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s tew MaterJu trouve patro

la sainte Vierge, la Purification, l'Annoncia- dans le sein de sa mère, et que c'est pour
tion, l'Assomption, la Nativité, les autres cela que l'on fait la fête de sa Nativité. L'au-
fêtes de la Mère de Dieu ayant été instituées teur ne lisait pas dans cette anlienne le mot
depuis. L'ordre dont il parle est sans doute de Mater, mais de suite, Salve Regina miseri-
celui de Cluny, où Pierre le Vénérable té- cordiæ. (On trouve ces quatre sermons au tome
moigne que cette antienne était en usage. CLXXXIV de la Patrologie, col. 1059-1078.]
comme elle le fut dans l'ordre de Citeaux. 21. Il a été parlé plus haut d'un autre Ber- Bernard de
On lit dans le même discours qu'elle avait été nard. moine de Cluny, mort vers l'an 1109, bord de Soro.
composée par les saints : cependant quel- qui a recueilli les coutumes de son monas-
ques-uns è l'attribuent à Hermann Contracte, tère, imprimées à Paris en 1726, par les soins
à qui l'on ne donne pas ordinairement le de dom Marquard Hergott. L'épitre dédica-
titre de saint ; d'autres ? à saint Bernard; et toire adressée à l'abbé Hugues avait déjà été
Durand 3 à Pierre, évêque de Compostelle. imprimée dans les notes d'André Duchesne
Le second a en tête trois vers hexamètres à sur la Bibliothèque de Cluny. Vers le même
la louange de la sainte Vierge. Le troisième temps, Bernard, moine de Corbie en Saxe,
et le quatrième, quatre vers de même me- adiessa à Herdevic, archevêque de Magde-
sure, dont la matière est prise de l'antienne. bourg, depuis l'an 1079 jusqu'en 1110, un
On lit dans le quatrième que la sainte Vierge livre d'un style assez élégant, mais mordant
a été exempte du péclié originel et de tous contre l'empereur Henri IV. Sigebert 5 et
péchés actuels, parce qu'elle fut sanctifiée Trithème en font mention.

CHAPITRE VIII.
[Saint o] Yves, évêque de Chartres.

(Ecrivain latin, 1915.)

ARTICLE jer.

HISTOIRE DE SA VIE.

Chartres. Sa

études.

Yves do 1. Entre les Français qui ont porté le nom paissance, sc d'Yves, celui qui est surnommé communé

ment de Chartres, parce qu'il en fut êvêque,
est regardé comme le plus illustre de tous
par son savoir et ses autres grandes qualités?.
Né dans le 8 Beauvoisis, de parents nobles,
il s'appliqua de bonne heure à l'étude des
humanités et de la philosophie; ensuite il
alla à l'abbaye du Bec apprendre la théolo-
gie, sous Lanfranc : il l'enseigna lui-même,
lorsqu'il fut plus avancé en åge, dans un
monastère de chanoines réguliers près de la
ville de Beauvais, fondé en 1078 par Guy,
évêque de cette ville, en l'honneur de Saint-

Quentin. Yves y embrassa la vie cléricale, y
donna des terres de son patrimoine , et y
vécut dans une exacte observance. Il en fut
choisi supérieur sous le nom de prévôt ou
d'abbé, et gouverna cette communauté en-
viron quatorze ans.

2. Outre les leçons 9 de théologie qu'il est fait
donnait à ses clercs, il s'appliquait à la lec- nastère de
ture des canons; c'est de là qu'est venu le in.
grand recueil de Canons que nous avons de
lui sous le nom de Décret. Non content de
les connaitre, il les fit observer dans son
monastère, ce qui lui acquit une si grande
réputation, qu'on venait de tous côtés lui de-
mander des clercs, soit pour fonder de nou-
veaux chapitres de chanoines réguliers, soit
pour réformer les anciens.

prévót do mo

Saint-Quen

1 Wion, Lign. vitæ, lib. V, cap. cv.

2 Joannes Eremita, lib. II Vit. sancti Bernardi, nnm. 7; Albericus, in Chronic., ad an. 1130. 3 Durand, in Rationali, lib. IV, cap. xxi.- 4 Pag. 23.

