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I part de
Romo re-

en

gleterre
1100.

ques jours à Averse, où ils allèrent après le Personne ne se souvenait d'y avoir vu un
siége de Capoue. La tranquillité dont il avait archevêque de Cantorbéry, et l'on ne savait
joui depuis sa sortie d'Angleterre, et le peu quelle place lui accorder. Le pape lui fit
d'apparence qu'il pût jamais vivre en paix donner un siége dans le cercle que formait
avec le roi Guillaume, dont la conduite em la séance; ce qui était une marque d'une
pirait tous les jours, lui fit naître une seconde grande distinction. Reinger, évêque de Luc-
fois le désir de renoncer à son archevêché. Il ques, chargé de lire à haute voix les décrets
communiqua son dessein au pape, et le pria du concile, en interrompit la suite, pour se
de le décharger de ce fardeau. Urbain II, au plaindre qu'on n'eût encore accordé aucun
lieu d'avoir égard à ses remontrances, lui secours à Anselme depuis deux ans qu'il était
ordonna de la part de Dieu et de saint Pierre, venu d'Angleterre à Rome pour demander
de conserver l'autorité et les marques de justice. Après avoir formé ces plaintes, il
l'épiscopat, et de prendre autant qu'il le frappa ? trois fois la terre de sa crosse,
pourrait, soin de son Eglise. En même temps et témoigna encore son mécontentement
il l'invita au concile qu'il devait tenir à Bari en serrant les dents et les lèvres. Le pape
le premier d'octobre 1098. Il y fut question ayant promis qu'on y donnerait bon ordre,
de la procession du Saint-Esprit. Le pape, Reinger continua la lecture des décrets, et
dans la première séance, prouva qu'il pro- avant de s'asseoir, il recommanda une se-
cédait du Père et du Fils; dans la seconde, conde fois de faire justice à Anselme. Ce
Anselme appuya la même vérité par ordre prélat, qui n'avait aucune part à la saillie de
du pape. On en verra les preuves dans l'ana- l'évêque de Lucques, l'écoutait en silence.
lyse du traité qu'il composa depuis sur ce 12. Aussitôt que le concile ful fini, il sortit
sujet. On fut d'avis dans ce concile d'anathé- de Rome et prit le chemin de Lyon 3. Après Romainte-
matiser le roi d'Angleterre pour les maux y avoir fait quelque séjour, il alla à l'abbaye
qu'il faisait aux églises, pour le mépris des de la Chaise-Dieu, où il apprit la mort du roi
avertissements du pape, et pour les insultes Guillaume, tué dans une partie de chasse le
qu'il avait faites à Anselme. Mais ce saint, se 2 aoûl de l'an 1100. Cette nouvelle lui causa
jetant à genoux, pria avec tant d'instances, de la douleur, et il protesta que si cela s'était
que le concile ne prononça point d'anathème pu faire, il aurait donné la vie de son corps
contre ce prince.

pour empêcher que ce prince mourût en l'é-
Il resiste 11. Quelques jours après que le pape et Ap. tat où il était mort. De la Chaise-Dieu il re-
Rose di selme eurent été de retour à Rome, le député vint à Lyon. Arriva presque dans le même

