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Aatres ser Bons.

P., prêtre du diocèse de Lyon; Lyon, Guyot, prêtre d'après les pères, a fait paraître trois
1838, trois volumes in-8°. Quelques lettres volumes qui renferment plusieurs écrits de
relatives à Abélard et à Arnaud de Bresce, saint Bernard, texte et traduction en regard.]
ont paru traduites en français, par Borel, 9. Dom Gabriel Gerberop ^ mit en français
Tulle, imprimerie de Detournetto; Paris, le livre de saint Augustin, de la Grâce et du
Paulin, 1844, in-8°. Les Louanges de Marie, Libre arbitre, et celui de saint Bernard sur la
homélies de saint Bernard, traduites en la même matière. Nous ne savons ni le lieu, ni
même langue, ont été publiées par J. M. D. l'année de cette édition. On ne connait pas
Lyon, Pélagaud; Paris, Poussielgue-Rusand, non plus le lieu de l'édition latine du même
1845, in-12. Le discours à la sour de saint traité, par Higatus Ranucius, avec un com-
Bernard sur la manière de vivre saintement, mentaire de sa façon; mais on sait qu'elle
fait partie de la Bibliothèque des dames chré- est de l'an 1649, in-4o. Le Dictionnaire de la-
tiennes; il est traduit par M. de La Mennais, cadémie de la Crusca fait mention d'une ver-
Paris, imprimerie de Didot aîné, 1820, in-32. sion italienne des lettres de saint Bernard,
Le traité de l'Amour de Dieu de saint Ber par un savant florentin 2. Ses sermons avaient
nard, fait partie des Opuscules des pères, Paris, été traduits en cette langue dès l'an 1420,
1822-1823, quatre volumes in-32. La collec- par Jean de Tussignagno, évêque de Fer-
tion des chefs-d'oeuvre des pères, Bibliothès rare; mais ils ne furent imprimés qu'en 1558,
que ecclésiastique, Paris, 1838, contient au in-8°, à Venise. Il y en a une autre version
tome XV les cinq livres de la Consideration, de l'an 1495, in-4', sans nom de traducteur.
le traité des Mours et des devoirs des évêques; On connaît encore une traduction allemande
cing sermons et six lettres. Le texte est ac- de quelques hymnes de saint Bernard, pu-
compagné de la traduction due à M. l'abbé bliée à Hambourg en 1633, in-4°, par Joseph
L., et à M. le marquis de Fortia d'Urbain. Willelme.
M. l'abbé Raynaud, dans son ouvrage Le

CHAPITRE XXXVIII.
Pierre, surnommé le Vénérable, abbé de Cluny.

(Ecrivain latin, 1156.]

Pierre le

Ses com mcucements.

1. Pierre était originaire de la première : noVénérable. blesse d'Auvergne. Maurice son père, et Rain

garde sa mère, l'offrirent à Dieu dès l'enfance.
Saint Hugues, abbé de Cluny, étant sur la fin
de sa vie, le reçut à profession. C'était 4 l'u-
sage de n'y admettre personne avant l'âge
de quinze ans. Pierre, en état de se former
dans la vertu et dans les sciences, fut envoyé
au monastère de Saucillanges, où l'on 5 te-
nait des écoles publiques. Il y fit en peu de
temps de grands progrès. A peine en était-il
sorti, qu'on le fit prieur à Vézelai, et ensuite
prévôt de Domena, dans le diocèse de Gre-
noble.

1122, Pierre Maurice fut choisi pour lui suc-
céder, et son élection confirmée par le pape
Calixte II. Pierre était alors âgé d'environ
trente ans. Il faut donc mettre sa naissance
vers l'an 1092. On le compte pour le neu-
vième abbé de Cluny. Pierre de Poitiers fil
un poème sur son élection, adressé aux moi-
nes de Cluny, dans lequel il relève la no-
blesse de sa naissance, ses vertus et son sa-
voir. Des deux lettres que le pape Calixte
écrivit à cette occasion, il y en a une à Pierre,
l'autre à la communauté de Cluny. Elles sont
l'une et l'autre du 24 octobre 1122. La se-
conde, qui n'avait pas encore été rendue pu-
blique, se lit dans 7 le sixième tome des An-
nales bénédictines.

2. Hugues, second du nom, abbé de Cluny, abbé de Cla- étant mort vers le mois de juillet 6 de l'an

Il est fait

Dy en 11 22.

i Biblioth. S. Maur., pag. 169.
2 Fabricius, tom. I Bibl. Lat., pag. 620, 621.
3 Mabillon., lib. LXX Annal., num. 19, 20.
- Consuetud. Cluniac., lib. III, cap. vil.

