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Recueil des sentences de

bard. Chro

Ea quel tereps ils ont été composés.

vie.

rante-deuxième et le quarante-quatrième de saint Bernard. Outre cette longue exposi-
discours; ce qui fait voir qu'il les prononçait tion du Cantique, saint Bernard en dicta une
de vive voix. Cela paraît encore par le trente- plus courte à Guillaume de Saint-Thierry, de
sixième, où il reprend ceux qui, accablés de laquelle nous parlerons dans la suite. Nous
veilles, dormaient pendant qu'il prêchait. Il remarquerons ici qu’encore que ce père
donne, dans le neuvième, une explication semble dire dans le premier des quatre-
«que je n'avais, dit-il, pas préparée.» C'est qu'il vingt-six discours, qu'il avait, avant l'expli-
se préparait à l'explication du Cantique par cation du Cantique, donné celle de l'Ecclé-
la méditation et la prière; mais quelque- siaste et des Paraboles de Salomon, on peut
fois aussi il parlait de la plénitude de son fort bien entendre ces paroles du soin que
esprit, sans préparation, sans écrire. Les no- les moines de Clairvaux avaient de lire ces
vices assistaient à ces discours, comme les deux livres, et d'y conformer leurs moeurs.
profès. Cela se voit par le soixante-troisième. On ne voit pas en effet que Geoffroi, auteur
On allait du sermon, tantôt au travail des de sa Vie, et assez exact dans le catalogue
mains, tantôt à la messe, et quelquefois à de ses ouvrages, fasse mention de commen-
complies. Ce qui marque qu'il prononçait ses taires sur l'Ecclésiaste, non plus que sur les
discours sur le Cantique à peu près dans les Paraboles de Salomon.
mêmes temps, que ceux dont nous avons parlé 13. Les discours sur le Cantique sont sui-
plus haut.

vis d'un recueil de maximes ou de sentences, saint Bero
11. Lorsqu'il eut achevé ses discours sur tirées des écrits de saint Bernard, la plupart nologie de sa
le commencement de ce livre, il les envoya' très-bien choisies; d'une chronologie de sa
à Bernard des Portes ?, autant pour s'acquit- vie, à commencer depuis l'an 1091 jusqu'en
ter de sa promesse envers lui, que pour avoir 1,153; de la censure qu'Etienne, abbé de Ci-
son sentiment sur cet ouvrage, afin qu'il le teaux, fit en 1109 de quelques endroits, que
continuât, ou qu'il n'allât pas plus loin. Ses l'on avait ajoutés sans raison à la Bible
vingt-quatre premiers sermons furent ache- latine, dont on se servait dans cette abbaye;
vés en 1138, la même année qu'il alla en Italie et des notes d'Horstius et de dom Mabillon
travailler à éteindre le schisme. De retour à sur saint Bernard. C'est par là que finit le
Clairvaux l'année suivante, il continua ses quatrième tome de ses cuvres. Avant de
discours sur le Cantique, et mit un nouvel passer au cinquième tome, qui ne renferme
exorde, et une autre fin au vingt-quatrième. que des ouvrages que l'on convient n'être pas
Le soixante-cinquième et le soixante-sixième de lui, il est bon de donner en peu de mots
sont contre certains hérétiques de Cologne, ce qui nous a paru remarquable dans ses
dont Cuervin, prévôt de Steinfeld en West- discours.
phalie, de l'ordre de Prémontré, lui avait 14. Quoiqu'ils soient tous propres à former
donné connaissance par une lettre, que l'on les meurs, à ranimer la piété, à donner de diet
a mise à la tête de ces deux homélies dans la l'amour de la vertu, de l'horreur du vice, saint bero
nouvelle édition. Le quatre-vingtième dis- cela se remarque particulièrement dans ses
cours est postérieur au concile de Reims de explications du Cantique, où, sous des figures
l'an 1148, auquel Eugène III assista.

et des allégories, il développe tous les prin12. Presque tous les manuscrits portent cipes de la vie spirituelle d'une manière quatre-vinge quatre-vingl-six homélies, ou sermons, sur le aussi agréable qu’utile. Les discours de saint

