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en reconnaissance des biens que Raoul, comte revenus. Il y avait dans le monastère plus de
de Péronne, fils de Hugues-le-Grand, frère trois cents moines, et la maison ne pouvait
de Philippe, roi de France, avait faits au mo- en entretenir au-delà de cent de ses propres
nastère de Crépy et à celui de Cluny, il or revenus, quoiqu'ils fussent nourris très-pau-
donne qu'après sa mort on lui fera deux vrement; en sorte qu'il fallait emprunter des
trentains; que chaque prêtre lui dira trois sommes considérables pour fournir à l'entre-
messes, et les non-prêtres trois fois les sept tien des deux cents autres, des étrangers et
psaumes de la pénitence; que dans les autres pauvres. Pour fournir aux dépenses néces-
monastères de l'ordre de Cluny, on lui fera saires sans emprunt, Pierre mit un autre or-
trois trentains, et tous les prêtres, sans ex. dre dans les recettes des fermes dépendantes
ception, célèbreront deux fois pour le repos de l'abbaye. Cet état, qui est représenté dans
de son âme; qu'en outre on fera à Cluny son le tome V des Mélanges de Baluze, prouve
anniversaire solennellement, comme d'un des bien que Pierre-le-Vénérable avait les quali-
plus grands amis et bienfaiteurs de l'abbaye tés nécessaires pour le gouvernement spiri-
après les empereurs et les rois; et que cha- tuel et temporel de ce monastère et de tout
que jour, pendant un an, on offrira pour lui son ordre.
le saint sacrifice. En cet anniversaire solen- 88. Il était d'un naturel doux, et réunissait
nel, on chantait pour le défunt la messe con un esprit élevé avec les talents propres à ins- de ses écrits.
ventuelle; tous les prêtres de la communauté pirer l'estime et la vénération. Si l'on en croit
de Cluny célébraient pour lui chacun une fois; un poète ? de son temps, l'abbé Pierre n'a-
les autres récitaient le psaume Miserere mei, vait point d'égal sous le ciel pour les quali-
Deus, et l'on donnait à manger à treize tés de l'esprit. Ses lettres en sont pleines; le
pauvres.

style en est aisé, pur, agréable et toujours
87. Pierre de Cluny dressa, la vingt-sep- égal, les pensées fines et délicates, les ré-
tième année depuis qu'il en était abbé, un état · flexions solides et judicieuses. Il y a du feu
de cette abbaye!, telle qu'elle était lorsqu'il dans ses discours et du nerf dans ses ou-
en prit possession, et de ce qu'il fit pendant vrages pour la défense de la religion. Mais
ces vingt-six ans pour l'améliorer. En entrant, il y a moins d'aménité et d'élégance dans ses
il trouva une église grande, mais pauvre; les vers que dans sa prose.
réparations ou entretiens en absorbaient les

Jogement

e l'abe baye de Clo

CHAPITRE XXXIX.

Wibald, abbé de Stavelo et de Corbie.

[Ecrivain latin, 1158.]

Wibald. See

trenus, tom, 11. amplias. collec. Mrten, pag. 153

1. L'abbaye de Stavelo, fondée par Sige commencem bert, roi d'Austrasie, dans l'Ardenne, au dio

cèse de Tongres, aujourd'hui de Maestricht,
avait pour abbé, en 1130, Wibald, homme de
beaucoup d'esprit et de vertu, conau dans l'bis-
toire de son siècle par les grands services qu'il

rendit à l'Empire et à l'Eglise. Il était lorrain Pag. 165. de naissance, d'où vient qu'il appelle cette pro

vince sa patrie, sa mère et sa nourrice. Mais il Epist. 306. faut l'entendre de la basse Lorraine, car il té

moigne aussi qu'il avait pris naissance dans le

pays de Liége. Il eut deux frères, Erebert et
Erlebold, et une sœur nommée Havid. Le
premier fit le voyage de la Palestine en 1148,
avec le roi Conrad, dont il était chancelier;
le second, après avoir fait profession de la
vie monastique à Saint-Laurent de Liége,
passa à Stavelo. Havid se consacra à Dieu
dans un monastère de filles, nommé Gerishem,
vers l'an 1150. Wibald, son frère aîné, lui
envoya un anneau, en la congratulant sur
l’état qu'elle avait embrassé.

