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saiat ber

Cap. xvii. 11. Il est dit que ce même pape renferma

& VI.
plusieurs évêques dans des monastères pour
y faire pénitence. Les moines de Saint-

Apologie de saint Bernard.
Père en prirent occasion pour demander à 1. Rien ne souleva plus les esprits contre Apologie de
saint Bernard s'ils avaient en cette occasion lui, que son livre contre les moines de Cluny. Bard, 11%
quitté leur habit pour prendre le monastique. Ils étaient alors en si bonne odeur dans le
Ils lui demandèrent aussi pourquoi l'on don- monde, et en si grand nombre, que l'on ne
nait à la profession religieuse le nom de se- pouvait les attaquer sans s'attirer un nombre
cond baptême; si, dans le cas de mort, ou de infini d'adversaires ?. Cet ouvrage trouve en-
déposition d'un abbé, les moines avaient core aujourd'hui des censeurs, qui le regar-
plus de liberté pour passer de leur monastère dent comme la production d'un zèle outré,
à un autre; et si un religieux qui avait quel ne faisant pas attention que saint Bernard a
que doute sur la canonicité de l'élection de été envoyé de Dieu pour réparer les brèches
son abbé, devait lui obéir. Saint Bernard faites à la discipline de l'Eglse, et particuliè-
répond à la première de ces questions, que rement de l'ordre monastique. Cet écrit porte
ces évêques n'ayant été enfermés dans des tantôt le nom de Lettre, tantôt celui d'Opuscule,
monastères que pour un temps, il n'est pas quelquefois d'Apologétique et dApologie. C'est
vraisemblable qu'ils en aient pris l'habit; à sous ce nom qu'il le cite lui-même, et qu'on
la seconde, que la profession religieuse est l'a imprimé. Il est un des premiers opuscules Epist. 18.
appelée un second baptême, à cause du re- de saint Bernard, qui le compte pour le troi-
noncement parfait au monde, et de la ma- sième dans sa lettre à Pierre, cardinal, écrite
nière excellente dont on pratique la vie spi- vers l'an 1127. On peut donc le mettre en

rituelle dans les monastères ; à la troisième, 1123, dans les commencements de Pierre le xvill. que le veu d'obéissance que l'on fait à la Vénérable, qui succéda dans le régime de

profession religieuse, ne se terminant pas à l'abbaye de Cluny, à Hugues II, en 1122, six
la mort ou à la déposition de l'abbé en pré- mois après que Ponce eut abdiqué 2. Cet
sence de qui on l'a prononcé, doit durer abbé avait non-seulement dissipé les biens
autant que la vie du religieux, et qu'ainsi il de Cluny, mais il en avait encore négligé
n'est en aucun temps le maître de changer de l'observance; ce qui avait donné lieu à de
monastère ; à la quatrième, que lorsque l'é- grands relâchements qui excitèrent le zèle
lection d'un abbé n'est pas évidemment dé- de saint Bernard.
fectueuse, le religieux doit lui obéir, eût-il 2. Pierre de Cluny ne fut pas peu sensible . Quelle a
contre son abbé une aversion secrète, et des lui-même aux abus qui s'étaient glissés dans
doutes sur son élection.

son ordre; et pour y remédier, il assembla 11x. 12. Sur une autre question que ces moines chez lui un chapitre général, où il fit divers

lui avaient proposée dans une seconde lettre, statuts propres à rétablir la discipline mo-
savoir, si celui qui est tellement disposé en nastique. Orderic Vital, qui assista à ce cha-
vers un autre qui l'a offensé, qu'il ne vou- pitre, en parle sur l'an 1132; et ce qui s'y
drait pas lui faire du mal, mais qu'il ne serait passa prouve bien que saint Bernard n'avait
pas fâché qu'il lui en arrivât, peut s'appro- pas déclamé en vain contre les clunistes,
cher de l'autel. Il répond qu'il ne le doit pas, Mais ce qui donna lieu à l'Apologie dont nous