Cantique des Cantiques. Quelques-uns en Bernard ont encore cet avantage, qu'ils sont
comptent quatre-vingt-sept, parce qu'ils met écrits d'un style net et facile, en sorte que
tent pour deux le vingt-quatrième, à cause le lecteur ne se trouve presque jamais em-
de ses deux exordes, et de ses deux fins dif- barrassé. Voici ce qu'ils contiennent d'inté-
férentes. Le dernier discours 3 finit à l'expli- ressant pour notre sujet.
cation des premières paroles du troisième 15. L'orgueil est le commencement de
chapitre du Cantique. On cite une collection tout péché. C'est lui qui, du premier des 2
manuscrite du Vatican, qui ne contient que anges, en a fait un démon, et qui a fait tom-
quatre-vingt-trois discours, avec une préface, ber l'homme, pour avoir conçu le dessein de
où l'on ne remarque ni le style, ni le génie devenir semblable à Dieu. S'il n'y a point de

Ce qu'il y a de remarquable dans les discours do saint Ber: nard.

Ils sont au

Serm. 1 de Adventu, p.

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p. 871.

Advento, P.

Cana Doni

131.

898.

pag. 736.

Peatecost,

768.

Dom. 1 o.

rédemption pour les anges, c'est qu'ils sont voie pour nous garder, et nous servir de pé-
tombés par leur propre malice; au licu que dagogues; que ces saints anges prennent soin Sera. 13,!
l'homme, ayant été supplanté par la malice de nous, non-seulement pendant cette vie, pee
du démon, peut être racheté par la charité mais qu'après ils nous transportent dans le

d'autrui. C'est pour le racheter que le Fils de ciel; que la circoncision remettait le péché Serm. 6 de Dieu s'est fait homme. Nous devons obéir de originel; qu'il est remis aussi par le bap- [Serm. la

ceur et d'affection à nos supérieurs, quand lême; qu'encore que la concupiscence reste el. pag. 897,
même ils ne seraient pas réglés dans leurs en nous, elle ne peut nous nuire, qu'autant
meurs, parce que nous devons considérer que nous consentons à ses mouvements dé-
en eux celui de qui vient toute puissance réglés; que nous avons dans la communion

On doit réprimer les inouvements de la con- du corps et du sang du Seigneur, un moyen
Serm. 8, cupiscence, et on le peut par la gráce. C'est de rendre inutiles tous ces mouvements.

empêcher qu'elle ne règne chez nous, où elle 18. Il distingue dans le Saint-Esprit deux Sern. 1 demeure néanınoins jusqu'à la mort.

processions : l'une, du Père et du Fils; l'au- 93. Serm. 2. 16. Il était d'usage chez les Juifs, que de tre, quand il est envoyé vers les créatures se pag. 97puis le jour des fiançailles jusqu'à la célé- pour les sanctifier; ce qui arriva principale

bration des noces, la fiancée demeurât à la ment le jour de la Pentecôte. Sur ces paroles
garde de son futur époux, afin qu'il fût té- de saint Paul : Ceux que Dieu a connus dans Ron. Filli, 19.
moin de sa pureté. C'est la raison pourquoi sa prescience, il les a aussi prédestinés ; et ceux Sern. b in
la sainte Vierge fut fiancée avec saint Jo- qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés et jus- pag. 556.
seph. Si en la voyant enceinte, il pensa à la tipés; et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glo-
répudier, ce ne fut que parce qu'il se croyait rifiés, saint Bernard dit : « Mon 3 commence-
indigne de la compagnie d'une si sainte créa- ment vient donc de la grâce seule, et soit
tare. Saint Bernard, en parlant de l'applica- dans la prédestination, soit dans la vocation,
tion que l'Eglise a faite de ces paroles de je n'ai rien que je puisse m'attribuer. Mais
l'Exode : Aujourd'hui vous saurez que le Sei. je ne suis pas même étranger à l'égard de

gneur viendra, et vous verrez sa gloire le matin, l'oeuvre de la justification : la grâce l'opère, Serm. 3 in à l'invitatoire de la veille de Noël, dit qu'elle il est vrai, mais c'est avec moi, » Il ne dou. Serm. 1 an

