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Nous devons à l'expérimentation sur les animaux d'inestimables conquêtes : la distinction rationnelle des racines antérieures et postérieures par Magendie, Ch. Bell et M. Longet, l'éminent professeur de physiologie de cette école; la glycogénie hépatique, par le plus célèbre de nos physiologistes, M. CI. Bernard; les voies de transmission des impressions sensitives, par mon savant ami et collègue M. Brown-Séquard; la régénération nerveuse, par le même physiologiste et par l'un de ses plus dignes émules, M. le professeur Vulpian, etc.

Faut-il donc proclamer la supériorité absolue de ce procédé d'investigation, et l'observation, désormais inutile ou superfue, doit-elle être reléguée dans un coin de la galerie de l'histoire du travail?

En agir ainsi serait à la fois injuste, imprudent et irrationnel.

Ce serait de l'injustice et de l'ingratitude, puisque nous devons à l'observation le meilleur de nos connaissances.

Ce serait imprudent, car nous nous priverions ainsi de gaieté de ceur d'un moyen d'acquisition à la disposition de tous ceux qui cultivent la science, tandis que l'expérimentation, même débarrassée des entraves de la Société protectrice des animaux et de la sensiblerie de quelques efféminés ou de quelques hypocrites, l'expérimentation libre dans ses allures ne sera jamais que le privilége d'un petit nombre.

Ce serait irrationnel, attendu que l'observation s'applique au fait expérimental aussi bien qu'au fait de hasard.

L'expérimentation, sachez-le bien, n'est autre chose qu’un procédé à l'aide duquel le savant suscite un phénomène dont il cherche à déterminer les lois; mais lorsque l'expérimentateur est parvenu à réaliser les conditions de ce phénomène, il faut bien qu'il en observe l'apparition, la durée, l'intensité et tous les autres caractères afin de constater les rapports de succession ou de causalité, eu égard à d'autres phénomènes connus, et d'en déterminer la nature.

A part l'idée hypothétique dont on cherche la vérification, à part la conception du dispositif de l'expérience, l'opération de l’esprit qui s'exécute alors est fondamentalement la même que celle à laquelle se livre l'observateur proprement dit. Celui-ci, je l'accorde, est plus contemplatif; l'expérimentateur, suivant l'expression pittoresque de M. Cl. Bernard, est plus conquérant, mais tous deux mettent en jeu les mêmes facultés, tous deux observent soit des faiis voulus et provoqués, soit des faits relativement spontanés, et que le hasard a placés sur leur chemin. L'individu avide de vérités et pressé de jouir doit recourir à l'expérience; l'humanité, qui a devant elle la suite indéfinie des temps, peut à la rigueur s'en passer. Loin de moi la pensée de blâmer ceux qui vont au-devant de l'observation et de leur préférer absolument ceux qui l'attendent ! Question de tempérament, question de meurs : l'expérimentation convient mieux à ce siècle d'ardeurs impatientes.

Au reste, chaque méthode a ses mérites particuliers. L'homme qui sacrifie des animaux arrive souvent plus vite à dégager de cette chair palpitante les inconnues du problème compliqué de la vie, il apporte parfois à la théorie ses appuis les plus solides et ses démonstrations les plus éclatantes. En rendant un grand nombre d'adeptes témoins de ces faits expérimentaux, il décide les fortes convictions et propage une science plus sûre d'elle-même. Mais, à côté de ces avantages, il faut bien reconnaître certaines infériorités. Sans parler des faiblesses de l'expérimentateur, de ses illusions, des interprétations erronées, des conclusions hâtives, des applications prématurées ; sans tenir compte des contradictions entre les autorités les plus recommandables, sans insister sur l'assimilation impossible des résultats observés chez des grenouilles et même chez des mammifères herbivores à ce qui se passe chez l'homme, je signalerai d'autres conditions défectueuses. Beaucoup de phénomènes sont difficiles à saisir ou sont impossibles à constater chez les animaux; les premiers degrés passent inaperçus. Quant aux phénomènes subjectifs, ils échappent presque entièrement. Comment reconnaître chez les animaux les troubles légers de la sensibilité tactile dans ses différents modes, ainsi que des sensibilités spéciales ? Comment savoir s'ils éprouvent de l'engourdissement, des douleurs fulgurantes, des mouches volantes, de la photopsie; ou bien de la céphalalgie, du délire, de l'amnésie et de la torpeur musculaire. Et, remarquez-le bien, l'existence de tels symptômes au début des expériences ne saurait s'induire de la circonstance qu'ils deviennent évidents dans les périodes plus avancées, car les effets des agents mis en euvre sont souvent inverses, selon que l'action est légère ou violente. On ne s'étonnera donc pas si j'avance que, dans un grand nombre de cas, les expérimentateurs ont méconnu les premiers stades des effets provoqués intentionnellement, et que leur attention ne s'est fixée que sur les manifestations grossières des désordres occasionnés par les substances médicamenteuses ou toxiques.

