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t-il quelqu'un assez endurci pour ne point se rendre. Mais le métropolitain de Normanvouloir pardonner à ses ennemis, ou refuser die, Hugues d'Amiens, leur rend le même do se soumettre aux avis que les prêtres lui témoignage dans une lettre que nous ferons donnent, aussitôt il est détaché du cbar, son connaître à nos lecteurs à son article. Raoul offrande est retirée comme impure, et lui- de Diceto atteste la même chose sur l'an même chassé avec ignominie de la sainte so- 1144. ciété.» L'auteur décrit ensuite divers miracles Suger, qui fit bâtir dans le même temps par lesquels Dieu fit connaitre qu'il approu- l'église de Saint-Denis, rapporte quelque vait cette dévotion, après quoi il rapporte en chose de semblable en parlant de la manière quel ordre les confrères s'acheminaient pour dont on tira des carrières de Pontoise les coces travaux, « Lorsque le peuple fidèle, dit-il, lonnes qui devaient entrer dans cet édifice. s'est mis en marche au son des trompettes et Nous avons une traduction de cette lettre précédé de bannières, il continue sa route d’Aimon, publiée à Caen dans un volume avec la plus étonnante facilité, sans que ni la in-12, l'an 1671, par D. Jean Bernard Planhauteur des montagnes escarpées, ni la pro- chette (et non Blanchet, comme l'écrit le fondeur des eaux qu'il rencontre devant soi père Lelong) 2; mais le texte original d'Ailui cause le moindre retardement. Vous croie mon n'a pas encore vu le jour. D. Mabillon, riez voir les Hébreux qui traversent le Jour- qui en a donné les extraits que nous venons dain sous la conduite de Josué, lorsque nos de rapporter, avait promis de l'insérer dans pèlerins traversent quelque rivière qui se l'appendice du sixième volume de ses Anprésente sur leur passage, tant ils y entrent nales. Cet engagement n'a point été rempli avec confiance et parviennent aisément à par D. Martène, éditeur de ce volume. l'autre bord. Jusque-là que plusieurs d'entre On fait encore honneur à notre auteur du eux assurent qu'étant au port Sainte-Marie, Martyrologe de Saint-Pierre-sur-Dive qui est les flots de la mer qui venaient à eux s'arrê demeuré manuscrit. tèrent tout à coup pour leur laisser la liberté Les éditeurs de la Patrologie, t. CLXXXI, de passer... Arrivés à l'endroit où l'église col. 1703-1710, reproduisent cette notice sur doit être bâtie, ils forment une enceinte à Aimon, tirée de l'Histoire littéraire de la l'entour avec les chars pour y établir une France, avec les extraits de la lettre donnée manière de camp spirituel, où pendant toute par Mabillon. la nuit suivante l'armée est en faction, chan- 12. Sous le gouvernement d'Aimon vivait un tant des hymnes et des cantiques spirituels. religieux, nommé Pierre, qui se mêlait de moins. Sur chacun des chars, on allume des cierges versification. Par le conseil de Milon Crispin, et des lampes, après y avoir placé les infir moine du Bec, dont il a été parlé, il fit en mes et les malades, auprès desquels on ap vers héroïques l'éloge historique des sept preporte les reliques des saints, à l'effet de leur miers abbés de ce monastère. C'est la seule procurer du soulagement. On prie pour eux, production de sa plume qui soit parvenue juson fait des processions, le clergé à la tête et qu'à nous. Elle a été publiée par D. Martène le peuple à la suite, pour demander à Dieu dans le sixième volume de sa Grande Collecet à sa bienheureuse Mère la guérison de tion, p. 93. Elle est reproduite au t. CLXXXI leurs maux. » Aimon termine sa relation en de la Patrologie, col. 1709-1718. Le septième disant que cet établissement avait passé de abbé que notre auteur célèbre est Roger de l'Eglise de Chartres dans le territoire de Bailleul, dont le gouvernement commença Saint-Pierre-sur-Dive, où il avait été confirmé l'an 1149. Il parle de lui comme vivant enpar un grand nombre de prodiges, et de la core, et sans entrer dans aucun détail de ses s'était répandu dans presque toute la Nor- actions, il se contente de louer ses bonnes mandie, mais qu'il avait principalement oc- qualités. D. Ruinart estimait la versification cupé les lieux dédiés à la Mère de misérie de Pierre qui, dans quelques manuscrits, est corde. C'est par de tels secours que fut éle- appelé Petrus Augiensis, par la raison que vée l'église de Saint-Pierre-sur-Dive. Si des l'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dive est dans le faits aussi incroyables n'étaient attestés que pays d'Auge en Normandie 3. par le seul Aimon, la critique aurait peine à 13. Tandis que l'hérétique Henri, ce restau. Héritert, 1 Mabillon., Annal., lib. LXXXVIII, n. 66.