' est infaillible dans ces sortes d'applications. tait point que la sainte Vierge n'eût été en• 1001, 1002. "

Encore de son temps, on poussait le jeûne levée au ciel aussitôt après son trépas, et
du carême jusqu'au soir. Dans les autres dit, que comme elle est notre avocate auprès Serm. in

temps, les moines jeûnaient seuls jusqu'à de Dieu son fils, nous devons recourir de tout 1030." Serm. 3 in none; mais en carême, les rois, les princes, notre cour à son intercession. drag , P. le clergé et le peuple, les nobles et les rotu- 19. Quoiqu'il se soit beaucoup appliqué à Sentimen

riers, les riches et les pauvres ne mangeaient, connaitre l'état des âmes saintes après qu'elles sard sur la comme eux, que le soir.

sont séparées de leurs corps, et qu'il croie après la sépa Serm. 7 in 17. On conservait à Clairvaux des reliques avoir suivi en cela les lumières du Saint- corps.

de saint Ignace, martyr, disciple des apô- Esprit, comme il le dit dans le quatrième
tres. Saint Bernard donne, d'après lui, à la discours sur la fête de Tous-les-Saints, il ne
sainte Vierge le titre de Porte-Christ; mais prétend pas pour cela assujettir personne à
en cela, il y a double erreur de sa part : la son sentiment, laissant à ceux qui pouvaient
première, que l'épitre qu'il attribue à saint avoir reçu de Dieu plus de lumières que lui
Ignace, est une de celles qui lui sont suppo- sur ce sujet, de penser autrement 4. Après
sées; la seconde, que le titre de Porte-Christ avoir distingué trois élats des âmes des jus-

n'y est pas donné à la sainte Vierge, mais à tes : le premier, pendant leur union au corps Serm. 12, Marie Cassabolite. Il enseigne que le soin corruptible ; le second, quand elles en sont

que Dieu prend de notre salut est tel, qu'il y séparées ; le troisième, dans un corps glo-
emploie même ? les esprits célestes qu'il en- rieux; il s'explique ainsi en substance sur

Assompt..

vigil Nativ, pag. 767.

Nativit, pag

826.

de sapt Bee

lat do ima

ration de leu

Psal. xc, pag. 866.

pag. 869,

1 Hactenus usque ad nonam jejunavimus soli; nunc usque ad vesperam jejunabunt nobiscuin reges et principes, clerus et populus, nobiles et igncbiles, simul in unum dives et pauper. Bernard., serm. 3 in Quadragesim., pag. 826.

9 Beatos illos spiritus propter nos mittis in ministerium, custodiæ nostræ deputas, nostros fieri jubes

pedagogos. Bernard., in Psalm. xc, pag. 869. –
3 Itaque initium meum solius gratiæ est, et non
habeo quid mihi in predestinatione attribuam, sive
vocatione. Non sic sane ab opere justificationis alienus
sum; operatur et illud gratia, sed plane mecum.
Bernard., serm. 4 in Dom. 1 Nov., pag. 955.

Mabillon., præfat, in tom. II, pag. 714.

pag. 1232.

Cantic., pag.

pag. 1327.

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Malach.,

serm.