qu'Urbain II avait envoyé en Angleterre en temps un moine de l'Eglise de Cantorbéry,
faveur de l'archevêque !, arriva mal satisfait avec des lettres par lesquelles on le pressait de
de la réception qu'on lui avait faite. Le roi relourner en Angleterre. Il partit sans délai,
l'avait menacé de lui faire arracher les yeux, de l'avis de l'archevêque de Lyon, et avant
s'il ne sortait au plus tôt de ses Etats. Survint d'arriver à Cluny il reçut du roi Henri I des
un envoyé de la part du roi avec des lettres lettres remplies de témoignages d'estime et
pour le pape. Le porteur était chargé de lui d'amitié. Anselme pressa tant sa marche,
dire beaucoup de choses contre Anselme, et qu'il arriva au port de Douvres le 23 sep-
de faire, à force de présents, des amis à son tembre de la même année 1100. Il fut reçu
maitre. C'est pourquoi il demeura à Rome avec une joie unanime. Mais il faillit se brouil.
jusqu'à Noël. Il réussit dans sa négociation. ler avec le nouveau roi, en lui apprenant les
On ne parla plus d'excommunier le roi, et décrets du dernier concile de Rome contre
on lui accorda un délai jusqu'à la Saint-Mi- les investitures. Le roi prétendait les main.
chel, huitième de mai de l'année suivante tenir comme ayant été usage sous ses pré-
1099. L'archevêque, s'apercevant qu'il n'a- décesseurs, et l'archevêque ne voulait point
vail aucun secours à espérer, demanda per- se départir de ces décrets. Il fut convenu
mission de reprendre la route de Lyon. Mais de part et d'autre qu'on enverrait à Rome
le pape le retint pour le concile qu'il devait au pape Pascal II, successeur d'Urbain I.
célébrer à Rome la troisième semaine d'a- Anselme députa deux moines de Cantor-
près Pâques, suivant l'ancienne coutume. béry, le roi trois évêques. Le pape de-

*concile de

109.

* Eadmer., Hist. novor., lib. II, pag. 54, 55.
* Eadmer., lib. II, pag. 54, 55.

3 Eadmer., ibid., et lib. III, pag. 56, 67.

meura ferme dans la condamnation des in- les moines, sinon en cas de nécessité; aux Cau. 19.

vestitures, et s'en expliqua clairement dans moines de donner la pénitence qu'avec la

les deux lettres dont il chargea les députés, permission de leur abbé et qu'à ceux dont les

l'une pour le roi, l'autre pour l'archevêque. #mes seraient à leur charge. Tous les clercs".

Les trois évêques soutinrent que le pape avait seront habillés d'une seule couleur et porte-

parlé devant eux contrairement à ses lettres. ront une couronne bien ouverte. On ne don- ".

Baudouin, l'un des deux moines envoyés par nera la dime qu'aux Eglises; on ne bâtira 16.

Anselme, les réfuta vivement. Les évêques point de nouvelles chapelles sans la permis-

de la cour, prenant le parti du roi, répli- sion de l'évêque, et l'on ne consacrera au- 16.

quèrent que le témoignage des évêques dé- cune église, qu'auparavant on n'ait pourvu

putés devait l'emporter sur celui des moines. aux besoins de cette église et du prêtre. Les 20.

Baudouin en appela aux lettres mêmes. Le moines ne seront point parrains, ne tiendront 21.

pape , informé de la calomnie dont les évé- point de fermes, et ne recevront des églises 22.

ques députés l'avaient chargé, écrivit d'au que de la main de l'évêque. La promesse de 23.

tres lettres ? où il condamnait nettement les mariage faite sans témoins sera nulle, si l'une

investitures, et excommunia ces évêques. Le des deux parties nie qu'elle l'ait faite. Les 25.

roi ne changea pas pour cela de sentiment parents ne pourront se marier ensemble jus-

concile à Loll. 13. Cependant, il donna son agrément 3 qu'à la septième génération. Défense d'en- 25, 20.

pour la tenue d'un concile. Anselme le con- terrer personne hors de sa paroisse, afin que

voqua à Londres en 1102, le jour de la fête le prêtre qui la dessert ne soit point fraudé

de saint Michel, dans l'église de Saint-Pierre de son honoraire; de rendre à des corps 27.

de Westminster, et y présida assisté de morts, à des fontaines ou à d'autres choses
treize autres évêques, de plusieurs abbés et aucun bonneur religieux sans la permission
seigneurs laïcs, afin que ce qui y serait réglé de l'évêque, et de vendre les hommes comme $B.