Epist. 220.

1 Tom. V Miscellan. Baluzii, pag. 443.

2 Scit bene, scit mundus, quod haberis in orbe secundus... sub cæli cappa tibi non superest, nisi papa...

et fortasse bonis præcellis eu:n rationis. Rodulphus Tortarius, in Elogio Petri Venerabilis. Mabillon., lib. LXXVIII Annal., num. 45.

moine à Yag.

Stavelo. Ses études.

Il travaille Aree l'empe

rétablisse

Innocent, en 1136.

abbé de Sta.

Il so fail 2. Il fut mis, étant encore jeune, dans l'ab. arriva en 1133. Mais les schismatiques s'étant sor, puis ä baye de Stavelo, pour y apprendre les pre- remis en forces, il fallut les attaquer de

miers éléments des lettres et la grammaire, nouveau.

sous un vénérable vieillard appelé Reinard. 5. L'empereur Lothaire passa donc les Epist. 371. Ensuite il passa aux écoles de Liége, où il Alpes en 1136, suivi d'une nombreuse armée, reur pour le

apprit en très-peu d'années la dialectique, la et ayant convoqué une assemblée à Melphe, ment de page
rhétorique, l'arithmétique, la géométrie, l'as- l'abbé Wibald fut chargé, comme chef de
tronomie. C'était vers l'an 1115. Ennuyé du l'expédition contre Roger, roi de Sicile, seul Page 18
commerce du monde, il pensait sérieusement protecteur de l'antipape, de pourvoir à l'équi-
à le quitter. Stavelo avait pour lui de l'attrait, pement d'une flotte en soldats et en armes.

mais il en avait aussi pour la solitude de Vas- Il se rendit devant Salerne avec l'armée de Pag. 156. sor, au diocèse de Liége. Widric, qui en était l'empereur, et après la prise de cette ville,

abbé, y attirait par sa réputation grand nom. il passa en Sicile où l'ennemi s'était retiré.
bre de personnes de vertu et de savoir 4. Win Wibald, se voyant à portée du Mont-Cassin, 162.
bald y alla avec Ricber, un de ses condisci- y alla, autant par dévotion, que pour engager
ples. Ils y prirent l'habit monastique. Leur l'abbé et les moines, qui avaient pris le parti
dessein était d'y vivre dans la contemplation de Pierre de Léon, à rentrer dans l'unité de
des vérités de la religion et dans le repos. l'Eglise en reconnaissant pour pape légitime
Mais Widric chargea Wibald du soin des Innocent II. Raynald-le-Toscan, c'était le
écoles, avant même qu'il eût prononcé ses nom de l'abbé, fit serment de fidélité à Lo-
veux. Ceux de Stavelo le réclamèrent, et se thaire et au pape Innocent, mais il faussa
donnèrent tant de mouvements, qu'ils l'en- bientôt son serment. Il y avait contestation
gagèrent à y retourner.

sur la canonicité de son élection, et l'empeIl est fait 3. Cette abbaye, depuis la mort de l'abbé reur pensait à lui substituer Wibald, qui, velo, en 1130. Folmart, en 1106, dépérissait de jour en jour, : prévoyant ce qui devait arriver, était allé à

par la mauvaise conduite de ses successeurs. Naples sous prétexte d'affaires, mais en effet
Cunon et Rulland avaient essayé d'en rétablir pour se soustraire au fardeau qu'on voulait
les biens et l'observance; mais, morts tous deux lui imposer.
[dans le court espace de trois années), de 1128 6. De retour de Naples, où l'empereur l'a- Il est éla
à 1120 ils n'eurent pas le loisir de mettre leurs vait envoyé chercher, ce prince le pressa Cassin.