Sigebert., cap. CLXV; Trithem. cap. CCCXLVIII, de Illustr. Benedict.

6 Yves de Chartres est compté parmi les saints. On ne sait point par quel pape il fut canonisé. D. Ceillier ne lui donne pas le titre de saint qu'on lui accorde ordinairement. (L'éditeur.)

7 On ne doit point confondre avec saint Yves de Chartres, saint Yves Hélori, né eu 1253, prêtre et officier de Rennes, plus tard officier du diocèse de Tréguier en Bretagne. C'est ce dernier qui est le patron des avocats, parce qu'il prenait chaudement la protection des orphelins, des veuves et des pauvres. Il devint curé de Lossanec, diocèse de Tréguier, y fonda un hôpital et y mourut en 1303. Clément VI le mit en 1347 au nombre des saints. (L'éditeur.)

& Yvonis vita, cap. I. - Ibid.

roi

bilippe

Or le choi: 3. Geoffroi, alors évêque de Chartres, roi Philippe 3, épris de la beauté de Ber- diegrace du
Pretres, en avait été deux fois déposé par le légat Hu- trade, troisième femme de Foulques Réchin,

guès, évêque de Die, et deux fois rétabli par comte d'Anjou, pensa à l'épouser et à ren-
le pape Grégoire VII; mais accusé une troi, voyer la reine Berthe, quoiqu'il en eût deux
sième fois de simonie et de plusieurs autres enfants. Il prit là-dessus l'avis des évêques,
crimes devant Urbain II, il fut obligé de re- et Yves 4 fut invité à la conférence où l'on
noncer à l'épiscopat. Le clergé et le peuple, devait chercher les moyens de faire passer
connaissant le mérile du prévôt de Saint- ce mariage pour légitime. Yves en détourna
Quentin, l'élurent pour leur évêque du con- le roi, et refusa d'aller à Paris assister aux
sentement du pape, et le présentèrent au roi noces. Son opposition fut sans effet, le roi
Philippe, de qui il reçut le bâton pastoral en épousa Bertrade, et pour marquer son res-
signe d'investiture. C'était à Richer, arche- sentiment à l'évêque de Chartres, il fit piller
vêque de Sens, à le sacrer; Richer s'y re les terres de son église, et le mit en prison,
fusa, prétendant que l'on n'avait point ob- Le pape, pour faire cesser le scandale que
servé les formalités requises dans la déposi- causait le mariage du roi, et délivrer l'évê-
tion de Geoffroi. Yves en écrivit au pape, il que de Chartres, écrivit à l'archevêque de
fit même le voyage de Rome avec les dépu Reims et à tous les évêques de France. Yves 5
tés de Chartres. Urbain II le sacra évêque sur empêcha pendant un certain temps que ces
la fin de novembre de l'an 1091, et le ren- lettres fussent publiées, de peur que le
voya avec deux lettres : l'une pour l'arche- royaume ne se révoltât contre Pbilippe. Il
vêque de Sens, qu'il priait de recevoir Yves, empêcha de même les principaux 6 de la ville
disant qu'il l'avait sacré sans préjudice des de Chartres de prendre les armes pour sa
droits de l'église de Sens; l'autre à Geoffroi, délivrance, ne voulant pas recouvrer sa li-
à qui il défendait, sous peine d'excommuni- berté aux dépens du sang de personne.
cation, de faire aucun mouvement pour ren- 6. Le 18 septembre 1094, on tint par ordre I refuse
trer dans le siége épiscopal de Chartres. Yves du roi un concile à Reims pour y faire ap-
n'en prit possession que l'année suivante prouver son mariage. Yves, invilé à s'y
1092.

