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ce traité, pag.

Rétractation de saint Bernard.

à l'explication des douze degrés d'humilité, Châtre en Berry. Il fut fait cardinal par le
il dit que nous les comprendrons, lorsque pape Calixte II, en 1121, et chancelier de l’E-
nous aurons remarqué les douze degrés d’or- glise romaine, en 1126, par Honorius II. Ce
gueil qui leur sont opposés, et que le dernier ne fut donc qu'après cette année que saint
degré d'orgueil répond au premier degré Bernard, son ami particulier, lui dédia son
d'humilité ; parce qu'en rétrogradant, l'on traité de l'Amour de Dieu, puisque, dans l'é-
commence à monter par où on a cessé de pitre dédicatoire, il le qualifie cardinal et
descendre. Par exemple, le douzième degré chancelier de l'Eglise romaine. Haimeric
d'orgueil est l'habitude de pécher. Donc le mourut en 1141.
premier degré d'humilité doit être de renon- 3. « Vous voulez savoir de moi, lui dit saint Analyse de
cer au péché. Il détaille tous les degrés d'or- Bernard, pourquoi et comment on doit aimer 890.
gueil, d'où il prend'occasion de donner aux Dieu ? Je vous réponds que la raison de l'ai- Cap. s.
moines des instructions très-solides.

mer c'est qu'il est Dieu, et que la manière de
3. Après avoir achevé cet ouvrage, et ap- l'aimer c'est de l'aimer sans mesure. Nous de-
paremment après l'avoir rendu public, il vons l'aimer pour lui-même, parce qu'on
s'aperçut qu'en citant l'endroit de l'Evangile ne peut rien aimer de plus juste ni de plus
où Jésus-Christ dit, que le fils de l'homme profitable que lui; et nous devons aussi l'ai-
ne sait pas le jour du jugement, il y avait mer à cause de nous - mêmes, parce qu'il
ajouté un mot qui n'est pas dans le texte, nous a aimés le premier, qu'il s'est donné à
quoiqu'il ne change rien au sens ; et qu'en nous sans que nous le méritions, qu'il nous 11.
parlant des sérapbins, il avait avancé une comble chaque jour de ses bienfaits, en four-
opinion qu'il n'avait ouïe, ni lue nulle part; nissant aux besoins de notre corps et de notre
il se crut obligé de se rétracter et de joindre âme. L'infidèle même est averti par la voix
sa rétractation à ce traité même. On cite qua- de la nature qu'il doit aimer celui de qui il
tre manuscrits où elle se trouve à la tête du tient tout et qui pourvoit à ses besoins. )
livre. Le mot ajouté à l'Evangile était nec 4. « Mais les chrétiens y sont obligés par m.
ipse, au lieu qu'on lit : neque Filius scit 1. des motifs beaucoup plus pressants, par la
Manriquez, auteur des Annales Cisterciennes, considération du sang que Jésus-Christ a ré-
reprend vivement les théologiens mystiques, pandu pour les racheter, de la rémission de
qui ne craignent pas de donner des inter- leurs péchés par sa mort, de la gloire dont
prétations nouvelles au sens littéral ou su- il leur a ouvert le chemin par sa résurrec-
blime de l'Ecriture; au lieu d'imiter la sage tion et son ascension au ciel, et de quantité
retenue de saint Bernard, qui regardait d'autres bienfaits plus abondants dans la Loi
comme suspect ce qu'il avait expliqué dans nouvelle que dans l'ancienne, d'où résulte
un sens différent des pères de l'Eglise. aux chrétiens une obligation plus étroite
SIX.

d'aimer Dieu, qu'à ceux qui vivaient avant la

venue de Jésus-Christ. Je me dois doublement . Traité de lAmour de Dieu.

