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Sos lettres.

pliquait' tantôt à la prédication, tantôt à la été réduit presqu'à rien par la violence des
lecture des pères, dans la vue d'ins!ruire les persécutions, le pape Urbain, martyr, l'avait
peuples et de gagner les âmes à Dieu; il remis en vigueur par ses décrets, saint Au-
composa un commentaire sur les Psaumes, où gustin par sa règle, saint Jérôme par ses
il fit entrer ce qu'il avait trouvé de mieux lettres. Letbert semble dire que les chanoi.
dans ceux de saint Augustin, de Cassiodore nes réguliers avaient toujours porté l'babit
et des autres anciens commentateurs. Il di- blanc; il prend du moins occasion de la
visa son ouvrage en deux parties, qu'il inti- splendeur de leurs habits, pour les exhorter à
tula : Les Fleurs des Psaumes 2. Letbert l'ayant la pureté de l'âme. Sa seconde lettre ne pa-
emporté avec lui à Saint-Ruf, Gauthier, évê raît pas entière 5 : un clerc de ses amis lui
que de Maguelone, en fit tirer une copie. avait demandé les préceptes d'une vie con-
Hescelin, chanoine de Lille, le pria de lui venable à son état; Letbert n'insiste que sur
prêter ce commentaire, ne pouvant l'avoir la nécessité d'éviter la compagnie des fem-
de l'auteur qui était mort. Gauthier l'envoya, mes, soit en public, soit en secret: il instrui-
en exhortant Hescelin et ses confrères à sait sans doute son ami sur d'autres articles.
prendre modèle sur la vie de Letbert, qui Pitseus 6 attribue à Letbert quelques autres
avait été un d'entr'eux, de lire assidûment opuscules, mais il ne dit pas ce qu'ils conte-
son ouvrage, et d'en graver les plus beaux naient, ni s'il les avait vus.
endroits dans leur mémoire. La lettre de 4. Nous avons montré dans l'article de B
Gauthier, d'où nous avons tiré ces circons- Baudri, chantre de la cathédrale de Té- Nogon.
tances, a été publiée par dom Mabillon dans rouanne, qu'il était auteur de la Chronique de
ses Analectes; il ne paraît pas que le com- cette église et de celle de Cambrai, comme
mentaire de Letbert ait été rendu public. aussi de quelques autres ouvrages, attribués

3. Mais on a deux de ses lettres dans 3 le quelquefois à Baudri, évêque de Noyon; on premier tome des Anecdotes de dom Martène ne connait de ce prélat que quatre lettres (el dans le tome CLVII de la Patrologie, col. qui font partie du recueil des pièce3 7 con715-720] : l’une adressée à Ogier, supérieur cernant le rétablissement de l'évêché d'Arde la congrégation de Ferran; l'autre à un ras. Par la première, il prie Lambert, évêque ami. L'éditeur rapporte la première à l'an de cette ville, de conférer les ordres sacrés 1110, auquel il est certain que Letbert était à sept de ses clercs, savoir : le grade d'acoabbé de Saint-Ruf. Il est appelé Lambert dans lyte à Baudouin, à trois autres le sous-dial'inscription de la lettre; mais, dans le catalo- conat, à Bernard et Isambert le diaconat, et gue des abbés de cette maison, il est toujours à Berner la prêtrise. La seconde 8 est une nommé Letbert. Cette communauté fut d'a- leltre de recommandation au même évêque, bord fondée près d'Avignon, par Benoit, qui en faveur d'un clerc du diocèse de Noyon, en était évêque en 1038; de là elle fut transfé- qui voulait se stabilier dans celui d'Arras. rée auprès de Valence, puis rétablie dans la Dans la troisième ! il prie Lambert de donmême ville. Il parait que la congrégation de ner le voile à une pauvre femme du diocèse Ferran était une maison de chanoines régu- de Noyon, et de l'admettre au nombre des liers de l'Ordre de Saint-Augustin, comme pénitentes de Jésus - Christ, apparemment l'abbaye de Saint-Ruf. Letbert relève l'excel- des veuves. Il lui donne avis dans la qualence de cet Ordre, il en trouve la figure dans trième 10 qu'il avait permis au prêtre Berle sacerdoce de la loi ancienne, et leur genre nard de sortir du diocèse de Noyon pour de vie prescrit dans l'Evangile et pratiqué tant passer dans celui d'Arras, ct en le mettant par les apôtres que par les fidèles de la pri- sous son obéissance, il lui demande de permitive Eglise; en sorte qu'il ne fait point dif- mettre à ce prêtre les fonctions de son ordre. ficulté de dire son Ordre aussi ancien que les On trouve 11 dans les recueils de dom d'Aapôtres. Il ajoute que la charité s'étant refroi- chéry, de dom Martène et dans les Annales die, et l'Ordre des chanoines réguliers ayant de Noyon, par Jacques Le Vasseur, quantité

