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il suffit de les confesser en général, à moins simoniaques avant qu'ils aient été dégradés
qu'il ne s'agisse de ceux qu'on a commis par l'Eglise '; mais il regarde comme nulles
fréquemment, car il est mieux de les expri- les ordinations de ceux quilesont reçues sciem-

mer en détail. Le prêtre qui aura révélé le ment des simoniaques, et il veut qu'on use de Distinct. 26. péché de son pénitent, doit être déposé et miséricorde envers ceux qui ont été ordonnés

condamné à voyager toute sa vie. Il est dé par des simonia ques sans les connaître pour
fendu au curé d'une paroisse de juger le pa- tels. Il réfute les prétextes de ceux qui achè-
roissien d'une autre.

tent des bénéfices. 29. 15. Supposant comme certain que les pé- 18. Sa doctrine sur le sacrement de ma- Distinct. 26.

chés sont remis par une vraie contrition, riage se résume ainsi : Dieu institua le ma-
même avant qu'on les ait confessés, et qu'on riage avant le péché; le mariage avait alors
en ait fait pénitence, Pierre Lombard de pour fin la propagation du genre humain;
mande si celui à qui les péchés sont remis mais depuis la chute de l'homme, il fut aussi
par la contrition, négligeant par mépris de donné comme un remède à la faiblesse de la
s'en confesser, ou retombant dans les mêmes chair, et pour en réprimer les ardeurs; il est
péchés, si, dis-je, les péchés remis lui revien- bon en lui-même, il est la figure de l'union
nent à cause de ce mépris ? Il rapporte les de Jésus-Christ avec son Eglise. La cause ef-

raisons pour et contre, et ne décide rien. ficiente du mariage est le consentement des 23. 16. Il passe du sicrement de Pénitence à deux parties, donné par des paroles du pré

celui de l'Extrême-Onction, qu'il dit d'insti- sent, en cette sorte : « Je vous prends pour lution apostolique. Il y distingue le sacre- mon mari : Je vous prends pour ma femme.» ment, qui est l'onction extérieure, et la chose Dès que ce consentement est donné mutuel. 21, 28. du sacrement, c'est-à-dire l'onction inté- lement, et même avant la consommation, le rieure, qui opère la rémission des péchés et mariage subsiste. Après la consommation, il l'augmentation des vertus. Ce sacrement peut n'est permis à aucune des parties de se sese réitérer en diverses maladies, pour obtenir parer de l'autre, même pour entrer dans un au malade la santé du corps et de l'âme. monastère, sans son consentement.

17. Il parle ensuite du sacrement de l'ordre. 19. Une des conditions essentielles du ma- 29, 30. Selon lui, on ne doit admettre dans le clergé riage est que le consentement des parties que ceux qui peuvent dignement administrer soit libre et volontaire; qu'il n'y ait erreur, les sacrements du Seigneur; et il vaut mieux ni sur la personne, ni sur la condition. Ainsi que l'évêque n'ait que peu de ministres pour celui qui par erreur épouse une femme pour l'aider dans ses fonctions, que d'en avoir une autre, ou une personne de condition serbeaucoup de mauvais. Pierre détaille les vile, la croyant libre, est censé n'avoir pas sept degrés du ministère ecclésiastiqne, en donné son consentement, et son mariage est marquant les devoirs de chacun et la façon nul. Il n'en est pas de même de celui qui, de les ordonner. Il dit sur les sous-diacres, croyant épouser une femme riche, en épouse qu'ils sont obligés au célibat. Il distingue une pauvre. On distingue trois avantages quatre ordres dans l'épiscopat, ou plutôt dans le mariage : la fidélité, la génération

quatre degrés : les patriarches, les arche- des enfants, et le sacrement, c'est-à-dire que 31, 32. 25. vêques, les métropolitains, les évêques. Il les conjoints se doivent mutuellement la foi,