bons desseins à exécution. Wibald leur suco d'accepter l'abbaye de Mont-Cassin; il en fut Pag. 163. Pag. 90, 92. céda, ayant été élu sur la fin de 1130. En avril prié par l'impératrice Richise, par les arche

de l'année suivante, 1131, il reçut à Stavelo vêques, les évêques, les abbés, les grands
Lothaire III, roi des Romains, et la reine Ri- seigneurs qui se trouvaient à la cour de Lo-
chise son épouse. Ce prince confirma l’élec- thaire. Il le refusa. L'empereur le fit prendre
tion de Wibald, et, tant à sa prière qu'à celle de force et le livra aux moines de Cassin ?,
des moines de cette abbaye, il la mainlint qui, l'ayant conduit au chapitre, le procla-
dans la possession de ses droits et de ses pri- mèrent leur abbé d'une voix unanime, et

viléges par un diplôme daté du 13 de ce mois. l'installèrent en la manière ordinaire. LoIbid. nt pag. Adalberon, évêque de Liége, accompagna thaire, qui avait conçu de l'estime pour 168.

Lothaire jusqu'à Trèves, d'où étant revenu à Pierre Diacre, moine de Mont-Cassin, qu'il
Stavelo pour la fête de Pâques, il donna le avait vu, à l'assemblée de Melphe, prendre
lendemain à l'abbé Wibald la bénédiction avec ardeur les intérêts de son monastère,
abbatiale.

songeait à l'emmener en Allemagne et à lui 165. Il établitlo 4. Son premier soin fut de rétablir l'ob- donner l'abbaye de Stavelo à la place de Wi

servance régulière, et, à cet effet, il remit les bald; mais il changea de dessein sur les re

écoles en vigueur, et fit rentrer les biens alié- montrances de ce dernier. Pag. 168. 189. nés ou engagés par ses prédécesseurs. On ne 7. Cet abbé pensait lui-même à retourner

doute pas que Lothaire, qui connaissait sa dans sa première abbaye, voyant que sa pré- 1134. capacité dans les affaires, n'ait pris, étant à sence à Mont-Cassin ne faisait qu'irriter de Stavelo avec Innocent II, ses avis sur les plus en plus le roi Roger contre cette maison.

moyens de rétablir ce pape sur le Saint-Siège, De concert avec Landulphe, un de ses confi- Pag. 167. 160. et d'en chasser Pierre de Léon, comme cela dents, il sortit du monastère la nuit du 2 no- Epist. 3.

abbé de Mont

159.

bon ordre å Sta velo.

Il reteare à Sua relo, es

Chronic. Valciodor., tom. VII Spicil.

* Chronic. Cassin., lib. IV, cap. CXVIII.

Epist. 4.

Il y travaille

nés, en 1140.

u nd

[ocr errors]

Wibald emploie les vases sacrés aux frais de la

ane Eugene

lors

vembre de l'an 1137, et s'en retourna à Sta- une autre croisade contre les païens du Nord,
velo. Avant d'y arriver, il écrivit aux moines nommémentcontreles Sclaves qui ravageaient
de Mont-Cassin pour leur déclarer qu'ils eus- les terres des chrétiens, surtout des Danois,
sent à se choisir un autre abbé. Leur choix dont plusieurs avaient été tués par ces infi-
tomba sur Raynald Collemezzo, compétiteur dèles. Les chefs de cette croisade furent l'ar-
de Raynald-le-Toscan. Wibald, ayant appris chevêque de Magdebourg, les évêques d'Hal-
son élection, l'en congratula, et, par une se- berstat,de Munster,de Mersebourg et quelques
conde lettre aux moines de Mont-Cassin, il autres, avec le nouvel abbé de Corbie, Wibald;
les déchargea de l'obéissance qu'ils lui avaient il y avait aussi plusieurs seigneurs laïcs.
promise, et leur fit savoir qu'il renvoyail le L'armée, qui était de plus de soixante mille
sceau et l'anneau à l'abbé Raynald. C'étaient hommes, après avoir attaqué les Sclaves, fait
les marques de la dignité d'abbé, avec la le dégât dans leurs terres, brûlé quelques-
crosse et le livre de la règle.