2

de

Cantic , pag

l'état mitoyen de ces ames : 1° Au moment précaution. Voici ce qu'il veut que l'on dise à
même de leur sortie du corps, elles sont reçues un pécheur qui trouve trop pénible de se con-
dans le ciel, où elles jouissent de la com- fesser : « Pourquoi ? avez-vous honte de dire
pagnie des anges; 2o elles y jouissent aussi votre péché, vous qui n'en avez point eu de le
d'une grande lumière; 3o ce qui fait leur bon- commettre? Ou, pourquoi rougissez-vous de
beur, c'est de voir l'humanité de Jésus-Christ, vous confesser à Dieu, puisque vous ne pou-
mais non sa divinité, qui ne sera l'objet de vez pas vous dérober à ses yeux ? Que si vous Serm. 104,
leur vision qu'après la résurrection; 4° quoi êtes retenu par la honte de faire connaitre ?
qu'elles soient dans la joie, cette joie n'est pas votre péché à un homme, à un pécheur, que
pleine, ni parfaite, parce qu'elles ont tou- ferez-vous au jour du jugement, où votre
jours le désir de se réunir à leur corps. Voilà conscience sera à découvert devant tout le
quelle est l'opinion de saint Bernard sur l'é monde ? » Les trois conditions d'une bonne Serm 13 in
tat des âmes des justes avant la résurrection confession sont de déclarer ses péchés avec 1322.C
générale, dans trois de ses discours sur la bumilité, avec simplicité, avec fidélité. Mais Serm. 18,
fête de Tous-les-Saints, savoir : le second, le ce n'est pas assez pour guérir le pécheur : les
troisième et le quatrième; dans le quatrième remèdes dont il a besoin, sont les jeûnes, les
sur la Dédicace de l'Eglise; dans le nombre veilles, les prières, et les autres exercices de
trente-deuxième du traité de l'Amour de Dieu, la pénitence.

et dans le quatrième chapitre du cinquième 21. Lorsque nous sommes dans la tiédeur, Sur la Grace. Serm. 2 do livre de la Considération. Mais dans le second n'abandonnons pas pour cela l'oeuvre de nounm. 5; o sermon sur saint Malachie, il dit nettement tre salut, mais recherchons la main de celui S. Victors de ce saint qu'il jouit de la même gloire et de qui nous aide, en le priant, à l'exemple de Sorm. 21 in

la même félicité que les anges; que quelques l'épouse, de nous attirer à lui, jusqu'à ce 1337, 1339.
saints ont déjà mérité d'entrer dans le saint qu'excités de nouveau par sa grâce, nous de.
des saints, où ils voient la face et la clarté du venions plus fervents, et plus prompts à
Dieu immuable; enfin, que saint Victor, mar- courir dans la voie des commandements de
tyr, voit dès à présent et à découvert la Dieu. Mais réjouissons-nous tellement dans
gloire de Dieu. Dans cette contrariété de la grâce, lorsqu'elle est présente, que nous
sentiments, il n'est pas aisé de décider quel a ne nous flattions pas qu'elle nous soit due
été le dernier de saint Bernard, parce qu'on par droit héréditaire; et ne nous tenons pas
n'a point d'époque certaine des différents assurés du don de Dieu, comme si nous ne
sermons où il traite des âmes des justes après devions. jamais le perdre; de peur que Dieu
cette vie.

venant à nous le retirer aussitôt, et à ne plus
20. Il dit que nous ne pouvons nous plain nous soutenir de sa main, nous ne tombions

dre que Jésus-Christ ne se montre pas à nous, dans l'abattement et dans la tristesse. Notre Serm. in comme il s'est montré à ses apôtres, puisque course dans la voie de Dieu dépend de la Dog. 1343. lini, p. 1058. nous avons ! la véritable substance de sa grâce; mais nous courons ensemble. Au Sorm. 1, in chair dans le sacrement d'Eucharistie. Dans reste, c'est en vain que les sages du siècle

l'éloge de saint André, il cite quelques en- ont lant disputé des quatre vertus cardinales;
droits de ses Actes, tels qu'on les dit avoir ils ne les ont point possédées, n'ayant pas
été écrits par les prêtres d'Achaïe. C'est dans connu celui que Dieu a fait pour nous sa-
ce même discours que saint Bernard donne gesse, en enseignant la prudence; justice, en
pour raison de l'institution des jeûnes aux remettant les péchés; sanctification, en nous
veilles des grandes fêtes, l'obligation de nous donnant l'exemple de la tempérance, etc.
purifier de nos péchés, afin de célébrer ces 22. Saint Bernard applique aux clercs qui
saints jours avec plus de décence et de piété. font un mauvais usage des biens de l'Eglise, l'Eglise, le
Il parle du baptême, comme étant encore ces paroles d'lsaïe : Il a commis de méchantes qu'on en fait.

conféré par la triple immersion. Il rejette actions dans la terre des saints, et il ne verra diversis, pag. plusieurs endroits des écrits d'Origène, et point la gloire du Seigneur, « Que les ecclé- 1348. 36. pag. 1159, conseille à ses auditeurs de ne les lire qu'avec siastiques, dit-il, que les ministres de l'Eglise

Sar l'Eacbaristie.

