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d'autant plus heureux de la consigner ici, que ce journal a été un des premiers organes qui aient servi à la propagation d'une méthode dont tout le monde, à l'heure qu'il est, comprend l'importance.

Au milieu du mouvement qui emporte la médecine proprement dite dans des voies non encore explorées, la chirurgie, bien qu'appuyée sur des bases plus assurées, ne laisse pas de s'associer à ce mouvement; nous citerons surtout, comme signe de cette tendance, les efforts que font nos chirurgiens contemporains pour étendre le domaine de la chirurgie conservatrice. Pendant l'année qui vient de finir, le Bulletin de Thérapeutique a eu la bonne fortune de pouvoir publier plusieurs travaux marqués de ce sage esprit. Nous n'en citerons qu’un ici, celui d'un de nos plus zélés et de nos plus judicieux collaborateurs, M. Tillaux, sur l'ostéogénie. La question qui se pose à ce propos entre MM. Sédillot et Ollier n'est pas résolue sans doute, n'en donnât-on pour preuves que les conclusions radicalement opposées auxquelles arrivent sur les points fondamentaux de cette méthode opératoire le chirurgien de Strasbourg et le chirurgien de Lyon; mais de cette laborieuse enquête, de cette expérimentation circonspecte in vivo, il n'est pas moins sorti des enseignements imprévus qui, à supposer qu'ils ne parviennent pas un jour à montrer que la vérité est du côté de l'un ou l'autre de ces puissants adversaires, n'en seront pas moins, quelque jour, utilisés pour la pratique de l'art. La lumière réfléchie éclaire quelquefois mieux que la lumière directe qui parfois éblouit. Il nous aura suffi de rappeler ce travail de judicieuse critique, pour prouver que la chirurgie, même en tant que simple pratique, ne s'endort pas au milieu du mouvement qui renouvelle la face de la science.

Mais nous l'avons dit, et nous nous donnerions bien garde de l'oublier, le but que poursuit le Bulletin général de Thérapeutique n'est pas tant de suivre la science dans son évolution spéculative, que dans les applications pratiques immédiates auxquelles elle conclut, ou que légitime une observation même purement empirique. C'est donc surtout cette direction qui a été toujours la sienne que nous nous sommes appliqué à imprimer l'an dernier, comme les années précédentes, au journal que nous nous sommes imposé la charge de continuer : la conscience que nous avons de la gravité de la mission que nous nous sommes volontairement donnée nous maintiendra dans une voie, où nous voyons clairement l'intérêt

· suprême que, dans la proportion de pos forces, nous désirons servir.

Beaucoup plus nombreux, et infiniment plus variés que les précédents, sont les sujets de pratique immédiate qui ont été tour à tour traités, pendant le cours de l'année 1868, dans les colonnes du Bulletin général de Thérapeutique médicale et chirurgicale. Nous ne saurions, sans dépasser les limites dans lesquelles nous voulons nous renfermer ici, les énumérer tous. Qu'il nous suffise de rappeler quelques-uns de ces travaux, en choisissant ceux qui nous paraissent surtout répondre aux exigences actuelles de la pratique, ou sont marqués du cachet d'une plus grande originalité.

Quand on considère le tribut effrayant, que prelève presque partout sur les populations la phthisie pulmonaire, on ne saurait s'étonner que, de loin en loin, les questions qui se posent à propos de cette affection fixent d'une manière particulière l'attention des médecins. Il suffit pour cela qu'un éclair vienne à illuminer tout à coup les ténèbres qui entourent ces questions et laissent entrevoir la possibilité d'une solution partielle. Les travaux de l'école allemande sur ce point, pendant ces dernières années, les expériences de M. Villemin, parmi nous, expériences que les dernières recherches de M. le docteur Chauveau tendent à aggraver encore dans leurs sinistres conclusions, n'ont pas peu contribué à réveiller partout l'atlention un peu distraite des médecins, non-seulement sur la nature de la tuberculose, sur les processus morbides qu'elle suscite dans l'organisme, mais encore sur sa curabilité et sur les moyens les plus propres à préparer celle-ci, quand les malades ne sont pas sous le coup d'une sorte d'entraînement morbide qui emporte tous les obstacles. Dans cette juste préoccupation d'un sujet dont l'importancé saute aux yeux de tous, nous avons accueilli avec empressement les travaux qui avaient pour but de servir un intérêt si grave. Il y a longtemps que d'attentifs observateurs ont signalé, dans les poumons de vieillards succombant à des maladies diverses, les traces plus ou moins certaines d'un travail de tuberculisation éteint. Plusieurs ont tenté, par un régime et un traitement spéciaux, de fournir tout préparés à l'organisme les matériaux qui semblent, en pareille circonstance, servir de base à ce travail de salutaire réparation. Malheureusement, il ne semblait pas que jusqu'ici les résultats eitssent répondu aux espérances qu'on avait conçues. Un médecin de Rio-Janeiro, le docteur Mallet, n'a point partagé ce découragement, et en saturant en quelque sorte les ma