à Dieu, dit saint Bernard, et parce qu'il m'a 1. Entre plusieurs questions du cardinal fait et parce qu'il m'a racheté en cette maHaimeric à saint Bernard, il y en avait une nière : dans la création, il m'a donné à moisur l'amour de Dieu. Ce fut à celle-là seule même; mais en me rachetant, il s'est donné qu'il répondit. Un nommé Bérenger, disciple à moi; et en se donnant à moi, il m'a rendu d'Abaillard, lui en fit un procès ?, disant que à moi. Par cette raison, je me dois deux fois vainement il avait travaillé à établir un pré- à lui. Que lui rendrai-je? Quand je pourrais cepte qui n'est ignoré de personne, pas même me rendre à lui mille fois, que serait-ce en des idiots. Mais il y a une grande différence comparaison de ce que je lui dois? Que suis-je entre connaître un précepte, et l'accomplir. en effet par rapport à Dieu ? » L'esprit et le coeur ne sont pas toujours d'ac- 5. Saint Bernard prouve encore l'obliga- ... cord sur ce point. On confesse de bouche qu'il tion d'aimer Dieu par la considération de l'afaut aimer Dieu; mais on le nie de fait en ne vantage qui nous en revient, car quoique le conformant pas sa vie à ses obligations. véritable 3 amour n'ait pas en vue la récom

2. Haimeric, à qui saint Bernard adressa pense, il ne laisse pas de la mériter. D'ailcet écrit, était Français de naissance, de la leurs cet amour, qui n'est autre que la cha

Traité de l'Amour de

Dien.

Cap. VII.

Il fut écrit

· Mabillon., præfat. in Opuscul. vi. – ? Mabillon., 3 Verus amor præmium non requirit, sed meretur, prefat. in Opuscul. viii; et Apolog. Bereng., pag. 316. Cap. VII.

après l'an 1126

VIII.

Roma, 1111, 26, et T11, 18;

Ron, IX, 1€ et JoanIT

rité, nous mène par le droit chemin au sou- redevable à Dieu de m'avoir prévenu dans le
verain bien, l'objet de nos désirs, mais que bien, du progrès que j'y faisais et de l'espé-
la plupart des hommes cherchent en vain rance où j'étais de le conduire à la perfection,
dans les créatures par de longs circuits. un des assistants me dit : Que faites-vous Cap. s.

Ce père distingue quatre degrés d'a- donc ou quelle récompense espérez-vous, si
mour : le premier, où l'homme s'aime pour c'est Dieu qui fait tout? » Ce fut pour répon-
lui-même; le second, où connaissant le be- dre à cette objection plus amplement qu'il
soin qu'il a de Dieu, il commence à l'aimer, n'avait fait sur-le-champ, que saint Bernard

mais toujours par rapport à lui-même; le entreprit son traité de la Grâce et du libre Ar1x. troisième, où frappé des perfections infinies bitre. Il remarque que deux choses sont né

de Dieu , il l'aime pour lui-même, de cet cessaires pour faire le bien : l'instruction, et

amour qu'on appelle chaste et qui est sans le secours; « qu'il est besoin que Dieu, qui x et air, retour sur celui qui aime; le quatrième est m'éclaire par ses ministres, me donne la

de ne s'aimer soi-même que pour Dieu. force de faire ce qu'il me fait connaître et
« Heureux, dit saint Bernard, celui qui a me conseille; que, selon l'apôtre, c'est lui 26
mérité de parvenir à ce quatrième degré ! » qui donne le vouloir et le parfaire. Que siis Pilip-, 14,
Mais il ne croit pas que l'on parvienne en cette l'on me demande, ajoute saint Bernard, où

vie à la perfection de la charité. Selon lui, sont mes maîtres dans le bien, je répondrai X1. cet état n'est que pour les bienheureux dans avec le même apôtre : Il nous a sauvés, non à Ad Tit. 111,5.