rapporte les divers sentiments des théolo- qu'ils doivent élever chrétiennement leurs giens sur la validité des ordinations faites enfants, ne point se séparer pour s'unir à d'aupar les hérétiques : celui qu'il paraît embras- tres; ils doivent vivre dans la continence les ser est que ceux qui ont été ordonnés dans jours de jeûne et de grandes fêtes. l'Eglise conservent le pouvoir d'ordonner, 20. Les patriarches ne péchaient pas en 33. quoique depuis leur ordination ils soient épousant plusieurs femmes ensemble. Ces tombés dans l'hérésie ; mais que ceux qu'ils unions ne leur étaient défendues par aucune ordonnent dans l'hérésie n'ont pas le même loi; tel était alors l'usage, et ils n'avaient d'aupouvoir; que ceux-ci néanmoins ne doivent tre but que la multiplication du genre humain. pas être réordonnés lorsqu'ils reviennent à Mais la polygamie ayant été défendue par la l'unité de l'Eglise, pourvu qu'ils aient été or- loi de Moïse, il n'a plus été permis d'avoir en donnés suivant les formalités usitées dans même temps plusieurs femmes. l'Eglise catholique. Il croit valides les ordi- Pierre Lombard traite ensuite des empê- 34, 35, 36. nations et les consécrations faites par des Ces ordinations sont valides quoique illicites. (L'édit.)

24.

Distiact, 37 et seq.

des livres de

chements du mariage et des causes qui le apparaîtra, tant aux méchants qu'aux bons,
rendent nul après qu'il a été contracté. Se- sous une forme glorieuse et pleine de ma-
lon lui, celui qui a commis un adultère avec jesté. Il rejette, comme une puérilité, ceux
une femme, peut l'épouser après la mort de qui prenant trop à la lettre le passage de
son mari, pourvu qu'il n'ait pas contribué à Joël, disent que le jugement de tous les Joel., 183, 4
sa mort. Les garçons ne peuvent contracter hommes se fera dans la vallée de Josaphal,
validement mariage avant l'âge de quatorze à côté du mont des Oliviers. Josaphat, dit
ans, ni les filles avant douze ans. On ne peut notre auteur, signifiant le jugement du Sei-
aussi les fiancer avant l'âge de sept ans. gneur, il faut entendre que tous les hommes

21. L'auteur passe à la loi du célibat im- comparaitront devant le Seigneur pour y être
posé aux évêques, aux prêtres, aux diacres, jugés. Au reste ce jugement se fera, non sur
aux sous-diacres, à ceux qui sont engagés la terre, mais dans les airs.
dans l'état religieux, et aux autres qui ont fait 24. Tels sont en substance les quatre li- Jugeeeet
veu de chasteté. Il rapporte sur ce sujet vres de Pierre Lombard, qui font un corps Seelepces.
plusieurs passages des conciles, des papes de théologie le plus complet qu'on eût donné
et des pères, qui déclarent nuls les mariages jusqu'alors. Les mystères de la foi y sont
contractés par tous ceux qui sont dans ces prouvés solidement, et l'on y réfute les ob-
états; ce qu'il étend aux vierges et aux jections que les héréliques ont formées de
veuves engagées par vou à la continence. Il temps en temps contre les vérités de la reli-
en rapporte encore pour montrer qu'un chré- gion. C'est toujours par l'autorité de l'Ecri-
tien ne doit pas épouser une infidèle ni une ture et des pères que Pierre Lombard éta-
juive, ni une chrétienne un payen ou un juif, blit nos dogmes; c'est pourquoi il n'agite
à cause de la disparité du culte, ou de la dif- que peu de questions que les pères n'aient
férence de religion. Il croit qu'une femme traitées, ou exprès, ou en passant. Il ne se
fidèle mariée avec un infidèle, peut convoler sert que rarement des termes et des raison-
à de secondes noces, si son mari l'aban- nements philosophiques; sa méthode tient
donne, mais non s'il consent de demeurer de la théologie positive, et il y a tout lieu de
avec elle. Il distingue les différents degrés croire qu'il ne composa son ouvrage que
de consanguinité, d'affinité, tant charnelle pour bannir des écoles les termes, les rai-
que spirituelle, dans lesquels il est défendu sonnements et la méthode des scholastiques,
de se marier. On avait alors dans l'Eglise qui commençaient à prendre le dessus. Son
divers usages sur cet article; en quelques style est clair, il propose ses questions d'une
endroits il était défendu de se marier jus. manière aisée, et les résout de même; mais
qu'au sixième degré inclusivement, en d'au- il en laisse quelquefois d'indécises, après
tres jusqu'au sep!ième.