Serm. 22,

Festo S. Mar.

S. Aad., pag. 1064.

Sur l'usage

sur l'abat

Serm. 28 do

Serm. 23 in Cantic., pag.

1199; et serm.

1160.

1 Adest enim nobis etiam nunc carnis ipsius vera substantia, haud dubium sune quin in sacramento, Serm. S. Martini, pag. 1058.

? Dicalur illi quem pudor afficit : « Cur te pudet peccatum tuum dicere, quem nor puduit facere ? Aut

cur erubescis Deo confiteri, cujus oculis non potes ab-
scondi ? Quod si forte pudor est tibi uni homini et
peccatori peccatum tuum exponere, quid facturus es in
die judicii, ubi omnibus exposita tua conscientia pate-
bit ? » Serm. 104 de Diversis, pag. 1232.

Cantic., pag. 1540.

soient touchés de crainte, eux qui commet- l'imposition des mains. Ils condamnaient le
tent tant d'injustices dans les terres des mariage, sans en-donner de raisons. Du reste,
saints qu'ils possèdent, et qui, ne se conten- ils ne tenaient aucun compte des sacrements
tant pas de ce qui est suffisant pour leur sub- administrés dans l'Eglise catholique, ne les
sistance, retiennent pour eux, par une im- regardant que comme une ombre et une tra-
piété et un sacrilége horribles, le reste dont dilion humaine. D'autres hérétiques du même
ils devraient nourrir les pauvres, et n'ap- temps et du même pays, c'est-à-dire de West-
préhendent point d'employer la nourriture phalie, prétendaient qu'il n'y avait point alors
de l'indigent à entretenir leur vanité et leurs dans l'Eglise de prêtres consacrés, parce que
désordres; coupables d'un double crime, et les papes, accablés d'affaires séculières,
de ce qu'ils dissipent un bien qui n'est pas à avaient perdu leur pouvoir, et ne l'avaient pu,
eux, et de ce qu'ils abuseut des choses sa- conséquemment, communiquer aux arche-

crées pour satisfaire leur ambition et leur vêques ni aux évèques; d'où il suivait qu'on Serm. 77 it débauche. « Voyez, dit-il encore en parlant ne consacrait plus le corps de Jésus-Christ

des pasteurs de l'Eglise, comme ils sont sur l'autel. De cette façon, ils réduisaient le
polis et parés, vêtus comme une épouse qui sacerdoce de l'Eglise au seul ministère de la
sort de sa chambre nuptiale. Si vous en parole : car ils rejetaient aussi les autres sa-
voyiez un de cette sorte venir de loin, ne ju crements, à l'exception du baptême, qu'ils
geriez-vous pas que ce serait plutôt une n'accordaient toutefois qu'aux adultes. A l'é-
épouse, qu'un gardien de l'Epouse ? Mais d'où gard du marige, ils le condamnaient, s'il n'é-
croyez-vous que leur vient cette abondance lait contracté entre deux personnes vierges.
de toutes choses, cette magnificence d'habits, Ils n'admettaient ni l'intercession des saints,
ce luxe de leurs tables, ces monceaux de vais- ni le purgatoire, ni la prière, ni les oblations
selle d'or et d'argent, sinon des biens de pour les morts, et regardaient comme inu-
l'Epouse ? Voilà pourquoi elle est toute défi- tiles les jeûnes et les autres mortifications
gurée, toute en désordre, toute pâle et dé- que l'on impose pour la rémission des péchés,
faite. Ce n'est pas là orner l’Epouse, c'est la traitant de superstitions les observances de
dépouiller. »

l'Eglise que Jésus-Christ n'a pas établies lui-
Sur les en. 23. Il enseigne que les enfants morts en même, et qui ne l'ont pas été par ses apôtres
saus baptems. même temps qu'ils sont venus au monde de- depuis qu'ils se furent séparés de lui.
Serm.69in meureront enfants de colère, mais non de 25. La division qui s'était mise entre ces

fureur, parce que, selon que la piété et l’hu- deux sortes d'hérétiques fournit l'occasion de pard les tér
manité nous portent à le croire, leurs peines découvrir leurs erreurs. Cuervin, après les sermons.
seront plus douces, à cause qu'ils tirent d'ail- avoir expliquées à saint Bernard, à peu près
leurs toule la corruption qui est en eux. en la manière que nous venons de le dire, le