rendre, s'en défendit, disant qu'il ne devait 4. L'archevêque, irrité de ce qu'il s'était point être jugé 7 hors de sa province, car il *** ' le fait sacrer par le pape, résolut, avec quel était bien informé qu'on voulait l'y accuser

ques-uns de ses suffragants, de le déposer, de parjure. Il avait encore une autre raison
comme ayant ? offensé le roi et violé les de ne point se trouver à cette assemblée ; il
droits de l'Eglise de France. Ils tinrent en savait qu'il ne lui serait pas permis de dire
effet un concile à Elampes, où Richer l'ac- impunément la vérité.
cusa d'avoir par son ordination porté préju- 7. Mais il ne fit aucune difficulté d'aller au
dice à l'autorité royale et aux droits du concile de Clermont en 1095, auquel le pape Clermont com
royaume. Le résultat du concile fut qu'on Urbain II devait présider. Deux ans après il 1095.
rétablirait Geoffroi; mais Yves en appela au eut un démêlé avec Hugues, archevêque de
pape, et rendit inutile la procédure de l'ar- Lyon, au sujet de l'ordination de Daïmbert,
chevêque. Urbain II, informé de ce qui s'é- archevêque de Sens; mais Geoffroi 8, abbé
tait passé, interdit à Richer l'usage du pal de Vendôme, son ami, justifia sa conduite
liom, fit chasser de nouveau Geotfroi du auprès du pape Urbain en 1099, et le récon-
siége épiscopal de Chartres, et y confirma cilia avec l'archevêque de Lyon.

8. Yves était presque le seul ! qui témoi- Il s'enpose Peter 5. Il n'y fut pas longtemps tranquillc. Le gnât du zèle contre les vices qui inondaient Garranges

d'aller au con.

en 103.

Ricber, ar dine de

Il assiste concile de

Yres.

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à l'élection de Garlande, éréque de Bea a rais.

1 Yvonis vila, cap. I. - ? Ibid.

3 Voir sur Philippe fer une notice historique tirée de l'Histoire de France, tom. IX, et reproduite au tome CLIX de la Patrologie, col. 837 et suiv., avec trois lettres, le serment que fit le roi de renvoyer Bertrade, et deux diplômes. La première lettre est adressée à Bernard, abbé de Montmaiour; le roi exhorle l'abbé à réformer la corruption des meurs du monastère de Fare. La deuxième, adressée au mêm', a pour but de lui confier la restauration du monastère de Saint - Magloire de Paris. Ces deux

lettres sont reproduites d'après Mabillon, qui les a
publiées au tome Ve de ses Annales. La troisième
est celle que Philippe adressa à saint Anselme, exilé
à Lyon, pour l'inviter à visiter la France. Elle se
trouve parmi les lettres de saint Anselme, tom. CLIX
de la Patrologie, col. 230. (L'éditeur.)

Yvonis vita, cap. 11.
5 Yvo, Epist. 23. – 6 Epist. 20. - 7 Epist. 35.
8 Godefrid., lib. II, Epist. 18.
9 Yuonis vita, cap. III.

pare Pascal II, assiste ao sacre da roi

conciles

de

Bao gency, en 1104.