notice est reproduite au tome CLXXXI de la Patro2 Bibl. Fr., pag. 253.

logie, col. 1705-1706. 3 Histoire littéraire de la France, tome XII. Cette

Plerts,

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rateur du manichéisme en France , infectait la fidélité de leur témoignage. Sa lettre a da
de ses erreurs le Languedoc et la Provence, précéder l'an 1147, époque de la mission de
un de ses disciples, nommé Ponce ou Ponne, saint Bernard en Périgord. Après avoir été
le secondait dans le Périgord et y faisait un publiée pour la première fois par D. Mabil-
grand nombre de prosélytes. La doctrine et lon dans le troisième volume de ses Analec-
les moeurs de ceux-ci se trouvent détaillées tes, p. 467, elle a été reproduite dans le pre-
dans une lettre du moine Héribert adressée mier tome des Anecdotes de D. Martène,
à tous les fidèles en forme de dénonciation. p. 453, avec quelques corrections. Mais l'une
Cet écrivain, sur la personne duquel on n'a et l'autre de ces pièces s'accordent à rappor-
aucunes lumières, était vraisemblablement ter que les hérétiques dont il s'agit fléchis-
périgourdin, car il parle en témoin oculaire saient cent fois le genou par jour, et non pas
de ce qu'il raconte. Il paraît que ce bon seulement sept fois, comme le dit le père
moine était un peu crédule, et se laissait ai- Pagi sous l'an 1163 ".
sément surprendre aux apparences trom- L'édition de D. Martène est reproduite au
peuses des fausses merveilles. Quoi qu'il en tome CLXXXI de la Patrologie, col. 1721-
soit, la candeur qui règne dans son écrit dis- 1722; elle est précédée de la notice tirée de
pose en faveur de sa sincériié. C'est un au- l'Histoire littéraire de France, rapportée ci-
teur qui rapporte ingénument ce que ses sens dessus.)
lui avaient appris, sans aucune défiance sur

CHAPITRE XLVII.

Sainte Hildegarde, vierge, abbesse du Mont-Saint-Rupert ? (1178);

Elisabeth de Schnauge [1165; Lebert ou Ecbert ou Egbert, abbé de
Saint-Florent de Schonauge ou Schnauge.]

(Ecrivains latins.]

Sajate All. degarde, b4tit le monaslêre de Mont

ce.

célèbre

par

1. Née dans le village de Spanheim?, au dio

cèse de Mayence, sur la fin du XIe siècle, en
ert une métairie nommée Bikesheim, Hildegarde

fut offerte à Dieu par ses parents à l'âge
de cinq ans; dix ans après elle se retira
sur la montagne de Saint-Disibode, où il y
avait un monastère d'hommes, et vécut en
recluse, avec deux autres filles, sous la dis-
cipline de la bienheureuse Jutte, qui les for-
ma dans les exercices de la piété. Cette sainte
dame étant morte, Hildegarde, avec la per
mission de l'abbé Conon, se retira avec ses
compagnes en un lieu appelé Binguc : elle
bâtit à quelque distance de la un monastère
où elle assembla dix-huit filles, dont elle fut
supérieure. Ce monastère portait le nom de

Mont-Saint-Rupert, et n'était pas éloigné de
Mayence.

2. Elle fut favorisée dès sa jeunesse de visions Elle dovient
célestes 4; mais Dieu augmenta ce don en elle ses révéla-
en 1141, elle était alors âgée de quarante-deux
ansetsept mois.Ces visions neluiarrivaient pas
la nuit, mais de jour. Sachant quelle opinion
l'on a ordinairement de ces sortes de visions,
elle fit difficulté de les mettre par écrit, jus-
qu'à ce qu'elle y fut comme contrainte par
les instantes prières d'une dame de qualité
et de verta, et d'un homme dont elle con-
naissait la piété. Elle fut dix ans à achever
cet ouvrage, qui contient les visions et les
révélations qu'elle avait eues sous l'épisco-
pat de Henri, archevêque de Mayence, sous