jusqu'à ce qu'il n'ait plus aucun ressenti- parlons, fut que les cisterciens, sous le préxx. ment. Enfin, à leurs prières, il fait voir qu'il texte de la vie régulière qu'ils menaient,

n'y a point de contrariété entre ces deux censuraient vivement les usages des clunisPhilip. 111, passages de saint Paul : Nous vivons déjà dans tes. Ceux-ci rejetérent sur saint Bernard la

le ciel, et : Pendant que nous habitons dans ce cause de leur différend avec les cisterciens, ou
corps, nous sommes éloignés du Seigneur ; parce du moins l'accusèrent de l'entretenir et de le
qu'on peut les entendre en cette manière : fomenter. Ses amis l'engagèrent à se justifier
Quoique nous soyons sur la terre, nous som- de ce reproche, nommément Guillaume, abbé
mes déjà dans le ciel, par l'espérance d'y de Saint-Thierry 3, qui le pria, par lettres,
amiver un jour comme dans notre patrie. de rétablir l'union entre ces deux ordres,

mais en marquant ce qu'il jugerait digne de

Quelle a fat l'occasice

21, et II Cor. V, 6.

8 Præfat. ad Opuscul v.

1 Mabillon., præfat. in Opuscul. v.
2 Mabillion., lib. LXXIV Annal., num. 4, tom. VI.

la

A galyse de

première

correction dans les pratiques de Cluny. Saint rera, je le dis avec confiance, le fruit des
Bernard divisa son Apologie en deux parties. observances que je ne pratique pas. »
Dans la première, il reprend fortement les 5. S'adressant ensuite aux moines de son Cap. v.
cisterciens de ce qu'à cause de l'austérité de ordre, il leur demande qui les avait établis
leur vie, ils méprisaient les clunistes dont les juges des autres, et pourquoi, tandis qu'ils
moeurs étaient moins austères; dans la se- se glorifiaient de l'observation de la règle, ils
conde, il rapporte les abus qui déshonoraient y contrevenaient en médisant d'autrui. Il
l'ancienne observance des clunistes.

convient avec eux que les clunistes ne vi- vi. 3. Il proteste à Guillaume de Saint-Thierry, vaient pas conformément à la règle dans les partie, p.533. à qui l'ouvrage est adressé, qne lui et les habits, dans la nourriture, dans le travail ;

siens sont très-éloignés de blâmer un ordre qu'ils se revêtaient de fourrures; qu'ils manCap. t. religieux, tel que celui de Cluny, où il y geaient de la viande ou de la graisse en

avait de saints personnages, et assez éclairés santé; qu'ils négligeaient le travail des mains
pour qu'on les regardât comme les flam- et plusieurs autres exercices; mais il soutient
beaux de l'univers, « S'il nous arrivait, dit que le royaume de Dieu étant au - dedans de Loc, xvii, 21.
il, de nous élever par un orgueil pharisaïque nous, selon que le dit l'Ecriture, à laquelle la
au-dessus de ceux qui sont meilleurs que règle de saint Benoît n'est pas contraire, l’es-
nous, à quoi nous serviraient notre absti- sentiel de cette règle ne consiste ni dans les
nence, nos jeûnes, nos veilles, le travail des vêtements, ni dans les aliments extérieurs du
mains, et les autres austérités de notre vie? corps, mais dans les vertus de l'homme inté-