la plupart des églises ; il fit ce qu'il put au- 11. L'auteur de sa Vie 6 dit, sur la foi d'Or- ll reçoit le
près de Hugues de Lyon pour empêcher deric Vital, qu'en 1103 il invita le pape Pas- li, assiste da
qu'on ne fit évêque Jean, archidiacre d'Or- cal à célébrer à Chartres la fête de Pâques : Loais.
Jéans, bomme de mauvaise réputation. Il si le fait est vrai, il faut le rapporter à l'an
s'opposa aussi à l'élection d'Etienne Gar- 1107, auquel ce pape se trouvait en France.
lande pour l'évêché de Beauvais, homme L'année suivante, Philippe étant mort le 9 juil-
sans lettres, joueur, adonné aux femmes, et let, il fut résolu 7 qu'on sacrerait au plus tôt
qu'il avail excommunié pour adu!!'re. Son Louis, son fils, quoique déjà reconnu roi, parce
zèle lui attira des ennemis; il se brouila qu'on craignait quelques seigneurs dont il
même pour un temps avec Geoffroy, abbé de s'était attiré la haine en réprimant leur vio-
Vendôme, son ami intime, parce qu'il avait lence. Yves fut le principal auteur de ce con-
fait exempter son monastère de la juridiction seil ; on y eut égard, à cause de son expé-
des évêques. Cependant il se relâchait sou. rience dans les affaires, et de sa doctrine.
vent de la rigueur des canons, et exhortait' Le sacre se fit à Orléans, par Daïmbert, ar-
les autres à s'en relâcher en certaines occa- chevêque de Sens, en présence de plusieurs
sions ; c'est ce que l'on voit par plusieurs de évêques, du nombre desquels était Yves de
ses lettres, dans lesquelles ? il détourne les Chartres. On n'avait pas encore achevé la
souverains pontifes, ou leurs légats, de pro- cérémonie, quand les députés de l'Eglise de
noncer des anathèmes contre des personnes Reims arrivèrent avec des lettres portant op-
qui semblaient les avoir mérités.

position au sacre. Yves de Chartres écrivit à Il assiste ans 9. Il avait tenu longtemps cacbé l'ana- ce sujet une lettre & circulaire adressée à l'ETroyes et de thème prononcé par le pape Urbain Il contre glise romaine, et à toutes celles qui étaient

le roi Philippe. Quand il sut que Pascal II informées de la plainte du clergé de Reims,
envoyait en France Richard, évêque d'Al. pour montrer qu'on ne pouvait attaquer le
bane, pour absoudre ce prince, il écrivit à ce sacre du roi Louis, ni par la raison, ni par la
légat 3, qu'autant il avait été affligé de l'ex- coutume, ni par la loi. Il s'employa efficace-
communication du roi, autant il se réjouis- ment auprès de ce prince pour faire chasser
sait de son absolution, si elle pouvait se faire de Reims Gervais, qui s'était emparé de cette
à l'honneur de Dieu et du Saint-Siége. Le Eglise au préjudice de Raoul-le-Vert, or-
légat l'ayant invité au concile qu'il devait donné archevêque par le pape Pascal II.
tenir à Troyes au commencement d'avril Comme le roi n'avait consenti à le recon-
1104, Yves s'y rendit; il assista aussi 4 au naitre, qu'à condition de recevoir de lui le
concile que Richard tint la même année à serment de fidélité, le pape désapprouva la
Beaugency pour l'absolution du roi Phi- conduite de Raoul; mais Yves de Chartres 9
lippe.

le pria de lui pardonner une faute qui n'é-
10. Pendant le séjour de Richard en France, tait point contre la loi divine, mais seulement
on lui déféra Yves de Chartres, comme cou- contre une loi positive, c'est-à-dire contre les
pable de pratiquer la simonie, ou du moins décrets des derniers conciles.
de permettre " qu'on l'exerçât publiquement 12. La division que la question des inves-
dans son église. Il répondit à la réprimande titures avait mise entre le royaume et le sa- des investila-
que lui fit là-dessus le légal, qu'il avait tou- cerdoce durait toujours. Yves de Chartres,
jours eu ce crime en borreur; que depuis sans désapprouver les jugements des papes
qu'il était parvenu à l'épiscopat, il l'avait re- Grégoire VII et Urbain JI touchant cette
tranché autant qu'il lui avait été possible; question, aurait souhaité que l'on y apportât
que si le doyen, le chantre et d'autres offi- quelques tempéraments 10, et que, dans un
ciers exigeaient encore quelques droits de temps de trouble, on ne traitât pas avec la
ceux qu'on recevail chanoines, ils se défen- dernière rigueur ceux qui avaient donné ou
daient par l'usage de l'Eglise romaine, où ils reçu les investitures. Il ne 11 voulait pas que
disaient que les cameriers et les ministres du les puissances séculières détruisissent la
palais exigeaient plusieurs choses à la consé- liberté de l'Eglise, ni aussi que les ecclésias-
cration des évêques et des abbés, sous pré- tiques méprisassent l'autorité séculière et
texte d'offrande ou de bénédiction.

l'offensassent. 1 Yvonis vita, cap. III. - ? Ibid.

