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402.

promit de ne faire ni paix, ni trève avec les parlement que l'empereur Fridéric devait
Romains, ni avec Roger, roi de Sicile, sans tenir à Cologne, le 1er novembre 1153, fête
le consentement et la libre volonté de l'Eglise de Tous les Saints; et ce prince lui promil
romaine, du pape Eugène, ou de ses succes. qu'on obligerait le comte Palatin de Sumer-
seurs qui voudraient garder le traité fait avec bure, de réparer les torts qu'il lui avait faits.
le roi Fridéric; de travailler de toutes ses Henri, comte de Salmes, en avait aussi beau- Epist. aut,
forces à rendre les Romains aussi soumis au coup causé à l'abbaye de Stavelo. Wibald,
pape, qu'ils l'avaient été depuis cent ans; de qui y était retourné par ordre du roi et des
défendre conire tous la dignité papale, et les cardinaux, fit à ce comte le détail de tous
régales de saint Pierre, comme avoué de l'E- ces dommages, et lui en demanda la répara-
glise romaine, et à l'aider à recouvrer ce tion, ajoutant, qu'au cas de refus de sa part,
qu'elle avait perdu; de n'accorder aucune il se pourvoirait auprès du roi et des grands
terre à l'empereur des Grecs deçà la mer; du royaume. Le comte se plaignit de son
et s'il en envabissait quelqu'une, l'en chasser côté des injures qu'il avait reçues; et pour
au plus tôt, selon son pouvoir actuel, ou s'il ne pas rompre avec l'abbé Wibald, qu'il ai-
ne le pouvait alors, d'aider à l'en cbasser. Le mait, il le fit juge de leurs différends.
pape promit aussi, par l'autorité du Siége 40. Cet abbé fit annuler un acte par lequel 403.
apostolique, avec les cardinaux présents, de Poppon, l'un de ses prédécesseurs, avait ac-
donner au roi la couronne impériale, quand cordé à un laïque, à titre de bénéfices, des
il viendrait la recevoir; de l'aider de tout son redevances appartenant à l'église de Sta-
pouvoir à maintenir et augmenter sa dignité, velo; ce qu'il fit à cet égard , fut confirmé
employant pour cet effet les censures ecclé dans une assemblée où se trouvèrent Ar-
siastiques; et d'empêcher l'empereur grec nold, archevêque de Cologne, Henri, évêque
de faire aucune conquête deçà la mer. Ce de Liége, et Anselme d'Hævelebergen, et par
traité fut signé, de la part du pape, par sept un décret de l'empereur, qui défendit pour
cardinaux et deux abbés; et de la part du toujours ces sortes d'aliénations.
roi, par deux évêques et trois comtes. Néan 41. Le pape Anastase IV, qui avait des 406.
moins, le roi Fridéric n’entreprit aucune ex preuves du zèle de l'abbé Wibald pour les
pédition en Sicile contre le roi Roger sous le intérêts de l'Eglise romaine, lui en témoigna
pontificat d'Eugène II, et ce pape, suivant sa reconnaissance en lui accordant, à la
les avis de l'abbé Wibald, se réconcilia avec prière de quelques cardinaux, l'usage de por-

les Romains, ainsi que nous l'apprenons i de ter l'anneau, et lui en envoya un par Gérard, Epist. 388,

Romuald de Salerne. Wibald fit aussi ce qu'il cardinal-diacre, qui allait en Allemagne. Les 405.
put pour engager Manuel, empereur de Con- abbés, dans le XII° siècle, ne portaient donc
stantinople, à vivre en paix avec le roi Fri- l'anneau que par privilége du Saint-Siége,
déric, et à cimenter cette paix par un ma- qui ne l'accordait qu'avec distinction du mé-
riage de quelque personne de son sang avec rite et des personnes.
ce prince.

