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CHAPITRE XLVIII.

Hugues, archevêque de Rouen !

(Ecrivain latin, 1164.)

Hugoes, sa

fait moine,

1128.

1. Hugues fut une des lumières de l'Eglise excommunié. Il présenta au pape des lettres öludeiro com de son temps, et l'ornement de l'ordre de d'obédience de la part de Henri, roi d'Angledevient abbé: saint Benoit, ainsi que Matthieu, son frère, terre ?. Nommé par Innocent II, en 1134,

cardinal, évêque d’Albane. La France leur pour examiner le différend entre les abbés
donna la naissance ?, et la ville de Laon l'é- de la Chaise-Dieu et de Saint-Tibéri, il se
ducation. Ils y apprirent l'un et l'autre les bel- trouva le 3 novembre à Montpellier, avec
les-lettres, sans doute dans l'école d'Anselme. Bernard, archevêque d'Arles, et Arnaud, ar-
Sans se laisser éblouir par la noblesse et l'o- chevêque de Narbonne, légats du Saint-Siége,
pulence de leur famille, ils embrassèrent et avec plusieurs évêques et autres personnes
l'état monastique dans l'abbaye de Cluny 3. ecclésiastiques. Les deux abbés avaient été
Dès l'an 1115, Hugues était prieur de Saint- cités au concile. Ademar, abbé de Saint-Ti-
Martial à Limoges, ensuite il le fut de Saint- béri, s'y présenta ; mais Etienne, abbé de la
Pancrace en Angleterre, puis abbé d'un nou Chaise-Dieu, n'y comparut point, ni personne
veau monastère appelé Radinge.

de sa part. Hugues de Rouen ne laissa pas Il est fait 2. Après la mort de Geoffroy, archevêque de faire toutes les informations; et après Kouenon de Rouen, arrivée en 1128, on mit à sa place avoir interrogé tous ceux qui pouvaient avoir

l'abbé Hugues. Son élection fut approuvée connaissance du fait, il rendit un jugement
de Henri, roi d'Angleterre 4, et de l'évêque favorable à l'abbé de Saint-Tibéri 8, en lui
de Salisbéri, dans le diocèse duquel le mo- adjugeant l'église de Bessan, que Bérenger,
nastère de Radinge était situé. Hugues fut le évêque d'Agde, lui avait donnée, et que l'abbé
seul qui s'y opposa. Le clergé de Rouen écri- de la Chaise-Dieu prétendait lui appartenir
vit au pape Honorius JI, qui confirma l'élec- en vertu d'une donation faite postérieure-
tion. Hugues ne fut sacré qu'au mois de sep- ment par le même évêque. L'archevêque de
tembre 1130 : aussitôt qu'il fut installé sur le Rouen rendit comple au pape de ce qu'il
siége archiepiscopal de cette ville, saint Ber- avait fait, par une lettre rapportée dans les
nard lui écrivits pour lui faire connaître les preuves de la nouvelle Histoire du Langue-
meurs du peuple qu'il avait à gouverner, et doc 9, avec celle que Hugues écrivit sur le
pour l'exhorter à être en même temps patient même sujet-à l'abbé de Saint-Tibéri, et dans
et pacifique, et à modérer son zèle par la l'appendice du sixième tome des Annales 10 de
prudence. Pierre de Cluny lui en écrivit aussi l'ordre de Saint-Benoît.
une 9, mais pour l'inviter à venir voir sa 4. Roger de Salisbéri ", et Alexandre de
communauté, qui n'avait pas encore oublié, Lincoln, les deux plus puissants entre les
dit-il, combien il avait illustré cette abbaye évêques d'Angleterre, s'étant rendus sus-
par son érudition et par sa piété.

pects au roi Etienne, à cause de plusieurs forIl assiste an 3. En 1131, Hugues assista au concile de teresses qu'ils avaient fait bâtir, ce prince Reims en Reims, où l'élection du pape Innocent II fut les fit arrêter et se saisit de leurs châteaux. de Montpel- solennellement approuvée, et Pierre de Léon L'action du roi fut prise diversement. Henri,

Il se trou ay concile de Winchester, en 1139.

concile de

1131 et à celui

lier on 1134.

1 Voir sur Hugues au tome CXCII de la Patrologie, col. 1112-1131, une notice tirée de la Gallia christiana, et une autre tirée de l'Histoire littéraire de la France. (L'éditeur.)