lades d’jodure de calcium, il croit être parvenu à enrayer, à guérir même, dans quelques cas, la tuberculose. Nous n'oserions assurément nous porter garant de la certitude des résultats annoncés ; nous croyons devoir les rappeler ici cependant, dans l'espoir qu'en face de ces résultats, quelques-uns de nos confrères s'engageront dans la même voie de recherches et éclaireront, dans un sens ou dans un autre, une question que l'on croyait ensevelie et qui reparaît aujourd'hui. Mais s'il reste douteux qu'on puisse espérer beaucoup des préparations calciques pour la guérison de la phthisie, il est un moyen moins incertain dans ses résultats, et qui, appliqué dans les cas qui l'appellent, développe en pareille circonstance une incontestable efficacité; ce moyen, c'est l'acide arsénieux, qu'on prescrit d'ordinaire sous le nom de pilules ou de granules de Dioscoride, ou l'arséniate de soude. Un des médecins les plus distingués des hôpitaux de Paris, M. Moutard-Martin, a bien voulu nous permettre d'enrichir le Bulletin de Thérapeutique d'un travail très-remarquable qu'il a lu nagnère à l'Académie de médecine sur ce point. Il y a là des faits de la plus haute importance, qui empruntent une autorité exceptionnelle à l'habile et consciencieux observateur qui les produit, et sur lesquels nous ne saurions trop appeler l'attention des lecteurs de ce journal; d'autant plus que l'étude consciencieuse de M. Lolliot sur l'arsenic est venue apporter un appui solide aux indications de ce médicament précieux dans le traitement de la phthisie pulmonaire; enfin ce recueil, toujours hospitalier pour les travailleurs de la province et même des petites localités, n'a pas hésité à publier un travail de M. de Beaufort sur la pathogénie et la curabilité de la tuberculose, dans lequel est exposé un nouveau mode de traitement qui, bien que rationnel, a du moins le mérite d'être nouveau, ce qui n'est pas fréquent pour une maladie si anciennement connue.

En présence des nombreux et décisifs travaux qui ont été publiés sur le traitement de la pneumonie primitive, inflammatoire, fibrineuse, et dont la plupart ont été au moins esquissés dans le Bulletin de Thérapeutique, nous ne faisons que mentionner la notice que nous avons consacrée à la reproduction des idées d'un médecin de Cork, le docteur Popham, sur le traitement de cette maladie par les alcalins, alliés à la diététique du docteur Bennett. C'est à une observation ultérieure qu'il appartient de prononcer, en dernier ressort, sur une thérapeutique qui unit ensemble et en même temps les contraires. Une méthode moins incertaine, et qui s'applique également à un état grave de l'appareil respiratoire, c'est celle qu'a imaginée dernièrement M. le docteur Blachez. Cette méthode, qui n'est qu'une modification de la thoracentèse, ordinairement usitée dans les épanchements pleuraux, est la thoracentèse capillaire. On pourrait craindre que cette modification dans la méthode n'en rendît problématique les effets ; mais l'expérience a prononcé, et les praticiens que pouvait effrayer l'ancienne opération prendront plus de contiance en eux-mêmes quand ils auront sous la main une méthode qui simplifie singulièrement l'appareil opératoire, et ne conduit pas moins sûrement au résultat qu'on veut atteindre. Populariser une méthode utile en la simplifiant, c'est presque la créer de nouveau.