42. En 1156, l'abbé de Corbie porta ses 393.

39. Le pape Eugène III mourut en odeur plaintes à l'empereur Fridéric contre l'évê- 123 de sainteté, du 7 au 8 juillet 1153, après huit que d’Osnabruck, qui avait usurpé, dans la ans, quatre mois et seize jours de pontificat. Nortlande, des dîmes assez considérables, Il eut pour successeur Conrad, évêque de appartenant à son abbaye; il fit encore d'auSabine et cardinal, qui prit le nom d'Anas- tres plaintes à ce prince, qui étaient plus de tase IV. L'abbé de Corbie aurait fait volon- son ressort. La cause fut d'abord portée au tiers le voyage de Rome pour le féliciter de pape Adrien IV, qui avait succédé à Anasson élévation, et le mettre au fait de plu- tase le 3 décembre 1154. Adrien en commit sieurs affaires qui intéressaient le Saint la connaissance à Wicmann, archevêque de Siége; mais obligé de travailler aux prépara- Magdebourck, avec pouvoir de terminer l'aftifs de l'expédition prochaine en Italie, il se faire. L'empereur ordonna aussi à Wicmann contenta de lui écrire avec le respect d'un de l'examiner avec soin, et de la finir. L'arfils à son père, et la confiance d'un ami; car chevêque cita à son tribunal l'évêque d'Os

il y avait vingt-cinq ans qu'ils étaient liés nabruck et l'abbé de Corbie, à jour certain, 399. d'une étroite amitié. Wibald fut invité à un dans la ville de Mersebourg. L'évêque d'Os

407 408.

412 et seg.

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nabruck fit défaut, disant qu'il aimait mieux tres lettres, le pape marquait à Wibald d'em- Epist. 427.
renoncer à son évêché, qu'à des dîmes que pêcherque quelques maisons religieuses, qu'il
son Eglise possédait paisiblement depuis plus nomme, souffrent des dommages au passage
de soixante ans. Cependant, après avoir pris de l'armée.
conseil, il se mit en chemin; et étant tombé 44. C'était apparemment celle qui devait 437.
malade, il s'en retourna : deux chanoines pénétrer en Italie. Avant d'entamer cette ex-
comparurent en sa place. Wibald au con- pédition, l'empereur avait remporté une vic-
traire comparut en personne au jour nommé, toire complète sur les Polonais. Il en envoya le
qui était le 23 janvier. Il produisit les diplô- détail à l'abbé de Corbie, avec les conditions
mes et les priviléges des empereurs, qui sous lesquelles le roi Boleslas s'était rendu
prouvaient que ces dîmes avaient été don- au vainqueur. Une était qu'il serait de l'ex-
nées à l'abbaye de Corbie par Louis-le-Pieux, pédition d'Italie. Par la même lettre, il priait
lors de sa fondation; qu'elle les avait possé- Wibald de venir le joindre la veille de Saint-
dées jusqu'au règne de l'empereur Henri IV, Michel, pour lui communiquer son dessein
qui, pendant son schisme avec le pape, les touchant la légation dont il voulait le char-
avait données par dépit à l'évêque d’Osna- ger vers l'empereur des Grecs. Ce fut pour
bruck, qui n'en avait jamais joui paisiblement la seconde fois qu'il fit le voyage de Cons-
Les chanoines n'insistèrent que sur l'impos- tantinople en qualité de légat.
sibilité où leur évêque s'était trouvé de venir. 45. Il était, sur la fin de 1154, passé en
à Mersebourg. Wibald répondit, que puisqu'il Italie avec Fridéric !, et ce prince, par ses
avait eu assez de force pour s'en retourner, conseils, s'y était fait couronner roi des Lom-
il pouvait en avoir assez pour comparaître; bards. Wibald entra avec lui à Rome au mois
et voyant que la contestation traînerait en de mai de l'année suivante 1155. Fridéric y
longueur, si on la laissait au jugement de reçut des mains du pape Adrien IV la cou-
l'archevêque de Magdebourg, il en appela ronne impériale. Incertain des motifs qui
au pape Adrien, et cita l'évêque d'Osnabruck amenaient ce prince à Rome , il envoya au
à comparaître dans l’octave de saint Martin. devant de lui une députation. Mais il fut bien- 616.
Wicmann en donna avis au pape. Mais l'em. tôt rassuré par l'abbé de Corbie, dont il ré-
pereur Frideric, à qui la présence de Wibald compensa les services et l'affection envers
était nécessaire, l'engagea, quoiqu'avec l'Eglise romaine par une bulle confirmative
peine, à se désister de son appel; il écrivit des droits, biens et priviléges des abbayes de
au chapitre d'Osnabruck de terminer le procès Stavelo et de Corbie. La même bulle lui ac-
à l'amiable : ajoutant que s'il n'était pas fini corde l'usage des sandales et de la dalma-
pour un certain temps, il se chargeait lui- tique dans les principales solennités de l'an-
même de le décider.