7 Orderic. Vital., lib. XI, pag. 836. — 8 Epist. 183. : Epist. 141. -- Epist. 146. — 5 Epist. 133.

9 Epist. 190. — 10 Epist, 226 et Epist 114. 6 Yvon, vit., cap. III.

11 Yvonis vita, cap. III.

Il est accu sé de smobie.

Question

res.

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á betre des

a favoris 13. En 1112, Bernard d’Abbeville, ayant Vie, dans l'édition de ses ceuvres (par Fron-
de Tien eu quitté son abbaye de Saint-Cyprien à Poi- teau en 1647,) est suivie des témoignages

tiers, obtint de Rotrou, comte du Perche, un que les écrivains contemporains, ou des siè-
terrain dans des bois situés sur le ruisseau cles suivants, ont rendus à sa vertu et à son
dė Tiron. Il y bâtit un monastère, et sachant savoir.
qu'une portion de terre dans le voisinage (Le tome CLXI el une partie du tome CLXII
appartenait à l'Eglise de Chartres, il la de- de la Patrologie renferment les ouvres com-
manda à Yves, qui la lui accorda' du consen- plètes de saint Yves réunies pour la première
tement de ses chanoines, par une charle fois. Des prolégomènes étendus ouvrent le
datée du 3 février 1113. Il donna aussi à cinquième volume. On y trouve 1° une notice
Bernard la bénédiction abbatiale, et se ré. historique tirée du Gallia christiana ; 2° une
serva sur ce nouveau monastère la juridiction nolice bistorique et littéraire, d'après l'llis-
épiscopale.

toire littéraire de la France ; 3° une dissertatravaille 14. Il y avait dans le voisinage de la ville tion de Theiner sur le Décret attribué à saint Dass es de Chartres une ancienne basilique sous l'in- Yves et sur les anciennes collections de capace das eba. vocation de Saint-Martin, où l'on enterrait nons antérieures à Gratien; 4° un extrait des

les évêques de cette ville. Elle était occupée dissertations des frères Ballerini sur les an-
sur la fin du XIe siècle et au commencement ciennes collections de canons. L'édition de
du xile par des chanoines séculiers. L'évèque Paris est ensuite reproduite avec ses prolé-
Yves forma le dessein de leur substituer des gomènes et dans le même ordre. On y trouve
moines de Marmoutiers 2. Adèle, femme d'E- d'abord le Décret auquel on a joint la Pa-
tienne, comte de Blois, souhaitail cet établis. normie, qui n'existait pas dans l'édition de
sement avec ardeur. Yves lui en écrivit. Dom Fronteau. Le deuxième volume renferme ou
Mabillon a donné celte lettre 3 dans l'appen- indique les lettres au nombre de deux cent
dice du sixième tome des Annales. On y voil quatre-vingt-douze avec les notes de Fran-
qu'avant que les chanoines s'emparassent de çois Juret, six chartes, vingt-cinq sermons,
l'église de Saint-Martin, elle était desservie six sermons au peuple, qu'on trouve dans les
par des moines, et qu'Yves n'éiait pas moins notes sur Jean d'Avranches au tome CXLVII,
porté que la comtesse à les y rétablir ; mais col. 219, le Micrologue édité au tome CLI, et
cela n'eut lieu que sous Geoffroi, son suc- enfin la Chronique des Rois francs.