unes de leurs villes, leur offrit la paix sous la 8. Depuis son retour à Stavelo, Wibald condition de se faire baptiser et de relâcher à faire rentrer continua à faire rentrer les biens de l'abbaye, les Danois qu'ils tenaient en esclavage. Ils

usurpés ou aliénés. Il ne put y réussir sans acceptèrent les conditions, mais ceux qui re

faire divers voyages à la cour du roi Conrad, çurent le baptême n'en observèrent pas les Pag. 168, 169.

à Cologne, à Liége, même à Rome. Etant en promesses, et tous continuèrent à maltraiter
cette ville en 1143, lors de la mort d'Inno les chrétiens. Ainsi l'on ne retira pas de cette
cent II, il obtint de Célestin II, son succes expédition le fruit que l'on s'en était promis.
seur, une lettre pour Adalberon, évêque de 11. Avant de se mettre en chemin, Wibald
Liége, que ce pape exhortait à prendre la avait envoyé le prieur de Corbie et le prévôt
défense de l'abbaye de Stavelo, et à employer, de Cresburch au pape Eugène, alors en croisade
s'il était besoin, les censures contre les dé France, dans l'abbaye de Saint-Denis, pour
tenteurs des biens de ce monastère.

recevoir de lui la confirmation de son élec-
9. A peine s'était-il reposé de ses voyages, tion. Elle fut accordée. Wibald se trouva
qu'il fut obligé de se trouver, sur la fin d'août dans un autre embarras avant son départ.
1144, à Corbie en Saxe, pour juger, avec L'abbaye de Corbie devait fournir son con-
d'autres abbés, des plaintes formées contre tingent pour les frais de la croisade. Tout 17:, 176.
Henri, abbé de ce monastère. Il fit tant auprès l'argent de la maison ayant été dépensé
du roi Conrad, que l'on arrêta la procédure. quelques années auparavant par l'abbé Henri,

Mais comme elle fut recommencée l'année il fallut avoir recours au trésor de l'église, et
Pag. 170.

suivante par Thomas, prêtre et cardinal de engager même les calices au duc de Saxe. 11
l'Eglise romaine, il prononça à Paderborne, fut dressé un acte des emprunts et dépenses
au mois de mars 1146, une sentence de dé- faits en cette occasion. La date est de l'an
position contre l'abbé Henri. Les moines de 1148, 324 ans depuis la fondation de la nou-
Corbie, qui en ces deux occasions avaient velle Corbie. Les partisans de l'abbé Henri
connu le mérite de Wibald, et qui n'igno- exagérèrent les dépenses de Wibald, répan-
raient pas le bien qu'il faisait dans son ab- dirent le bruit qu'il avait dépouillé les autels
baye de Stavelo, l'élurent pour leur abbé et donné au roi Conrad les vases sacrés et
d'un commun consentement et de l'avis de les autres richesses de l'église de Corbie, et
Bernard, évêque de Paderborne. Wibald ne le diffamèrent de telle façon auprès du pape
voulut point y consentir; les moines de Sta. Eugène, qu'il envoya un légat sur les lieux

velo s'y opposèrent; mais le roi Conrad ap- pour informer du vrai des accusations. Elles !172.

Epist. 46. puyant l'élection, manda à Wibald de se ren- furent trouvées fausses et l'on reconnut l'indre à Francfort le 6 décembre, pour y rece- nocence de Wibald. voir de sa main les régales comme abbé de 12. Environ un mois après l'expédition Corbie. Il fut reçu en cette abbaye le 18 du contre les Slaves, il alla à Stavelo, pour dé- i Stavelo. même mois, aux acclamations de toute la livrer ce monastère de l'oppression de Godecommunauté, et ceux mêmes qui avaient sou froi, comte de Namur, et de quelques autres tenu le parti d'Henri s'en rapportèrent à la seigneurs lorrains. Le roi Conrad, à son reclémence de Wibald.

tour de la Palestine, l'invita à une assemblée 10. Cependant le roi Conrad s'étant croisé qu'il devait tenir à Francfort, le 15 août de controles à Ratisbonne, pour aller au secours des chré- l'an 1149, pour des affaires d'état de la der

** tiens d'Orient, ordonna, avant son départ, nière importance. Il suivit ce prince à Bam

Il est éla abbé de Corbie, en 1146.