née, et met l'abbaye de Corbie sous la proEpist. 4 23. 43. Il écrivit, en 1157, à Wibald, de se ren- tection du Saint-Siège, avec exemption de

dre, le troisième dimanche d'après Pâques, toute autre juridiction. Il y a deux autres 619.
à Nimègue, où il avait besoin de ses conseils. bulles où le même pape unit à l'abbaye de Cor-
Par la même lettre, ce prince lui fit savoir bie, celle de Werbé, soumise immédiatement
qu'il ne pensait plus à l'expédition contre la au Saint-Siége, tant pour le spirituel que pour
Pouille, parce que les Grecs en avaient été le temporel. Wibald obtint aussi des diplômes 601 et seq.
chassés, mais qu'il y en avait une d'indiquée en faveur de ses deux abbayes de Stavelo et
contre les Milanais, pour la veille de la Pen- de Corbie, des empereurs Conrad et Frideric.
tecôte, qu'il remettait à sa prudence. Le pape On les a fait imprimer à la suite du recueil
Adrien, ayant appris que quelques-uns s'ef- de ses lettres.
forçaient de diminuer ou même d'éteindre 46. On ne connait point d'autres écrits de Oon'a poiul
dans Fridéric l'amour et le respect qu'il avait Wibald. Ses grandes occupations ne lui don- de Wibald

pour le Saint-Siège, lui envoya des légals. Il naient guère le loisir de travailler sur l'Ecri- ipas. Antra 429 4 430. les recommanda à l'abbé de Corbie, le priant ture sainte ou sur des matières intéressantes de sa vie.de

de leur procurer tous les bonneurs et tous les pour la religion. Mais il proposait quelquefois s lettres. secours convenables, de travailler avec le roi aux autres des questions à éclaircir et à ré

à l'agrandissement de l'Eglise romaine et à soudre. Il pria Anselme 2, évêque d'Havel439. tout ce qui pouvait lui être utile, de l'enga- bergen, de lui marquer ce qu'il pensait de la

ger surtout à demeurer ferme dans sa véné-
ration pour le Siége apostolique. Dans d'au- 1 Wibald, vita, pag. 179. — 2 Epist. 142.

circonsta aces

gement sal

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création des anges. Il engagea Henri', moine que l'on voit encore dans la bibliothèque de de Stavelo, à la composition d'un ouvrage qui cette abbaye, ne soient l'ouvrage de Wibald. devait être un monument éternel de son es. On en juge ainsi 3 par les caractères du maprit et de sa capacité. Nous n'en savons pas nuscrit, qui sont du XIIe siècle, et par le bel le sujet. On a vu plus haut ? qu'il avait ap- ordre et la décence des rits. Sa lettre à Maprouvé le recueil que le moine Robert avait negold 4 mérite d'être lue, tant pour l'érufait des miracles du saint abbé Forannan, et dition qui y brille de toutes parts, que pour qu'il l'exhorta à le continuer. On ne doute la beauté des sentiments et l'aisance du pas que les anciens rits de l'Eglise de Corbie, style.