i Mabill., in Analectis, pag. 462.

Ibid., pag. 461.
3 Tom. I Anecdot., pag. 329.
* Ibid., in notis. — 5 Ibid., pag. 332.
6 Pitseus de Scriptor. Angl., pag. 275.
7 Tom. V Miscellan. Baluz., pag. 329.

8 Jbid., pag. 330. – 9. Ibid., pag. 343.
10 lbid., pag. 353.

11 Spicileg., loin. VIII, pag. 169; Marten., Colleci. ampliss., tom. I, pag. 599; Vass., Annal., pag. 796, 800, 815.

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a hrai,

de chartes de Baudri de Noyon pour des intitulé : De la Consolation de la philosophie,
églises et des monastères dont il avait été quand il vint à l'endroit du quatrième livre,
bienfaiteur. Dès sa jeunesse il fut élevé dans où il est parlé du libre arbitre, il se fit ap-
l'église de Noyon , dont il devint ensuite porter le traités que saint Augustin a com-
chanoine, puis archidiacre et évêque. Il fut posé sur ce sujet, et dont il avait fait l'acqui-
sacré le premier dimancbe après l'Epipha- sition depuis quelque temps; il l'ouvrit, en lut
nie de l'an 1099, et mourut en 1113 %, dans deux ou trois pages, et goûtant peu à peu la
la seizième année de son épiscopat, en ne beauté de son style, il fit part à ses écoliers

le commençant qu'au jour de son sacre. du trésor qu'il avait trouvé, leur lut l'ouvrage Le Keabes. 5. Un des historiens d'Odon 3 ne nous fait entier, en leur expliquant les endroits qu'ils erique de connaître le temps de sa naissance qu'en la auraient eu peine à entendre seuls; il fut

plaçant sous le règne de Philippe ler, roi de frappé de l'endroit où saint Augustin com-
France, c'est-à-dire depuis l'an 1060; la ville pare l'âme pécheresse à un esclave con-
d'Orléans le vit naître 4. Son père se nom- damné pour ses crimes à vider le cloaque
mait Gérard, et sa mère Cécile. Instruit avec pour contribuer en quelque chose à l'orne-
soin dès ses premières années, il surpassa ment de la maison, et s'en faisant l'applica-
tous ceux de son âge, et on ne connaissait tion, comme s'il n'eût jusque-là travaillé que
personne en France plus savant que lui; di- pour orner le monde, et non pour la gloire
gne du nom de maitre plutôt que de disciple, de Dieu, il se leva, alla à l'église fondant en
il enseigna publiquement les beaux-arts, pre- larmes, et résolut de renoncer au siècle. On
mièrement dans la ville de Toul, ensuite à le retint cependant encore à Tournai, et on
Tournai, sur l'invitation des chanoines de la chercha à l'y attacher', en lui donnant une
cathédrale. Son séjour en cette ville fut de église hors de la ville avec des terres qui en
cinq ans, pendant lesquels le bruit de sa répu- dépendaient; mais après y avoir vécu envi-
tation attira à l'école de Tournai des étudiants ron trois ans sous l'babit clérical et la règle
de tous les côtés, de France, de Flandre, de de saint Augustin, avec quelques clercs qui