5 Mabillon., lib. LXVIII, num. 100.
6 Mabillon., lib. LXXIV Annal., num. 4,5.
7 Ibid., num. 6.

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voyage à Roc

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en

Espagne

3. Avant Hugues II, Pons, abbé de Cluny, leur inimitié était un obstacle à la vengeance en avait dissipé les biens, et occasionné di- qu'il fallait tirer des Grecs, pour avoir, par vers désordres par la légèreté de son esprit, leur trahison, fait périr une grande partie de et le dérèglement de ses maurs. Pierre, l'armée des croisés. pour remettre toutes choses en état, se fit 6. Pierre fit, en 1150, un 7 second voyage Son second aider par Matthieu, prieur de Saint-Martin à Rome pour les affaires de son monastère, mo en 1150. des-Champs, qu'il appela pour cet effet à muni d'une lettre de saint Bernard pour EuCluny.

gène III. Il en fut reçu avec beaucoup d'hon-
4. En 1146, le roi Louis-le-Jeune voulant neur. On met 8 un troisième voyage de Pierre
régler le voyage de la croisade, indiqua un à Rome, sous le pontificat d'Honorius III, en
parlement à Chartres, au troisième dimanche 1126, à l'occasion des troubles que Pons, et
d'après Pâques, 21 avril. Saint Bernard ' et ceux de son parti, avaient excités dans le
l'abbé . Suger, qui regardaient Pierre de monastère de Cluny, dont ils avaient pillé
Cluny comme un de ceux dont le conseil les biens, et mis à mort les moines qui leur
était le plus nécessaire, l'invitèrent à cette avaient résisté. Pons fut condamné par le
assemblée; mais il s'en excusa, tant sur sa pape, et Pierre revint à Cluny, avec des let-
mauvaise santé, que parce qu'il avait convo tres du pape à la communauté de Cluny, à
qué pour le même jour un chapitre à Cluny. laquelle il ordonnait de rendre à Pierre l'o-
Deux ans auparavant, il avait fait le voyage béissance, selon la règle de saint Benoît.
de Rome, aux ? invitations du pape Célestin. 7. Les Pisans étant 'en guerre avec ceux Son voyage
Il demeura en cette ville jusqu'au pontificat de Lucques vers l'an 1141, Pierre passa en en 1157.
de Lucius II, qui le chargea d'une lettre pour Italie dans le dessein de les réconcilier. Il
les moines de Cluny, par laquelle il se re- avait encore la dévotion d'aller faire ses priè-
commandait à leurs prières. En 1134, Pierre res sur le tombeau du vénérable Matthieu,
fit 3 un autre voyage en Italie pour assister cardinal, évêque d'Albane, mort sept ans
au concile de Pise, où se trouvèrent un grand auparavant. La même année 1141, Pierre fit
nombre d'évêques et d'abbés des Gaules. A la visite 10 des monastères, abbayes, prieurés
son retour, il apprit la mort de sa mère Rain- et celles situés en Espagne, et qui dépen-
garde, qui s'était depuis quelque temps con- daient de Cluny. Pendant son séjour dans
sacrée à Dieu dans le monastère de Marci- ce royaume, il s'appliqua à connaître les

dogmes impies des Sarrasins ou Arabes, dans
5. Celui de Cluny était dans l'usage depuis le dessein de les réfuter, quand il en aurait
sa fondation non-seulement de recevoir les le loisir. Il traduisit aussi d'arabe 11 en latin
étrangers et ceux qui s'y réfugiaient, mais la vie de Mahomet.
aussi de répandre des aumônes de tous côtés. 8. Ce fut sur le témoignage de l'abbé de
C'était comme le trésor 5 public de la répu- Cluny, que le pape Innocent II 12 confirma la "
blique chrétienne. Cette dépense obligeait même année l'élection d'Arnoul, archidiacre
nécessairement l'abbé à recourir aux libéra- de Séez, pour l'évêché de Lisieux, à la place
lités des personnes riches, non pour enrichir de Jean, son oncle, mort le 20 mai, Geoffroi,
son monastère, mais pour soulager les indi- comte d'Anjou, s'était opposé fortement à
gents. Pierre, voyant que les fonds lui man- cette élection. Pierre, après avoir donné en
quaient, écrivit à Roger, roi de Sicile, qu'il une infinité d'occasions des preuves de son
connaissait seul en état de subvenir aux be- zèle pour l'Eglise, mourut en 1156 la nuit de
soins de Cluny. Dans 6 une lettre à ce prince, Noël. La pureté de ses moeurs et ses autres
il l'exhorte à se réconcilier avec Conrad, em- vertus lui firent donner le titre de saint,
pereur des Romains, en lui remontrant que presque au moment de sa mort, par Pierre 13

gny 4.