CHAPITRE XL.

Chunon ou Conrad, abbé de Moury en Suisse; (Hermann, chanoine régu

lier de Cologne; Udascalque, moine de Saint-Ulric d'Augsbourg; Munio ou Martin, évêque de Mondonhédo; Hugues, évêque de Porto; Girald ou Girard, chanoine de Compostelle, écrivains latins du XIIe siècle.

A tes de la fondation de

més de plasieurs.

1. Les actes de l'origine de cette abbaye, Moury, a ti située au diocèse de Constance, sur les bords

de la rivière de Bintz, à une lieue au-dessus de Bremgarten, et à six de la ville de Bade, sont devenus célèbres par l'usage que les généalogistes en ont fait pour établir leurs divers systèmes touchant la maison d'Hapsbourg, d'où descendent celles d'Autriche et de Lorraine. Aussitôt qu'ils furent rendus publics, on les reçut avec joie, et plusieurs en firent autant de cas que des plus anciens originaux. Guillimann 5 les cita souvent avec éloge, comme des monuments dignes de foi. Christophe Hartmann 6 en usa de même. Eccard s'en autorisa ? pour faire descendre l'empereur Rodolphe de Gontrand-le-Riche et de Radeboton, comte d'Hapsbourg. Il fit même imprimer ces Actes tout entiers dans le Recueil des preuves de la maison d'Autriche, à Leipsik en 1721. Dom Bernard Pez 8 en releva aussi l'autorité, et avant tous ces généalogistes les pères Vignier et Chifflet entrèrent assez dans l'idée que présentent ces Actes sur l'origine de la maison d'Hapsbourg.

2. Blondel ! en pensa différemment. La de leur asto- généalogie des comtes d'Hapsbourg, qu'on

lit à la tête de ces Actes, lui parut fautive, et l'autorité des Actes mêmes fort suspecte. Dom Marquard Hergott, connu depuis longtemps

dans la république des lettres par plusieurs excellents ouvrages, sans rejeter absolument cette généalogie et ces actes, a entrepris de montrer qu'ils ne pouvaient passer pour des monuments dignes de foi en tous points; qu'on y trouvait des erreurs contre la vérité de l'histoire et de la chronologie; enfin que l'édition qui en a été faite à Paris en 1618, par Pégrest, se trouvant remplie de fautes, il s'était cru obligé d'en donner une nouvelle, collationnée avec soin sur le manuscrit même de l'abbaye de Moury. Ces Actes ainsi corrigés font partie du tome jer de la Généalogie diplomatique de la maison d'Hapsbourg, imprimée à Vienne en 1737, in-fol. Dom Hergott y a joint ses remarques sur l'âge et la qualité du manuscrit dont il s'est servi, et ses conjectures sur l'auteur de ces Actes, et le siècle où il vivait.

3. Sa crilique sur tous ces points déplut aux propriétaires du manuscrit. Dom Gérold, alors abbé-prince de Moury, voyant les Actes de la fondation de son abbaye attaqués, chargea dom Fridolin Kopp, que son mérite a depuis élevé à la dignité d'abbé, d'en prendre la défense. Son ouvrage sortit de l'imprimerie même de l'abbaye de Moury, en 1750, in-4°, sous le titre de Défense des Actes de ce monastère, pour et contre le R. P. dom

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(aelquesuas doutent

rité.

1 Epist. 106. - 2 Epist. 6.
3 Epist. 182. – Epist. 147.

3 Guillimau., in Hapsb., lib. IV, cap. III; lib. V, cap. Iv; lib. VI, cap. 11.

6 Hartmann., in Annal. Eremi Deip., in vita Em bricii, Abb. v,

? Eccard., de Origin. Hapsburg., in præfat., pag. 4; et in probat., pag. 199.

8 Pez., Epist. ad Comit. de Zinzendorf., pag. 31.

9 Blondel, Genealog. Franc., pag. 375 ; et D. Hergott., Prolegom. 1, num. 10.

ces actes.