Pag. 176,

177.

178.

11 retourno

Pag. 178.

Croisade

Sclaves, ed 1148.

Sa mort en 1168.

berg, à Spire et en plusieurs autres villes; écrites depuis qu'il fut élu abbé de Corbie.
puis il fut envoyé en députation au pape Eu- Dom Martène les a fait imprimer au com-
gène et aux Romains, pour ménager avec eux mencement du deuxième tome de sa Grande
une expédition secrète contre la Sicile, en Collection, avec quelques autres lettres de
faveur de l'Eglise : mais la mort du roi Con- Wibald qui lui sont venues des abbayes de
rad fit renvoyer l'exécution de ce projet à un Corbie, de Vassor, ou qu'il a tirées de la
autre temps.

Chronique de Mont-Cassin, et des papiers de
13. Il eut pour successeur Fridéric, qui dom Mabillon. Il y a joint tous les diplômes,
connaissant la sagesse et la prudence de bulles et autres documents qui concernent la
l'abbé Wibald, partagea avec lui le gouver- fondation de Stavelo, ses droits, ses posses-
nement de l'empire. Ce fut sur lui qu'il se sions, ses priviléges 2. On voit que le monas-
reposa pour traiter de son mariage avec la tère de Malınédi situé dans le diocèse de
fille de l'empereur Manuel, en 1153. Wibald Cologne, devait être soumis à celui de Sta-
fit deux fois le voyage de Constantinople, en velo, comme une celle ou prieuré en dépen-
qualité de député du roi Fridéric vers l'em- dant; que l'abbé de Stavelo devait être choisi
pereur des Grecs. Il mourut au retour de sa entre les membres de cette communauté;
seconde députation, le 19 juillet 1158; digne mais qu'au cas qu'il ne s'en trouvât point Pag. 99, 91.
par la douceur et la pureté de ses meurs, qui en fût digne, on en choisirait un de Mal.
des premiers siècles de l'Eglise ; et l'un des médi, s'il y en avait de capable, sinon que
plus grands hommes de son temps par la l'on en prendrait d'ailleurs. Qu'au surplus, 100.
bonté de son génie, par sa prudence et ses les moines des deux monastères s'assemble-
autres excellentes qualités. Ses ossements raient en commun dans le chapitre de Sta-
furent rapportés de Butellie, ville de Paphla- velo, pour y procéder librement à l'élection
gonie, à Stavelo, par les soins d'Erlebold, de l'abbé.
son frère et son successeur, et inhumés ho- 15. Quoique Wibald n'eût accepté qu'à re- Epist. 1, 2,
norablement au milieu du cheur, en pré gret et comme par violence la dignité abba- li, coll. an-
sence de Henri, évêque de Liége, qui fit les tiale de Mont-Cassin, il ne laissa pas d'en tend.
obsèques.

prendre à cœur les intérêts ; et voyant que Lettres de 14. On conserve dans l'abbaye de Stavelo ce monastère avait tout à craindre des schis

un recueil des lettres de Wibald, dont la plu- matiques et des ennemis de l'empire, il pria
part sont intéressantes pour l'histoire de l'empereur Lothaire de le prendre sous sa

l'empereur Conrad, de Henri son fils, et de protection. Il rappelle à ce prince les maux Pag 182, 183. Fridéric son successeur. Il s'en trouve d'au- que l'abbaye avait soufferts de la part des