le ciel, et après la résurrection seulement. Il cause des auvres de justice que nous eussions
n'en excepte pas les martyrs. Il ne suit pas tou- faites, mais à cause de sa miséricorde. Et en-
tefois de son principe que le précepte de l'a- core : Le salut ne dépend ni de celui qui veut, Rom. 51, 16,
mour de Dieu soit impossible dans cette vie, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait misé- 15.
parce qu'il ne nous est pas commandé d'arri- ricorde et sans lequel nous ne pouvons rien faire
ver à la perfection de la charité, mais seule- 3. ll remarque, en second lieu, que lorsque Cap. I.
ment d'y tendre autant que nous le pouvons.) la grâce opère en nous le salut, le libre ar-

7. Il renvoie à la lettre qu'il avait écrite bitre coopère en donnant son consentement,
sur ce sujet aux chartreux, et il en transcrit en obéissant à Dieu qui commande, en ajou-
une partie. Nous y remarquerons que la vraie tant foi à ses promesses, en lui rendant grå-
charité, qui part d'un cour pur et d'une ces de ses bienfaits. Pour mettre cette vérité
bonne conscience, est celle qui nous fait ai- dans un plus grand jour, il enseigne que le
mer autant le bien du prochain que le nôtre; consentement est un acte de la volonté; que

qu'il n'y a que l'amour de Dieu qui conver- la volonté est un mouvement raisonnable qui XIII 04x1v. tisse véritablement le coeur, d'où vient que préside au sens et à l'appétit; qu'elle ne se

l'esclave qui fait une action commandée de meut jamais sans la raison, parce que la rai-
Dieu demeure néanmoins dans sa dureté de son l'accompagne et la suit, et qu'elle lui est
cour; parce qu'il ne fait l'œuvre de Dieu que donnée pour l'instruire, et non pour la dé-
malgré lui. Le mercenaire la fait aussi, mais truire; d'où il suit qu'elle n'impose aucune
ce n'est que par intérêt. Le fils seul, sachant nécessité à la volonté, puisque si elle lui en
que Dieu est essentiellement bon, l'aime d'un imposait quelqu'une, elle la détruirait. En
ainour chaste et filial.

effet, la liberté est essentielle à la volonté;
§ X.

où il y a nécessité, il n'y a point de liberté,

et conséquemment point de mérite. D'où Traité de la Grâce et du libre Arbitre.

vient que dans les enfants, dans les insensés, Traité de la 1. Dans une lettre écrite au chancelier Hai- dans ceux qui dorment, leurs actions sont libre Arbitre. meric, vers l'an 1128, saint Bernard offre de sans mérite ni démérite, parce que, comme

lui envoyer le traité de la Grâce et du libre ils ne sont pas maîtres de leur raison, ils
Arbitre, qu'il avait depuis peu rendu public. n'ont pas non plus l'usage de leur liberté.
Il le composa donc avant cette année, qui 4. Le libre arbitre est appelé libre à cause
était la trente-huitième de son âge. L'ou de la volonté, et arbitre à cause de la raison.
vrage est adressé à Guillaume, abbé de Saint- Il y a trois sortes de liberté : la liberté natu-
Thierry, le même à qui il dédia son Apologie. relle, la liberté de la grâce, la liberté de la

Voici quelle fut l'occasion de ce traité : gloire. Nous avons reçu la première par la
i 2. « Comme je parlais un jour en public, création : cette liberté nous exempte de la

dit saint Bernard, et que je me reconnaissais nécessité; la seconde par la régénération :

XII.

Aquollo oc. casion il fut écrit. Analyse de ce traité.