Normandie, d'Italie, de Saxe, de Bourgogne. l'avaient suivi, il embrassa avec eux 10 la vie
I er seigne 6. Quoiqu'il fût babile dans tous les arts monastique, de l'avis d'Haimerie, abbé d'An-

libéraux, il excellait dans la dialectique 5, chin.
qu'il enseignait suivant la méthode de Boëce 8. Voici a quelle fut l'occasion de ce chan- nit da:
et des anciens docteurs, c'est-à-dire qu'il gement. Un clerc nommé Alulfe, fils du pre- noice régu:
suivait l'opinion des réalistes, au lieu que mier chantre de la cathédrale, ayant renoncé to fait moino
Raimbert, qui professait en même temps à à tous ses biens, se retira à Saint-Martin
Lille en Flandre, était de la secte des nomi avec Odon; son père nommé Sigère, en étant
naux. Aux leçons de dialectique, il en ajou- averti, y alla, maltraita son fils, et le tirant
tait d'astronomie; mais au lieu qu'il faisait par les cheveux, le ramena en sa maison; le
les premières 6 dans le cloître des chanoines, lendemain Alulfe s'échappa et retourna à
il donnait les secondes devant la porte de Saint-Martin; Sigère l'en fit revenir, et pour
!'église, et sur le soir, afin de faire observer l'empêcher d'y retourner lui fit lier les
plus facilement à ses écoliers les constella- pieds. La même chose étant arrivée plusieurs
tions et le mouvement des astres. Sa piété fois, l'abbé Haimerie, consulté par Odon sur
n'était point au-dessous de son savoir; il con- ce jeune homme, lui dit : « Il en arrivera de
duisait lui-même ses disciples à l'église, au même de tous les autres qui se présenteront,
nombre de deux cents, marchant le dernier, si vous ne vous faites moine; vous êtes dans
pour les maintenir dans le bon ordre 7; ils le voisinage de la ville, et vos jeunes frères
l'observaient aussi exactement que dans le séduits par ceux des clercs séculiers qui sont
monastère le mieux réglé; on n'en voyait de leurs amis, retourneront dans le monde,

aucun rire, ni parler, ni lourner la tête. parce que notre habit et le leur est le même, bado 7. Expliquant un jour l'ouvrage de Boëce, au lieu que si vous étiez moine, personne

In ut Ebe

tord en cha

lier, puis il Oa le choi st érêque de

doit pear

· Baluz., lom. V Spicileg., pag. 309, 310.
· Spicileg., tom. VIII, pag. 169.
3 Tom. XII Spicileg., pag. 360.

* Voir sur Odon les notices tirées du Camerncum
Christianum de Leglay, des Annales de Mabillon,
de l'Histoire litléraire de France, et reproduites au

tome CLX de la Patrologie, col. 1039-1054. (L'édit.)

8 Ibid., pag. 361. — 6 Ibid., pag. 363.
7 Ibid., pag. 362. -- 8 Ibid., pag. 363, 364.
9 Ibid., pag. 369, 371. - 10 Ibid., pag. 395, 396.
11 Jbid.

mort en 111.3.