A ne tenir compte que des résultats obtenus, on serait souvent. tenté d'admettre une grande similitude d'action entre les agents les plus opposés, entre le nitrate d'argent et l'aconitine ou l'atropine, entre l'opium et la strychnine, entre la ligature des veines et la saignée des artères. L'observation clinique conduit à de tout autres conséquences. Ici les troubles sont à la fois plus nombreux et plus faciles à observer, le malade intelligent les accuse dès leur début et sait en donner la formule exacte. Il n'y a pas d'expérience qui puisse tenir lieu de ces renseignements, surtout quand le médecin est le sujet de sa propre observation. Les lésions spontanées ont aussi sur les traumatismes intentionnels un avantage incontestable, c'est de se présenter quelquefois plus simples et plus dégagées de toute complication capable d'en masquer les symptômes. Par exemple, une petite hémorrhagie sur le trajet encéphalique du nerf vague démontrera mieux l'influence de ses racines sur sa triple fonction respiratoire, circulatoire et digestive, que ne ferait une incision de la substance de l'isthme, laquelle incision, supposant une solution de continuité des méninges, de la colonne vertébrale, des muscles et de la peau, entraîne des désordres capables de masquer les symptômes propres à la lésion des origines du pneumo-gastrique.

Mon illustre et vénéré maître, Fr. Lallemand, a montré dans sa thèse tout le parti qu'on peut tirer des faits pathologiques pour éclairer les questions de physiologie. Après l'avoir lue, il serait permis de répéler avec Hippocrate que « les connaissances les plus positives en physiologie ne peuvent venir que de la médecine. » Sans aller jusque-là, je ne crains pas d'affirmer que la science fonde avec raison autant d'espérances sur l'observation clinique que sur les vivisections, sur l'administration thérapeutique des médicaments, chez l'homme, que sur les expériences d'empoisonnement pratiquées sur les animaux. La pathologie reste encore, suivant la belle expression de M. Coste, « cette grande lumière de la science physiologique..., la sæur ainée de l'expérimentation, et souvent son guide. »

Quant au caractère explicatif et conquérant qu'il faudrait attribuer exclusivement à l'expérimentation, l'éminent professeur du Collége de France, s'appuyant sur des exemples tirés de l'histoire naturelle et de l'embryogenie, démontre que les sciences d'observation sont explicatives et conquérantes de la nature vivante à peu près au même titre que les sciences expérimentales. Ce n'est pas tout. Il est moins facile qu'on ne le pense de faire, dans l'avancement de la science, la part qui revient à l'expérience proprement

dite et à l'observation pure. Il n'est pas un clinicien, par exemple, qui n'ait à peu près tous les jours l'occasion de joindre des expériences à la constatation des symptômes du mal. Ainsi, lorsqu'il a découvert du liquide dans le ventre par la palpation et la percussion, il s'enquiert aussitôt de la question de savoir si le liquide est libre ou incarcéré. Pour éclaircir ce doute, il fait changer la position du malade et s'assure ainsi que le liquide obéit sans obstacle aux lois de la pesanteur. Voilà une expérience. Et, pour prendre un exemple dans les faits thérapeutiques, je dirai que le praticien qui, se laissant guider par des raisons analogiques étend l'administration du sulfate de quinine des fièvres palustres à toutes les fièvres d'accès, de celles-ci aux névralgies intermittentes et finalement aux fluxions sanguines inflammatoires, celui-là fait à chaque pas une expérience nouvelle.