2 Plug., Epist. ad Matt. Alban.; tom. V Anecdot., Marten., pag. 897.

3 Mabillon., lib. LXXIV Annal., num. 70, et lib. LXXV, num. 31.

* Mabillon., ubi supra.

5 Bernard., Epist. 45.
6 Petr. Vener., lib. VI, Epist. 32.
7 Mabillon., lib. LXXV Annal., num. 122.
& Hist. Lang., tom. II, pag. 412, 413.

• Ibid., pag. 475, 476, 477. [Patrol., tome CXCII,
col. 1134.]

10 Pag. 666 et seq.
11 Tom. X Concil., pag. 1015, 1017.

abbt ye phase

l'éd'au

évêque de Winchester, son frère, la désap- adressée à cet archevêque 4, dans laquelle,
prouva, disant que ces évêques n'avaient pu après avoir loué son zèle infatigable pour
être dépouillés de leurs biens sans un juge l'Eglise romaine, et son intrépidité à le sou-
ment ecclésiastique : Hugues de Rouen prit tenir contre l'antipape Anaclet, son compéti-
hautement le parti du roi. L'affaire fut agi- teur, il lui accorde, ainsi qu'à ses succes-
tée au concile tenu à Winchester en 1139, le seurs dans le siége archiépiscopal de Rouen,
9 août. L'archevêque de Rouen y convint que la confirmation des priviléges de cette église.
les évêques garderaient leurs châteaux, s'ils Le pape, par une autre lettre 5, lui marque
pouvaient montrer parles canons qu'ils avaient qu'il lui envoie en signe d'amitié l'étole qu'il
le droit d'en avoir; mais il ajouta qu'en avait coutume de porter, afin qu'il la mit lui-
leur supposant ce droit, ils devaient donner, même habituellement sur son cou en mémoire
comme tous les autres seigneurs, les clefs de de lui et par respect pour saint Pierre. Sur
leurs forteresses au roi, parce qu'on était les plaintes de Henri, roi d'Angleterre 6, que
dans un temps suspect; que tel était l'usage Hugues exigeait une profession d'obéissance
de toutes les autres nations, lorsqu'un roi de tous les abbés de son diocèse, et qu'il y
faisait la guerre pour la sûreté commune. causait d'autres troubles, Innocent lui écrivit
Les autres évêques demandaient que ceux qu'il fallait se relâcher pour un temps de la
de Salisbéri et de Lincoln fussent rétablis sévérité des canons à l'égard des abbés, en
dans la possession de leurs châteaux avant considération de la protection que ce prince
que leur affaire fut examinée ; et l'on se sé- accordait à l'Eglise, et absoudre les abbés

para le 1er septembre sans avoir rien fait. qui avaient encouru quelque censure pour ,,!l érige, en 5. Plusieurs années auparavant, et dès l'an n'avoir pas voulu faire cette profession. Outre Blader dan 11304, Hugues avait érigé en abbaye l'église l'obéissance, les évêques obligeaient les ab.

d'Aumale, desservie auparavant par six cha- bés, en les bénissant, de leur payer un cens
noines, à deux conditions : l’une, que le pre- annuel appelé le droit synodal, de les loger
mier abbé serait pris dans la communauté dans leurs monastères lorsqu'ils voyageaient,
de Saint-Lucien de Beauvais, d'où Aumale de les laisser célébrer des messes solennelles
dépendait; l'autre, que l'abbé ferait profes dans leurs églises, et d'y tenir des assemblées.
sion d'obéissance à l'archevêque de Rouen, Ce fut là la matière d'un long différend entre
ce que la plupart des abbés de ce diocèse ne les évêques et les abbés dans les x®, xio et
voulaient pas faire. Les lettres que Hugues XIIe siècles.
écrivit à ce sujet sont rapportées dans la 6. Le pape connaissait très-bien la fermeté
Neustrie pieuse, et dans la nouvelle Collection de l'archevêque de Rouen 8, et son zèle à rem- gues. Sa mort
des conciles de Rouen. Il confirma en 1141 ? les plir les devoirs de sa dignité, soit par ses dis-
priviléges accordés à l'abbaye du Bec par cours, soit par les bons exemples qu'il don-
l'archevêque Guillaume, dans le temps que nait à ses peuples ; mais il craignait qu'il ne
saint Anselme en était abbé. Il ne se réserva fût trop sévère ; c'est pourquoi il le priait de
sur cette abbaye que les choses qui ne peu- se conduire dans toutes ses fonctions avec
vent se faire ou administrer sans l'office de douceur et charité, suivant les prescriptions
l'évéque.