N'y avait-il pas un autre genre de vie plus rieur; qu'en vain l'on mène une vie dure et
11. traitable pour nous conduire aux enfers ? Qui pénible, si le coeur est plein d'orgueil, et l'âme

m'a jamais ouï parler mal de cet ordre, en dépouillée d'humilité. Ce n'est pas que saint Cap. sil.
secret ou en public? Est-il aucun de ceux qui Bernard regarde les observances de la vie
en sont membres, que je n'aie reçu avec joie, monastique comme inutiles, ou de peu de
avec honneur, avec révérence? » Il fait l'é- conséquence : au contraire, il en prescrit la
loge de cet ordre, de la vie pure que l'on y pratique; mais il veut qu'en les observant,
mène, de la charité que l'on y exerce envers on s'applique aussi à orner son âme des ver-
les étrangers, comme il l'avait éprouvé lui- tus chrétiennes et religieuses. Les reproches
même, et donne pour preuve de l'estime de médisance que saint Bernard fait dans
qu'il en faisait, le refus qu'il avait fait à plu- cette première partie à ceux de son ordre,
sieurs clunistes de les recevoir à Clairvaux; ne peuvent tomber sur les moines qu'il avait
ajoutant que de ce nombre étaient deux à Clairvaux sous sa discipline, puisqu'il dit
abbés, à qui il persuada de garder le régime au commencement qu'ils étaient très-éloi-
de leurs monastères.

gnés, lui et les siens, de blâmer aucun ordre
4. Il montre que la variété des ordres re- religieux.
ligieux ne doit en aucune façon rompre le 6. Dans la seconde partie, il parle des pra- Analyse de
lien de l'unité et de la charité. La raison qu'il tiques de Cluny, que les cisterciens des au- partio, p.640.
en donne, c'est que l'on ne trouverait jamais tres monastères censuraient indiscrètement,
un cepos assuré, si chacun de ceux qui choi, puisqu'ils n'étaient pas en droit de juger les
sissent un ordre particulier, méprisait ceux serviteurs d'autrui, saint Paul le défendant 1 Cor.10, K.
qui vivent autrement, ou croyait en être mé- expressément. Saint Bernard avoue sans
prisé; puisqu'il n'est pas possible qu'un même peine que les instituteurs de l'ordre de Cluny
homme embrasse tous les ordres, ni qu'un en ont tellement réglé la discipline, que
seul ordre renferme tous les hommes. Il plusieurs puissent y trouver le salut; et il Cap. vill.
compare les divers ordres dont l'Eglise est se garde bien de mettre sur leur compte
composée à la tunique de Joseph, qui, quoi- toutes les vanités et toutes les superfluités
que de différentes couleurs, était une, en si- que quelques particuliers avaient introdui-

gne de la charité qui doit régner dans tous les tes, « J'admire, dit-il, d'où a pu venir entre iv. ordres. « Je les loue tous, ajoute-t-il, et je des moines une si grande intempérance dans

les aime, pourvu qu'ils vivent avec piété et les repas, tant d'excès dans les habits, les
justice dans l'Eglise, et en quelqu'endroit de lits, les montures, les bâtiments, et com-
la terre qu'ils se trouvent; et si je n'en em- ment plus on s'y laisse aller, plus on dit qu'il y a
brasse qu'un seul par la pratique, je les em- de religion, et que l'ordre est mieux observé.
brasse tous par la charité, qui me procu- Venant au détail, il blâme la profusion des

la deuxième

Rom. XIV, 4.

repas que l'on faisait aux étrangers; et com- distractions, et les appliquer peut-être plus parant la façon de les recevoir, avec ce qui que les livres qu'ils avaient en main. « Si ces

se passait à cet égard du temps de saint An- impertinences, ajoute-t-il, ne font pas de Cap. 1x. toine, il dit : « Lorsqu'il arrivait à ces saints honte, que l'on craigne au moins la dé