Toute cette discussion, messieurs, peut se résumer ainsi :

Il n'existe qu'un seul moyen de connaître les faits, c'est l'observation.

Seulement, tantôt le savant se borne à regarder les phénomènes tels qu'ils se présentent; tantôt, au contraire, il les provoque afin de les mieux étudier.

Là gît toute la différence entre l'expérimentation et l'observation pure et simple. M. Coste a donc eu raison de dire que « l'expérimentation doit être subordonnée à l'esprit d'observation qui l'institue et la gouverne.) .

D'ailleurs, les deux procédés sont incessamment mêlés et confondus dans l'expérience journalière.

En pratique comme en théorie, il n'y a donc pas lieu de les séparer. Il est même indispensable de les faire concourir à l'avancement de la science en demandant à chacun d'eux les services particuliers qu'il peut rendre. Pourquoi nous dessaisir d'un de ces précieux instruments de progrès ? Ce serait peut-être lâcher la proie pour l'ombre.

Elançons-nous donc, messieurs, à la conquête des vérités nouvelles dans les voies de l'expérimentation; mais donnons à celle-ci pour contrôle et pour sanction la froide et impartiale observation clinique. Accroissons par tous les moyens nos richesses scientifiques; mais gardons-nous de dissiper follement le trésor des connaissances positives léguées par la tradition médicale.

Du diagnostic des lèvres par la température (1);

Par le professeur Sše.

(3e article.)

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DES MALADIES DU TROISIÈME GROUPE.

Ce groupe comprend la fièvre typhoïde, la fièvre synoque, la fièvre catarrhale (la grippe) et le rhumatisme articulaire aigu.

Diagnostic de la fièvre typhoïde. — Rien n'est plus difficile que le diagnostic de la fièvre typhoïde au début, et cela surtout dans les pays palustres, et cependant il y a peu de questions plus importantes pour la pratique médicale; le médecin en présence d'un fébricitant est sollicité par les parents de donner son avis, et s'il se trompe ou s'il veut garder la réserve, il en résulte un effet défavorable pour le malade et souvent pour le médecin.

Si vous ouvrez vos livres classiques, le chapitre de la fièvre typhoide est tout simple, il repose sur les données suivantes :

Dans la première semaine paraît la fièvre, de la prostration avec épistaxis; puis la deuxième semaine est marquée par des taches et des râles caractéristiques, de la diarrhée, des gargouillements et la tumefaction de la rate.

Or c'est là un pur tableau de fantaisie, car il suppose le malade au grand complet avec tous les phénomènes caractéristiques, tandis qu'on n'observe que des malades incomplets. Que de fois pendant la première semaine n'y a-t-il qu'un seul symptôme, la fièvre; l'épistaxis et la prostration manquent souvent. De même dans la seconde semaine les taches font défaut et les râles typhoides sont absents. Alors l'embarras est grand, et dans la pratique civile l'on ne se contente pas du mot fièvre continue, on insiste pour savoir si ce n'est pas une fièvre typhoïde, car les gens du monde craignent la contagion, et ils demandent que le médecin se prononce et décide.

Je n'admets que deux formes de fièvre typhoïde : la forme régulière et la forme irrégulière.

La forme régulière comprend le type bénin et le type grave.
Ces deux types débutent de la même façon et la distinction n'est

(1) Leçon clinique professée à l'hôpital de la Charité (suite). Voir les livraisons précédentes, p. 145, 193.

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