24. Cuervin, en écrivant à saint Bernard, prie instamment de les réfuter, en lui faisant des bórétiques vers l'an 1147, touchant certains hérétiques observer que ceux d'entre eux qui étaient

que l'on avait découverts à Cologne, lui mar- revenus à l'Eglise avaient avoué que ces
quait en même temps les principaux articles sectes étaient répandues partout, et que quel-
de leurs erreurs '. Se flattant d'être seuls qui ques-uns, condamnés à être brûlés, avaient
suivissent les traces de Jésus-Christ et qui dit pour leur défense qu'elles étaient demeu-
menassent la vie apostolique, ne possédant rées cachées en Grèce et en d'autres pays,
rien en ce monde, ils disaient que l'Eglise depuis le temps des martyrs; que les uns
n'était que chez eux. Ils ne mangeaient ni avaient un pape, que les autres n'en recon-
laitage, ni rien de ce qui est produit par gé- naissaient point; qu'ils se nommaient apos-
nération. Quoiqu'ils ne s'expliquassent point toliques et menaient avec eux des femmes
sur les sacrements, ils ne laissaient pas de qu'ils disaient vivre dans la continence, à
convenir quelquefois,qu'en prenant leur nour- l'exemple de celles qui suivaient les apôtres.
riture ordinaire, ils prétendaient en faire le Saint Bernard fit ce que Cuervin soubaitait
corps et le sang de Jésus-Christ par l'Oraison de lui, et combattit ces hérétiques dans deux
dominicale. A l'égard du baptême, outre ce- de ses sermons sur le Cantique, qui sont le
lui de l'eau, ils admettaient un baptême par soixante-cinquième et le soixante-sixième.
le feu et le Saint-Esprit, qu'ils donnaient par 26. Il les attaque d'abord sur la contrariété

de leurs principes. Jurez, parjurez-vous, se moo, qui est · Cuervini Epist. ad Bern., pag. 1490.

disaient-ils l'un à l'autre, plutôt que de di- cinquième sur

fants

morts

Cantic, pag. 1511.

Saint Bernard Ics rófate en deur

Doctrine

de Cologne.

Analyse du premier ser moo , qui est 1 soixantele Cantiqu pag. 1493.