moines de se rendre des visites de charité, pense.» ils étaient si avides de recevoir les uns des 8. Saint Bernard aurait pu relever divers Cap. suis. autres le pain de l'âme, qu'ils oubliaient le autres abus dans l'ordre de Cluny; mais l'impain nécessaire à la vie du corps, et passaient patience où était le frère Oger de porter cette souvent le jour entier şans manger, unique- apologie à Guillaume de Saint-Thierry, l'oment occupés des choses spirituelles ; mais bligea à finir en cet endroit, surtout après maintenant il ne se trouve personne qui de- qu'il eut fait réflexion que quelques remonmande le pain céleste, personne qui le donne, trances, faites avec douceur et dans la paix, On ne s'entretient ni des divines Ecritures, ni sont plus utiles qu’un plus grand nombre de ce qui regarde le salut de l'âme ; ce ne faites avec hauteur et avec scandale. « Et sont pendant le repas que des discours fri- plût à Dieu, disait-il, que le peu que j'ai écrit

voles dont on repaît l'oreille, à mesure que la ne scandalise personne ! Car en reprenant . bouche se remplit d'aliments, » Il passe des les vices, je sais que j'offenserai les vicieux ;

superfluités de la table au luxe des habits. peut-être aussi que par la volonté de Dieu,
La règle de saint Benoît ordonne qu'ils seront ceux que je crains d'avoir irrités me sauront
d'étoffes à meilleur marché; mais on ne s'en bon gré, s'ils changent de conduite, » Il finit
tenait pas là, les moines se faisaient tailler en disant à l'abbé de Saint-Thierry' qu'il re-
un froc de la même pièce d'étoffe qu’un che gardait comme étant de l'ordre, c'est-à-dire
valier prenait un manteau; en sorte que les de l'observance de Cluny, parce qu'alors
plus qualifiés du siècle, fussent-ils rois, ou presque tous les moines noirs en suivaient
empereurs, n'auraient pas dédaigné de se les rits : « Je loue et je publie ce qu'il y a de
servir des habits des moines, s'ils eussent été louable dans votre ordre ; s'il y a quelque
d'une autre forme proportionnée à leur état. chose de repréhensible, je vous conseille de

7. C'était aux abbés à réprimer les désor- le corriger; c'est aussi l'avis que j'ai cou-
dres, mais ils en étaient eux-mêmes coupa- tume de donner à mes autres amis. Je vous
bles, or celui-là ne reprend pas avec liberté, prie d'en agir de même à mon égard.» Pierre,
qui est lui-même repréhensible. Saint Ber- abbé de Cluny, répondit à tous les reproches
nard leur reproche la magnificence de leurs de saint Bernard, par une grande lettre qu'il
équipages, souvent si nombreux en hommes lui écrivit. Il en sera parlé dans la suite.
et en chevaux, que la suite d'un abbé aurait
pu suffire à deux évêques. C'est de Suger,

§ VII.
abbé de Saint-Denis, qu'il parle lorsqu'il dit :

Livre à la louange des Chevaliers du Temple. « J'en ai vu un qui avait plus de soixante chevaux. » Il ne souffre même qu'avec peine 1. Quoique cet écrit soit dans quelques la somptuosité dans les églises des monas- manuscrits adressé en général aux chevaliers de tères, soit par rapport à leur étendue, soit du Temple, c'est néanmoins à Hugues seul, par rapport aux ornements dont on les dé- leur premier maitre, que saint Bernard parle core, et les peintures que l'on y applique sur dans le prologue; mais il paraît indifférent les murailles, disant qu'en excitant la curio- que ce livre soit dédié ou à tous les chevasité des fidèles, elles les empêchent d'être liers, ou à leur maître. On les appelait cheattentifs à leurs prières, et nous rappellent valiers du Temple, parce qu'ils logèrent en quelque sorte les rits anciens des Juifs ; d'abord auprès du temple de Jérusalem, du mais il s'élève avec force contre les peintures côté du midi. Guillaume ? de Tyr dit qu'ils grotesques que l'on mettait dans les cloitres élaient de condition noble, pieux et craignant des monastères, aux lieux mêmes où les Dieu ; et qu'à la manière des chanoines rémoines faisaient ordinairement leurs lectu- guliers, ils s'étaient consacrés au service de res, des combats, des chasses, des singes, Jésus-Christ entre les mains du patriarche, des lions, des centaures, et autres monstres, par les trois voeux de chasteté, d'obéissance dont la vue ne pouvait que leur causer des et de pauvreté; que les premiers et les prin

XII.

