- vances; mais si elles viennent à être contrai-
qu'en 1158. Saint Bernard avait eu dessein res à la charité, alors il pourra en dispenser.
de répondre séparément aux deux lettres; Saint Bernard cite sur cela les témoignages
mais s'apercevant que la matière qu'on l'a- des papes Gélase et saint Léon [le grand), qui

vait prié de traiter grossissait sous sa plume, décident que l'on doit inviolablement obserCap. xx. au lieu d'une lettre il fit un livre, laissant ver les décrets des pères, à moins que l'utilité

toutefois à ces moines la liberté de le quali- de l'Eglise n'oblige à en dispenser.
fier lettre ou livre. Il l'intitula : du Précepte 4. Ill remarque que saint Benoit, en lais- in.
et de la Dispense, parce qu'entre plusieurs sant à l'abbé la faculté] de dispenser, au be-
questions qui y sont traitées, il y examine soin, des observances régulières, ne remet
quels sont les préceptes dont on peut dis pas cette dispense à sa volonté seule, puisqu'il
penser, à qui ce droit appartient, et comment est lui-même tenu à l'observance de la rè-
se doit accorder la dispense.

gle; mais qu'il la remet à sa prudence pour Analyse de 2. Il paraît par la lettre à l'abbé de la Cou- en dispenser, suivant la loi de la charité, en

lombs', que l'on a mise à la tête de ce traité, l'avertissant qu'il rendra compte à Dieu de
que ce fut lui qni exhorta saint Bernard à lui tous ses jugements.
donner tant d'étendue; qu'il le lui adressa 5. Saint Bernard remarque encore que la ir et r.
pour le remettre à l'abbé Udon, et ensuite formule de profession étant conçue en ces
aux moines de son monastère, sachant que termes : « Je promets l'obéissance selon la
les moines ne peuvent, suivant la règle de règle de Saint-Benoît, » et non suivant la vo-
Saint-Benoît, ni écrire, ni recevoir de lettres lonté de l'abbé, celui-ci ne peut commander
qu'avec la permission de leur abbé; et que à ses religieux que ce qui est porté par cette
ce qui engagea le saint abbé de Clairvaux à régle, et rien qui y soit contraire, ni au-delà
ne pas répondre à leur première, fut qu'ils de la règle; mais il dit que cette sorte d'o- vi.

l'avaient écrite sans en avoir obtenu l'agré- béissance, restreinte au devoir, est imparPræfat. ment de leur supérieur. Il surmonta cet obs- faite; que celle qui est parfaite ne connait

tacle en considérant la confiance qu'ils avaient ni loi, ni bornes, et qu'il est d'un vrai reli-
en lui, et qui était fondée sur l'expérience gieux d'aller même au-delà de ce qu'il a
qu'ils avaient de son savoir, soit pour l'avoir promis, et de se porter à une obéissance
ouï parler, soit pour avoir lu ses écrits. aussi étendue que la charité, à l'exemple de

3. La première question consiste à savoir Jésus-Christ, qui a été obéissant jusqu'à la Cap. 1.

si tout ce qui est contenu dans la règle de mort.
Saint-Benoît est de précepte, lou s'il y a 6. La seconde question des moines de ti.
quelques articles qui ne soient que de con- Saint-Père roulait sur les degrés d'obéis-
seil. Saint Bernard répond que cette règle sance. Saint Bernard répond : il est de l'or-
est de précepte pour tous ceux qui ont libre- dre d'obéir plutôt à Dieu qu'aux hommes;
ment fait võu de l'observer: d'où il suit que aux maîtres, qu'aux disciples; et entre les
tout ce qu'elle contient est d'obligation pour maitres, plutôt à ceux de la maison qu'aux
eux. Mais il distingue entre ce qui est dit étrangers; pour juger du degré d'obli-
dans la règle des vertus spirituelles, comme gation dans l'obéissance, il faut faire atten-
la charité, la douceur, l'humilité, et ce qui tion à la qualité de celui qui commande, et
est prescrit touchant les observances exté- à l'importance de son commandement;
rieures, telles que la psalmodie, l'abstinence, l'obéissance que l'on rend par amour, est

préférable à celle que l'on ne rend que par
1 Epist. ad Abbat. Columb.