des canons. Hugues rentra dans les bonnes Il assiste 6. Orderic Vital dit que Hugues de Rouen grâces du roi Henri, comme on le voit par Pose en 1134. assista au concile de Pise ; qu'il y fut d'un une de ses lettres au pape Innocent II 9, à

grand secours au pape Innocent II contre qui il marque que ce prince étant tombé ino-
Pierre de Léon; qu'occupé des affaires du pinément malade, l'avait fait venir pour le
Saint-Siége pendant un long séjour en Italie, consoler dans l'extrémité où il se trouvait.
il négligea celles de son diocèse, ce qui dé- Hugues passa trois jours auprès de lui, reçut
plût beaucoup à Henri, roi d'Angleterre 3, à la confession de ses péchés, lui en donna cha-
qui la Normandie appartenait aussi. Le pape que jour l'absolution, lui administra le corps
témoigna sa reconnaissance à Hugues en di- et le sang du Seigneur, et ensuite l'extrême-
verses occasions. On a de ce pape une bulle onction, après que Henri la lui eut demandée

Zelo de Hu

an concile de

1 Mabillon., lib. LXXV Annal., num. 103.
* Idem, lib. LXXVII, num. 97.
8 Order. Vit., lib. XIII, pag. 900.

Conc. Rotomag., part. II, pag. 23.
3 Ibid., pag. 27. — 6 Ibid., pag. 24, 23.

7 Ibid., pag. 26. - 8 Ibid., pag. 26.

9 Ibid., pag. 27. [Patrol., tom. CLXXIX, col. 670. Elle est traduite en français dans l'Histoire des ar. chevêques de Rouen, par dom Pomeraye.]

mjer.

et seq.

Ses dialogues.

25.
Joan, x, 13.

lui-même. Telle fut la fin de ce prince. Hu- après, et apparemment depuis qu'il fut devenu
gues détaille les bonnes euvres qui la pré- archevêque de Rouen ; c'est pour cela que
cédèrent : elle arriva en 1135. On met celle dans d'autres manuscrits où se trouvent les
de Hugues' en 1164, le 10 novembre. L'année sept livres, Hugues est qualifié archevêque de
précédente il avait été lever solennellement Rouen.
de terre à Pontoise le corps du bienheureux 8.Lepremier traite du souverain bien, c'est- Analyse de
Gauthier, ce qui était alors la manière de ca- d-dire de Dieu même 4 et des trois personnes livro pre
noniser. Hugues gouverna l'Eglise de Rouen divines, le Père, le Fils et le Saint-Esprit qui
environ trente ans, avec autant de piété que procède des deux premières. Hugues trouve
de dignité. Il fut libéral envers les pauvres, ces trois personnes bien désignées dans le

le protecteur des veuves et des orphelins. commencement de la Genèse, et dans plu- Genes,i,' Ses écrits. 7. [Les écrits de Hugues sont 1° sept livres sieurs endroits de l'Evangile selon saint Jean; Joan., tini,