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également's exempte de necer la mort. Las

elle nous délivre du péché; la troisième, qui ne peut se relever de lui-même. Ce n'est que ne nous sera accordée qu'avec la possession par Jésus-Christ qu'il peut recouvrer les deux de la gloire éternelle, nous assurera la vic- sortes de liberté qu'il possédait dans l'état d'in

toire sur la corruption et sur la mort. La nocence en un degré inférieur, savoir : le pouCap. iv. liberté qui exempte de nécessité convient voir de ne pas pécher et celui de n'être pas

également à Dieu et à toutes les créatures troublé. D'après saint Bernard, c'est dans Cap. is raisonnables, soit bonnes, soit mauvaises. ces trois espèces de liberté que consiste notre Elle ne se perd ni par le péché ni par la mi- ressemblance avec Dieu; les anges possèsère; elle est au même degré dans l'impie dent cette ressemblance dans un degré sucomme dans le juste, dans l'homme comme périeur, étant confirmés dans le bien; nous dans l'ange, avec cette différence seule que ne la possédons que dans un degré indans les justes elle plus réglée. Ceux qui férieur, lors même qu'elle nous est rendue veulent faire le bien et ne le peuvent, ne par la grâce du Sauveur, c'est-à-dire que laissent pas d'être libres, puisqu'ils ont la vo- nous n'avons plus qu'en partie la liberté de lonté; mais ils ne sont pas libres de la liberté conseil et de complaisance. Nous pouvons, du péché, qui ne se trouve que dans ceux avec le secours de la grâce, n'être pas surmonqui ont la grâce. Car c'est le libre ' arbitre tés par le péché ni par la misère, mais nous qui nous fait vouloir, mais c'est la grâce qui ne pouvons généralement être sans péché. nous fait vouloir le bien. C'est par le libre 7. Au reste, il ne faut pas croire que le x. arbitre que nous avons le vouloir, et c'est de libre arbitre consiste à pouvoir également et la grâce que nous vient le bon vouloir. Soit avec la même facilité se porter au bien et au que nous appartenions à Dieu comme bons, mal; autrement ni Dieu, ni les anges, ni les soit que nous soyons au démon comme mau- saints, qui ne peuvent faire le mal, ne sevais, nous conservons toujours notre liberté, raient libres, non plus que les démons qui ne qui est la cause de notre mérite ou de notre peuvent plus faire le bien; mais on doit pludémérite. Cependant, quoique nous nous tôt l'appeler libre arbitre, parce que soit que rendions 2 esclaves du démon par notre vo- la volonté se porte au bien ou au mal, elle lonté, ce n'est pas par elle que nous nous le fait librement, l'homme ne pouvant être assujétissons à Dieu : c'est par sa grâce, qui bon ou mauvais que par sa volonté. donne le vouloir parfait pour le bien.

8. Saint Bernard fait voir que la grâce ne su 5. Outre la liberté naturelle, saint Bernard déroge en rien au libre arbitre. « Encore, dit-il, en distingue deux autres, qu'il appelle liberté qu'il soit écrit dans l'Ecriture que Dieu nous de conseil et liberté de complaisance, et il de- atlire à lui, il ne nous sauve pas pour cela mande si elles étaient toutes les trois dans malgré nous; mais il nous sauve en nous faiAdam. Sur la première, il dit que l'on ne peut sant vouloir le bien, soit qu'il nous effraye en douter. Il distingue deux degrés dans chacu- par ses menaces, soit qu'il nous éprouve par ne des deux autres: le supérieur et l'inférieur; les adversités. Celui-là ne souhaitait-il pas le premier, dans la liberté de conseil, est de d'être attiré, qui demandait avec tant d'arne pouvoir pécher; le second est de pouvoir deur dans les Cantiques : Attirez-moi après ne pas pécher. Dans la liberté de complai- vous, et je courrai à l'odeur de vos parfums. » Il sance, le degré supérieur est de ne pouvoir faut, selon lui, dire la même chose de la conêtre troublé; l'inférieur, de pouvoir n'être cupiscence : elle ne nous contraint pas au pas troublé. Après cette distinction, il décide mal. La tentation, quelque forte qu'elle soit, que le premier homme avait reçu dans la ne violente pas notre volonté, et ne nous en. création le degré inférieur de chacune de ces lève pas la liberté. Nous sommes toujours deux libertés, mais qu'il en a été dépouillé libres de ne pas consentir au mal. par son péché, en sorte qu'il ne lui est resté 9. Il donne pour exemple la tentation à laque la liberté naturelle.