fût autorisé des deux puissances. On com- des bêtes, ainsi qu'il était d'usage en Angle-
Cro.i. mença par condamner la simonie. Six abbės terre.

en furent convaincus, et déposés. On prononça 14. Les décrets de ce concile occasionnè- Socume

aussi contre trois autres la sentence de dé- rent, dit Edmar, un grand nombre de préva- sme
2. position pour divers sujets. Il fut défendu aux rications en tout genre 4, et l'archevêque fut

évêques de prendre la charge de tenir les obligé d'user d’indulgence en beaucoup d'oc-

plaids pour les affaires temporelles, et .de casions. Roger, élu évêque d'Herfort, étant
3. s'habiller comme des laïcs, de donner à ferme mort, eut pour successeur le chancelier de
4. un archidiaconé, de nommer archidiacres la reine, nommé Reinelme. Le roi pria An-
f. ceux qui n'étaient pas diacres; aux prêtres, selme de sacrer l'élu avec Roger, nommé

aux diacres, aux archidiacres, aux chanoines pour l'évêché de Salisbury, et Guillaume,
de se marier ou de garder les femmes qu'ils élu pourVinchester. Les deux premiers avaient

avaient épousées. Les sous-diacres furent reçu l'investiture. Anselme refusa de les sa-
7. soumis à la même loi, et on arrêta qu'à l'a- crer; mais il consentit au sacre de Guillaume,

venir aucun serait promu au sous-diaconat qui n'avait point voulu recevoir la crosse de
6. qu'il n'eût fait profession de chasteté; que la main du roi. Le prince, irrité de son refus,

les prêtres qui ne vivraient pas en continence vint à Cantorbéry, vers la mi-carême de l'an
ne pourraient célébrer la messe, et qu'au cas 1103, presser Anselme de ne plus lui con-

qu'ils la célébrassent personne n'y assiste- tester ses droits. Le voyant ferme, il le fit
8. rait. On déclara leurs enfants incapables de prier d'aller lui-même à Rome demander que
0. leur succéder en leurs églises. On défendit le droit d'investiture lui fût conservé. An-

en général à tout clerc d'être prévôt ou pro- selme, jugeant bien que la proposition du roi

cureur, c'est-à-dire intendant d'un laïc, ou ne tendait qu'à le faire sortir du royaume,
10. juge dans les causes de sang; aux prêtres de alla à la cour prendre congé de ce prince, en
18. boire dans les tavernes; aux abbés de faire des l'assurant qu'il ne demanderait rien au pape

chevaliers, c'est-à-dire de leur donner la béné- qui fût contraire à la liberté des Eglises. Il
diction solennelle et de leur permettre de man- partit le 27 avril, et n'arriva à Rome que sur
geret de coucher dans une même maison avec la fin d'août ou au commencement de sep-

saint Ansel
me à Rour
en 1103.

1 Eadmer., lib. III, pag. 59, 60, 62.

? Lib. III, Epist. 74, inter Anselm.

3 Eadmer., lib. III, pag. 63, 64.

" Eadmer., lib. III, pag. 64.