Sa mort en 1156.

6 Petrus, lib. VI, Epist. 16; et Mabillon., lib. LXXIX Annal., num. 204.

1 Bernard , Epist. 364 ; et Mabillon., lib. LXXVIII Annal., num. 86.

2 lbid., num. 20.
3 Mabillon., lib. LXXVI Annal., num. 28, 36.

La lettre circulaire que Pierre écrivit à cette occasion a été traduite en français; cette traduction fait partie des Vies des Saints d'Arnauld d’Andilly, (L'éditeur.)

5 Mabillon., ibid., lib. LXXVIII Annal., num. 102 ; et Petrus, lib. IV, Epist. 37.

7 Petrus, lib. VI, Epist. 46; et Mabillon., lib. LXXIX Annal., num. 88.

8 Mabillon., lib. LXXIV Annal., num. 148.
9 Mabillon., lib. LXXVII Annal., num. 114.
10 Ibid. et Petrus, Epist. 12, lib. IV.
11 Biblioth. Cluniac., pag. 1115.
12 Petrus, lib. IV, Epist. 7.
13 Petrus Cellens., lib. II, Epist. 2.

de Celles ; et s'il n'a point encore été mis au avait été moine de Cluny, de s'intéresser, si nombre des saints dont le culte est public, ce cela pouvait se faire en conscience, à l'union n'est pas qu'il ne l'ait mérité. Il ne manque d'une prébende que l'évêque de Troyes était ce semble, à son culte, que l'autorité de l'E- disposé à accorder à ce monastère, comme glise, où il est connu sous le titre de Pierre il en possédait depuis longtemps à Chartres le Vénérable.

et à Orléans. Il le prie encore de faire en Ses écrits. 9. Tous ses écrits sont autant de monu- sorte que le pape lui laissât le jugement d'un

ments de sa piété et de son zèle pour la dis- prêtre de sa dépendance, qui, au lieu de se
cipline régulière, surtout ses lettres, élé- trouver au jour marqué pour plaider sa
gantes pour son temps, mais souvent un peu cause, était allé lui-même à Pise la porter
longues. C'était son génie et son inclination. au pape.
Il n'approuvait pas la brièveté dans celles 11. En recommandant à Haimeric, cardinal Epist. 3.
qu'on lui écrivait, la regardant comme un et chancelier de l'Eglise romaine, la cause
effet de la paresse ou un défaut de fécondité des moines d'Aniane contre l'évêque de Bé.
dans l'esprit. On a recueilli ses ouvrages dans ziers qui les molestait, il se plaint de la dés-
la Bibliothèque de Cluny, et au vingt-deuxième union qui régnait alors dans son pays entre
tome de la Bibliothèque des Pères, où l'on a les membres de l'Eglise, en lui faisant re-
donné aussi un abrégé de sa vie avec deux marquer que les supérieurs traitaient mal
épitaphes. [L'édition la plus complète est leurs inférieurs ; que les évêques en vou-
celle qui se trouve au tome CLXXXIX de la laient aux moines, les grands aux petits, en
Patrologie latine.] Le moine Radulphe, son sorte qu'ils étaient moins occupés à paître le
disciple, l'écrivit et la dédia à Etienne, abbé troupeau confié à leurs soins, qu'à en tondre
de Cluny. L'auteur ne s'y est pas étendu la laine et tirer le lait. Suivant les désirs de ..
comme il le devait, sur les actions de Pierre Hugues, archevêque de Rouen, il lui fit sa-
le Vénérable, ni sur ses miracles. Cette Vie voir que le moine Guillaume s'était disposé
se trouve dans le sixième o tome de la Grande à la mort avec de grands sentiments de piété
Collection de dom Martène, dans la Bibliothè- et de confiance; qu'après la confession de ses
que 3 de Cluny, à Paris en 1614 4, et dans une péchés, on lui avait administré l'extrême-
ancienne Chronique du même monastère 5. onction, et ensuite le saint viatique par deux