Critique de l'Apologie.

Marquard Hergott. Cette apologie est divisée ils ont écrit. La Généalogie de la maison d'Haps-
en deux parties. Dans la première, dom Koppbourg est défectueuse en plusieurs points :
rapporte les divers jugements que les savants 1° Il y est dit que la comtesse Itta, épouse de
ont portés du manuscrit de Moury. Il en fixe Radeboton, comte d'Hapsbourg, était seur
l'âge, en soutient l'authenticité, et, descen- de Thierry, duc de Lorraine, et conséquem-
dant dans le détail de la généalogie des comtes ment fille de Fridéric Jer et de Béatrix, duc
d'Hapsbourg, qui se lit au commencement du et duchesse de Lorraine et de Bar. Mais les
manuscrit, il montre qu'elle est de deux écri- chronologistes et les écrivains du pays ne
vains, dont l'un a rapporté les cinq premières connaissent d'autre enfant de Frideric ler et
généalogies, l'autre les trois dernières. Dans de Béatrix que le duc Thierry, qui fut père
la seconde partie, dom Fridolin traite en par- du duc Frideric II, et l'on ne voit par aucun
ticulier des comtes d'Hapsbourg, depuis Gon ancien monument que Béatrix se soit rema-
trand-le-Riche jusqu'à Rodolphe Jer, roi des riée après la mort de Frideric ser, arrivée en
Romains, et depuis empereur.

984. 2° Itta, qui, ce semble, était déjà mariée Editions de 4. A la défense des Actes de Moury, l'au- en 1027 ?, ne pouvait être seur du duc

teur a ajouté les Actes mêmes, ce qui en fait Thierry, qui ne mourut qu'en 1115, quatre-
une quatrième édition. Il y en a une cin- vingt-huit ans après le mariage d’Itta. 3. Cette
quième de Pierre Ludevig, à Francfort et à généalogie donne pour fils au duc Thierry le
Leipsik en 1718. Celle de dom Kopp a été duc Gérard, en quoi elle est contraire à la
revue sur le manuscrit de l'abbaye. L'édileur généalogie de saint Arnould, revue et approu-
l'a cru nécessaire pour corriger quelques vée ? de tous les savants, selon laquelle le
fautes dans les éditions précédentes, occa- duc Thierry eut pour fils Frideric II et non
sionnées par les abréviations fréquentes dans pas Gérard. S'il y a des défauts dans la gé-
ce manuscrit. Mais il est arrivé qu'il a pris néalogie de saint Arnould, on convient que
pour fautes ce qui pouvait n'en être pas, et ce n'est que dans les ascendants depuis
qu'il n'a pas toujours réussi à justifier les Thierry jusqu'à saint Arnould, et que pour
Actes de la fondation de son monastère. C'est les descendants de Thierry jusqu'à nos jours
ce qui a fait naître une critique de son Apo- elle est bien suivie. Elle est encore contraire
logie, où, en usant de toutes les bienséances au titre de fondation de l'abbaye de Bouzon-
que dom Kopp avait observées lui-même en ville, et à tous les monuments les plus incon-
vers dom Hergott, on soutient, comme a fait testables et les plus authentiques de la Lor-
ce dernier, que la Généalogie et les Actes de raine, rapportés par dom Calmet dans le
la fondation de Moury ne sont pas exempts de Recueil 3 des preuves de l'histoire de cette pro-
fautes. Cet écrit est de dom Rustein Héer, vince. 4° Les Actes de la fondation de Moury
bénédictin de l'abbaye de Saint-Blaise, dans font 4 la comtesse Itta non-seulement sour
la Forêt-Noire, associé à dom Hergott pour du duc Thierry, mais aussi de Vernaire, évê-
la composition de l'Histoire numismatique de que de Strasbourg. Mais c'est une nouvelle
la maison d'Autriche, dont le premier volume erreur. La comtesse Itta avait, selon les
fut imprimé à Vienne en 1750, in-fol.; le se mêmes Actes, épousé le comte Radeboton;
cond et le troisième à Fribourg en Brisgau el ce comte était, suivant la table généalo-
„en 1752 et 1754, ouvrages qui montrent dans gique qui se voit à la fin de l’Apologie, frère
ces deux doctes écrivains autant de goût que de Vernaire, évêque de Strasbourg. Itta ne
de lumières, et une profonde connaissance pouvait donc être sa sœur, mais seulement

