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lités des donatistes, des manichéens et des y disputaient sur les matières à la façon des
pélagiens; que saint Jean Damascène suivit écoliers, agitant des questions qui, hors de
les hérétiques de son temps dans tous leurs l'école, n'étaient que de médiocre ou d'au-
détours, démêlant leurs équivoques, et dé- cune utilité.
veloppant leurs sopbismes : ce qu'il n'aurait 16. Gautier de Saint-Victor? se déclara ou- Oppositions
pu faire sans les lumières de la dialectique, vertement contre cette nouvelle méthode. Il velle méthode.
dont il avait une si exacte connaissance, qu'il se plaignit qu’on osât établir par des argu-
en fit un traité très-utile pour l'intelligencements ineptes, et par les règles de la philo-
des pères grecs. Boëce, sénateur romain, sophie d'Aristote, les plus profonds mystères,
habile théologien et bon philosophe, em- que les esprits les plus sublimes ne peuvent
ploya, dans les traités de l'Unité de Dieu, de pénétrer. Il alla jusqu'à suspecter d'hérésie
la Trinité et de l'Incarnation, les termes les les maîtres et les disciples. Ceux-ci en usè-
plus abstraits de la philosophie, uniquement rent de même envers ceux qui demeuraient
pour ne faire connaitre ces mystères qu'à un attachés à la théologie positive : en sorte
certain nombre de personnes à qui ces ter- qu'il s'éleva entre eux une guerre qui eut de
mes étaient connus, et pour les cacher aux fâcheuses suites. Ils se chargeaient mutuelle-
autres. Jean Scot, plus philosophe que théo- ment d'injures : les scholastiques appelaient
logien , mettait en æuvre toutes les subti. ânes et stupides les sectateurs de la théolo-
lités de la dialectique pour prouver ses sen gie positive : ceux-ci donnaient aux scholasti-
timents, même dans des matières de théolo- ques le nom d'hérétiques. Il est vrai que
gie : mais ces subtilités l'ayant jeté dans dans ce temps quelques-uns ont abusé de
diverses erreurs, sa doctrine, de même que cette nouvelle méthode. Aussi dans les sy-
sa méthode, furent rejetées par les théolo- nodes de Soissons, en 1121, et de Sens, en
giens de son temps, c'est-à-dire du ixe siècle. 1140, Abaillard fut condamné et taxé d'héré-
Ils continuèrent jusqu'au XIIe à traiter les tique par Innocent II; et même dans le con-
matières dans le goût de la théologie posi- cile général de Latran en 1179, et dans celui
tive.

de Tours, en 1163, la doctrine de Pierre 15. Saint Anselme, moins versé dans la Lombard fut rejetée; et l'on défendit aux proThéologie sco. positive que dans les raisonnements méta- fesseurs d'agiter certaines questions qu'on

physiques, en a rempli la plupart de ses ou- agitait alors.
vrages, surtout ceux qui traitent de l'exis 17. Nonobstant cette défense, la doctrine Elle pré-
tence de Dieu, de ses attributs, de la Trinité : et la méthode d’Aristote furent suivies dans
néanmoins il avait lu les ouvrages de saint le xie siècle, jusqu'à ce que les sectateurs, sans coadams
Augustin, et en avait tiré plusieurs princi- passant les bornes d'un juste milieu, inven-
pes, dont il appuyait ses raisonnements phi- tèrent une troisième méthode de traiter les
losophiques. On a donc quelque raison de le matières théologiques, indigne de la gravité
compter pour un des premiers qui mit en de la religion chrétienne, qu'ils avilirent par
usage la théologie que nous nommons sco- quantité de questions et de solutions aussi
lastique. Le sophiste Roscelin, contre qui ce indécentes que ridicules. Pierre de Poitiers,
prélat écrivit, la guivait aussi. Abaillard, son disciple de Pierre Lombard, l'emporta sur
disciple, la prit de lui. Gilbert de la Porrée les autres dans cette troisième méthode. Plu-
en fit des leçons publiques. Othon de Frisin- sieurs de ceux qui la suivirent furent con-
ghen la mit en vogue en Allemagne; enfin damnés avec Amauri de Chartres; et plu-
on l'enseigna publiquement partout, et on sieurs regardèrent la doctrine des péripate-
lui donna tous les degrés de perfection qu'elle ticiens, quoique commode pour la réfutation
pouvait avoir. En vain quelques-uns voulu- des hérétiques, comme l'arsenal de l'hérésie.
rent s'y opposer, elle prévalut sur la théolo- 18. Pour donner une idée de la théologie
gie positive. On donna le nom de scholastique · scholastique dégénérée en questions frivoles cette métho-
à ceux qui suivaient cette nouvelle théolo- et inutiles, Duboulai rapporte, dans son se-
gie ', soit parce qu'ils l'enseignaient publi- cond tome de l'Histoire de l'Université de
quement à leurs disciples dans les écoles, à Paris , ce qu'en dit Gauthier de Saint-Vic-
la manière des philosophes, soit parce qu'ils tor. Ce théologien, qui écrivait vers l'an 1180,