vulguer le secret. Cependant ils défendaient non parce qu'ils s'abstiennent de viande,
de jurer, disant qu'on lit dans l'Evangile : Ne mais à cause qu'ils s'en abstiennent par su-
jurez ni par le ciel ni par la terre. Il ajoute que perstition. Je m'abstiens aussi quelquefois de
comme il est de l'intérêt de la gloire de Dieu de manger, mais c'est pour expier mes péchés,
révéler des choses utiles au prochain, ils ne et non par une superstition impie; je m'abs-
doivent avoir aucune peine de révéler leur tiens de vin, parce qu'il porte à l'impureté,
secret, si en effet il est utile; que s'il ne l'est ou, si je suis faible, j'en use sobrement, sui-
pas, ils n'en font un mystère que pour ca- vant le conseil de l'apôtre; je m'abstiens aussi
cher leur infamie. C'est pourquoi il insiste de viande, de peur que, si je nourris trop
sur ce qu'ils étaient toujours avec des fem- ma chair, elle ne nourrisse en moi les vices
mes, qu'ils étaient à table avec elles et cou- de la chair. Si c'est par l'avis des médecins
chaient dans la même chambre, ce qui ne que l'on s'abstient de certains aliments, on
pouvait manquerde causerun scandale, quand n'est point blâmable pour le soin que l'on a
même ils seraient aussi continents qu'ils affec- de son corps, pourvu qu'il ne soit pas exces-
taient de l'être par des dehors de piété et de sif; mais si c'est par la même extravagance
mortification : car, pour mieux cacher le ve- que Manès, en croyant immonde la créature
nin de leur doctrine, ils fréquentaient l'église, que Dieu nous donne pour nous nourrir, c'est
honoraient les prêtres, offraient des présents un blasphème que j'ai en exécration. »
à l'autel, se confessaient, participaient à tous 29. Ces hérétiques se vantaient d'être la Pag. 1500.
les sacrements, jeûnaient, travaillaient des véritable Eglise, et prenaient le nom d'apos-
mains; ce qui fait dire à saint Bernard qu’un toliques. Saint Bernard leur dit de montrer
faux catholique nuit beaucoup plus qu'un des marques de leur apostolat. Il a été dit
hérétique découvert. Ceux-ci ne lui parais- aux apôtres : Vous êtes la lumière du monde. Matt , v, 16.
saient pas néanmoins bien formidables, «Ce C'est pour cela qu'ils sont sur le chandelier,
sont, dit-il, des gens rustiques, sans lettres afin qu'ils éclairent tout l'univers. Mais ces
et sans défense. Leurs erreurs mêmes ne hérétiques sont sous le boisseau, leur erreur
sont ni soutenables, ni bien subtiles. Elles fuit le jour, et tandis que l'Eglise est répan-
ont été soutenues par les anciens hérétiques, due par tout le monde et toujours visible, ils
et réfutées par nos docteurs. »

sont enfermés dans des cavernes. Saint BerA nalyse da 27. Saint Bernard avoue, toutefois, que nard réfute en peu de mots leurs erreurs sur cours, pag. ces nouveaux hérétiques faisaient beaucoup le baptême des enfants, sur le purgatoire et

de mal à l'Eglise, et que leurs discours ga- sur le pouvoir des pasteurs de l'Eglise, même
gnaient et se glissaient comme un chancre. pécheurs; et après avoir remarqué qu'ayant pag. 1501.

Il dit que ce sont ceux dont il est parlé dans été mis à l'épreuve de l'eau', ils avaient été
I Tim.,v,99. la première épitre à Timothée : Leur con- trouvés menteurs et convaincus des erreurs

duite sera toute corrompue , ils défendront de se qu'ils niaient avant cette épreuve, il dit
marier et de manger des viandes que Dieu a qu'on ne doit point s'étonner de la cons-
créées pour s'en nourrir avec actions de grâces. tance que quelques-uns d'eux avaient mon-
Ce père fait voir que condamner le mariage, trée dans les supplices, ni la comparer à celle
c'est lâcher la bride à toutes sortes d'impu des martyrs, parce que dans les martyrs la
retés, remplir l'Eglise de concubinaires, d'in constance est l'effet de leur piété, et dans les
cestueux et d'impudiques de toute espèce, et hérétiques c'est l'endurcissement de
réduire conséquemment le salut au petit qui cause le mépris de la mort.
nombre de personnes continentes, puisqu'il
ne nous est pas permis de penser que des

§ XV.
monstres d'impureté soient sauvés.

Des ouvrages contenus dans les cinquième Pag. 1499. 28. Ensuite il prouve que saint Paul ayant

et sizième tomes. I Cor., v11,36. permis et même ordonné en certains cas, de 1 Tim., v, 16. se marier aux veuves, on ne pouvait réduire 1. Ces deux tomes contiennent les æuvres Cinquième

le mariage aux seules personnes vierges, euxquelles on a quelquefois attaché le nom de
comme faisaient ces hérétiques. Ils s'abste saint Bernard, mais dont on a depuis décou-
naient aussi de viande : « Et en cela ils font vert les vrais auteurs, ou qui ont été rejetés
voir, dit saint Bernard, qu'ils sont hérétiques, comme indignes de lui. Gillebert de Hoillande,

secoud

dis

1497.

Mur

tome.

Commentaire de Gillebert de Hoil. lande sur le Cantique. Tom. II, p.1.

1 Examinati judicio aquæ, mendaces inventi sunt.

Bern., Serm. 66, pag. 1501.

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