s de Latraffaire. L'envoyé les bienfaits

née, était le

tembre. Il y trouva Guillaume de Varelvast, que des gens de bien 4 écrivaient à Anselme, le même que le roi Guillaume-le-Roux y avait pour l'engager à revenir en usant de quelenvoyé. Le pape Pascal fit loger Anselme au que condescendance envers le roi. Ce prince, palais de Latran, et assigna un jour pour de son côté, pensait à envoyer de nouveaux l'examen de l'affaire. L'envoyé du roi - re- députés à Rome, et il y en envoya en effet leva avec beaucoup d'éloquence les bienfaits après Pâques de l'an 1105, qui, en cette andes rois envers la cour de Rome, l'usage où née, était le 9 avril; mais en attendant il faiils étaient de donner l'investiture, le préju- sait 5 des exactions inouïes sur le peuple et dice que les Romains se feraient à eux-mêmes sur le clergé, sous prétexte de faire observer si on venait à ôter ce droit à son mailre, dont les décrets du dernier concile de Londres ajouta-t-il, il ne se départira jamais, dût-il en contre le concubinage et les autres désordres perdre son royaume. Anselme attendit en qui régnaient dans ses Etats. L'archevêque silence le jugement du pape, qui, prenant la lui écrivit qu'il n'était point d'usage de faire parole, dit que pour lui il ne permettrait pas exécuter les canons d'un concile par des au roi de garder impunément les investitures, peines temporelles, et que c'était aux évêquand il devrait lui en coûter la vie. Néan- ques, et non aux princes, à punir ces prévamoins, par le conseil des Romains, il accorda rications. Le roi lui fit réponse qu'il le satisau roi quelques autres usages de ses prédé- ferait sur cet article dans le voyage qu'il cesseurs.

cilie avec le

terre en 1105.

devait faire dans peu en Normandie. 15. Anselme partit de Rome avec une 16. L'archevêque, étant à la Charité-sur- Il se réconlettre de Pascal II, datée du 16 novembre 1103, Loire, au commencement de l'été de l'an roi d'Angleconfirmative des droits de sa primatie. Va 1105 6 alla voir la comtesse de Blois, à qui relvast, au contraire, demeura à Rome pour il avait des obligations. Elle était seur du essayer d'engager le pape à contenter le roi roi d'Angleterre. Ayant su d'Anselme ce qui d'Angleterre. Sa tentative fut inutile, et tout s'était passé entre son frère et lui, elle ence qu'il obtint fut une lettre pour ce prince, treprit de les réconcilier. Il y eut entre eux datée du 23 novembre, dans laquelle le pape une entrevue à L'Aigle ?, entre Séez et Morlui donnait de grands témoignages d'amitié, tagne; le roi rendit au prélat les revenus de et l'exbortait, par des motifs très-pressants, son Eglise, et consentit qu'il revînt en prenå renoncer aux investitures et à rappeler An- dre le gouvernement, mais à condition qu'il selme. Pascal II savait apparemment qu'il y accorderait la communion à ceux qui avaient avait défense, de la part du roi, au prélat de reçu de lui les investitures. Anselme le reretourner en Angleterre, en cas que l'affaire fusa, et ne voulut rentrer en Angleterre des investitures tournal mal à Rome. Varel- qu'après le retour des députés que le roi et vast la lui signifia à Plaisance, où il le rejoi- lui avaient envoyés à Rome pour avoir une gnit, ensuite ils se séparèrent. Anselme fut explication sur cet article et sur quelques reçu à Lyon avec beaucoup d'honneur par autres. La réconciliation du roi avec l'archel'archevêque Hugues, le clergé et le peuple; vêque se fit le 22 juillet de l'an 1105; mais mais en Angleterre 3, le roi fit saisir à son elle ne fut entière qu'au 15 août de l'année profit tous les revenus de l'archevêque, à qui suivante. Le roi et Anselme se trouvèrent ce il écrivit de ne point revenir s'il ne lui pro- jour-là en l'abbaye du Bec S, où ils convinrent mettait de le laisser dans tous les usages de de tous les articles qui les avaient jusque-là son père Guillaume-le-Conquérant et de son divisés. Le roi déchargea les Eglises de son frère Guillaume-le-Roux. Son absence cau- royaume du cens que son frère leur avait sait beaucoup de maux. On élevait aux digni- imposé, promit de ne rien prendre à l'avenir tés ecclésiastiques des courtisans indignes, et des Eglises vacantes, et de restituer tout ce on les promouvait aux ordres contre le pres- qu'il avait pris des biens de l'Eglise de Canerit des canons; on pillait les églises, on oppri. torbéry pendant l'absence de l'archevêque. mait les pauvres, on enlevait les vierges, on les Il promit encore que ceux des curés qui n'adéshonorait; les prêtres se mariaient, ou con- vaient point payé de taxe ne payeraient rien, tinuaient à vivre dans l'incontinence. C'est ce et que ceux qui avaient payé cette taxe se

* Eadmer., lib. III, pag. 66.