tops

1 Hist, litt. de la France, tome XII, pag. 446.

2 On peut voir sur sainte Hildegarde 10 les Actes des Bollandistes, septembre, tom. V, 17e jour; 20 la Vie de la sainte, par les moines Godefroi et Thierry ses contemporains, témoins oculaires de ses actes et chargés des fonctions ecclésiastiques dans son couvent; 30 les actes de l'inquisition de ses vertus et de

ses miracles, au même volume des Bollandistes ; 4° une notice sur sa vie et ses écrits par le docteur Reuss, professeur à l'université de Wurzbourg. Toutes ces pièces sont reproduites au tome CXCVII de la Patrologie, col. 9-144. (L'éditeur.)

3 Tom. VI Annal. Bened., lib. LXXVII, num. 131, pag. 353. — * Ibid.

Elle est en grande congi

l'Eglise et dans l'Etat,

Conrad, roi des Romains, et sous le ponti- et quelques autres personnes de piété et de
ficat d'Eugène II.

savoir. Ils examinèrent avec soin les écrits Elle est en 3. On ne peut trop admirer le respect et et les révélations d'Hildegarde, et n'y ayant dération dans la confiance qu'elle s'acquit des plus grands rien trouvé de contraire à la foi, et qui ne

personnages de l'Eglise et de l'Etat"; non- fût conforme aux sentiments de la vraie
seulement les évêques, les abbés et d'autres piété, ils les présentèrent au pape, afin qu'il
personnes d'un rang inférieur, lui écrivaient les examinât lui-même. Eugène III, les ju-
pour lui demander des conseils et des prières, geant dignes d'être conservés à la postérité,
mais elle recevait sur le même sujet des let- exhorta la sainte à continuer de mettre ses ré-
tres de la part des souverains pontifes, des vélations par écrit. Dans sa lettre, que l'on a
empereurs et des rois. Anastase IV, aussitôt mise à la tête des lettres d'Hildegarde, le pape
qu'il fut placé sur la chaire de saint Pierre, loue Dieu des miracles qu'il voulait bien
lui écrivit pour la congratuler de ce que le opérer de son temps par le ministère de cette
nom de Jésus-Christ était de jour en jour sainte fille, en lui faisant connaître des cho-
glorifié en elle. « Nous savons, ajoutait-il, ses inconnues aux hommes; l'avertit que
combien notre prédécesseur, de pieuse mé. Dieu qui résiste aux superbes donne sa grâce
moire, vous affectionnait; et c'est à son imi- aux humbles, et approuve le lieu qu'elle
tation que nous vous écrivons, dans le désir avait choisi pour sa demeure, à la condition
de recevoir une réponse de votre part. » Elle d'y vivre en clôture avec ses sœurs dans la
lui en fit une, mais avec cette liberté que pratique de la règle de saint Benoît. Hilde-
donne le zèle pour la gloire de l'Eglise : garde, dans sa réponse au pape, accepta ces
« Remplissez, lui dit-elle, avec ardeur les conditions, déclarant que son désir était
devoirs de la justice, afin que vous ne soyez qu'elles eussent lieu de son vivant et après
point accusé devant le grand médecin de sa mort. Elle fait mention dans une autre lettre
n'avoir pas lavé les taches de votre trou- de l'approbation donnée à ses écrits par Eu-
peau, et d'avoir négligé de l'oindre d'huile.» gène III, qui, dit-elle, les fit lire dans une
Elle écrivit dans le même style à Adrien IV, assemblée, et les lut lui-même en particu-
à Alexandre III et à l'empereur Conrad. Le liert. .
patriarche de Jérusalem lui disait dans sa 6. Si l'on en croit l'abbé Trithème 5, saint
lettre, avoir appris par es pèlerins qui ve- Bernard alla de Francfort à Bingue rendre
naient visiter le Saint-Sépulcre, les merveilles visite à l'abbesse Hildegarde, et eut avec elle Sainte Hilda
que Dieu opérait en elle.

une conversation en 1146; mais ce fait ne Elle est con: 4. Le moine Guibert, depuis abbé de Gein- parait pas bien avéré 6. L'abbé de Clairvaux

blou?, lui proposait souvent des difficultés sur ne commença à connaître cette pieuse fille
l'Ecriture Sainte. Elle fut priée par la com- que l'année suivante, c'est-à-dire au concile
munauté du monastère d'Heningen, dans le de Trèves, où il se trouva avec le pape Eu-
diocèse de Worms, de donner par écrit l’ex- gèna en 1147, et où il fut question de l'exa-
plication de quelques chapitres de la règle men des écrits et des révélations d'Hilde-
de saint Benoît, dont la pratique variait dans garde; d'ailleurs les auteurs de la Vie de
plusieurs monastères.