ne les tenterait de sortir d'avec vous, parce sur Raoul son prévôt, ne s'occupait que des que l'habit des moines étant noir, et celui exercices de piété et de l'étude. Pendant des clercs blanc, ceux-ci ont tant d'hor- qu'il s'appliquait à composer des livres, il reur de l'habit des moines, qu'ils ne veulent avait douze de ses moines occupés dans le avoir aucune société avec ceux qui en sont cloitre à en transcrire d'autres, en gardant revêtus. » L'abbé d'Anchin ajouta que la vie exactement le silence. Ils copièrent tous les des clercs, même réguliers, était trop molle commentaires de saint Jérôme sur les Proet trop relâchée pour ceux qui voulaient re phètes, tous les livres de saint Grégoire, pape, noncer véritablement au monde, qu'ils por- de saint Augustin, de saint Ambroise, de taient du linge, qu'ils mangeaient fréquem- saint Isidore, du Vénérable Bède, de saint ment de la chair, que les jours de fêtes ils Anselme, en sorte que la bibliothèque de ne récitaient que neuf leçons à matines. Dès Saint-Martin de Tournai devint une des plus le lendemain, Odon et douze de ses élèves considérables du pays; les livres qui la comreçurent des mains de l'abbé Haimerie l'ha posaient étaient écrits si correctement qu'on bit monastique, et aussitôt l'on fit l'office di- venait d'ailleurs pour les copier. vin à Saint-Martin suivant le rit monastique; 10. Gaucher, évêque de Cambrai, déposé. ce changement fit connaitre à Odon combien au concile de Clerinont en 1095 pour cause more.. l'avis d'Haimerie était judicieux, car le père de simonie, s'était maintenu dans son siége d'Alulfe, le voyant vêtu de noir, ne songea par la protection de l'empereur Henri IV, plus à le reprendre.

Pascal II, voulant maintenir les décrets de 9. L'abbé d'Anchin, avant de les quitter, cette assemblée, ordonna à Manassès, arleur conseilla de se choisir un abbé. Odon fit chevêque de Reims, de mettre un autre évèce qu'il put pour faire tomber les suffrages sur que à Cambrai. L'archevêque ayant assemquelque autre que lui de sa communauté, blé le concile de sa province, Odon, qui y mais aucun n'approuva son dessein, et tous était présent avec beaucoup d'autres abhés, se réunirent à le demander pour abbé; il re- fut choisi, et sur-le-champ sacré évêque de çut la bénédiction abbatiale dans l'église Cambrai par Manassés et ses suffragants, le cathédrale de Tournai, le 4 mars 1095, par 2 juillet 1103; mais il ne prit possession de Radbod, qui en était évêque. Alulfe fit dans son évêché que l'année suivante, après la ce monastère l'office de chantre pendant mort de l'empereur Henri IV. Son succesquarante-sept ans. Faisant son élude princi- seur et son fils Henri V exigea d'Odon l'inpale des livres de saint Grégoire-le-Grand, vestiture 7, et, sur son refus, l'envoya en il en fit, à l'imitation de Patérius, des extraits exil vers l'an 1110. Odon se retira à l'abbaye dont il composa trois volumes; il y en ajouta d’Anchin, où il travailla à quelque ouvrage de un quatrième composé des plus belles sen- piété; attaqué d'une maladie dangereuse, il tences de ce père, et intitula ces quatre vo- abdiqua l'épiscopat 8, et mourut le 29 juin de lumes : Grégoriale. On les voit encore 1 dans l'an 1113, dans la huitième année de son l'abbaye de Saint-Martin de Tournai 2. Odon épiscopat; il fut inhumé dans l'église d'Anet ses moines 3 s'appliquèrent d'abord à la cbin sous une tombe de marbre blanc, sur lecture des Instituts et des Conférences des laquelle on avait sculpté sa figure. Amand pères, réduisant en pratique ce qu'ils remar- du Chastel, qui en était prieur, écrivit une quaient avoir été pratiqué par les anciens lettre circulaire pour annoncer sa mort suisolitaires. L'évêque Radbod 4 leur conseilla vant l'usage, et faire connaître ses mérites de prendre plutôt pour modèle la règle de et ses vertus; elle est rapportée par les Bolquelque monastère; ils choisirent celui d'An- landistes au 19 juin', et par dom Marlène, au chin, où l'on observait la règle de saint Be- cinquième tome de ses Anecdotes 10; avec cette noit avec les usages de Cluny. Odon, s'élant différence, que dans cette collection la mort déchargé du soin 5 des affaires extérieures d'Odon est marquée au troisième des calen

Il est fait abbé de Saiat. Martin.

Voyez tom. XI, pag. 551.
* D'après Oudin, Script. Ecclesiast., tom. II, pag.
938, les Bénédictins n'ont pas reproduit l'ouvrage
entier de Patérius, au tome IV de leur édition de saint
Grégoire; la première partie seule est de cet auteur,
et elle a été rétablie par Alulfe; la deuxième et la
troisième partie sont de Brunon, qui florissait l'an
1100 ou 1110. (L'éditeur.)