de Dialogues ; 2° un commentaire sur l'ouvrage il montre que l'essence de la nature divine
des six jours, dont il ne reste qu’un fragment étant simple, elle est nécessairement une, et
publé par Martène à la suite des Dialogues; n'est susceptible d'aucun accident; que si la
3° le livre de la Mémoire ; 4° l'explication du raison humaine ne peut comprendre le mys-
Symbole ou de la foi catholique et de l'oraison tère de la Trinité, nous l'apprenons par la foi
dominicale; 5° quinze lettres ; 6° la Vie de qui, étant fondée sur l'autorité divine, est
saint Adjuteur : tous ces écrits sauf quelques beaucoup plus certaine que les connaissances
lettres sont publiés par Martène ; 7° le livre que nous acquérons par les sens, toujours
contre les hérétiques, publié par dom Luc sujets à erreur. Il traite ensuite de l'incarna-
d'Achéry à la suite des Quvres de Guibert, tion du Verbe dans les termes les plus ortho-
abbé de Nogent. Ces divers écrits sont repro- doxes, et du péché contre le Saint-Esprit,
duits au tome CXCII de la Patrologie, col. qu'il dit être le mépris des clefs de l'Eglise,
1137-1352. Les lettres sont reproduites les ou du pouvoir que l'Eglise a reçu du Saint-
premières.] Pendant que Hugues était en Esprit, comme des deux autres personnes de
Angleterre abbé de Radinge ?, il s'occupait la Trinité, pour remettre les péchés.
à résoudre plusieurs questions théologiques, 9. Il demande dans le second livre 5 pour- Deuxième
qu'il réduisit en forme de dialogues, ou par quoi Dieu, qui est la souveraine cbarité, et
demandes et par réponses, pour la facilité qui aime indifféremment toutes choses, en
des lecteurs. Il en composa d'abord six li- punit quelques-unes. A quoi il répond que
vres, qu'il dédia à Matthieu, prieur de Saint Dieu a doué la créature raisonnable du libre
Martin-des-Champs, à Paris, qui l'avait en- arbitre, afin qu'elle connût et aimât son Créa-
gagé à cet ouvrage. Matthieu n'était pas en- teur; que lorsqu'elle s'acquitte de ce devoir,
core cardinal ni évêque d'Albane. Ces dialo elle est récompensée par la beatitude, et
gues furent donc écrits avant l'an 1125, qui qu'en le négligeant, elle mérite d'être pu-
est l'époque de l'élévation de Matthieu au nie de son ingratitude ; l'ordre de la souve-
cardinalat, suivant Ughelli 3. Matthieu les raine justice, qui est Dieu, le voulant ainsi.
reçut avec plaisir, les communiqua à ses Hugues dit de la charité, qu'elle est si né-
amis, puis les répandit dans le public qui en cessaire, que toul ce que nous faisons dans
fut content. Hugues encouragé par cette ap cette vie doit en être animé, parce que Dieu
probation relut son ouvrage, essaya de le ne faisant rien qu'avecamour, veut que la créa-
rendre plus parfait, soit pour les choses, soit ture raisonnable fasse aussi avec charité tout
pour le style, et y ajouta un septième livre. ce qu'elle fait. Hugues donne une explication
Dans un manuscrit de Colbert l'ouvrage est littérale, allégorique et morale des six jours
attribué à Hugues, abbé de Radinge; en d'au- de la création, et du septième qui fut le jour
tres il porte le titre de Hugues, archevêque du repos.
de Rouen : mais il est à remarquer que le 10. Il définit le libre arbitre 6, un certain Troisième
septième livre manque dans le manuscrit de mouvement de l'intelligence raisonnable,"
Colbert, et que Hugues composa les six pre- avec pouvoir d'exécuter ce qu'elle juge à pro-
miers étant abbé de Radinge, en 1124; le pos de faire. D'autres disaient que le libre
septième ne fut écrit que quelques années arbitre avait été donné à l'bomme pour le

livre.

livre.

1 Concil., Rotomag., pag. 4.
2 Tom. V Anecd. Marten., pag. 895.
3 Tom. I Ital. Sacr., ad ann. 125.

- Ibid., pag. 897.
5 Pag. 909. - 6 Pag. 921.

Hugue libre arba té

nou sous faites vous vivrez, est pas é

bien comme pour le mal. Hugues n'est point leux de la grâce, que le mal se tourne en de ce sentiment, et croit que le libre arbitre bien par les sentiments d'humilité qu'elle se perd par le péché, et ne peut être ré. nous inspire : d'où vient que saint Paul dit :

paré que par la grâce, comme le dit Jésus- Si vous faites mourir par l'esprit les passions Josu. VhI, 36. Christ : Si le Fils vous délivre, vous serez véri- de la chair, vous vivrez, Hugues, parlant des

tablement libres. Il fait l'application de ce sacrements, dit qu'il n'est pas étonnant qu'ils principe au premier homme, qui, en voulant ne soient pas les mêmes dans la loi nouvelle le mal, a perdu le pouvoir du bien, ce qu'il que dans l'ancienne, Dieu ayant jugé à proentend sans doute du pouvoir prochain. Il pos de les varier suivant les circonstances enseigne que la prescience de Dieu n'a im- des temps ; mais que la foi n'a jamais varié, posé aucune nécessité aux anges, ni à l'homme puisqu'il n'est pas possible qu'aucun , dede tomber; qu'ils ont péché librement; et puis la chute du premier homme, ait été qu'encore que les choses prévues de Dieu sauvé sans la foi en Jésus-Christ; que le puissent ne pas arriver, elles arrivent tou- salut a été donné aux enfants comme aux jours. En expliquant ces paroles de l'apôtre : adultes dans la loi ancienne par la circonciJésus-Christ veut que tous les hommes soient sion, et dans la nouvelle aux personnes des sauvés, il dit qu'il faut les entendre de cette deux sexes par le baptême, avec cette diffésorte : Ceux dont Dieu veut le salut sont tous rence que le sacrement de la foi suffit aux sauvés; car aucun ne peut être sauvé, si Jé- enfants, et que les adultes doivent y ajouter sus-Christ ne le veut : d'où vient que saint les bonnes ouvres. Il prouve par l'autorité Paul veut qu'on prie pour tous.