Voici le détail des ouvrages de l'abbé Pierre. fois, mais en deux jours différents. . 10. Le recueil de ses lettres est divisé en 12. Pierre demanda avec beaucoup d'ins- u. limler six livres. Elles sont ordinairement sans date. tances au pape Innocent II d'agréer l'élection

On les a placées suivant l'ordre de la Chroni- que le clergé et le peuple d'Orléans avaient Epist. 1.

que de Cluny. Celle qui est au pape Inno- faite d'Hélie, abbé de Saint-Sulpice, pour
cent II est de l'an 1137, puisqu'elle fut écrite leur évêque. Les suffrages avaient d'abord
la septième année de son pontificat, com- été partagés ; mais, lorsqu'on s'y attendait le
mencé en février 1130. Pierre, qui avait été moins, tous se réunirent. Sa lettre à Adèle, 1.
à Pise dans le dessein de l'aider à apaiser comtesse de Blois, sveur du roi d'Angleterre
le schisme de l'antipape Pierre de Léon, en Henri Jer, est pour la consoler sur la mort de
revint sans avoir rien fait, parce qu'il fut at ce prince. Le plus puissant motif qu'il em-
taqué en cette ville d'une maladie qui l'obli- ploie, est qu'il était mort muni de tous les
gea de retourner à Cluny. Quelque temps sacrements de l'Eglise, après avoir confessé
après son retour, il écrivit au pape, pour le ses péchés dans des sentiments de pénitence,
féliciter de sa constance à combattre les et que l'on avait fait pour lui à Cluny plus de
schismatiques, lui faisant espérer dans peu prières et de bonnes oeuvres que pour aucun

une victoire complète sur les ennemis de autre prince. Henri mourut auprès de Rouen
2. l'Eglise. Il écrivit à Matthieu, évêque d’Al le 2 décembre 1135. Dans une seconde lettre

bane, que la mort du roi d'Aragon ayant au pape Innocent II, Pierre le pria de confiroccasionné des troubles en Espagne, pour- mer la sentence rendue dans le concile de rait bien en occasionner aussi dans les mo. Jouarre, au diocèse de Meaux, par les archenastères de ce royaume dépendants de Cluny ques de Reims, de Rouen, de Tours, de Sens Par la même lettre, il prie cet évêque, qui et leurs suffragants, contre les meurtriers de 1 Mabillon., lib. LXXX Annal., num. 106.

trologie latine, col. 15-28. (L'éditeur.) – 5 Elle est ? Pag. 1187. — 3 Pag. 589.

reproduite dans la Patrologie, ibid., col. 27-42. (L'é- Elle est reproduite au tome CLXXXIX de la Pa diteur.)

Ses lettres. Livre I, tome XXII Bibl. Patr. p. 825.

Hugues, doyen d'Orléans, élu évêque de cette genoux sur elles devant Dieu, que vous les
ville, et de Thomas, prieur de Saint-Victor; usiez. Je ne vous prescris rien touchant les
et d'ajouter même quelques peines contre les jeûnes, les veilles et les autres macérations
coupables, s'il trouvait qu'ils n'eussent pas du corps, ne connaissant ni votre complexion,
été assez punis. Le concile s'était contenté ni votre vie passée, ni à quel degré de grâces
de les frapper d'excommunication.

Dieu vous a favorisé ou vous favorisera.
Epist. 20. 13. La lettre au moine Gislebert est une comme vous ne fermez ou n'ouvrez la porte