Eloge des chevaliers de Tempie. Qu ils étaiea:.

* Mabillon., præfat. in 5 opuscul.

2 Guillelm. Tyr., lib. XII, cap. vii, ad an. 1118.

ce livre, pag.

Cap. I.

vers l'an 1132.

cipaux d'entre eux étaient Hugues des Payens 4. L'éloge que saint Bernard fait de ce Analyse de
et Geoffroi de Saint-Aldemar; que n'ayant nouvel ordre, ou, comme il dit, de ce nou- 650."
pas encore d'église à eux, ni de demeure, le veau genre de milice inconnu aux siècles
roi Baudoin les logea pour un temps dans le précédents, est fondé sur le double combat
palais voisin du temple ; que la première de qu'on y livre aux ennemis corporels, et aux
leurs obligations était de veiller à la sûreté spirituels, et sur les motifs qui animent les
des chemins, afin que les pèlerins fussent à chevaliers du Temple dans la guerre contre

couvert des incursions des brigands. les ennemis de la religion. Ils n'agissent par Il fat écrit 2. Il n'est pas aisé de fixer l'époque de ce aucun mouvement de colère, d'ambition, de

livre. Il paraît seulement que saint Bernard vaine gloire, ou d'avarice. Bien différents de
le composa dans un temps où l'ordre des ceux qui sont engagés dans la milice sécu-
templiers était déjà ' nombreux. Ce ne fut lière, où souvent celui qui tue pèche mortel-
donc pas avant le concile de Troyes en 1127, lement, et celui qui est tué périt éternelle-
où ces chevaliers n'étaient encore que neuf ment, ils font la guerre de Jésus-Christ leur
en tout; mais on ne peut anesi le mettre plus Seigneur, sans craindre de pécher en tuant
tard qu'en 1136, temps où Robert succéda leurs ennemis, ou de périr, s'ils sont tués
à Hugues, premier maître de cet ordre. Dom eux-mêmes; puisque, soit qu'ils donnent le
Mabillon le met vers 1132.

coup de la mort aux autres, soit qu'ils le reRègle des 3. On a inséré la Règle des Templiers dans çoivent, ils ne sont coupables d'aucun crime,

Templiers.