de l'Ecriture, que les martyrs, sans avoir Quatrième 11. Dans le quatrième livre' Hugues traite reçu le baptême d'eau, sont sauvés par le

livre.

de la chute du premier homme, et demande sang qu'ils répandent pour la foi ; que les pourquoi Dieu, qui savait que l'homme lui apôtres ont été baptisés ; que le baptême ne désobéirait, lui fit défense de manger du doit point se réitérer, eût-il été administré fruit de l'arbre de vie, et pourquoi il permit par un indigne, parce que c'est Dieu qui qu'il fût tenté. Il répond que Dieu fit à donne l'efficacité aux sacrements, et que le l'homme quelque commandement, afin que défaut de mæurs dans un ministre n'y est l'homme sût qu'il avait un maître et un sei- point un obstacle. Il semble dire que les sagneur; que si Dieu permit qu'il fût exposé à crements conférés par des excommuniés, ou la tentation, ce fut par un même principe, par ceux qui sont suspens de leurs fonctions, c'est-à-dire pour éprouver si le serviteur vou- sont nuls ; mais sa pensée est qu'ils confèdrait obéir à son maître. Hugues ne croit pas rent illicitement, quoique validement, et il le que l'orgueil ait précédé dans Adam la ten- prouve par la conduite que l'Eglise univertation, parce qu'il serait tombé avant d'être selle a tenue envers les novatiens, dont, tenté : la tentation précéda, séduisit l'homme quoiqu'ils fussent anathématisés, elle a reçu par le plaisir, et le fit consentir au péché. les clercs dans le rang qu'ils occupaient aupa

12. Le cinquième livre regarde la rémis- ravant dans leur secte, lorsqu'ils sont revenus sion des péchés, en particulier du péché ori- de leur schisme. ginel ?, qui est une suite de celui d'Adam. 13. Après avoir rapporté les divers sentiD'après Hugues, quoique par la grâce de la ments sur l'origine de l'âme", il établit celui rédemption ce péché nous soit remis dans de l'Eglise catholique qui enseigne que l'âme le baptême quant à la coulpe et que notre ne vient point des parents par la génération, libre arbitre recouvre la liberté de faire mais qu'elle est créée de Dieu à la naissance le bien, il reste en nous la concupiscence de de chaque personne. Il dit qu'avant son la chair qui nous excite au péché, mais dont union avec la chair elle est sans péché, mais les mouvements ne nous sont point imputés qu'elle le contracte par son union avec la quand nous n'y consentons pas : au contraire chair qui a été corrompue en Adam : et c'est lorsque dans la révolte de la chair contre l'es- de cette sorte qu'il explique la transfusion du prit nous recourons à Jésus-Christ, que nous péché originel. Sur le sacrement de l'autel, pleurons la dure nécessité où nous réduit il veut qu'on s'en rapporle à la foi de l'Eglise cette révolte, il arrive par un effet merveil. catholique et apostolique, qui nous apprend

Cinquième livre.

* Pag. 933. – 2 Pag. 947.
3 Pag. 958, et Epist. ad Matt. Alban., pag. 981.

* Pag. 959.