Commence.

lastique. Ses progrès.

vaut, goelques-uns de ses sectateurs sont condamnés

Idée do

de.

' Idem, ibid. – 3 Pag. 629.

1 Duboulay, sæculo iv Universitatis Parisiensis, Dissert. 4, pag. 584.

La méthod des pères d l'Eglise apu

altaque les plus célèbres maîtres de son siè- procéderait en cette manière : Les enfants ne
cle, Abaillard, Gilbert de la Porrée, Pierre sauraient être misérables 3, qu'en punition
Lombard et Pierre de Poitiers, qu'il nomme de quelque péché qu'ils tirent de leur nais-
les quatre labyrinthes de la France, et les sance : or ils sont misérables; donc c'est à
nouveaux hérétiques. Il s'élève contre les cause du péché originel. La majeure se
changements faits dans la méthode d'étudier prouverait par cet argument disjonctif : La
la théologie jusqu'au XII° siècle; contre les misère des enfants ne peut procéder que de
questions indécentes, inutiles et dangereuses l'une de ces quatre causes : 1° Des péchés
que l'on traitait dans les écoles; et il les ré- précédents commis dans une autre vie; 2° de
fute par l'autorité des conciles et des pères. l'impuissance de Dieu, qui n'avait pas le
Il montre les contrariétés dans lesquelles les pouvoir de les en garantir; 3° de l'injustice
philosophes sont tombés, et combien ils ont de Dieu, qui les y asservirait sans sujet; 4° du
été éloignés de la vérité. Attaquant en parti- péché originel : or, il est impie de dire qu'elle
culier Socrate, Aristote et Sénèque, il fait vienne des trois premières causes; elle ne
voir qne toutes les hérésies qui se sont éle- peut donc venir que de la quatrième, qui est
vées dans l'Eglise, ont pris leur naissance le péché originel. La mineure, que les enfants
dans les principes de ces philosophes. Ce fut sont misérables, se prouverait par le dénom-
par cette considération que Robert de Cour- brement de leurs misères.
çon, cardinal-légat en 1215 4, dans l'acte de 20. Mais saint Augustin a proposé cette
la réformation de l'université de Paris, fit preuve du péché originel avec plus de grâce de
une défense générale de lire les livres d'A-. et de force, en la renfermant dans un argu- plano de fordi
ristote intitulés : de la Métaphysique et Philoso- ment composé en cette sorte : « Considérez
phie naturelle; mais il ordonna aux maîtres la multitude et la grandeur des maux qui ac-
ès-arts d'expliquer sa Dialectique, sa Morale, cablent les enfants; et combien les premières
et le quatrième livre des Toniques. Les livres années de leur vie sont remplies de vanitė,
de la Métaphysique et de la Philosophie na- de souffrances, d'illusions, de frayeurs : en-
turelle furent défendus dans les écoles par suite lorsqu'ils sont devenus grands, et qu'ils
Grégoire IX, en 1231, jusqu'à ce qu'ils eus- commencent même à servir Dieu, l'erreur
sent été purgés de tout soupçon d'erreur : les tente pour les séduire; le travail et la
mais dans la suite Albert-le-Grand et saint douleur les tente pour les affaiblir; la concu-
Thomas d’Aquin firent sur ces livres des piscence les tente pour les enflammer; la
commentaires, dans lesquels ils essayèrent tristesse les tente pour les abattre; l'orgueil
de concilier les nouveaux théologiens, c'est les tente pour les élever : et qui pourrait re-
à-dire les scholastiques avec l'Evangile : et présenter en peu de paroles tant de diverses
pour lever les obstacles que ces théologiens peines qui appesantissent le joug des en-
avaient mis dans leurs écrits au progrès des fants d’Adam? L'évidence de ces misères a
jeunes étudiants 2, ils en retranchèrent plu- forcé les philosophes païens, qui ne savaient
sieurs questions frivoles et inutiles, et pro- et ne croyaient rien du péché de notre pre-
posées sans aucun ordre.