saint Bernard ne disent rien de cette visite. Ses écrits 5. Le pape Eugène IJI, étant au concile as- 7. Sainte Hildegarde mourut le 17 septemvés do pape semblé à Trèves, l'an 1147 3, Henri, arche- bre 1178, ågée de quatre-vingts ans. L'E- Sa mort

vêque de Mayence, le pria de faire examiner glise lui a décerné un culte public, tant à
les écrits et les révélations d'Hildegarde, cause de la sainteté de sa vie, que pour ses
dont on parlait différemment dans le monde. miracles. Thierri, abbé de Saint-Trond, en a
Le concile députa vers elle Alberon, évêque rapporté jusqu'à vingt dans l'histoire qu'il a
de Verdun, et avec lui Adelbert, primicier, faite des actions de cette sainte. (Sainte Hil-

Il est doeteor que saist Bernard ait

garde.

sultée par les savants.

Ses miracle.

Eugène 111.

1 Ibid., lib. LXXX, pag. 529.
2 Ibid., pag. 530.
3 Ibid., lib. LXX, pag. 241.

* La sainte fut autorisée à consigner à l'avenir que in spiritu proferenda senseris, dit le pape, dans la lettre qu'il lui adresse. On voit par conséquent dans quel sens général fut conçue l'approbation du livre d'Hildegarde par le pape Eugène III, et combien se trompent étrangement ceux qui parlent d'une ap

probation formelle et d'une approbation de tous ses écrits et de toutes ses révélations, dont la plupart ne parurent qu'après 1148. Diction, encyclop, de la Théol. cathol., tom. XI. (L'éditeur.)

Ann. Bened., lib. LXXVII, pag. 410. 6 ll est tout à fait faux, comme Stilting l'a démontré au tome V de septembre des Acta sanctorum, pag. 636. (L'édileur.)

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degarde n'a jamais été solennellement cano. pape Alexandre 3, qu'elle avait coutume de
nisée, malgré les examens entrepris par les se choisir un prévôt ou supérieur dans le
papes Grégoire IX, Innocent IV et Jean XXII. monastère de Saint-Disibode; que l'abbé sous
Ces examens n'aboutirent point, parce que lequel cet usage avait commencé étant mort,
les miracles avaient cessé, et qu'il n'y avait son successeur refusa d'accorder celui que
plus de témoins qui pussent les certifier. Ce sainte Hildegarde et ses soeurs avaient de-
pendant les martyrologes contiennent son mandé pour prévôt, et que comme elles se
nom dès le commencement du xve siècle, et pourvurent auprès du pape, il nomma un com-
il est en particulier dans le Martyrologe ro. missaire pour entendre les parties, avec pou-
main au 17 septembre.]

voir de leur donner un prévôt d'un autre mo-
8. Jusque dans sa quarante-troisième an- nastère, si le nouvel abbé de Saint-Disibode
née' elle n'avait appris que le Psautier; mais persévérait dans son refus. L'empereur Con-
alors un rayon de lumière descendant du rad 4, en se recommandant, lui et son fils
ciel l'éclaira tellement, qu'elle comprit le aîné, aux prières de la sainte et de sa commu-
sens du Psautier, des Evangiles et de tous nauté, leur promit de les assister dans tous
les livres de l'Ancien et du Nouveau Testa- leurs besoins. Elles reçurent les mêmes pro-
ment. Elle ne savait d'autre langue que celle messes de la part de l'empereur Frideric,
de son pays; mais, pour rendre ses pensées par une lettre où ce prince disait à leur ab-
en latin, elle se faisait aider d'un homme fi- besse, que ce qu'elle lui avait prédil était
dèle.