Il est une affection du système nerveux qui semble devenir de nos jours plus commune, ce qui s'expliquerait par certains abus de la vie, qui, malgré les prédictions de l'hygiène, ne diminuent pas, c'est la paraplégie. Incontestablement le microscope, appliqué à l'étude des processus morbides qui entraînent ce grave symptôme, a levé en partie le voile qui nous cachait la nature du mal; mais en dehors des cas de lésions de cet ordre bien définies, il reste un certain nombre de paraplégies qu’une thérapeutique presque tout empirique a quelquefois notablement améliorées, ou même fait complétement disparaître. Le Bulletin général de Thérapeutiqne a enregistré çà et là dans ses colonnes un certain nombre de ces cas. Un médecin distingué de Nantes, M. le docteur Trastour, a ramené l'attention sur cette question de pratique sérieuse, et s'est efforce de démontrer que la médecine désarme trop tôt en face de cette maladie ; il pense que l'usage des solutions iodées-iodurées et l'huile de foie de morue, mises en pratique avec une suffisante persévérance, y sont d'une utile application. Nous croyons devoir au moins mentionner, dans cette rapide énumération des principaux travaux du Bulletin, ces faits très-intéressants et sérieusement étudiés.

Nous placerons, à côté de ces observations, des observations non moins remarquables de Watson sur l'efficacité de la fève de Calabar dans le traitement du tétanos spontané. Sans doute, en général, cette forme du tétanos est infiniment moins grave que celle qui se lie à certains traumatismes ; mais, pour être moins grave, elle n'en offre pas moins des dangers réels auxquels le médecin doit s'efforcer de parer. M. le professeur Sée est venu appuyer de son imposante autorité les faits rapportés par le médecin anglais. C'est donc là un agent qui doit définitivement entrer dans l'arsenal de la thérapeutique pour combattre une aberration du système nerveux, qui, même dans son indépendance de toute lésion palpable, jusqu'ici au moins, peut aboutir à une terminaison funeste. Un médecin, dont autant qu'aucun nous savons honorer les laborieuses recherches, M. Bouchut, a signalé, en opposition aux observations de Watson et du professeur Sée, un cas où la fève de Calabar a complétement échoué. La réserve était bonne à faire, mais elle ne détruit pas, et le savant médecin de l'hôpital des Enfants l'entend bien ainsi, l'enseignement qu'emportent avec eux les faits qui lui sont opposés.

Nous aimerions encore à rappeler à l'attention de nos lecteurs une foule de travaux qui se recommandent par des mérites divers, et dont le Bulletin de Thérapeutiqne s'est enrichi pendant l'année qui vient de se terminer ; mais force nous est de nous borner; qu'on nous permette au moins de marquer ici la place d'un fragment pathologique et thérapeutique sur l'angine phlegmoneuse, que nous avons emprunté à un livre plein d'intérêt récemment publié par M. le professeur Lasègue ; des recherches critiques et dogmatiques tout à la fois de M. Hervieux sur le traitement de la péritonite puerpérale généralisée ; celles de M. Marrotte sur l'emploi de l'acétate neutre de potasse dans les diacrises gastro-intestinales chroniques; celles de M. Constantin Paul sur quelques applications de l'oxygène en thérapeutique; l'étude comparative de M. Guipon sur la gastro-entéralgie, et un mode pathologique moins rigoureureusement défini, la dyspepsie gastro-entéralgique, etc., etc. Sur tous ces points, qui ressortissent à la pratique médicale de tous les jours, tous ces savants auteurs se sont appliqués, et assurément non sans succès, d'éclairer, de préciser ou d'étendre les applications de l'art.

Bien que, dans ce sommaire tableau des travaux publiés par le Bulletin général de Thérapeutique pendant l'année 1868, nous ayons déjà mentionné la chirurgie, nous devons tout au moins rappeler que son concours à la marche progressive de la science et de l'art, telle qu'aspire à l'exprimer ce journal, n'a pas été moins important que celui de la médecine proprement dite en ce qui touche aux applications de l'art. Rappeler ici que nous avons tour à tour consigné dans les pages de notre recueil, ou dans notre répertoire qui le complète en glanant un peu partout, des travaux au bas desquels se lisent les noms de MM. Broca, Gosselin, Ambroise Forget, Richet, Pean, Demarquay, c'est montrer que le Bulletin général de

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