mier père, de dire que nous n'étions nés que 19. Ils ne touchèrent point à la méthode pour souffrir les châtiments que nous avions he scholastique; elle est passée jusqu'à nous avec mérités par quelques crimes commis en une

sa sécheresse et tous ses termes barbares : autre vie que celle-ci; et qu'ainsi nos âmes
proposant, comme elle fait, les vérités toutes avaient été attachées à des corps corrupti-
nues, sous une forme toujours contrainte, et bles, par le même genre de supplice que des
d'un style sec et décharné, qui n'a ni grâce tyrans de Toscane faisaient souffrir à ceux
ni noblesse, sa façon de procéder est moins qu'ils attachaient tout vivants avec des corps
utile et moins agréable que celle des anciens morts : mais cette opinion, que les âmes sont
pères de l'Eglise, qui s'expliquaient naturel- jointes à des corps en punition de leurs fau-
lement, mais noblement. La chose sera sen- tes précédentes d'une autre vie, est rejetée
sible par cet exemple. S'il s'agissait de prou- par l'apôtre. Que reste-t-il donc, sinon que
ver le péché originel par les misères des en- la cause de ces maux effroyables soit ou l'in-
fants, suivant la méthode dialectique, on justice ou l'impuissance de Dieu, ou la peine

Inconvó. nients de la méthode scho lastique.

1 Pag. 670. 2 Thomas, in Prolog., 1 part.

3 Logique de Port-Royal, pag. 283, chap. xv, part. in.

du premier péché de l'homme ? Mais parce lopper un sophisme spécieux ', soit pour ren-
que Dieu n'est ni injuste ni impuissant, il ne dre sensible une vérité abstraite; mais il est
reste plus que ce que vous ne voulez pas re- ennuyeux de l'employer toujours, et de ré-
connaître, mais qu'il faut néanmoins que péter à chaque moment les mêmes formules.
vous reconnaissiez malgré vous, que ce joug Cette méthode ne nous permettant pas non
,si pesant que les enfants d'Adam sont obli plus d'analyser les écrits des théologiens
gés de porter, depuis que leurs corps sont scholastiques qui l'ont suivie, semble mettre
sortis du sein de leurs mères, jusqu'au jour des bornes à notre ouvrage, dont les analy-
qu'ils rentrent dans le sein de leur mère ses des auteurs ecclésiastiques fait l'objet
commune, qui est la terre, n'aurait point été, principal. Nous donnerons néanmoins celle
s'ils ne l'avaient mérité par le crime qu'ils des écrits de Pierre Lombard, parce qu'ils
tirent de leur origine. »

tiennent plus de la théologie positive que de 21. Ce n'est pas que la forme syllogistique la scolastique, et nous dirons un mot de n'ait quelquefois son utilité, soit pour déve- quelques-uns de ses plus fameux disciples 2.

CHAPITRE XLII.
Pierre Lombard, évêque de Paris, surnommé le Maître des Sentences.

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· Fleury, cinquième discours.

2 Dom Ceillier ne se montre pas assez favorable à la méthode scholastique. On voit qu'il n'a jamais enseigné ex professo la théologie. Voici quelques notions plus exactes sur cette méthode.

Avoir et donner une idée nette et précise de ce que l'on enseigne, poser des principes certains, en déduire les conséquences par des raisonnements justes, n'employer que des expressions claires ou nettement définies; éviter les digressions inutiles, les idées vagues, les termes équivoques; mettre dans l'ensemble un ordre qui éclaircisse les questions les unes par les autres, telle est, dit M. Rorhbacher, la méthode géométrique. La méthode scholastique n'est pas autre chose ; elle est opposée à la méthode oratoire. Si un géomètre délayait ses théorèmes en des harangues cicéronicones, il serait ridicule. Un avocat qui réduirait son plaidoyer en formules algébriques ne le serait pas moins. Chaque méthode est bonne, appliquée où et comme elle doit l'être. On doit considérer dans les ouvrages scholastiques le fond et la méthode. Voici ce que dit à ce sujet l'illustre Bossuet : « Le fond, qui est les décrets, les dogmes et les maximes constantes de l'école, n'est autre chose que le pur esprit de la tradition des pères ; la méthode qui consiste dans cette manière contentieuse et didactique de traiter les questions, aura son utilité, pourvu qu'on la donne, non comme le but de la science, mais comme un moyen pour y avancer ceux