Eadmer., pag. 67, 68.
* Ibid., lib. IV, pag. 69, 70.
* Ibid., lib. IV, pag. 69, 70.

5 Ibid , pag. 72, 73. — 6 Ibid., pag. 70.
7 Eadmer., lib. IV, pag. 70, 71.
8 Idem, ibid., pag. 74, 75.

terre. Concile

raient quittes pendant trois ans de toute im- nation. Anselme n'insista pas; mais il fit pro-
position. Anselme, de son côté, accorda au mettre à Gérard qu'il lui rendrait, comme
roi tout ce qui était porté dans la lettre du archevêque, la même obéissance qu'il lui
pape Pascal!, savoir, qu'il donnerait l'abso- avait promise comme évêque. Gérard étant
lution à ceux qui avaient reçu les investitures, mort en 1108, Thomas fut élu pour lui suc-
et ordonnerait ceux qui les avaient reçues ou céder. Il assista, avec Anselme, au concile de
fait hommage au roi; et que si dans la suite Londres, le 24 mai de cette année, quoiqu'il
quelques-uns recevaient les prélatures sans ne fût pas encore sacré. Turgot, moine de
investiture, quoiqu'ils eussent fait hommage Durham, fut choisi , vers le même temps,

au roi , il ne laisserait pas de les ordonner pour évêque de Saint-André en Ecosse, et ne Saint An. 17. Toutes ces conventions acceptées de

pouvant être sacré par Thomas son archevêbe mo Angle part et d'autre, l'archevêque s'embarqua pour que, parce qu'il n'était pas sacré lui-même, de Londres. l'Angleterre, où il fut reçu avec des démons- l'évêque de Durham proposa de sacrer Tur

trations de joie incroyables. La reine Mathilde got en présence de Thomas et des évêques
alla au-devant de lui 3, et prit soin, sur la d'Ecosse. Anselme s'y opposa , soulenant
route, de lui préparer des logements. L'an que celle ordination lui était dévolue tant
née suivante, 1107, il se tint 4, au inois d'août, que l'archevêque ne serait point sacré. Il
une assemblée d'évêques et de seigneurs à pressa Thomas de se faire sacrer au plus tôt,
Londres, dans le palais du roi, où l'on con- et sachant qu'il avait envoyé à Rome deman-
firma tout ce qui avait été arrêté l'année pré- der le pallium par avance, il écrivit au pape
cédente dans l'abbaye du Bec. Elle dura trois pour le prier de ne pas le lui accorder qu'il
jours, pendant lesquels on agita diverses ne fût sacré, afin qu'il n'eût point de prétexte
questions, entre autres celle des investitures. de lui refuser l'obéissance qu'il lui devait
Quelques-uns étaient d'avis que le roi conti- comme à son primat. Thomas, différant tou-
nuât à les donner, comme avaient fait son jours son sacre sous divers prétextes, mais
père et son frère. L'avis contraire l'emporta, en effet parce qu'il prévoyait que la mort
et l'on convint que l'on se conformerait au rè. d’Anselme n'était pas éloignée, vu son grand
glement du pape Pascal, qui accordait au roi âge et ses infirmités, l'archevêque lui dé-
les liommages et lui défendait seulement les clara 5 par écrit qu'il l'interdisait de toutes
investitures. En conséquence, le roi ordonna fonctions sacerdotales, et lui défendait de s'in-
qu'à l'avenir personne, dans son royaume, gérer au ministère pastoral jusqu'à ce qu'il
ne recevrait l'investiture d'un évêché ou d'une lui eût promis obéissance, comme avaient
abbaye par la crosse et par l'anneau de la fait Gérard et ses prédécesseurs. Il defendit,
main du roi ou de quelque autre laïc que ce par la même lettre, à tous les évêques de la
fût; et Anselme déclara qu'on ne refuserait Grande-Bretagne de lui imposer les mains
la consécration à aucun prélat pour avoir ou de le reconnaître pour évêque, s'il se fai-
fait hommage au roi. Alors on donna des sait ordonner par des étrangers. C'est pour-
pasteurs aux Eglises vacantes, mais sans leur quoi il envoya des copies de cette lettre à
donner l'investiture; et ceux qui avaient été tous les évêques d’Angleterre, à qui il en re-
elus eveques furent ordonnes a Cantorbéry commanda l'exécution en vertu de la sainte
par saint Anselme. Celui-ci écrivit au pape ce obéissance.
qui s'était passé, comment le roi d'Angleterre 19. Il était attaqué 6 depuis six mois d'un
avait renoncé aux investitures, et les précau- dégoût de toute nourriture, et la diminution me en 1 09.
tions qu'il prenait pour ne remplir les siéges de ses forces ne lui permettant plus d'offrir *
vacants que de dignes sujets.