cesseur.
Se Dart en 15. Yves mourut le 23 décembre 1118,

ARTICLE II. te ser estes après vingt-trois ans d'épiscopat, comblé de

DE SES ÉCRITS. mérites. Il fut toujours très-attaché au Saint

§ 1.
Siége, et ne manqua jamais de fidélité à son
roi. Sa vie sur terre fut telle qu'il mérita d'en 1. Il faut entendre sous le nom de Décret un
mener une plus heureuse dans le ciel ; les recueil des règles ecclésiastiques tirées destes de Char
hérétiques mêmes rendirent un témoignage lettres des papes, des canons des conciles, des riensis ann.
à sa sainteté en brûlant ses ossements, car écrits des pères, et des lois portées par les
ils ne profanaient que les os des saints. Le princes catholiques. Avant Yves de Chartres,
pape Pie V permit aux chanoines réguliers on avait une collection des canons des con-
de la congrégation de Latran de faire la fête ciles et des épîtres décrétales, qu'on a quel-
de saint Yves le 20 mai, la bulle 4 est du 18 quefois attribuée 5 à saint Isidore de Séville;
décembre de l'an 1570. [On la fait aussi dans mais cette collection était sans ordre, et tout

le diocèse de Chartres.] Sa Vie a été écrite y était confondu, les choses et les temps
· par le père Fronteau, chanoine régulier de auxquels elles étaient arrivées. Burchard,
Sainte-Geneviève, et imprimée à la tête de évêque de Worms, sut néanmoins profiter
ses cuvres, à Paris en 1647. Les Bollandistes de cette collection ; il y prit tout ce qui
l'ont donnée avec des notes de leur façon, convenait à son dessein, et rangeant les
au 20 mai; et Fabricius dans un recueil des matières sous divers titres, il rendit son
opuscules du père Fronteau, à Hambourg en ouvrage très-utile. Il fit plus : outre les ca-
1720, réimprimé à Vérone en 1733. Cette nons et les épitres décrétales, il y ajoula
1 Vita Bernardi, cap. viii et ix

• Bolland., ad diem 20 maii, tom. V, pag. 247.
* Mabill., lib. LXXV Annal., num. 42.

8 Voyez tom. VI, pag. 75. "Tom. VI, pag. 652.

6 Fronto., Epist. dedicat., Yvonis Op. præfixa,

11:5 Edition

da es la Patro

Décret d'y

1617,

les autorités de l'Ecriture sainte et des plus c'est-à-dire par la foi; puis qu'il mettra sous
célèbres pères de l'Eglise. Mais il ne s'appli- différents titres ce qui regarde les sacre-
qua point à extraire de leurs ouvrages les ments, la conduite des mœurs, la discussion
endroits qui avaient rapport au mystère de des affaires; en sorte que chacun puisse,
l'Eucharistie, parce qu'on ne l'avait pas al. sans lire le volume entier, trouver aisément
taqué jusque là avec autant de force que le ce qu'il cherche. Il avertit ses lecteurs que,
fit Bérenger dans le siècle d'Yves de Char. s'ils n'entendent pas d'abord ce qu'ils lisent,
tres 1. Ce fut, comme on croit, la senle rai- ou que, s'ils croient y apercevoir de la con-
son qu'eut cet évêque de composer son Dé- tradiction, ils ne se pressent pas de le blå-
cret : du moins il n'y dit rien de nouveau, si mer, mais qu'ils fassent attention à ce qui
ce n'est sur cette matière; le reste est à peu est dit selon la rigueur du droit, ou selon
près de même, et presque en mêmes termes l'indulgence, parce que le gouvernement ec-
que dans Burchard. Il faut en excepter le clésiastique est fondé sur la charité, et a
pénultième livre, qui traite des causes des pour principe de détruire tout ce qui s'élève
laïques, mais dont l'Eglise pouvait connaitre. contre la doctrine de Jésus-Christ, qui n'est
Yves y rapporte beaucoup de choses tirées que miséricorde et vérité. Il compare la con-
du Droit romain et de tous les livres du Droit duite de l'Eglise à celle d'un médecin, qui
civil, tant des Pandectes que du Code, tant se relâche quelquefois de la sévérité des rè-
des Institutes que des Novelles de Justinien, gles de son art par condescendance pour
dont il n'est fait aucune mention dans Bur- son malade, mais toujours dans la vue de le
chard, soit parce qu'il ne croyait point ces guérir, et prouve par un grand nombre
autorités nécessaires à son Décret, soit parce d'exemples, tirés tant de l'Ecriture que des
que de son temps on mettait plus en usage pères, qu'il est permis, à raison des circons-
les lois de Charlemagne, c'est-à-dire les ca- tances des lieux, des temps et des person-
pitulaires des rois, que les lois des empereurs nes, de modérer la rigueur des lois. Il fait
romains.