tres qui peuvent répandre beaucoup de jour Lombards, des Normands et des Sarrasins,
sur l'histoire des Eglises de Cologne, de pour s'être toujours attachée à l'empire ro-
Mayence, de Brême, de Minden et de plu- main et au Saint-Siége ; et parce que le dé-
· sieurs autres d'Allemagne ; et ce qui n'est tail de ceux qu'elle souffrait alors l'aurait
pas moins intéressant, on peut en tirer plu- mené trop loin, il dit à Lothaire qu'il les ap-
sieurs traits pour la discipline ecclésiastique prendra de Pierre, diacre de Mont-Cassin,
et monastique du XIIe siècle !. Il paraît que dans le voyage qu'il devait faire en Allema-
ce recueil était en deux tomes. Le premier gne, en Saxe, en Lorraine. Il ajoute que
n'existe plus; et il manque plusieurs feuillets l'histoire de l'empire romain, dont Lothaire
au second, qui ne comprend que les lettres 'avait chargé ce diacre, n'était point achevée,

pag. 183, tom.

pliss.

Mar

l'abbé Wibald.

1 Nous quittons avec regret, disent les auteurs de l'Histoire littéraire de la France, ce beau recueil que nous regardons comme une mine précieuse et abondante où l'on n'a presque pas encore fouillé. Les lettres de Wibaud ont, sur toutes celles qu'il renferme, cet avantage que les anecdotes historiques, quoique très-intéressantes, n'en font que le moindre inérile. Elles portent de plus, en caractères bien gravés, l'empreinte d'une âme forte, vigoureuse, élevée, non moins ferme dans l'adversité, que modérée dans la prospérité ; d'un caur noble et religieux ; d'un sens droit et d'un discernement exquis; d'un génie étendu, fécoud en ressources, et propre à les mettre en œuvre; d'un esprit doué d'une grande

facilité naturelle et cultivé par de bonnes études. Quoique la plupart écrites à la hâte, elles n'ont ni la sécheresse, ui la négligence du style ordinaire des dépêches. La diction en est correcte, agréable, tleurie, seinée de sentences, tantot tirées du fond de l'auteur, tantôt empruntées des livres saints ou des ouvrages soit ecclésiastiques, soit profanes de l'antiquité, et toujours employées avec goût. (L'éditeur.)

Le tome CLXXXIX, col. 1084-1506, reproduit tout ce que Martène a publié sur Wibald et sur l'abbaye de Stavelo. Deux notices précèdent les lettres de Wibald ; l'une est tirée de Fabricius, et l'autre de l'Histoire liltéraire de la France, tom. XII. (L'éditeur.)

parce que pressé par diverses tribulations, Brunswick. [La lettre de Reinard est repro-
il avait été moins en liberté d'écrire que de duite au tome CLXXXIX, col. 1153.]
pleurer. Pierre écrivit lui-même cette lettre 18. Avant d'accepter, Wibald écrivit à la Epist. 13 et
au non de son abbé. La suivante, adressée communauté de Corbie, de rendre compte
au même prince et à Richise son épouse, de l'élection au pape Eugène III. L'empereur
fait le détail des dommages causés à l'abbaye Conrad l'avait déjà fait, et demandé au Saint-
de Mont-Cassin par les Lombards, les Sarra- Siège que l'on unit à l'abbaye de Corbie les
sins et les Normands. Elles sont l'une et l'au- biens de deux monastères de filles, situés
tre de l'an 1137. Il paraît par la seconde, dans le voisinage. Le prieur de Corbie écrivit 16.
que l'on ne doutait pas en cette abbaye que aussi au pape, pour lui donner avis que l'é-

le corps de saint Benoît n'y fût encore. lection de Wibald s'était faite canoniqueF.pist. 3, 4,8. 16. Wibald, qui s'en était sauvé de nuit, ment, el du besoin qu'il y avait d'unir à