crainte, l'une étant de nécessité, l'autre de

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charité; et pour obéir parfaitement, il faut suite nous recourions aux remèdes, nous ne

faire ce qui est commandé dans l'intention sommes pas censés avoir violé notre proCap. vill, même de celui qui l'a ordonné. Il décide que messe. Celui-là seul doit passer pour avoir

celui qui péche par mépris pour sa règle, enfreint son veu, qui a méprisé les préceptes
est plus coupable que celui qui y contrevient et les remèdes.)
par négligence; la raison qu'il en donne est 9. Ces moines avaient demandé à saint Cap. xvs.
que la désobéissance du premier vient de son Bernard jusqu'où s'étendait la stabilité que
orgueil, et que la désobéissance du second l'on promettait dans la profession, et s'il y
n'est que l'effet d'une langueur de paresse. avait des cas où il fut permis de passer d'un
Il infère de la que le mépris rend mortel le monastère à l'autre. Il répond que cela est
péché, qui ne serait que véniel par la légè- permis lorsque l'on se trouve dans une mai-
reté de la matière, ou par la négligence. son où l'essentiel de la règle ne s'observe

7. On doit obéir au supérieur comme à pas, mais non dans les monastères bien ré-
Dieu même, dont il est le vicaire, si ce n'est glés, fût-ce même dans le dessein de mener
qu'il commande quelque chose contre la loi une vie encore plus parfaite; que dans le cas
de Dieu. Il n'importe, en effet, que Dieu nous de changement, il faut le consentement de
commande ou par lui-même, ou par ses dis- l'abbé de la maison d'où l'on sort; qu'il n'est

ciples; par des anges, ou par des hommes. permis de sortir d'un monastère où l'on prati2, 11. C'est le fait des imparfaits de discuter ce qui que la règle à la lettre, ni même de celui où on

leur est commandé, avant d'obéir, et de ne ne la pratique pas tout entière, parce qu'on
se soumettre, qu'après s'être fait rendre ne s'y est pas engagé, pourvu que d'ailleurs
compte du précepte. Tout péché contre la on y vive dans une bonne discipline. Il donne
loi de Dieu n'étant pas mortel, ceux que l'on pour exemple des monastères d'où l'on ne
commet contre la règle ne peuvent consé- doit pas sortir, ceux de Câteaux et de Cluny.

quemment être regardés tous comme mor- A l'égard de celui qui serait sorti de son moII. tels. El quoique toute désobéissance soit nastère pour entrer dans un autre mieux

inexcusable, aucune n'est mortelle, que celle réglé, et qui ensuite en aurait du scrupule,
dont on ne fait pas pénitence, ou qui a pour craignant d'avoir scandalisé ses frères par sa
principe l'enflure de l'orgueil.

sortie, il n'est pas d'avis qu'on lui permette III. 8. Les moines de Saint-Père avaient dit de retourner à son premier monastère, de

dans leur lettre, que l'on peut à peine obser- peur qu'il ne cause un nouveau scandale.
ver les commandements de Dieu; mais que 10. Une autre question des moines de xvii.
l'on ne pouvait absolument accomplir ceux Saint-Père était pourquoi saint Grégoire
de l'abbé. Saint Bernard leur fait voir qu'ils avait reçu à la communion un nommé Ve-
ne s'étaient exprimés ainsi, que parce qu'ils nantius!, qui avait quitté scandaleusement
n'avaient pas encore goûté combien le joug l’habit de moine, sans l'avoir auparavant

du Seigneur est doux, ni fait attention au obligé à le reprendre; et ce qu'on doit penser Matth anni, précepte que Jésus-Christ nous fait d'obéir à de saini Augustin, lorsqu'il enseigne que le

ce qui nous est commandé, même par des mariage contracté par une personne qui a
pasteurs de mauvaises meurs. Ensuite il les fait vou de continence, est indissoluble 2.
tire de l'erreur où ils étaient, qu'en faisant Saint Bernard se contente de répondre, et que
profession de la règle de Saint-Benoît, on tel a été le sentiment de ces deux pères, que
s'engageait par veu à ne point contrevenir c'était à eux à le défendre. Mais nous avons
à ce qui y est prescrit. « Il faut, leur dit-il, di- remarqué ailleurs 3 que l'Eglise n'avait pas
viser l'observance régulière en deux, en pré. encore alors fait du væu de continence un
ceptes, et en remèdes. Les préceptes nous empêchement dirimant du mariage; et que
enseignent à vivre de façon que nous ne pé- saint Grégoire fit non-seulement tout son
chions pas : les remèdes nous rendent l'in- possible pour obliger Venantius à reprendre
nocence perdue par le péché. Notre profes- son premier état, mais que le sachant à l'ex-
sion renferme tellement ces deux choses, que trémité, il écrivit à l'évêque de Syracuse de l'y
s'il arrive que nous devenions prévaricateurs presser de nouveau, avec menace d'être con-
en violant les préceptes de la règle, et qu'en- damné éternellement au jugement de Dieu.

1 Gregor., lib. IX, Epist. 33.
2 Aug., lib. de Bono viduit., ibid., cap. IX.

3 Tom. I, pag. 483, el tom. XIX, pag. 271.

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