des matières sur lesquelles ils prononcent. sa belle-soeur. Les auteurs de la Gaule chréLa Généalo. 5. La discussion de tous les articles qui tienne prétendent même que Vernaire était son d'Habe- regardent cette dispute littéraire nous mène- fils de Radeboton, et apparemment d'Itta; en

rait trop loin et serait inutile à beaucoup d'é- quoi ils se fondent sur le diplôme de la fon-
gards. Nous nous contenterons de nous ex- dation de l'abbaye de Moury, où cet évêque
pliquer sur l'authenticité de la généalogie se donne pour frère germain de Lancelin,
qu'on a mise à la tête des Actes de l'origine qu'ils supposent avoir été aussi fils de Rade-
de Moury, sur les auteurs tant de cette gé- boton et d'Ilta.
néalogie que de ces Actes, et sur le temps où 6. Il suit de tout cela que l'auteur de cette
1 Acta Murensia, pag. 8, 9.

* Pag. 8, 9. 2 Calmet, Hist. de Lorraine, tom. I, pag. 122, 132. 3 Tom. V Galliæ christianæ, pag. 1036. 3 Ibid., pag. 543 et seq.

gie de la mai.

bourg n'est PAS exacte.

En quel

généalogie a été faite.

Actes de l'origine de

daps le x11€

tamps cette généalogie n'était ni au fait des comtes d'Haps. fait les fonctions de supérieur et porté le nom

bourg ni de leur maison, et qu'il savait en- d'abbé. Or, il est convenu parmi les histo-
core moins ce que c'est que d'écrire une gé- riens 5 de cette maison, que Chunon ou Con-
néalogie, puisque dans celle-ci, où il se pro- rad succéda immédiatement à Ronzelin; c'est
posait de donner la suite des comtes d'Haps- donc ce Conrad qui a écrit les Actes de l'ori-
bourg en ligne directe, jusqu'à Rodolphe Ier, gine de ce monastère. Ce qu'on dit de lui fait
roi des Romains, il passe sous silence Rade- voir qu'il en était capable. Chunon ou Con-
boton, regardé comme la tige de la maison rad, disent les auteurs 6 de la Gaule chré-
d'Autriche, dans le système de ceux qui ne tienne, élu, de moine de Saint-Blaise, abbé
remontent pas jusqu'à Gontrand-le-Riche. Il de Moury, en 1145, obtint une bulle du pape
suit encore que cette généalogie, dans l'état Adrien IV, qui lui permettait de célébrer
qu'elle est aujourd'hui, n'a été achevée que l'office divin pendant l'interdit jeté sur le
sur la fin du XIII° siècle, quelque temps avant pays, et une autre bulle, en 1159, confirma-
que Rodolphe ser fût couronné empereur, ce tive de tous les droits et priviléges du monas-
qui arriva en 1273. Enfin, qu'étant écrite de tère. Après y avoir rétabli l'étude des belles-
la même main que les Actes de l'origine de lettres, un peu négligées auparavant, il se
Moury dans le manuscrit de cetle abbaye, on démit de son abbaye vers l'an 1166, et mou-
doit dire nécessairement que ce manuscrit rut le 2 novembre 1188. Les anciens ? monu-
est aussi de la fin du xiile siècle, mais que ce ments de l'abbaye de Saint-Blaise marquent
n'est qu'une copie.