qui commencent : ce qui est aussi le dessein de saint Thomas dès le commencement de sa Somme, et ce qui doit être celui de ceux qui suivent sa méthode. On voit aussi par expérience que ceux qui n'ont pas commencé par là, et qui ont mis tout leur fort dans la critique, sont sujets à s'égarer beaucoup lorsqu'ils se jettent sur les matières théologiques. Erasme dans le siècle passé, Grotius et M. Simon dans le nôtre en sont un grand exemple. Pour ce qui regarde les pères, loin d'avoir méprisé la dialectique, un saint Basile, un saint Cyrille d'Alexandrie, un saint Augustin, dont je ne cesserai point d'opposer l'autorité à M. Simon et aux critiques, quoi qu'ils puissent dire, pour ne point parler d'un saint Jean de Damas et des autres pères grecs et latins, se sont servis utilement de ses définitions, de ses divisions, de ses syllogismes, et pour tout dire en un mot, de sa méthode, qui n'est autre que la scholastique. Que le' critique (Richard Simon) se taise donc et qu'il ne se jette plus sur les matières théologiques où jamais il n'entendra que l'écorce. Bossuet, Défense de la tradition et des saints pères, liv. III, chap. XX. L'éditeur.)

3 Voir sur Pierre Lombard, au tome CXCI de la Patrologie, col. 9-30, 1° une notice historique tirée de la Gallia christiana, 20 une notice historico-littéraire tirée de l'Histoire littéraire de la France, 30 une autre notice tirée de Fabricius. (L'éditeur.)

Gallia christiana, tom. VII, pag. 68. • Bernard., Epist. 410 ad Gilduin.

ris, en 1151

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des ; il enseigne & Paris, est fait cha DoiDo.

Mort de Pierre Les

à Rome Ters l'an 1149.

ami de saint Bernard, lui écrivit de trouver le 9 janvier de l'an 1157, les chanoines élu- érigue de Pau
dans la bourse des personnes de sa connais- rent d'une voix unanime Philippe, fils de
sance de quoi faire subsister Pierre pendant Louis-le-Gros. Il était, comme on vient de le
qu'il demeurerait en France pour ses études. dire, archidiacre de cette Eglise. Prince ver-
Saint Bernard fournit à ses besoins durant tueux et modeste, il porta les suffrages du
son séjour à Reims; et Gilduin, abbé de St- chapitre sur Pierre Lombard, son maître; et
Victor, dans les commencements de sa de content de sa dignité d'archidiacre, il la con-
meure à Paris.

serva jusqu'à sa mort, qui arriva l'an 1161. Ses progrès 2. Il fit de si grands progrès dans les éco. On ne lui a point donné d'autre titre dans

·les de cette ville !, qu'il se trouva en état d'y son épitaphe.

enseigner publiquement. Il s'en acquitta avec 5. On sait peu de choses de l'épiscopat de Mort de
éloge. Un de ses plus illustres disciples fut Pierre, parce qu'il fut très-court, ce prélat bard, ee 116
Philippe, fils du roi Louis-le-Gros. Pierre fut n'ayant gouverné l'Eglise de Paris que depuis
pourvu d'un canonicat dans l'Eglise de Char- 1159, jusqu'au mois d'août 1160, comme on
tres; et le prince Philippe, qui avait renoncé le voit par la Chronique de Nicolas Trivettet.
au monde pour embrasser l'état ecclésiasti. Celle de Ricobalde de Ferrare 5 raconte que
que, eut la dignité d'archidiacre dans la ca- les principaux de Novare étant venus à Paris
thédrale de Paris.

rendre visite à l'évêque de cette ville, leur Son voyage 3. Vers l'an (149 ?, il s'éleva parmi les compatriote, menèrent avec eux sa mère :