3 Tom. XII Spicileg., pag. 397.
* Pag. 412. - 5 Pag. 442, 443.
6 Ibid., pag. 445, 446.
7 Tom. XXI Bibliot, Pat., pag. 245.
8 Tom. XII Spicileg., pag. 469.
9 Pag. 911.
10 Pag. 855, et Annal. Raissius, in Belgica Christiana.

Bas.

rer des ma

ture et de

de remarqua.

des de juillet, au lieu que dans les Bollan- retranche : « ce qu'il n'est pas permis de
distes c'est au treizième. Ils l'ont qualifié de faire, dit-il, sans l'autorité du Souverain pon-
Bienheureux, et c'est sous ce titre qu'il est tife. » (Cette explication est reproduite au
honoré dans plusieurs églises des Pays- tome CLX de la Patrologie, col. 1083-1070,

d'après la Bibliothèque des Pères.] Odon divise Ses écrits 11. Ayant été occupé dans sa jeunesse à le texte du canon en quatre parties, et ne teres abis des éludes purement humaines, son premier laisse presque aucun mot sans en donner le philosophie, écrit fut un poème sur la guerre de Troie. sens, ou plusieurs, s'il en est susceptible.

Godefroi son ami, l'ayant lu, en loua la dou. Dans l'épilogue, il demande aux copistes
ceur et l'harmonie dans un poème qu'il fit d'observer exactement cette division, et d'en
esprès, sous le titre de Songe d'Odon d'Or- écrire les titres en lettres majuscules : ce que
léans. On a encore le poème de Godefroi, l'on a même observé dans les imprimés.
celui d'Odon a disparu. Il composa, dans le 13. Voici ce qui nous a paru remarqua- Coqu'il ya
temps qu'il tenait les écoles à Tournai, trois ble. Outre la commémoraison générale des be dans cette
écrits sur la dialectique, le premier intitulé : fidèles tant présents qu'absents, quelques Tom
Le Sophisme 2, où il apprenait à ses éco- prêtres avaient coutume 8 de prier en parti-
liers à discerner les sophismes et à les évi- culier pour leurs parents ou pour leurs amis;
ter; le second avait pour titre 3 : Des Con- c'est pour cela que, dans quelques manus-
clusions ou des conséquences, où il leur don- crits, comme aujourd'hui dans les imprimés,
nait des règles pour rendre leurs raisonne- on mettait un N au Memento des vivants et à
ments concluants et raisonner juste; le troi- celui des défunís. On ne disait point autre-
sième, sous le titre * : De l'Etre et de la Chose, fois de messe, que le clergé et le peuple nc
parce qu'il y examinait si ces deux termes fussent présents; l'usage s'établit ensuite de
sont synonymes, en sorte que l'être et la dire des messes particulières, surtout dans
chose aient une même signification. On re- les monastères; mais dans ces messes parti-
marque 5 qu'Odon, soit dans les ouvrages culières le prêlre s'unissait à toute l'Eglise
dont nous venons de parler, soit en d'autres et lui donnait le salut. Les prières de la messe
occasions, prenait le nom d'Odart, et non ce. ont pour objet non-seulement le salut de nos
lui d'Odon.

ames, mais aussi tous les besoins de la vie, Sen expli 12. L'abbé Hérimanne, qui nous l'a mieux d'où vient la variété des oraisons de nos mistos de la mes fait connaitre que personne, lui attribue 6 sels '. On n'offre point le sacrifice, qu'on n'y