le sacrifice de la messe, il s'y faisait porter. 18. Pendant la tenue du concile de Londres, Etant près de sa fin, on le mit sur le cilice et avec larcher Anselme demanda à Gérard, archevêque la cendre, où il expira au point du jour du

d'York, la soumission qu'il lui devait depuis mercredi saint, 21 avril 1109, dans la seizième
sa translation d'Erfort à cet archevêché. Le année de son pontificat, etla soixante-seizième
roi, qui était présent, dit qu'il ne paraissait de son âge. Baudouin, qui avait eu soin de
point que Gérard dût faire une autre sous ses affaires temporelles, fit embaumer son
mission que celle qu'il avait faite à son ordi- corps, que l'on enterra ensuite dans l'église

Mort de sint ABS

(Son ilogo ]

Sa difficulté

en 1:07.

· Eadmer., lib. IV, pag. 74, 75. – 2 Ibid.. pag. 76.
3 Ibid., pag. 77, et tom. X Concil., pag. 755.

• Ibid., pag. 78, 79, 80, 81. – 5 Ibid., pag. 82.
. Anselm, vit., lib. II, pag. 25 et 26.

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co livro. Pag.

cathédrale de Cantorbéry, auprès de Lan- quième de ses productions : mais le texte
franc son prédécesseur. Raoul, évêque de d'Eadmer n'est pas concluant. Il dit seule-
Rochester, fit la cérémonie des obsèques. Ses ment, après avoir parlé de ses quatre dialo-
vertus et ses miracles' l'ont fait mettre au gues, qu'Anselme fit encore un livre qu'il
nombre des saints, et l'Eglise l'honore parmi appela Monologue. Il est même très-probable
ses docteurs ? à cause du grand nombre et qu'il fut achevé avant que ce saint docteur
de la solidité des écrits qu'il composa pour travaillât à ses Dialogues, puisqu'il est cité
la défense de la vérité. Sa vie fut écrite par dans le premier jusqu'à deux fois 8.
un de ses disciples nommé Eadmer, qui avait 2. Il l'écrivit à la prière de ses moines, Analyan de
été aussi le compagnon de ses voyages. Il en nommément de Maurice, qui souhaitaient .****
sera parlé dans la suite. (Saint Anselme, dit avoir de suite et par écrit ce qu'il leur avait
Gams dans le Dictionnaire encyclopédique de la dit en divers entretiens sur la nature et l'exis-
théologie catholique, présente dans l'histoire tence de Dieu, afin d'en faire la matière de
de l'Eglise le triple modèle d'une âme ar- leur méditation. C'est pourquoi il l'intitula
dente et pieuse, uniquement appliquée à d'abord : Modèle de méditation sur les mystères
restaurer l'image du Sauveur en elle : d'un de la Foi. Depuis, par ordre de Hugues, ar-
prince de l'Eglise uniquement préoccupé de chevêque de Lyon, il mit son nom à cet ou-
propager la doctrine chrétienne et de faire vrage, et en changea le titre en celui de Mo-
triompher les libertés de l'Eglise; d'un écri- nologue, ou de Soliloque, parce qu'il y parle
vain solide et brillant qui donna à la théolo- seul. L'ouvrage est divisé en soixante dix-
gie un essor nouveau, et répandit une se- neuf chapitres, dans lesquels saint Anselme
mence dont les fruits se perpétuent à travers prouve par des arguments tirés des lumières
les siècles.]