la Chronique de Citeaux, parce qu'on l'a re- au contraire il leur en revient beaucoup de
gardée comme l'ouvrage de saint Bernard 2; gloire. S'ils tuent, c'est le profit de Jésus-
mais on n'en a jugé ainsi que par le prolo- Christ ; s'ils sont tués, c'est le leur. Le chré-
gue, où il est dit en effet que le concile de tien est glorifié dans la mort d'un païen,
Troyes, en 1127, chargea saint Bernard de parce que Jésus-Christ y est glorifié lui-
composer cette Règle. La suite fait voir qu'il mème. « Il ne faudrait pas néanmoins, dit
se déchargea de cette commission sur un saint Bernard, tuer même les païens, si l'on
nommé Jean de Saint-Michel (qui assista au pouvait les empêcher par quelque autre voie
mois de janvier 1128 à un concile tenu à d'insulter les fidèles ou de les opprimer. Mais
Troyes, dans lequel il remplit les fonctions dans le cas présent, il est plus expédient de les
de secrétaire, seule circonstance de sa vie mettre à mort, afin que la verge des pécheurs
que l'histoire nous ait transmise 3.] Albéric ne frappe pas les justes. » Mais il pense que
de Trois-Fontaines, de l'ordre de Cîteaux, ne dans les combats ordinaires, le guerrier met
l'attribue pas à saint Bernard. Il dit au con- son âme en danger, si la cause de la guerre
traire qu'on donna aux templiers la règle de n'est pas juste, et s'il n'a lui-même une inten-
saint Augustin ; d'où vient que dans le Mo- tion droite, en sorte que ce ne soit ni la colère,
nasticon Anglicanum, on les place parmi ceux ni la vengeance qui l'anime. I ne croit pas
qui suivent la règle de ce père. Quoi qu'il en même qu'on puisse appeler bonne la victoire
soit, celle que l'on prescrivit aux templiers fut de celui qui, sans aucune envie de se venger,
faite de leur consentement, et après qu'on eut tue uniquement pour sauver sa vie.
consulté (à ce sujet] le Saint-Siége et Etienne, 5. Saint Bernard décrit ensuite la vie des
patriarche de Jérusalem. Elle est, selon l'édi- chevaliers du Temple, soit dans leurs maisons,
tion d'Aubert le Mire, distribuée en soixante- soit à la guerre. « En tout lieu ils suivent
douze chapitres, et tirée, pour la plus grande l'obéissance pour leur règle. Toutes leurs
partie, de la règle de saint Benoît; mais il y démarches sont réglées par celui qui préside.
a plusieurs articles qui n'ont été mis dans cette C'est par ses ordres qu'on leur distribue la
règle, que selon les diverses circonstances nourriture et le vêtement : dans l'un et dans
des temps, et à mesure que l'ordre s'est mul l'autre ou évite toute superfluité, on ne con-
tiplié. Les chevaliers n'avaient point dans les sulte que la nécessité. Ils vivent en commun
commencements d'habits particuliers. Le dans une société agréable, mais modeste et
pape Honorius et le patriarche Etienne leur frugale, n'ayant ni femmes, ni enfants, ni
ordonnèrent l'habit blanc, auquel ils atta- rien en propre, pas même leur volonté; mais
chèrent ensuite une croix d'une étoffe rouge. ils ont grand soin de conserver entre eux
* Cap. V, num. 10.

la France, et reproduite au tome CLXVI de la Patro2 Mabillon., præfat. in opuscul. 6.

logie, avec la Règle des Templiers, col. 833 - 874. 3 Voyez la notice tirée de l'Histoire littéraire de (L'éditeur.)

Traité des Nezrés d'ha

l'union et la paix ; aussi dirait-on que tous chacun des réflexions mystiques et morales.
ne font qu'un coeur et qu'une âme. Jamais 7. Il dit, en parlant des prêtres qui rece- Cap. III.
oisifs, ni répandus au-dehors par curiosité, vaient les confessions des pénitents, qu'ils
quand ils ne vont point à la guerre, ce qui doivent tellement s'appliquer à leur donner
est rare, ils raccommodent leurs armes et de la douleur et de l'horreur de leurs péchés,
leurs habits, ou font tout ce qui leur est com- qu'ils ne les empêchent pas de les confesser,
mandé par le supérieur, et ce qui concerne en sorte qu'en ouvrant leurs cours à la con-
le bien de la communauté. Sans acception de trition, ils ne leur ferment pas la bouche;
personnes, ni de noblesse, on rend l'honneur car ils ne doivent pas absoudre le pénitent
au plus digne. On n'entend parmi eux ni quoique contrit, s'il ne confesse aussi de bou-
murmure, ni parole indécente : le coupable che ses péchés.
ne demeurerait pas impuni. Ils détestent les

§ VIII.
échecs et les dés, ont en horreur la chasse,
et ne se donnent pas même le plaisir de la fau-