une explicalion du canon de la messe; il en fasse mémoire de la très-sainte Vierge en
est aussi parlé dans la lettre circulaire d'A- premier lieu, puis des apôtres et des mar-
mand du Chastel, dans Henri de Gand, dans tyrs, afin que par leurs mérites et leurs
Trithème, et dans la Bibliothèque belge ; tous prières nous soyons munis du secours divin.
s'accordent à reconnaître Odon pour auteur Ne pas honorer les saints, c'est ne pas hono-
de ce commentaire; il le composa étant évê- rer Jésus-Christ, qui est leur chef et dont ils
que de Cambrai, comme on le voit par le sont les membres.
prologue ou l'épître dédicatoire adressée à 14. « Hors de l'Eglise catholique, il n'y a Diztinct. 3,
Odon, moine d'Affligbem, sous l'abbé Ber point de lieu où l'on offre le vrai sacrifice, pag
nard. La raison de lui dédier cet ouvrage, c'est-à-dire celui où sous l'espèce et la sa-
est qu'il avait comme contraint l'évêque par veur du pain et du vin 10 nous mangeons et
ses instances à l'entreprendre : ille prie, lui et nous buvons la substance du corps et du
tous ceux qui transcriront cette explication, sang (de Jésus-Christ), celles du pain et du
de copier exactement le texte du canon ?, vin étant changées, mais en conservant leurs
pour éviter qu'on n'y ajoute ou qu'on n'en qualités; en sorte que sous la figure et la sa-

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paz.223, 224.

1 Tom. V Annal., Mabill., in append., pag. 650. 2 Tom. XII Spicileg., pag. 361. - Ibid.

• Ibid. - 5 Bibliot. Belgica nov., verbo Odo, tom. II, pag. 930.

6 Tom. XII Spicileg., pag. 469; Bolland., ad diein 19 jupii, pag. 913; Henricus Gandavens., de Script. Eccles., cap. IV; Trithem., cap. CCCLXXI; Bibliot. Belg., verbo Odo.

7 Tom. XXI Bibliot. Pat., pag. 221.
& Pag. 222, distinct, 1 et 2. - 9 Pag. 223.

10 In specie enim et sapore panis et vini, manduca-
mus et bibimus ipsam substantiam corporis et sangui-
nis, sub eisdem qualitatibus mutata substantia, ut
sub figura et sapore prioris substantiæ facta sit vera
substantia Christi corporis et sanguinis... patet quod
panis accepta benedictione factus sit corpus Christi;
non enim post benedictionem dixisset, Hoc est corpus
meum, nisi in benedictione fieret corpus suum. Odo,
in Explicat. Can., tom. XXI Bibliot. Pat., pag. 224.

Traité da

0-1 Tom. XXI Bibliotb.

927.

veur de la première substance, se trouve la 16. Il y eut sur la fin du Xve siècle trois Editions de

cette explica
véritable substance du corps et du sang de éditions de cette explication, l'une en 1490, uob.
Jésus-Christ; c'est par la bénédiction que le une autre en 1492, la troisième en 1496. Les
pain est fait le corps de Jésus-Christ, car il deux premières sont de Guyot le Marchand,
n'aurait pas dit après la bénédiction : Ceci imprimeur à Paris, la troisième de George
est mon corps, si le pain ne devenait son corps Mitthelhuf; celles-là sont in-8°, celle-ci in-4°;
par la bénédiction. Nous mangeons tous les elle fut réimprimée, avec le traité des Céré-
jours le corps de Jésus-Christ á laniel!, et monies de la messe, à Anvers, chez Voster-
il demeure; nous le mangeons, et il vit; nous mant, en 1528 et 1530; à Caen, chez Michel
le déchirons avec les dents, et il est entier; Augier, en 1529, et à Mayence, chez Deben,
nous le consumons, nous le mangeons, nous en 1554, in-8o. On en cite 5 encore d'autres
le déchirons, non pas seulement en figure, éditions, savoir: à Anvers, en 1532; à Lyon,
mais réellement. On sent du vin , et ce n'en en 1556, et à Cologne o, en 1560, in-8°, et
est point; on ne voit point de sang, et c'en 1573, in-folio. Il y en a encore une à Paris,
est; les sens sont trompés par la qualité, la en 1640, in-4o. On la trouve dans toutes les
foi est assurée par la vérité de la chose; c'est Bibliothèques des Pères, à commencer par celle
pour cela que le sang du calice est appelé de Margarin de la Bigne, en 1575. [ Elle est
mystère de la foi, parce qu'elle croit le sang reproduite au tome CLX de la Patrologie, col.
qui est caché intérieurement. L'hostie que 1071-1102.)
nous offrons est pure 3, parce qu'encore 1 7. La raison qui empêcha Odon d'expli-
qu'elle soit vraie chair et vrai sang, elle est quer l'Oraison dominicale, l'avait aussi dé- parte non
cependant spirituelle et incorruptible; bien tourné de traiter la question du péché origi- rate in pag.
différente des hosties de l'ancienne loi, qui, nel, si souvent discutée par les écrivains
quoique saintes, élaient charnelles. Quand ecclésiastiques des siècles précédents; mais
donc, à la suite de la consécration, nous ap- ses frères le contraignirent, pour ainsi dire,
pelons cette hostie le pain de la vie éternelle, d'éclaircir encore cette matière. L'abbé Hé-
ne croyons point que ce soit le même qu'a- rimanne n'a cité cet ouvrage ? que sous le
vant la bénédiction : la substance est chan- titre de l'Origine de l'âme, dont il est parlé
gée, ne nous trompons point; auparavant dans le second et le troisième livre; mais son
c'était du pain, à présent ce n'en est plus, vrai titre est du Péché originel, il est ainsi in-
c'est de la chair seule. »