réponse à celle qu'il avait écrite à l'abbé de de votre cellule que suivant les besoins, n'ou-
Cluny, pour avoir de lui quelques instructions vrez votre bouche que pour édifier vos frères
sur l'état de retraite qu'il avait embrassé. et exhorter à la vertu les personnes de piété
Pierre reçut cette lettre le samedi saint, et qui iront vous voir. Fermez-la pour tous les
n'ayant pas trouvé le loisir de la lire avant discours inutiles ou qui sentent la vanité, ou
l'office, il ne fit aucune difficulté de la lire le murmure, ou la médisance. A l'exemple
étant assis auprès de l'autel, l'office déjà de Moïse, intéressez-vous auprès de Dieu
commencé. Il ne se repentit pas d'une lec- pour son peuple; priez particulièrement pour
ture qui lui parut néanmoins déplacée. Les l'Eglise, surtout en ce temps; pour ceux qui
sentiments de piété dont cette lettre était y président; pour toutes les puissances; pour
remplie, lui en inspirèrent à lui-même; et en les congrégations religieuses, nommément
gémissant intérieurement de se voir exposé pour celle de Cluny.»
au grand monde par les occupations de sa 14. Il la recommanda aussi au pape Inno- Epist. 21.
charge, il sentit une vraie joie de savoir que cent II pendant l'interrègne, cette abbaye se
Gislebert vivait comme y étant mort. Il ne trouvant alors plus exposée au pillage et au
laissa pas, pour contenter la faim qu'il avait brigandage. Il témoigna au même pape la 23.
de la parole de Dieu, de lui donner diverses peine qu'il avait d'envoyer des religieux pour
instructions sur les devoirs et les vertus des rétablir le bon ordre dans l'abbaye de Luxeuil,
moines, ou plutôt des reclus; car il paraît ne pouvant y députer que les meilleurs de sa
que ce religieux vivait dans la solitude et en communauté. Il ajoutait toutefois qu'il était
fermé, mais sous la dépendance d'un supé- prêt à obéir aux ordres de Sa Sainteté, aus-
rieur, de qui il recevait le vêtement et la sitôt qu'ils lui seraient notifiés par une se-
nourriture. Après lui avoir exposé les obli- conde lettre de sa part. La grâce qu'il de-
gations, les avantages, les tentations du genre mande au pape est de ne pas permettre aux
de vie qu'il avait choisi, Pierre de Cluny lui moines de Luxeuil de se choisir eux-mêmes un
dit : « Que votre cellule soit vide d'argent et abbé à Cluny, mais de leur ordonner de s'en
des richesses temporelles, mais remplie de ver- rapporter à son choix. En une autre lettre, il 27.
tus; afin que, comme il ne peut y avoir d’union lui donne avis des violences exercées contre
ni d'accord entre Jésus-Christ et Bélial, elle plusieurs archevêques, évêques et abbés, du
soit un lieu propre à conserver les trésors nombre desquels il était, dans la ville de
célestes. Plaisez-vous tellement dans votre Cluny, par des gens armés.
solitude, que vous ne méprisiez pas ceux qui 15. A la prière de Guigues, prieur de la 24, 25.
vivent plusieurs ensemble. Estimez-vous le Chartreuse, Pierre y envoya les Vies de saint
plus imparfait de tous et le dernier en vertu. Grégoire de Nazianze et de saint Chrysos-
Pensez, qu'étant en communauté, ils ont à tôme ; le livre ou la lettre de saint Ambroise
supporter le joug de l'obéissance, el qu'ils contre la relation de Symmaque, préfet de
ont quantité de saints exercices que vous Rome, qui voulait y faire rentrer le culle des
n'avez pas. Faites votre première occupation idoles. Il y joignit aussi, ce semble, le poème
de la prière; appliquez-vous ensuite à la mé- de Prudence sur le même sujet. Guigues avait
ditation des vérités saintes ; puis vous vous aussi demandé le traité de saint Hilaire sur
occuperez de la lecture, faisant de sérieuses les Psaumes ; mais il se trouva que l'exem-
réflexions sur ce que vous aurez lu. Ces trois plaire de Cluny n'était pas plus complet que
exercices seront suivis du travail des mains. celui de la Chartreuse. Pierre, de son côté,
Si vous avez des marais dans la proximité de lui demanda le recueil des lettres de saint
votre retraite, faites des nattes à l'imitation Augustin.
des anciens moines. Elles vous serviront de 16. On a vu dans l'article de saint Bernard 28.
·lit pour dormir. Arrosez-les de vos larmes qu'il reprochait aux clunistes de ne point se cApologie de
tous les jours, et fléchissez si souvent vos conformer à la règle de saint Benoît dans les

II Cor. vi,

Première objection.

et ciegu

Matth. 211, 21.