écrivit aux moines de Cassin de se choisir Corbie les possessions de ces deux monas-
un autre abbé, et renvoya les marques de sa tères de filles, Kaminat et Visbika, attendu 16.
dignité à Robert Colomezzo qui fut son suc- que l'on n'avait pu jusque-là y remettre le
cesseur. Thierry, abbé de Vassor, sachant le bon ordre, quelques soins que se fussent
retour de Wibald á Stavelo, lui envoya le re- donnés les abbés de Corbie. La lettre au
cueil qu'un de ses religieux, nommé Robert, cardinal Guy est sur le même sujet. Il y en a 18.
avait fait des miracles de saint Forannain, une seconde de l'empereur Conrad à Henri,
écossais de nation, évêque et premier abbé de duc de Saxe, à qui il recommande l'abbé

Vassor; le priant de le lire et de corriger ce Wibald. Par une troisième, il fait part au 20. 6. qui s'y trouverait de défectueux. Wibald loua pape Eugène III de l'élection de Henri, son

le zèle de Robert, pria que l'on continuất à fils, pour roi des Romains, et du dessein où il
recueillir les miracles du saint, et promit qu'à était lui-même de partir incessamment pour

son loisir il ferait ce qu'on souhaitait de lui. la croisade. Mais auparavant il se recom- 31. 7. 17. Ayant été choisi abbé de Corbie en manda aux prières de Wibald, et le chargea

1146, le roi Conrad, qui avait souhaité cette de l'éducation de son fils Henri".
élection, lui écrivit de se rendre à Francfort 19. La pape ne confirma pas l'union des 25. 26.

le 6 décembre, fête de saint Nicolas, pour y deux monastères à celui de Corbie; mais
8. recevoir de sa main l'investiture. Mais il aussi il ne changea rien à la disposition que

pria ce prince de trouver bon qu'il examinat l'empereur Conrad en avait faite. Wibald, as-
auparavant la canonicité de son élection, suré par le cardinal Guy, chancelier de l'E-
parce que jusque là il n'était venu personne glise romaine, qu'il pouvait sans manquer à
de Corbie pour lui en faire connaître les cir- son de voir quitter Stavelo pour aller à Cor-
constances. Le roi Conrad la notifia lui-même bie, s'y rendit. Ce fut de là sans doute qu'il 33.
par lettre au doyen et aux religieux de l'ab- écrivit au cardinal Guy, en faveur de l'abbé
baye de Stavelo, en•leur marquant que Wibald de Fulde, molesté par quelques moines qui,
continuerait d'être leur abbé; et que s'il les oubliant leurs voeux et leur règle, n'avaient

privait pour un temps de sa présence, c'était d'autre guide que l'ambition dans les procès 9, 10. que le bien du royaume le voulait ainsi. Les qu'ils lui suscitaient. Il lui recommanda aussi

moines de Corbie remercièrent ceux de Sta- l'abbé Reinard, qu'il avait eu pour maitre à

velo, du consentement qu'ils avaient donné Stavelo. Il s'intéressa auprès de Henri, évê- 40. 11. à l'élection de Wibald. La réponse de ceux- que de Liége, pour faire restituer à cette ab

ci contient un fort bel éloge de Wibald. Ils baye les biens qu'on lui avait enlevés, quoi-
demandent à leurs confrères de Corbie de qu'ils eussent été confirmés par les papes
le traiter avec beaucoup d'honneur, et de Honorius et Innocent II, et qu'Eugène III, en
soutenir avec leurs épaules les bras de ce lui mettant la croix pour l'expédition contre
Moïse, pendant qu'il priera pour la défaite les Sclaves, l'eût mis, lui et les biens de sa dé-

d'Amalec, c'est-à-dire des ennemis, tant de pendance, sous la protection du Saint-Siége.
12. l’Eglise de Corbie, que de Stavelo. Wibald Cet évêque lui demanda à son tour de venir ».

reçut sur son élection une lettre de congratu- à Liége, l'aider à remédier aux désordres qui
lation de la part de Reinard, abbé de Reine- régnaient dans son diocèse. Il se tint à cet
bausen, dont nous avons un opuscule sur la effet un synode; mais il était fini, quand Wi-
fondation et les commencements de son
église, au deuxième tome des Ecrivains de 1 Pag. 203.

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