avoir rapporté les raisons de part et d'autre: 22. Dans les dernières distinctions du qua- c'est ordinairement saint Augustin qu'il prend trième livre, Pierre Lombard se propose grand pour guide dans ses décisions. On a remarnombre de questions sur la résurrection, qué plus haut que le dessein de Pierre Loml'état des bienheureux et celui des damnés bard avait été d'établir tellement nos dogaprès leur mort; sur la manière dont les dé- mes par l'autorité de l'Ecriture et des pères, mons seront tourmentés; sur la prière pour que l'on ne s'arrêtât plus à former sur ces les morts; sur la sentence du jugement der- matières des questions inutiles. Un dessein nier; sur la différence des demeures des si louable n'a point eu tout le succès qu'on saints dans le ciel, et des damnés dans l'en- en devait attendre. Ses livres ont bien été fer. Il ne doute pas que les démons, comme lus et expliqués dans les écoles, mais il est les âmes des autres damnés, ne doivent être inconcevable combien ils ont occasionné à sensibles aux feux dont ils seront tourmen- ses interprètes de questions interminables. tés, quoiqu'il convienne qu'il soit difficile 25. Les plus célèbres de ceux qui ont conserd'expliquer comment le feu matériel peut commenté les livres des Sentences, sont Guil- livres de agir sur une substance spirituelle : pour le laume d'Auxerre, Albert-le-Grand, saint faire concevoir, il suppose dans les démons Thomas, saint Bonaventure, Guillaume Dudes corps aériens.

rand, Gilles de Rome, Gabriel Major, Scot, 23. Il enseigne, d'après saint Augustin, Ocham et Guillaume Estius. Il s'était glissé que Jésus-Christ, comme fils de l'homme, un grand nombre de fautes dans les livres ressuscitera les morts et les jugera ; qu'il des Sentences, soit par la faute des copistes,

40 et sog.

taires sur la

Saate aces.

18.

Colognen public, en

[blocks in formation]

Pierre Lom

soit par la bonne foi de Pierre Lombard, qui Sentences , et le firent imprimer à Venise, en
n'avait pas assez examiné ce qu'il avait tiré 1570, in-8°. D'autres savanls en publièrent
de Hugues de Saint-Victor et de la glose or- de nouvelles éditions à Cologne, en [1509),
dinaire; mais Jean Aleaume et les docteurs 1566, 1575, (1604), in-8°; à Lyon en (1581,
de Louvain ont pris soin de corriger toutes 1593), 1594, 1618, 1636; celle-ci est de Jean
ces fautes dans les éditions qu'ils ont don- Martinez de Ripalda. [Deux autres éditions
nées des quatre livres des Sentences.

avaient paru en la même ville, in-4o, en 1525
26. Les premières éditions de cet ouvrage et 1528.] L'édition de Genève, en 1580, in-8°,
sont celles de Nuremberg en 1474, 1478, ne contient que le premier livre des Sentences,
1499, in-fol. Il fut réimprimé à Venise en avec le commentaire de Lambert Danæus, [et
1477, 1480, in-fol.; en 1507, in-4°; (en 1563, des prolégomènes où l'on tâche de montrer
1584, in-89]; à Bâle, avec les commentaires l'origine et les progrès de la théologie scho-
de Nicolas d'Orbelles, les conclusions de Henri lastique. Cette édition a été naise justement
Govichem, et les Problèmes de Thomas, en à l'index. A Mayence, Hermann Marésius im-
1486, [1487, 1492], 1498, 1502, (1510), 1513, prima les Sentences , in-8°, l'an 1632. A ces
[avec les commentaires de Gilles de Rome, et éditions, il en faut joindre une sans nom de
des additions de Henri de Vrimaria, 1516, par lieu ni d'imprimeur, qui fut faite en 1499,
les soins de Daniel Agricola, franciscain,) in- par les soins de Jean Pyvard.)
folio. On ajouta à la fin la liste des erreurs
condamnées à Paris, en 1277, par Guillaume,

§ V.
évêque de Paris, dans divers auteurs, et les

Des autres écrits de Pierre Lombard. articles dans lesquels on ne suit pas communément le Maître des sentences. Ils sont au 1. On conserve, dans la bibliothèque Pau- Lettres de nombre de vingt-six, mais dans la Somme de line !, à Leipsik, une lettre d'Arnoud, prévôt bard. saint Antonin on n'en compte que quatorze. de l'Eglise de Metz, a Pierre Lombard, et deux Il était difficile, dans un ouvrage aussi épi- de cet évêque à Philippe, archevêque de neux et d'une si vaste étendue, de marquer Reims"; elles n'ont pas encore été imprimées. partout la même exactitude. Les autres édi- 2. Il en faut dire autant des discours qu'il ses discours tions de Paris sont de 1528, 1536 et 1548, in-8°; avait faits dans les grandes solemnités; ils celle-ci est de l'imprimerie de Guillard. sont cités par Henri de Gand 3 et par Cisin27. Jean Aleaume en donna une à Louvain grénius. (On les trouve dans différentes bi