quelle saint Pierre succomba. Cet apôtre aima 6. Le premier homme a bien pu par lui- mieux mentir que mourir, et conserver la vie même passer du bien au mal; mais, depuis de son corps que celle de son âme. Il aimait sa chute, il ne peut plus par lui-même pas. Jésus-Christ, mais il s'aimait encore plus luiser du mal au bien. Il a pu tomber, mais il même. Cet amour de préférence fut entière

Capt., 1, 3.

Cap. x11.

VIII.

1 Liberum arbitrium nos facit volentes, gratia benevolos; ex ipso nobis est velle, ex ipsa bonum velle. Bernard., de Grut., cap. vi.

? Sune diabolo nostru nos mancipat voluntas; Deu subjicit ejus gratia, non nostra voluntas. Ibid.

ment libre en lui, comme il préférå librement pas néanmoins sans nous. » Saint Bernard la vie de son corps à la vie de son âme. Il ne s'explique plus clairement en disant : « Dieu, renonça à Jésus-Christ, que parce qu'il le en nous inspirant une bonne volonté, nous voulut. Or, ce qui est volontaire est libre. Si prévient; en changeant notre mauvaise vola volonté peut être contrainte, ce n'est que lonté, il nous unit à lui par le consentement; par elle-même. Il suit de là qu'à l'exception et en nous donnant le pouvoir d'accomplir du péché originel, tous les autres péchés le bien que nous voulons, ce qu'il opère ausont l'effet de la volonté, qui s'y porte sans dedans se manifeste au-dehors par l'ouvrage contrainte de la part des objets extérieurs extérieur. » Mais le libre arbitre, qui a dans lui-même le 11. On doit donc attribuer à la grâce toutes Cap. 2IV. principe de sa damnation, n'a pas celui de les peuvres du salut. C'est elle qui 3 excite le son salut. Ses efforts 1 pour le bien sont vains, libre arbitre, lorsqu'elle sème en nous de si la grâce ne les aide; et il n'en fait aucun, bonnes pensées; qui le guérit, lorsqu'elle si la grâce ne l'excite. Les mérites du salut change son affection et sa volonté; qui le forsont donc l'effet de la miséricorde de Dieu, tifie pour le conduire à l'accomplissement de qui a divisé les dons qu'il nous fait en mé- la bonne action; qui le conserve, de peur qu'il rites et en récompenses. Il a voulu que les ne sente quelque affaiblissement dans le bien. dons qu'il nous fait en cette vie devinssent Mais ce que la grâce a commencé seule, s'acnos propres mérites par une possession libre; complit parelle et par le libre arbitre. Leuropéquant aux dons futurs, il a voulu et que nous ration est commune, et non séparée; ils agisles attendissions, fondés sur ses promesses sent conjointement, et non successivement. toutes gratuites, et que nous fussions en La grâce ne fait pas une partie de l'ouvre, et droit de les demander comme nous étant dus. le libre arbitre l'autre; ils opèrent ensemble D'où saint Bernard conclut que tout est un par une opération indivisible. Le libre arbitre don de Dieu, nos mérites, et les récompenses fait tout, et la grâce fait tout; mais, comme que Dieu nous accorde.