arrivé. Philippe, comte de Flandre , la con-
(9. Les écrits imprimés de sainte Hilde- sulta sur le voyage qu'il méditait en Terre-
garde sont 1° ses lettres, au nombre de cent Sainte 5. L'abbesse répondit que résister aux
quarante-cinq, en y comprenant celles que ennemis du nom chrétien pouvait lui être
diverses personnes lui adressèrent; 2° les utile pour la rémission de ses péchés.
Scivias, ou ses visions et ses révélations en 11. On ne peut s'expliquer plus clairement
trois livres; 3° le livre des Ouvrages divins de qu'elle ne le fait sur la transsubstantiation du
l'homme simple, ou Visions sur tous les points pain et du vin au corps et au sang de Jésus-
de la théologie, en trois parties; 4° la solution Christ. « La même vertu du Très-Haut 6 qui
de trente-huit questions; 5° l'explication de a, dit-elle, formé la chair du Sauveur dans
la Règle de saint Benoît; 6° l'explication du le sein de la Vierge, change sur l'autel par
Symbole de saint Atbanase ; 7° la Vie de saint les paroles du prêtre l'oblation du pain et du
Rupert ou Robert; 8° la Vie de saint Disibode; vin au sacrement de la chair et du sang de
Des subtilités des diverses natures des créa- Jésus-Cbrist. »
tures, en neuf livres. Tous ces ouvrages sont 12. Parmi les lettres d'Elisabeth, abbesse
réunis au tome CXCVII de la Patrologie la- de Schonauge au diocèse de Trèves?, à sainte
tine, par les soins et avec les notes du doc- Hildegarde, est celle qu'elle lui écrivit au su-
teur Reuss.]

jet de quelques peines d'esprit qui la jetaient
10. Le recueil de ses lettres, imprimé à dans le trouble. Sainte Hildegarde en ayant
Cologne en 1566, in-4°, par les soins de Just eu révélation, lui écrivit pour la consoler.
Blanckwalto, comprend celles qu'elle reçut Elisabeth l'en remercia par une lettre écrite
de papes, des empereurs, des évêques, des vers l'an 1160, où elle dit qu'elle avait en
princes et autres personnes, que ses ré- effet été agitée de quelques troubles dans
ponses. On les a toutes réimprimées dans la l'esprit, à cause des mauvais discours qu'on
Bibliothèque des Pères, à Cologne, en 1662, et tenait d'elle dans le monde. Ces discours,
à Lyon en 1677, et il s'en trouve quantité elle les aurait soufferts avec patience, s'ils
d'autres dans le tome II de la Grande Collec- n'avaient eu pour auteurs que des gens du
tion de dom Martène. [Elles sont reproduites peuple; mais les religieuses mêmes ayant cen-
dans la Patrologie, d'après l'édition des Pères suré sa conduite sans [en] connaître (le mo-
de Lyon et d'après Martène.]

bile), ni la grâce de Dieu qui agissait en elle, Nous apprenons de celle qu'elle écrivit au sa peine avait été bien plus sensible. Elle se

Lettre d'E

liga beth de Schnauge 5 sainta Hildegarde.

Ses lettres,

1 Annal. Bened., tom. VI, lib. LXXVII, pag. 353.
2 Tom. XXII Bibliot. Pat., pag. 537.
3 Pag. 540, 541.
* Pag. 551. - 5 Pag. 552.
6 Eadem virtus Altissimi quæ in utero Virginis

carnem operata est, super altare ad verba sacerdotis
oblationem panis ct vini in sacramentum carnis et san-
guinis convertit, virtute sua illud fovens. Pag. 561,
Epist. de Corp. el Sang. Christi.
. 1 Pag. 512.

des plus favesponse au cit de mai

Lettre 251

Lettre au clergé do Mayence.

plaint ensuite des fausses lettres qu'on faisait elle leur fit dans sa réponse de vifs repro-
courir sous son nom.On lui supposait des pro- ches sur leur vie séculière et voluptueuse 3,
phéties sur le jour du jugement, et elle déclare sur leur indécence dans la célébration de
que les révélations que Dieu lui avait faites l'office divin, sur leurs liaisons avec des gens
par le ministère d'un ange, avaient seule- de mauvaises moeurs et de mauvaise doc-
ment pour but d'engager les peuples à faire trine.-- Sa réponse au clergé de Tréves n'est
pénitence de leurs péchés. Pour éviter les pas plus favorable. La sainte prédit aux clercs
sentiments d'orgueil, elle avait tenu secrètes de ces deux Eglises de grandes calamités
ces révélations, et ne les aurait jamais pu- s'ils ne font pénitence.
bliées sans un ordre exprès de cet ange, plu- 15. On dit que sainte Hildegarde fut priée
sieurs fois réitéré; enfin elle ne les avait en 1153 4 par le chapitre général des moines Deises grà.
rendues publiques en présence des magistrats de Citeaux, de leur faire connaître, si Dieu
et de personnes de piété, qu'après avoir, par le lui révélait, ce qui pouvait lui déplaire
le conseil de son abbé, consulté Dieu sur ce dans l'ordre. Elle répondit, selon que nous
sujet. Elle ajoute que parmi ceux en pré- l'apprenons d'Albéric de Trois-Fontaines,
sence de qui elle les publia, les uns les re- que le reproche que Dieu avait à leur faire
çurent avec respect, les autres s'en moquè était d'avoir rompu entre eux la charité.
rent.