Suite die

6, in-fol. (in-4°], qui fut remise sous bliothèques, et en particulier dans la bibliopresse à Paris en 1550, 1564, in-8° ; [à Rouen, thèque impériale de Paris.] in-4', en 1651), et à Louvain en (1552, 1556, 3. Le père Lelong cite de Pierre Lombard Commen. 1557, 1567), 1568 et (1574), in-4°. (A Paris, les gloses sur Job4; elles se trouvent manus- eritare. il y eut trois éditions in-fol., 1535, 1546, 1564; crites dans la bibliothèque de Savigny, (mainsept éditions in-4', savoir : en 1516, 1537, tenant dans la bibliothèque d'Avranches.] 1538, 1539, 1542, une sur les corrections du Il composa aussi, suivant le rapport de Tridocteur Aleaume, chez Guingant, et une chez thème, des commentaires sur tous les psauJean Foucher, 1550; vingt et une éditions in-8°, mes de David, et sur toutes les épîtres de savoir : en 1514, 1517, 1528, 1536, 1541, Saint Paul; ces commentaires ne sont presque 1542, 1543, 1548, 1550, 1553, 1557, 1558, que des extraits des écrits de saint Ambroise, 1560, 1563, 1564, 1565, 1573, 1574, 1575. de saint Hilaire, de saint Jérôme, de saint Claude de Lépine, dominicain, donna, en la Augustin, de Cassiodore, de Remy d'Auxerre, même ville, un abrégé des Sentences, en 1551, dont il a supprimé les noms; il ne laisse pas in-8°, chez Jean Foucher. Un autre abrégé de temps en temps d'y dire quelque chose du même ouvrage parut, in-16, l'an 1554, et de son propre fonds. deux éditionsin-12, chacune en deux volumes, 4. On n'a pas encore rendu publiques les Editions de l'une chez Jean Petit, sans date, et l'autre gloses sur Job: mais le commentaire sur les taires. chez Denis Roux, en 1508.] Plusieurs gens Psaumes parut à Nuremberg en 1478, in-fol.; habiles, du nombre desquels était Barthéle- à Bâle en 1446, et à Paris en 1541. [L'émy Gravius, revirent le texte des livres des dition de 1541 a été reproduite au tome CXCI

eJitions.

taires sur l'e

ces commen

1 Oudin, tom. II, pag. 1220.

? Il n'y a point eu, dans le XIIe siècle, d'archevêque de Reims du nom de Philippe. C'est apparem

ment Philippe, archidiacre de Paris. (L'éditeur.)

Cap. v de Script. Eccles., et tom. Vil Gall. chrispianæ, pag. 69. - . Lelong, Bibliot. Biblica, pag. 901.

théologie pra.

de la Patrologie, col. 31-1296.] Celui des épi. Cornouailles, qui avait été son disciple. Dans
tres de saint Paul a été imprimé à Paris en cet ouvrage, dit Leland, Pierre Lombard ré-
1535, 1537, in-fol., et en [1537, 1538), 1541, pond d'une manière exacte, forte et subtile
1543, 1555, in-8°, [L'édition de 1535 est re- aux objections de son adversaire, et le traite
produite dans le tome CXCI de la Patrologie, avec la supériorité d'un vieux soldat sur un
col. 1297 - 1696, et au tome CXCII, col. champion qui commence d'entrer en lice.
9-520.]

Nous ignorons ce que cet ouvrage est de-
Concorde [5. Pierre Lombard a fait un traité sur la venu, mais il est certain que Jean de Cor-
Méthode de Concorde des Evangiles. Aucun bibliographe nouailles ne se tint point pour vaincu et ne
tique. Apolo n'en a rendu comple. Lippen annonce deux rendit pas les armes .]

éditions de ce commentaire, l'une de l'an 6. Nous finirons l'article des écrits de Pierre Eloge des
1483, et l'autre de 1561. Parmi les manus- Lombard par l'éloge qu'en faisait le célèbre te Lombard.
crils de l'abbé d'Afflighem, on trouve : Petri François Pithou dans une lettre à un de ses
Lombardi, methodus practice theologiæ. Ce amis, à qui il disait ? : « Je vous prie de m'a-
titre, disent les auteurs de l'Histoire de France, cheter Pierre Lombard sur les Psaumes, c'est
annonce vraisemblablement un ouvrage dif- un très-bon livre. Tout ce qu'a fait Lombard
férent des Sentences. Leland témoigne avoir est excellent. » Nous ajouterons que sa per-
eu entre les mains l’Apologie de Pierre Lom- sonne et ses ouvrages ont été en une singu-
bard, composée par Pierre, contre les im- lière vénération dans toutes les écoles catho-
putations d'erreurs dont le chargeait Jean de liques.

gie de Pierre Lombard.