Traité des Degrés d'humilité et d'orgueil.
connerie. Ils rejettent les spectacles, et tout 1. Ce traité, qui fait le septième des Opus- Traité des
ce qui y a rapport; ils se coupent les cheveux, cules de saint Bernard, devait en être le pre- milité.
se baignent rarement, et sont ordinairement mier ?, selon l'ordre des temps, puisqu'il le

couverts de poussière et brûlés du soleil. » met lui-même le premier dans la liste de ses Cap. ir. «6. Lorsque l'heure du combat approche, ouvrages, en écrivant 3 au cardinal Pierre,

ils s'arment de foi au dedans, et de fer au et qu'il est aussi nommé le premier par 4
dehors ; et après s'être préparés à l'action Geoffroi, auteur de sa vie. Sa lettre au car-
avec soin, quand il est temps de donner, ils dinal Pierre ayant été écrite vers l'an 1127,
chargent vigoureusement l'ennemi, mettant on ne peut mettre guère plus tôt qu'en 1125
toute leur confiance au Dieu des armées, à le traité de l'Humilité, qui est marqué dans
l'exemple des Machabées. C'est une chose cette lettre comme le premier des quatre
admirable, que la manière dont ils savent que saint Bernard avait déjà faits. Il le dédia
allier la douceur de l'agneau avec la férocité à Geoffroi, alors prieur de Clairvaux, et de-
du lion; et l'on peut dire qu'ils sont tout à la puis évêque de Langres, son parent. Geoffroi
fois moines et soldats, parce qu'ils ont la l'avait engagé à écrire sur cette matière, pour

mansuétude des premiers, la force et la va expliquer plus au long ce qu'il en avait dit
v. leur des seconds.» Saint Bernard dit, que ce en présence de la communauté.

qu'il y a de plus consolant dans ce nouvel 2. Les degrés d'humilité qu'il se propose Anal
ordre, c'est que la plupart de ceux qui s'y d'expliquer, sont ceux dont il est parlé dans ses
engagent, élaient auparavant des scélérats la Règle de saint Benoît. On peut, selon saint
livrés à toutes sortes de crimes : qu'ainsi leur Bernard, définir l'humilité, une vertu par la-
conversion produit deux biens ; l'un de déli- quelle l'homme se reconnaissant véritable.
vrer le pays de ceux qui l'opprimaient et le ment tel qu'il est, devient méprisable à lui-
ravageaient; l'autre, de fournir du secours à même. Il nous la fait envisager comme le con
la Terre-Sainte. Il fait le parallèle du Temple chemin qui mène à la vérité; et la connais-
de Jérusalem, tel qu'il était alors, avec celui sance de la vérité, comme le fruit de cette
que Salomon avait fait bâtir, et donne la pré- vertu. A près quoi il distingue trois degrés ...
férence au premier, à cause de la piété, de dans la vérité : la connaissance de sa propreme
la pureté des mœurs de ceux qui y servaient, misère, pour en gémir, en devenir plus hum-
et de l'excellence des hosties pacifiques que ble et plus doux; la connaissance des infir- ..
l'on y offrait tous les jours. Il s'arrête aussi mités du prochain pour y compatir ; et sa-
sur tous les lieux que Jésus-Christ a sancti- voir purifier l'oeil du coeur pour pouvoir con-
fiés par sa présence corporelle, Bethléem, templer les choses célestes et divines. Toutes Càp. vil,
Nazareth, le mont des Oliviers, la vallée de ces connaissances sont en nous l'ouvrage de
Josaphat, le Jourdain, le Calvaire, le Saint Dieu, ou, comme dit saint Bernard, c'est la
Sépulcre, Belphagé, Béthanie, et fait sur sainte Trinité qui les opère en nous. Venant

Apalyse de lans ce traité, pag.

VI, VII, VIII, 1x, etc.

VIII, IX.

1 Quamobrem ministros Verbi sacerdotes caute ne-
cesse est ad utrumque vigilare sollicitos, quo videlicet
delinquentium cordibus tanto moderamine verbum ti-
moris et contritionis infligant, quatenus eos nequaquam
a verbo confessionis exterreant; sic corda aperiant, ut

ora non obstrueant, sed nec absolvant etiam compunc.
tum, nisi viderint et confessum. Bern., de Militibus
Templi, cap. XII. — ? Mabillon., præfat. in 7 opuscul.
3 Epist. 18.

Lib. III, cap. viii.

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