Cette lettre ne se lit pas dans le recueil de
13. L'abbesse et les religieuses du Mont celles de sainte Hildegarde, imprimé à Co-
Saint-Robert ayant fait inhumer chez elles le logne en 1566; mais elle a été donnée de-
corps d'un homme avec les cérémonies or- puis par dom Martène dans le tome II de sa
dinaires, les officiers du clergé de Mayence Grande Collection 6. Elle en écrivit une, adres-
leur ordonnèrent sous peine d'interdit de sée aux moines gris, nom que l'on donnait
l'exhumer et de le jeter hors de leur cime- quelquefois aux Cisterciens, parce qu'en
tière; elles le refusèrent sous prétexte que voyage ils portaient un manteau gris. On
cet homme, avant sa mort, avait reçu les sa- montre encore dans l'abbaye de Saint-Victor
crements de Pénitence, d'Extrême-Onction à Paris celui de saint Bernard. Dans cette
et d'Eucharistie, et qu'il avait été inhumé lettre, qui est fort longue, l'abbesse Hilde-
sans aucune opposition, et en présence du garde leur donne divers avertissements, sur-
prêtre qui avait conduit le corps. Cependant, tout touchant les convers, dont la plupart
pour ne pas désobéir en tout, elles gardèrent n'étaient véritablement pas convertis à Dieu,
l'interdit, cessèrent de chanter l'office divin et ne travaillaient ni le jour ni la nuit. Elle
et de s'approcher de la communion du corps en reprend d'autres qui, se croyant élevés à
de Jésus-Christ; mais avertie dans une vi- un haut degré de sainteté, méprisaient leurs
sion, l'abbesse Hildegarde écrivit à ceux qui confrères, les regardant comme des mem-
avaient jeté l'interdit pour les prier de le bres inutiles, et d'autres qui s'appliquaient
lever.

trop à s'enrichir. « Ces hommes, dit-elle, 14. D'après la sainte, le prêtre ne doit veulent posséder tout ensemble le ciel et le engle point accorder le corps de Jésus-Christ, ca- monde, ce qui est impossible. » la ché sous l'espèce du pain, quod in specie pa- 16. Outre les lettres de sainte Hildegarde, Antries her

nis latet, à celui qui est sujet au vomisse- rapportées dans le recueil dont on vient de :
ment, quoiqu'il le demande, avec empresse- parler?, il s'en trouve une à l'abbé de Brun-
ment; mais pour la sanctification du malade, villers dans la Vie de cette sainte, composée
le prêtre peut mettre l'Eucharistie sur la tête par Thierry, abbé de Saint-Trond, et qualre-
et le cour du malade, en prononçant quels vingt-quatre dans la Grande Collection de dom
ques prières. — Elle pense que le corps de Martène.Quoiqu'elles respirent toutes, comme
Jésus-Christ est caché sous l'espèce du pain, les précédentes, un air de piété, le style n'en
comme l'âme de l'homme est invisible 2. — est pas si mystérieux; on y trouve quelques
Les clercs de Cologne l'avaient priée de leur faits qui ont rapport à l'histoire de son siècle,
faire savoir ce qui devait leur arriver, au cas surtout au schisme que l'empereur Fridéric
qu'elle l'eût appris dans une vraie vision : avait excité entre le pape Alexandre III et

Autres let tres au clergé de Mayence POINU AVVAUUU et à celui de Trèves.

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bes de puissa Hildegarde,

1 Pag. 563.

" Annal. Bened., lib. LXXX, num. 11, pag. 528.

2 Divinum sacramentum in specie panis latet quemadmodum anima hominis invisibilis existit. P. 566.

3 Pag. 572.

Alberic., ad an. 1153, pag. 323. 6 Tom. II Ampliss. Collect, Marten., pag. 1012, 7 Bibl, Patr., tom. XXIII, pag. 578.

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