ce Conrad pour le cinquième abbé qu'elle de 7. On en conviendra, si l'on fait attention avait donné à celle de Moury. Mais il paraît Moury, écrits que l'auteur de ces Actes dit nettement en plu- que Conrad y fut d'abord envoyé pour faire siècle. sieurs endroits qu'il vivait à Moury sous reprendre vigueur aux études, et que ce ser

l'abbé Ronzelin; qu'il aida , avec ses con vice rendu à ce monastère l'en fit choisir
frères, à démolir 1 l'autel qu'une noble ma- abbé après la mort de Ronzelin.
trone avait fait bâtir sous l'abbé Udalric, pré- 9. Chunon rendit un autre service à son Caquil y a
décesseur de Ronzelin; qu'il vit lui-même les abbaye en mettant par écrit l'origine de sa bile dans ces
reliques que l'abbé Ronzelin fit enfermer fondation et tous les biens qu'elle avait reçus
dans le nouvel aulel; qu'il était à Moury ? de ses fondateurs ou qu'elle avait acquis
lorsque cet abbé fit, en 1132, l'acquisition d'elle-même par ses épargnes, soit de son
d'un fonds de terre. De la manière dont il en temps, soit sous les abbés ses prédécesseurs.
décrit les suites, il paraît qu'alors l'abbé Le fondateur de Moury fut Vernaire, évêque Act. Mo.
Ronzelin était mort; qu'ainsi l'auteur écri- de Strasbourg. Le monastère fut mis sous la 7,8.
vait après l'an 1145, auquel Ronzelin mourut, protection du Saint-Siége, avec l'obligation
et avant l'an 1188, qu'il mourut lui-même, d'un cens annuel à saint Pierre. L'acte de
comme on le verra dans la suite.

fondation est de l'an 1027. Il paraît, par les pag. 9.
8. Non-seulement cet auteur nous fait con- termes dans lesquels il est conçu , que Vernaire
naître le temps auquel il vivait, mais aussi était fils de Radeboton, et non pas son frère.
quelle place il occupait dans le monastère C'est ainsi que l'ont entendu les auteurs de la
depuis la mort de l'abbé Ronzelin. Tantôt il Gaule chrétienne, comme on vient de le remar-
se montre comme disposant 3 de tout en su- quer, et dom Mabillon dans le tomelV8 des An-
périeur, soit pour le temporel, soit pour le nales de l'ordre. Vernaire ordonna qu'on sui-
spiriluel; tantôt il se met au nombre 4 des vrait à Moury la règle de saint Benoit; que
abbés, en donnant ce titre à ses prédéces- les moines auraient la liberté de choisir leur
seurs; et quoiqu'il ne se nomme pas, on ne abbé, soit dans la communauté, soit dans un
peut, ce semble, douter que son nom n'ait autre monastère; que l'abbé, de l'avis de ses
été Chunon ou Conrad, successeur immédiat religieux, choisirait un défenseur du monas-
de l'abbé Ronzelin. Nous venons de voir que tère dans la famille du fondateur. La com-
l'auteur avait vécu à Moury sous l'abbé Ron- tesse Itta, femme de Radeboton, fit beaucoup
zelin; qu'après la mort de cet abbé il y avait de bien à Moury: d'où vient que dans le Né-

de remarque

acles.

rens. pag. 6,

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L'auteur de ces actes est Conrad, abbe de Moury.

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1 Acta Murens., pag. 50, 51.
. Pag. 86.
3 Actor. Murens., pag. 6, 35, 76, 77, 79, 80, 88.
• Pag. 59, 61.
5 Kopp. Vindiciæ, part. 1, cap. vii, pag. 40; Ano -

nym, denudatus, lib. I, cap. XII, pag. 109, 110, 111;
Idea Congregat. Bened. in Helvetia, pag. 40.

8 Gallia Christiana, tom. V, pag. 1038. 7 Anonym. denudat., pag. 110. 8 Lib. Lvi, pag. 331, num. 9.

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