écoliers de l'université de cette ville une sé- qu'avant de la lui présenter, ils la firent ha-
dition, dans laquelle plusieurs professeurs biller de la manière qu'ils croyaient la plus
furent impliqués. Il y en eut d'excommuniés décente, mais au-dessus de sa naissance. « Je
par Thibaud, évêque de Paris : mais cette connais mon fils, dit la mère ; il n'approu-
sentence n'ayant pu rétablir la paix dans vera pas cette affectation dans ma parure. »
l'université, Joscelin, chanoine de Meaux, En effet, quand elle lui fut présentée, il dit
déféra au pape Eugène III les noms de maître en la regardant : « Ce n'est pas là ma mère,
Pierre et de deux autres professeurs, accusés je suis le fils d'une pauvre femme; » et il dé-
non-seulement de n'avoir pas réprimé les tourna les yeux de dessus elle. a Donnez-moi,
écoliers, mais encore d'avoir excité le trou- dit-elle à ceux qui l'accompagnaient, mes
ble. Joscelin et Pierre allèrent à Rome plai- babits ordinaires, et il me reconnaîtra. » Cela
der leur cause. Pierre y trouva de l'appui se fit ainsi : on la présenta à l'évêque, qui
chez les cardinaux, et le jugement de son l'ayant aperçue vêtue selon son état, dit :
affaire fut renvoyé par le pape à l'abbé Su- « Voilà ma pauvre mère ; celle qui m'a mis
ger. Pierre, à son retour, présenta à cet au monde, allaité, soigné et élevé. » Alors
abbé la lettre du pape, et celles des cardi- se levant, il l'embrassa et la fit asseoir auprès
naux Yves et Hugues. On ne sait point la fin de lui. Pierre Lombard mourut le 20 juillet
de cette affaire, sinon qu'elle ne fit aucun de l'an 1160 6, et fut enterré dans l'église
tort à la réputation de Pierre. Quelques-uns collégiale de Saint-Marcel, au faubourg de ce
ont douté si par ce nom il fallait entendre nom, où l'on a eu soin de marquer sur son
Pierre Lombard; car il y avait plusieurs pro- épitaphe les ouvrages qu'il avait composés.
fesseurs de ce nom dans l'université de Pa. L'année de sa mort, selon cette épitaphe,
ris : mais il est vraisemblable qu'il s'agissait est 1164 ; mais cette date a été ajoutée dans
dans cette contestation de Pierre Lombard, les siècles postérieurs. C'est toutefois celle
connu alors comme dans la suite sous le ti- que Duboulai a suivie, de même que Fabri-
tre de Maitre Pierre, comme l'appelle Jean cius 7 : mais il est certain que Maurice de
de Sarisbéri, auteur contemporain, ou de Mai. Sully était évêque de Paris en 1160, et qu'il
tre des Sentences, à cause de son ouvrage fonda en cette année le monastère d'Héri-
intitulé : Des Sentences. On l'appela aussi nal 8 pour des chanoines réguliers en Los-
Pierre Lombard.

raine.
4. Thibaud, évêque de Paris 3, étant mort 6. Aussitôt que Hugues, archevêque de Eloges del

Il est fait

1 Gallia christiana, pag. 68.
? Hist. univers. Paris., tom. II, pag. 251.
3 Gallia christiana, tom. VII, pag. 67, 68.
Spicileg., tom. VIII, pag. 445.
* Estienn., Fragm. histor., tom. VII, pag. 186.

6 Gallia christiana, pag. 69.

7 Hist. univers. Paris., tom. II, pag. 287; Fabric., Bibliot, latin., tom. V, pag. 777.

8 Gallia christiana, pag. 71.

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contra

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• Pierre Sens, eut appris la mort de Pierre Lombard', comme une opinion qu'il avait reçue de son
satioas por. il écrivit une lettre de consolation à Barbe- maître, et qui n'était pas la sienne.
d'or, doyen, et aux autres chanoines de la

ARTICLE II.
cathédrale : «Pénétré, dit-il, d'une vive
douleur de la perte de mon maître, je ne

DES ÉCRITS DE PIERRE LOMBARD.
me trouve guère en état de consoler les 1. L'ouvrage le plus célèbre de Pierre
autres. J'ai perdu une portion de mon âme, Lombard est celui qui est intitulé : Des Sen-
le bâton de ma jeunesse, le consolateur et tences 4. C'est à proprement parler une somme
le docteur de ma vie. » Les savants, comme de théologie, composée des passages choisis
Matthieu Paris, Trithème, saint Antonin, des pères de l'Eglise, et distribuée suivant la
Sixte de Sienne, Henri de Gand, et beau- méthode des scholastiques. Le dessein de
coup d'autres, l'ont comblé d'éloges. On l'auteur était premièrement de prouver, par
l'appela par excellence le Maître des sen- l'autorité des pères, les vérités spéculatives
tences; et l'ouvrage qui lui a occasionné ce et pratiques de la religion, se persuadant
titre fut si estime de son temps et dans les qu'ayant décidé par cette voie les questions
siècles suivants, que les plus doctes le com- agitées alors dans les écoles, il en apaiserait
mentèrent.