CHAPITRE XLIII.

Pierre de Poitiers 3, chancelier de l'Eglise de Paris (12 051; Pierre de

Poitiers, grand prieur de Cluny (vers 1170]; Pierre de Poitiers,
chanoine et chantre de l'Eglise de Paris (1197).

[Ecrivains latins.]

Pierre do Poitiere, dis

re Lombard.

1. Pierre de Poitiers fut un des plus zélés per disciples de Pierre Lombard, dont nous ve

nons de parler, et des plus attachés à la doc-
trine de son maître; mais il n'en suivit pas la
méthode, et tandis que le Maître des Sen-
tences explique et résout les questions de la
foi par les principes établis dans l'Ecriture et
dans les pères de l'Eglise, Pierre de Poitiers
y emploie la forme et les raisonnements de
la dialectique. C'est ce qui le fait appeler par
Gauthier de Saint-Victor un des quatre laby-
rinthes de la Gaule 4.

2. En 1169 4, Pierre de Poitiers succéda à
Pierre Comestor dans la chaire de théologie,
et l'occupa pendant trente-huit ans, ce qui
lui acquit à Paris beaucoup de réputation.
Le pape Innocent Ill lui renvoya 5, en même

temps qu'au doyen de l'Eglise de Paris et à
l'abbé de Ste-Geneviève, la connaissance du
différend survenu entre la comtesse de Blois et
les chanoines de Chartres, au sujet d'un vo-
leur que les officiers de cette comtesse avaient
pris et justicié, quoique les chanoines l'eus-
sent revendiqué, parce qu'il avait été pris sur
leur territoire.

3. Le pape Célestin rendit aussi Pierre de
Poitiers l'arbitre d'un procés entre les moi-
nes de Saint-Eloi, dans l'île de Paris, et les
chanoines de Saint-Victor, touchant les dîmes
de vin et de blé de Vitry. On voit encore la
sentence qu'il rendit en cette occasion, avec
son sceau pendant sous cette inscription :
"Sceau de Pierre de Poitiers, chancelier de
Paris. » Il conserva cette dignité jusqu'à sa

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Il enseigne la théologie à Paris.

1 Hist. litt. de France, tom. XII, dans la Patrologie,
tom. CXCI, col. 23-24. (L'édit.) - ? Pith., in Pithæa.
nis, pag. 20. - 3 Voir sur Pierre de Poitiers une no-
tice tirée d'Oudin, et reproduite au tome CCXI de la
Patrologie, col. 779-784. (L'édit.) - 4 Une notice et

des extraits de l'ouvrage de Gauthier se trouvent au
tome CXCIX de la Patrologie , à la fin. (L'édit.). -
5 Chron. Alberic., ad an. 1169, pag. 452. – 6 Lib. V
Decret., cap. XXIII, ex part. de Verb. significat,

Livres des Sentences.

livro

Ce qo'ils contiennent.

Quatrième

vre, édition de Paris, 1655.

mort, qui arriva l'an 1205. Quelques-uns l'ont tre n'avait pas agitées, telle est celle-ci : Peut-
fait évêque d'Evreux, pour avoir mal pris le on servir Dieu dans la vue d'en obtenir des
sens de la Chronique d’Albéricư, où nous li- bienfaits temporels ? Il décide qu'on le peut
sons : « Bertrand, qui était chancelier de dans l'intention de parvenir aux biens éter-
Paris après Pierre de Poitiers, fut fait arche- nels 3 par le bon usage des temporels, en
vêque d'Evreux. » Albéric ne donne ici à sorte qu'on ne demande pas ceux-ci pour
Pierre que la qualité de chancelier, et à Ber- eux-mêmes, mais comme un moyen d'en
trand celle d'archevêque.