l'application de cette maxime à la translation
2. Mais il est bon d'entendre Yves lui- des évêques, à l'ordination des néophytes et
même expliquer le dessein de son ouvrage. à l'attention que l'on a eue dans l'Eglise de
« J'ai ? rassemblé, dit-il, en un corps, avec ne pas frapper d'anathème celui qui le mé-
quelque travail, les extraits des règles ecclé. ritait, quand il y avait danger que, si on le
siastiques, partie des lettres des pontifes ro- frappait de censures, il ne causât un schisme
mains, partie des actes des conciles, partie dans l'Eglise, et de recevoir dans leurs rangs
des traités des pères orthodoxes et des con- ceux des hérétiques ou schismatiques qui
stitutions des rois catholiques, afin que ce- revenaient à l'Eglise.
lui qui ne peut avoir à la main les écrits 3. Le Décret d'Yves de Chartres est divisé
d'où j'ai tiré ces extraits, puisse du moins en dix-sept parties, et chacune en plusieurs
trouver ici ce qui lui paraîtra utile pour sa articles. La première est sur la foi ou le sa-
cause. » Yves dit ensuite qu'il commencera crement de la foi, c'est-à-dire sur le baptême:
par le fondement de la religion chrétienne, ce qui comprend les dispositions de celui qui

Dessein do

ce Decret.

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I Voyez sur les collections de droit canonique, le Droit ecclésiastique dans ses sources, par Phillips, traduit par l'abbé Crouzet. Les anciens canopistes prétendent qu'Yves de Chartres est complétement étranger au Décret et à la Panormia; d'autres, d'une date plus récente, comme les frères Ballerini, le re. connaissent comme l'auteur de la l'anormia; d'autres eufin lui contestent la composition de la première collection. Les deux collections ont le même avantpropos; mais ce qui les distingue essentiellement l'une de l'autre, c'est que la Panormia, distribuée en huit parties, est un recueil méthodique parfaitement ordonné, tandis que les dix-sept énormes livres du Décret sont un amas confus et indigeste de compi. lations empruntées à d'autres collections, notamment à Burchard, et pleines de redites inutiles. Cette circonstance est sans doute de nature à faire croire à une différence d'origine, et ce qui autorise encore plus cette croyance, c'est la répugnance que l'on

éprouve à attribuer une æuvre aussi défectueuse à
un homme aussi érudit que l'évêque de Chartres.
On n'a pu cependant jusqu'ici arriver sur ce point
à une complète certitude; un seul fait est acquis
d'une manière indubitable, c'est que la Panormia,
dont la troisièine et la quatrième partie ont été pui-
sées presque entièrement dans la collection de saint
Anselme de Lucques, et dans la Collectio Anselmo
dedicata, est elle-même un extrait du Décret.
Malgré la communauté de l'avant-propos et la con-
nexité alléguée par le système contraire, l'opinion
la mieux fondée est celle qui voit dans le Décret,
non point une collection éditée par Yves, mais seu-
lement un recueil de matériaux que l'évêque de
Chartres aurait fait pour son propre usage. Voyez
Phillips, ouvrage cité, pag. 88-89; Theiner, Disquisi-
tiones criticæ, tom. CLXI de la Patrologie, col. 49 et
suiv.; les frères Balleripi, ibid., col. 41 et suiv. (L'é.
diteur.) – 2 Yvo, in prologo, pag. 1.

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