les disputes; secondement, de fournir aux
Quelques-uns trouvèrent dans ses écrits théologiens tous les passages nécessaires
des façons de parler peu exactes. Sixte de pour la preuve de leurs décisions, afin que
Sienne les a remarquées dans le cinquième les ayant recueillis dans un même volume,
et le sixième livres de sa Bibliothèque sainte2. et à la suite de chaque question, ils fussent
Pierre Lombard futoaccusé auprès du pape dispensés de feuilleter les livres des pères
Alexandre III d'avoir enseigné que Jésus- pour chercber ces passages; ce qui ne pou-
Christ, comme homme, n'est rien. Ce pape vait se faire qu'avec beaucoup de travail. Des
ordonna à Guillaume, archevêque de Sens, vues si sages furent sans succès : il arriva que
d'assembler un concile à Paris, de travailler l'ouvrage, au lieu de mettre fin aux disputes
avec les évêques à détruire cette doctrine, et aux questions, en occasionna sans fin.
et d'obliger les théologiens à enseigner que Pierre emploie non-seulement l'autorité des
Jésus-Christ étant Dieu parfait, est aussi pères de l'Eglise, mais aussi celle de l'E-
homme parfait, composé d'une âme rai- criture sainte. Les pères latins sont ceux qu'il
sonnable et d'une chair humaine. L'abbé cite le plus souvent, en particulier, saint Jé-
Joachim accusa encore Pierre Lombard de rôme, saint Ambroise, saint Hilaire, saint
diverses erreurs, mais il fut lui-même con- Augustin. Des pères grecs, il cite Origène,
damné dans un concile général tenu à Rome Didyme et saint Athanase, c'est-à-dire le
en 1215. Pierre trouva un défenseur dans Symbole qui porte son nom 5. Il eut aussi re-
maître Jean de Cornouaille, qui écrivait après cours aux livres de saint Jean Damascène,
l'an 1175, et depuis la translation de Guil- qui ont pour titre : De la Foi orthodoxe, et
laume, archevêque de Sens, sur le siége ar- qu'on venait de traduire en latin, On l'a ac-
chiépiscopal de Reims. Dans un écrit adressé cusé de plagiat , mais il n'y a pas de preu-
au pape Alexandre III 3, où il prouve que ves certaines que la Somme théologique de
Jésus-Christ est Dieu et homme parfait, Jean maître Bardin, (Bandin ou Baudin, car ce
enseigne que Lombard , qui paraissait être personnage se trouve sous ces différents
d'un sentiment opposé, ne l'avait pas avancé noms,] où l'on veut qu'il ait pillé, soit plus
comme une doctrine qu'il professait, mais ancienne que les livres des Sentences ?. Il pa-

1 Histor. Francor. Duchesne, tom. IV, et Hist. unio vers. Paris., tom. II, pag. 324. [Patrol., t. CLXXIII, col. 1427-1430.]

2 Lib. V, annot. 62, 71, et lib. VI, annot. 202. 3 Marten., tom. V Anecdot., pag. 1667.

' Il est reproduit d'après l'édition d'Anvers de 1757, au tome CXCII de la Patrologie, col. 519-964, et à la suite de la Somme de saint Thomas, chez le même imprimeur à Montrouge. (L'éditeur.)

s Lib. III distinct. 11, et alibi sæpe.
6 Fabric., tom. V Bibliot. lat., pag. 778.
7 L'abrégé de Pierre Bandin est resté longtemps

inconnu. Chélidonius, abbé des bénédictins écossais
à Vienne, en ayant trouvé une ancienne copie, fit
imprimer cet ouvrage en 1519, in-folio, avec une dé-
dicace à l'empereur Maximilien, dans laquelle il ac-
cuse Pierre Lombard de plagiat; mais l'erreur où
était Chélidonius a été reconnue depuis, et Pierre
Lombard justifié. « Certainement, dit à ce sujet
Néander, Histoire de l'Eglise, tom. VI, pag. 795,
Pierre Lombard n'était pas homme à avoir besoin
d'un pareil travail préparatoire. » L'abrégé de Bandin
est reproduit au tome CXCII, col. 965-1119. (L'édit.)

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