Septième

que par l'efficacité de la parole toute-puis- pénitents, les lier, les délier, servir assidû-
sante, la substance du pain et du vin estment à l'autel, et vivre des oblations et des
changée au corps et au sang de Jésus-Christ', dimes. Il reconnait qu'ils sont du clergé, et
par la puissance du même Verbe par qui tous que vivant canoniquement, c'est-à-dire ré-
tes choses ont été faites de rien. Jésus-Christ gulièrement, on pourrait les nommer clercs
a fait le changement du pain et du vin en la et chanoines, s'ils n'avaient à vivre dans le
substance de son corps et de son sang; mais silence et dans la retraite.
ce changement étant au-dessus des lumières 15. Le septième livre est précédé d'une s
de la raison humaine, inutilement on essaie- lettre de Hugues à Matthieu, prieur de Saint- livre.
rait de le démontrer par des raisonnements Martin, et depuis évêque d'Albane 5, dans la-
humains : on doit le croire, et non pas le quelle il s'explique sur ce qu'il avait dit dans
prouver. Il en est de même de tous les sacre- les précédents touchant les prêtres déposés
ments. A l'égard des sacrifices et des prières ou excommuniés, et dont quelques-uns s'é-
que l'Eglise offre pour les morts ?, Hugues taient offensés, croyant qu'il les regardait
enseigne qu'elles n'ont point pour objet la comme incapables de l'administration des
rémission de quelques péchés en l'autre sacrements, quoique son sentiment fût seu-
monde, mais celle de la peine due aux pé- lement qu'ils les conféraient illicitement 6. 1]
chés pour lesquels on n'a pas satisfait en traite dans ce livre de la trinité des person-
cette vie ; et que ceux-là seuls recevront du nes en Dieu dans une unité de nature, en
secours des prières de l'Eglise, qui auront été montre l'existence par les témoignages de
dans sa communion avant leur mort. D'après l'Ecriture, et la rend croyable par divers
Hugues, on donne le nom de Viatique à l'eu- exemples tirés des choses créées, en parti-
charistie, parce qu'elle nous soutient dans le culier des cinq sens de l'homme. Lorsque
voyage que nous faisons pour arriver à notre nous regardons quelque chose, notre âme
véritable patrie. Entre les dispositions qu'il qui est au dedans voit au dehors : c'est la
demande pour s'approcher dignement de chose vue; au milieu est l'eil par lequel,
l'eucharistie, il met la foi, qui nous fait croire dit-il, l'âme voit; il en est de même des
intérieurement que le pain et le vin qui pa- autres sens par rapport à l'âme.
raissent extérieurement à nos yeux 3, sont 16. Aux sept livres des Dialogues ?, dom Commen
le corps et le sang de Jésus-Christ ; les bon- Martène a joint un long fragment des Com-
nes @uvres, la correction des meurs, et la mentaires de Hugues sur l'ouvrage des six

satisfaction imposée pour les péchés passés. jours de la création. L'auteur avait dédié ces Sixième livro. 14. Le sixième livre est employé princi- Commentaires à Arnulphe, évêque de Li

palement à relever l'ordre monastique 4. sieux, qu'il appelle son très-cher fils. Quoi-
Hugues en regarde la profession comme un que Moïse se soit expliqué d'une manière
autre baptême, et dit que de même que l'on très-claire dans la description des origines
se dépouille de la vétusté des péchés dans le de toutes choses, ce qu'il en dit est néan-
baptême, pour se revêtir de la nouveauté, moins susceptible de plusieurs sens très-pro-
qui est Jésus-Christ, c'est-à-dire de l'inno- fonds, et ce sont ces sens que Hugues se
cence; ainsi, par la bénédiction monastique, propose de développer. Il dit nettement qu'on
en quittant le vieil homme on se revêt du doit reconnaître Moïse pour l'auteur de la
nouveau, figuré par l'habit de la religion. Il Genèse. Son Commentaire sur cette partie de
ajoute qu'à cause du mérite de leur vie, les l'Ecriture 8 se trouve parmi les manuscrits de
moines doivent prêcher au peuple le royaume l'abbaye de Clairvaux, où il est divisé en trois
de Dieu, reprendre les pécheurs, recevoir les livres : on ne l'a pas encore rendu public.

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1 Ejus Verbi potentia qua de nihilo facta sunt omnia, fecit et hic Christus ut substantia panis et vini fiat substantia corporis et sanguinis sui. Hugo Rotom., lib. V Dialog., pag. 963.

2 Pag. 967.

3 Cum hac fide acceditur ad altare, cum sacramenta percipis, vides exterius speciem panis et vini, credis interius corpus et sanguinem Christi. Ibid., p. 965. * Pag. 969. — 5 Pag. 981.

L'auteur soutenait que les prêtres déposés ou excommuniés ne consacraient pas réellement, s'ils

avaient la présomption de monter au saint autel en
cet état. Dans la défense de cette proposition, Hu- .
gues distingue le titre et l'exercice, la dignité sacer-
dotale et les fonctions de cette dignité. « L'Eglise,
dit-il, par la déposition ou l'excommunication, n'ôte
point le sacrement de l'ordre aux prêtres, elle les
prive seulement du droit de l'exercer; elle leur ôte
l'office du sacerdoce sans toucher à leur caractère.»
(L'éditeur.)

7 Pag. 1002.
& Marten., tom. IX Ampliss. Collect., pag. 1185.

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