titulé dans les manuscrits de Tournai, d'An-
15. «Nous disons souvent 4, en distribuant chin et de Liége. Ce traité est divisé en trois
l'eucharistie aux fidèles, que nous avons con- livres : Odon n'y emploie ni l'autorité de l'E-
sumé beaucoup d'hosties; si nous considé- criture, ni celle des pères; il se contente de
rons le nombre de celles qui s'immolent dans rapporter un passage de saint Paul, où il est dit
toute l'Eglise, elles sont infinies; si nous fai que tous ont péché en Adam, et, supposant ce
sons attention à la substance, c'est un seul et fait comme certain, il examine, par les lu-
même sang, une seule et même chair.» Odon mières de la raison, comment se fait la trans-
ne donne point d'explication de l'Oraison do- fusion du péché originel. On voit par là que
minicale, sachant que plusieurs l'avaient ex- cet ouvrage est philosophique.
pliquée avant lui. Il joint dans ce traité la 18. Odon commence par examiner ce que

Analyse de clarté à la précision, et rend cetle partie es. c'est que le mal; il réfute les manichéens qui ce traité: Pre sentielle de la liturgie intelligible autant disaient que c'était une substance et quelque pag 227. qu'elle le peut être.

chose de réel, et prouve que le mal en luii Sic nos quotidie Christum in altari consumimus, et ante benedictionem, ne decipiaris mutata substantia. permanet; manducumus et vivit; alterimus dentibus, Prius erat panis, modo non est panis, sed sola caro. et integer est; consumimus autem, manducamus et Ibid. atterimus non tantum specie , sed et re; non tantum Sæpe dicimus : In distributione dominici corporis forma, sed et substantia. Ibid.

hostias multas expendimus, vel pluribus hostiis muitos 2 Sentitur vinum, et non est; non apparet sanguis, uno corpore Christi refecimus.... Quæ quidem, si sen. et est; sensus decipitur qualitate, certa tenetur fides sibiles intueris qualitates, infinite sunt numero; si rei veritate , ideoque sanguis dicitur fidei mysterium, substantiam, sanguis est unus, et una caro. Ibid., quia sanguinem fides credit intus occultum. Ibid., pag. 227. pag. 225.

6 Labb., de Scriptor., tom. II, pag. 129. 3 Hæc autem hostia pura est, quia quamvis caro 6 Lipen. Bibliot., tom. II, pag. 303. vera sit et sanguis, tamen spiritualis est et incor 7 Tom. XII Spicileg., pag. 469. rupta... Cum panen audis, ne putes esse qui fuerat

Distinct. , pag. 226.

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