habits, dans la nourriture, dans le travail pardonné à saint Pierre? ne l'a-t-il pas chargé
des mains et la magnificence de leurs églises. du soin du troupeau, et constitué chef et
La lettre de saint Bernard, ou, comme on prince des apôtres, depuis même qu'il l'eut
l'appelle, son Apologie, parce qu'il y faisait renié trois fois ? La porte de la miséricorde
voir qu'on l'accusait à tort d'être l'auteur des ne doit-elle pas être ouverte aux pécheurs
différends qui régnaient entre les clunistes et jusqu'au dernier soupir? La règle même ne
les cisterciens, ou du moins de les fomenter, défend pas de recevoir au-delà de trois fois
est adressée à Guillaume de Saint-Thierry, celui qui par sa faute sort du monastère :
qui l'avait excité à se justifier. Pierre de elle dit seulement qu'il doit savoir qu'après
Cluny adressa la sienne à saint Bernard lui- trois sorties, la porte lui sera fermée, mais
même, pour qui il témoigne autant d'estime non qu'on ne pourra plus la lui ouvrir. »
que d'amitié. Entrant dans le détail des re- 19. « A l'égard des jeunes qu'on nous ac- Quatrième
proches qu'on faisait aux clunistes : « On cuse d'avoir changés ou réduits presque à obed ea,
nous accuse, dit-il, de recevoir les novices à rien, nous ne croyons point nous être écartés
profession sans épreuves, et sans observer de la règle de saint Benoit, si ce n'est peut-
l'année de noviciat, ainsi que la règle le être les mercredis et vendredis depuis la Pen-
prescrit. Mais quand le Sauveur dit au jeune tecôte, jusqu'au 13 septembre, où l'on ne
homme riche : Si vous voulez être parfait, doit, ce semble, manger qu'à none, et les
allez, vendez ce que vous avez, et donnez-le aux autres jours à sexte, ou à midi; mais la dis-
pauvres, lui accorda-t-il un an pour penser à position de ces heures est encore laissée à la
sa conversion ? En disant à saint Pierre de prudence de l'abbé. C'est en vain qu'on nous
quitter ses filets, et à saint Matthieu de quit- reproche de négliger le travail des mains : la
ter son bureau, ne les a-t-il pas faits apôtres règle ne l'a ordonné que pour éviter l'oisi-
dans le moment? En promettant l'observa- veté. Or, nous l'évitons en nous occupant de
tion de la règle de saint Benoit, avons-nous saints exercices, de la prière, de la lecture,
promis de ne pas observer l'Evangile ? Nous de la psalmodie.» Pierre de Cluny prétend que
ne faisons même rien contre cette règle, saint Maur, envoyée en France par saint Be-
puisque nous agissons selon les règles de la noit, voyant que le monastère qu'il avait bâti
charilé, en recevant, sans l'épreuve de l'an- dans le diocèse d'Angers, était pourvu suffi-
née entière, quelques novices, de peur de samment des choses nécessaires à la vie,
leur faire perdre leur vocation, et de les ex- sans que les moines fussent obligés de se les
poser à retourner au monde, s'ils n'étaient procurer par le travail de leurs mains, ne
arrêtés par la pensée de leur engagement. » leur prescrivit que des exercices spirituels.
Il ajoute, qu’encore que l'année d'épreuves Cet exemple est tiré de la Vie apocryphe de
soit prescrite par la règle, saint Benoît laisse ce saint.
néanmoins à l'abbé le pouvoir de régler tout, 20. Pierre rejette, comme une puérilité, le Sitiàme
de façon que les âmes soient sauvées; et que reproche que les cisterciens faisaient aux
la discipline de l'Eglise ayant varié suivant clunistes de ne pas se prosterner devant les
les différentes circonstances, il ne devait pas hôtes à leur arrivée et à leur départ, et de
être surprenant que la discipline monastique ne pas leur laver les pieds. « Si cette prati-
ait eu aussi ses changements.

que, dit-il, ne pouvait s'omettre sans ris-
17. « On nous demande, continue Pierre que de salut, comme nous disent ceux qui
de Cluny, par quelle autorité nous permet- nous font ce reproche, il serait nécessaire,
tons les fourrures, dont la règle ne dit rien ? ou que la communauté fût toujours dans la
Nous répondons à cela qu'elle ne les défend chambre des hôtes, ou que ceux.ci fussent
pas, et qu'elle permet en général d'habiller reçus dans le cloître et dans les officines du
les frères selon les saisons et la qualité des monastère. Mais il suivrait de là, à cause de
lieux. Elle n'a rien fixé sur les habits, lais- la grande quantité des hôtes, que les moines
sant le tout à la prudence de l'abbé.» Il donne ne seraient plus moines, et qu'ils n'en mène-
la même raison pour les autres habits de raient plus la vie, obligés de se trouver con-
dessous, la garniture des lits, et l'augmenta tinuellement avec des séculiers de toute con-
tion de la nourriture des moines.

dition, même avec des femmes. Il s'ensui18. « Nous recevons, dit-on, les fugitifs vrait encore que l'on devrait faire cesser au-delà des trois fois marquées par la règle. l'office et tous les autres exercices monastiCela est vrai; mais Jésus-Christ n'a-t-il point ques, pour vaquer au lavement des pieds.

objection

Deuxièmo objection.

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