posséder de meilleurs. Ses écrits. 4. Nous avons de Pierre de Poitiers cinq 7. Le troisième traite de la grâce et du Trossièine

livres de Sentences, imprimés à Paris à la .ibre arbitre dans les principes de saint Au-
suite de Robert Pullus, en 1655, chez Siméon gustin, de la contrition, de la distinction des
Piget, par les soins de dom Hugues Mathoud, péchés en mortels et véniels, de la nécessité
(et reproduits au tome CCXI de la Patrologie, de la confession, des vertus theologales, de
col. 783-1280.] Pierre les dédia à Guillaume, l'union des vertus, de la crainte servile et de
archevêque de Sens; ils furent donc achevés quelques autres questions qui y ont du rap-
avant l'an 1175, puisque Guillaume fut trans- port 4. Son sentiment est que la crainte ser-
féré, sur la fin de cette année, sur le siége vile est bonne, parce qu'elle éloigne du péché
archiépiscopal de Reims.

et qu'elle est une introduction à la charité. 5. Dans le premier livre, Pierre traite de 8. Il explique, dans le quatrième livre, ce Premier li. l'existence de Dieu, de son unité, des noms qui regarde les sacrements de la loi ancienne, livro.

sous lesquels il est connu, de ses attributs, les dix préceptes du décalogue et les obser-
de sa prescience, de la prédestination des vances légales; ensuite il parle des différentes
élus et de la réprobation des méchants, de espèces de mensonges et de parjures; d'où
la distinction et de la trinité des personnes il passe à l'incarnation du Verbe, dont il exa-
en Dieu. Dans toutes ces questions, il se con- mine toutes les circonstances à peu près de
forme à la doctrine de son maître, et copie la même manière qu'avait fait avant lui le
souvent ses propres termes, par exemple, en Maitre des sentences.
examinant, dans le chapitre xi, s'il se peut 9. Il le suit aussi dans ce qu'il a enseigné
faire quelque chose contre la volonté de Dieu: sur les sacrements de la Loi nouvelle. Il dis- livre.
« On nous oppose, dit-il ?, que l'apôtre en- tingue dans l'eucharistie le sacrement d'avec
seigne que Dieu veut que tous les hommes la chose du sacrement : les espèces du pain
soient sauvés; mais il faut l'expliquer ainsi : et du vin qui demeurent après le changement
Personne n'est sauvé, si ce n'est celui que du pain et du vin au corps et au sang de Jé-
Dieu veut qui soit sauvé; c'est ainsi qu'il est sus-Christ, sont le sacrement; la chose du
dit que Dieu éclaire tout homme qui vient sacrement est le corps et le sang de Jésus-
dans le monde, c'est-à-dire que personne n'est Christ; la matière du sacrement est le pain
éclairé que par lui. »

et le vin 5; la forme, les paroles de la consé-
6. Il est parlé, dans le second livre, de la cration : Ceci est mon corps, ceci est mon sang,
création des anges, de leur nature, de leurs En parlant du changement du pain et du vin
offices, de leurs ordres différents, de l'oue au corps et au sang de Jésus-Christ, il se sert
vrage des six jours, de l'état du pre- du terme de transsubstantiation, et dit que ce
mier homme avant et depuis son péché, corps est le même qui est né de la Vierge 6.
toutes questions déjà traitées par le Maî- Il attribue à saint Ambroise la défense de
Ire des sentences, et dans les mêmes prin- consacrer le vendredi, parce que Jésus-
cipes; mais Pierre de Poitiers en propose de Christ est mort ce jour-là, et qu'il y a été
temps en temps quelques-unes que son mai- immolé réellement. Il donne encore d'autres

Cinqulème

Deuxième livre,

1 Alberic., in Chron., ad an. 1206, pag. 444.

2 Quod ergo primo dicitur, sic exponitur : « Vult omnes homines salvos fieri, id est, nullus salvatur, nisi quem vult salvum fieri ; sic dicitur : Deus illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum, id est, nemo illuminatur, nisi per eum:»» Lib. I Sent., cap. XI.

3 Cap. XVII.
• Cap. XVIII, XIX.
5 Considerandum est quæ sit forma sacramenti (Eu

charistiæ); hæc attenditur in rebus et verbis; in rebus
quidem, pane et vino quæ transsubstuntiantur in carnem
et sanguinem Domini..... verba autem ad quorum pro-
lationem transsubstantiatur panis in curnem, hæc sunt:
Hoc est corpus meum ; ea vero ad quorum prolatio-
nem transsubstantiatur vinum, hæc sunt : Hic est san-
guis meus. Lib. V, cap. XI.

Non augetur corpus Christi, quia substantia panis transit in illud idem corpus quod de Virgine tracit, quia invariabile est. Ibid., cap. XII.

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