la grâce fait tout dans le libre arbitre, de 10. Il enseigne que nos bonnes auvres sont même le libre arbitre fait tout par la grâce. en même temps nos mérites et des dons de Saint Bernard, après avoir donné cette exDieu : nos mérites, parce que c'est l'ouvrage plication de la manière d'agir de la grâce et de notre libre arbitre; dons de Dieu, parce du libre arbitre, dit qu'il croit qu'elle ne déque le consentement libre de notre propre plaira pas à ses lecteurs, parce qu'il n'a fait que volonté, en quoi consiste notre mérite, est suivre la doctrine de saint Paul. l'effet de la grâce de Dieu. « Ce ne sont pas 12. Le dernier éditeur de ce traité dit que Jagement mes paroles, dit saint Bernard, ce sont celles dans sa brièveté il renferme plus de subsde l'apôtre, qui attribue à Dieu, et non au tance et de doctrine solide que les plus grands libre arbitre, tout le bien qui peut être dans volumes sur la même matière?; que le style l'homme, c'est-à-dire le penser, le vouloir et en est vif et lumineux, les termes propres et l'action. Dieu fait le premier 2 sans nous, le convenables au sujet, le discours aisé, natusecond avec nous, le troisième par nous. rel, sans art; ni faible, ni languissant, mais Comme nous ne pouvons pas nous prévenir nerveux et bien nourri; élégant, net et nous-mêmes, il est hors de doute que le agréable, débarrassé des expressions tricommencement de notre salut vient de Dieu, viales de l'école. «L'auteur, ajoute-t-il, n'est et non de nous, et qu'il ne se fait pas même ni trop précis dans ses raisonnements, ni avec nous; mais le consentement et l'action, trop diffus. C'est comme un fleuve dont les quoiqu'ils ne soient pas de nous, ne se font eaux ont un cours égal, tranquille et majes

XIV.

de ce traite.

i Cujus liberi arbitrii ad bonum conatus, et cassi sunt si a gratia non adjuventur, et nulli si non excitentur. Ibid., cap. XII.

? Si ergo Deus tria hæc, hoc est bonum cogitare, velle, perficere operatur in nobis ; primum perfecte sine nobis ; secundum nobiscum, terlium per nos facit. Siquidem immittendo bonam cogitationem nos prævenit; immutando etiam malam voluntatem, sibi per consensum jungit; ministranda et consensui facultatem, foris per apertum opus nostrum internus opifex innotescit. Ibid., cap. XIV.

8 Ipsa liberum excilat arbitrium, cum seminat cogitatum; sanat, cum immutat affectum; roborat, ut perducat ad actum; servat, ne sentiat defectum. Ita tamen quod a sola gratia cæptum est, pariter ab utroque perficitur, ut mislim, non sigillatim, simul, non vicissim per singulos profectus operentur. Non partim gratia, partim liberum arbitrium; sed totum singula opere individuo peragunt. Totum quidem hoc, et totum illa ; sed ut totum in illo, sic totum ex illa. Ibid., cap. xiv.

* Mabillon., præfat. in Opuscul. IX.

tueux, qui annonce l'abondance de la source Si l'homme ne renait de l'eau et de l'esprit, il Joan., 11, 6.
d'où elles partent, et on voit bien qu'il n'a ne peut entrer dans le royaume de Dieu, tout
pas puisé ce qu'il dit ailleurs que dans lui- homme a été dans l'obligation de recevoir
même, ou plutôt qu'il l'a reçu de Dieu, et que réellement et visiblement le baptême, sous
c'est le fruit d'une méditation continuelle des peine de damnation, s'il n'y suppléait par le
divines Ecritures, particulièrement des épi- martyre. Cet anonyme n'exceptait ni l'im-
tres de saint Paul. » (Cependant ce traité possibilité de recevoir ce sacrement, ni le
laisse à désirer : on ne voit pas, en effet, désir sincère accompagné d'une vraie foi et
que saint Bernard y distingue d'une ma- d'un esprit de pénitence. Saint Bernard ré-
nière aussi nette et aussi précise qu'ont fait pond qu'il y avait de la dureté à soutenir
depuis saint Thomas et l'Eglise catholique, qu'une instruction faite à Nicodème eût force
la nature et la grâce, l'ordre naturel et l'or- de loi dans tout l'univers; qu'une loi qui n'est
dre surnaturel, distinction qui éclaircit bien point publiée ne peut faire de prévaricateurs;
des doutes et concilie bien des difficultés, qu'il n'en est pas d'une loi positive, telle
car on conçoit aussitôt, avec l'Ange de l'E- qu'est celle qui prescrit l'obligation du bap-
cole, que dans l'ordre naturel l'homme dé tême, comme de la loi naturelle. Celle-ci n'a
chu peut encore, même sans la grâce, quel pas besoin d'être publiée : elle est gravée
que bien, mais qu'il ne peut et n'a jamais dans le cour de tous les hommes; mais ni la
pu, sans la grâce, aucun bien surnaturel. nature ni la raison n'enseignent que nul
Voyez Rorhbacher, Histoire de l'Eglise, ne peut être sauvé sans être extérieurement
tome XV, troisième édition, pages 237, lavé des eaux du baptême. C'est une loi po-
238.]