de la raison, et sans recourir aux témoignages
ARTICLE II.

de l'Ecriture sainte, tout ce que la foi nous

enseigne de l'existence et de la nature de
DES ÉCRITS DE SAINT ANSELME.

Dieu. Il commence par les preuves de l'exis-
S ler.

tence de Dieu; ensuite il vient à la connais-

sance de sa nature et des trois personnes diTraités du Monologue, du Prosloge et de la

vines, autant que la raison, aidée de la foi, Trinitė.

peut nous la faire connaître. Il suit ce que "sasluge 1. Il n'est point d'édition des ouvrages de saint Augustin avait dit sur cette matière dans **saint Anselme, où l'on ne trouve celui qui ses livres de la Trinité. Mais il ne feint (craint]

est intitulé Monologue, et il y est même à la pas de dire, avec les Grecs, qu'il y a en Dieu pag 27.
tête de tous les autres, non que ce soit le trois substances, et une seule essence ou na-
premier de ses écrils selon l'ordre des temps, ture, (en) prenant le terme de substance pour
mais à cause de l'importance de la matière. celui de personne, comme il s'en explique lui-
Il est cité par Eadmer 3 sous le nom de saint même dans la préface du Monologue. D'où
Anselme; Sigebert de Gemblours 4 et Hono- vient qu'il prie ceux qui copieront l'ouyrage,
rius d'Autun le lui attribuent, et on le trouve de transcrire aussi et de mettre à la tête cette
intitulé de son nom dans tous les manuscrits. préface, afin qu'ils y voient quel a été son
Saint Anselme le composa 5 étant prieur du but dans ce traité, et son attention à ne rien
Bec, conséquemment avant l'an 1078, qu'il dire qui ne fût conforme à la doctrine des
en fut choisi abbé. Mais avant de le rendre pères orthodoxes.
public, il l'envoya à Lanfranc 6, dès lors ar- 3. Ses raisonnements sont non-seulement
chevêque de Cantorbéry, le priant de le cor- très-métaphysiques, mais encore tellement ou Prosluge.

Pag. 29.
riger, ou même de le supprimer, au cas qu'il enchainés les uns dans les autres, qu'il n'est
ne le trouvât pas digne d'être mis au jour point facile d'en prendre bien la suite, ni
Eadmer semble dire ? que saint Anselme d'en sentir toute la force. Cela lui fit naître
avait déjà écrit ses quatre dialogues; d'où il la pensée de prouver par un seul raisonne-
suivrait que le Monologue n'est que la cin- ment suivi ce qu'il avait prouvé dans le Mo-

il ne feint (craint] Cap. LXXVII,

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Pro ogue

1 Anselm, vit., lib. I, pag. 12; lib. II, pag. 19, 21, 22, 24, 25. - ? Clemens XI, tom. II Oper., pag. 1215.

Vita Anselm., pag. 6.

Sigebert, de Script. eccles., cap. CLXVIII, et Hobor., lib. IV, cap. XV.

5 Vita Anselm., pag. 6.

Anselm., lib. I, Epist. 63, et lib. IV, Epist. 102. 7 Anselm, vit., pag. 6. 8 Dialog. de Veritate, cap. I et X.

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