sitive, une institution de Jésus-Christ. Les
& XI.

apôtres ont été chargés de l'annoncer, et

maintenant qu'elle a été publiée jusqu'aux Traités du Baptême et contre les erreurs extrémités de la terre, le mépris de cette loi d'Abaillard.

serait inexcusable, parce qu'on ne saurait

excuser l'ignorance. Traité da 1. Le traité du baptême était, dans les an- 3. Saint Bernard enseigne qu'avant Jésus- car

ciennes éditions, la soixante-dix-septième des Christ il y avait d'autres remèdes que le bap-
lettres de saint Bernard. Horstius l'a mise au tême pour la rémission du péché originel; la
nombre des Opuscules, en quoi il a été suivi par foi et les sacrifices pour les adultes fidèles qui
dom Mabillon". Il est adressé à Hugues, cha- se trouvaient parmi les idolâtres, et la foi des
noine régulier de l'abbaye de Saint-Victor à parents pour les enfants; chez les Juifs, la cir-
Paris, connu par un grand nombre d'ouvrages, concision. Il renvoie l'anonyme à saint Am-
et mort en 1152, ce qu'il est bon de remarquer broise et à saint Augustin ?, qui ont cru l'un
pour le distinguer d'un chanoine régulier de et l'autre que celui qui désire sincèrement le
ce même nom et de la même abbaye, qui vivait baptême, en reçoit le fruit lorsqu'il se trouve
quelque temps après, et dont il est fait men- dans l'impuissance de se faire baptiser réel-
tion dans une lettre d'Eugène III à l'abbé lement, et pensent que si le martyre supplée
Suger. Nous n'avons plus celle qui donna oc- au baptême, c'est moins à cause du supplice,
casion à ce traité de saint Bernard; mais on qu'à cause de la foi qui l'accompagne ; que
voit, par la réponse de ce père, que Hugues sans la foi le martyre serait un vain tourment.
de Saint-Victor lui avait fait part de plusieurs « Si la foi, ajoute-t-il, donne au martyre le
propositions peu exactes qu’un anonyme ve- privilége du baptême, pourquoi n'aura-t-elle
nait de publier. On ne sait qui était cet ano- pas la même efficacité aux yeux de celui qui
nyme. Il y a là-dessus diverses conjectures, connaît tout sans avoir besoin de preuves? Nous
mais aucune n'est assez forte pour nous faire croyons donc que la foi seule, sans le secours
croire que ce soit Jean, archevêque de Sé- du martyre et du baptême, quand elle est
ville; Hugues Fersite ou quelque autre, cela accompagnée d'une sincère conversion de
est égal. Voici ces propositions :

c@ur, sauve un mourant qui veut, mais qui Anslysa da 2. La première portait que depuis le mo ne peut être baptisé. Pour ce qui est des en

ment que Jésus-Christ eut dit à Nicodème : fants, comme leur âge les met hors d'état Cap. 1.

Cap. H.

Baptême.

ce traité, pag.

631,

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cont. Donatistas, c. XXII.

· Mabill., præfat. in Opuscul. x.
2 Ambros., de Obitu Valentiniani; Augustin., 1. IV

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