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Deuxième période de la fièvre typhoïde, de cinq à dix jours.Nous avons dit que la première période, qui comprend quatre à cinq jours au point de vue thermométrique a une marche typique qui permet de la différencier avec d'autres maladies qui présentent dès le début des symptômes analogues, telles les fièvres éruptives, la grippe, l'érysipèle, la pneumonie. Nous allons maintenant examiner la deuxième période qui dure du cinquième au dixième jour, et présente au point de vue de la marche des différences notables avec la première ; c'est ici que le thermomètre vous donnera la clef du diagnostic des formes de la fièvre typhoïde entre elles, ce qui est très-important au point de vue du pronostic, car vous pourrez prédire presque à coup sûr l'issue de la maladie.

Tout d'abord , du cinquième au dixième jour, vous trouverez la même marche dans tous les cas, qu'ils soient graves ou bénins; la seule différence pour les fièvres malignes consiste dans des irrégularités dans la marche de la température, qui est extravagante : fièvre le matin, plus encore que le soir ; alors le pronostic doit être réservé ; mais il ne faut pas trop être affirmatif, car à cette période on voit les malades qui ont atteint 41 degrés guérir. Ne yous hâtez pas de tirer l'horoscope du malade et n'exprimez que des craintes.

Dans les cas de moyenne intensité se présentent deux formes au point de vue de la marche : dans l'une la température atteint 400,5 le soir, il y a cinq dixièmes de moins le matin; mais il se peut faire que la rémission matinale soit moindre et ne soit que de deux dixièmes ; il ne faut pas s'en alarmer, car dans cette période, lethermomètre ne donne que des conclusions pronostiques nulles, Dans l'autre forme, la température ne dépasse jamais 399,5, et la température matinale baisse d'un degré, d'un demi ; alors il est permis de porter un pronostic favorable. Ces cas de fièvres typhoïdes dans lesquelles la température ne dépasse jamais 390,5 constituent des fièvres typhoïdes avortées, ce qu'on a appelé improprement le typhus abortif.

Si dans la période que nous venons d'étudier, il faut être réservé sur le diagnostic, à partir des onzième et douzième jours on peut faire le prophète et affirmer le pronostic,

Voici en effet ce qui se voit : Dans les cas favorables , le soir du dixième jour ou le matin du onzième, il y a une élévation considérable de température suivie de rémission, puis le douzième jour il y a nouvelle recrudescence, et le treizième jour au matin l'éléyation de température est presque nulle, car il se produit une rémission d'un degré et demi qui continue les jours suivants. Ce n'est que le quatorzième jour que l'exacerbation du soir diminue, cependant le malade n'est pas guéri, et ce n'est que le dix-septième jour que le thermomètre descend à 37 degrés. Enfin, jusqu'au vingt et unième jour, il y a de légères exacerbations. En présence d'une telle marche, la guérison est certaine.

Voyons maintenant ce qui se passe dans les cas graves qui doivent être mortels ou prolongés. A partir du neuvième jour la température matinale ne descend plus au-dessous de 390,5, par fois elle se maintient à 40 degrés, et le soir elle est de 40°,5 à 41 degrés. Puis on constate trois autres phénomènes qui sont les suivants : Absence de la détente du douzième jour, augmentation de température le quinzième, enfin des exacerbations vespérales qui se prolongent jusqu'à minuit ou même deux heures du matin, et empiètent sur les rémissions matinales au point de les supprimer presque, puisqu'on les voit se produire dès dix heures du matin au lieu de quatre à cinq heures du soir. Dans ce cas le pronostic est très-grave.

Les cas qui se terminent par la mort sont prévus par ce fait, que dans la troisième et la quatrième semaine la température persiste à 40°,5 et 41 degrés, et surtout le matin on la retrouve à ce chiffre. Il y a des oscillations de température accentuées aussi bien le soir que le matin. Enfin si le thermomètre marque 42 degrés, la mort est à peu près certaine, bien qu'elle ne soit pas infaillible.

Quant aux formes irrégulières, elles ne se rencontrent que chez des individus ou très-jeunes, ou âgés au delà de quarante ans, ou chez des anémiques.

Chez les enfants au-dessous de douze ans, l'ascension du thermomètre est rapide et la première période ne dure plus quatre jours; puis la deuxième, qui commence le troisième jour, peut être suivie de défervescence du neuvième au douzième jour ; l'on peut donc dire que la marche de cette forme est bien plus rapide, et le jugement peut-être plus prompt.

Chez les enfants, la fièvre typhoïde en général présente une marche bénigne, et les symptômes sont parfois si peu accentués que le diagnostic peut être difficile ; mais en revanche, il y en a de très - graves à début brusque avec prédominance des troubles cérébraux et pulmonaires, c'est l'exception,

La fièvre typhoïde marche tout autrement chez le vieillard, rarement le thermomètre atteint 40 degrés , il reste au-dessous et le maximum ne se prolonge pas au delà de la troisième semaine; il se produit des oscillations fréquentes, surtout dans la convalescence où les rechutes se voient souvent et s'annoncent par une réascension subite de la courbe thermométrique; enfin il faut redouter un collapsus profond dans lequel tombent facilement les gens âgés.

Les anémiques ont, au point de vue de la fièvre typhoïde certains priviléges. Ils n'ont point ce cortege d'accidents terribles qu'on rencontre chez les pléthoriques et les gens robustes; chez eux la maladie affecte le type bénin, mais ils sont exposés à des hémorrhagies fréquentes (épistaxis, hémorrhagies intestinales) et à des infarctus hémorrhagiques, puis la maladie se prolonge, il se produit facilement des eschares, et c'est alors que l'on observe le délire d'inanition qui a souvent trompé les anciens observateurs.

(La fin au prochain numéro.)

THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE.

De l'acide chromique et de son emploi thérapeutique

dans quelques affections chirurgicales de la bouche; Par le docteur E. MAGITOT, lauréat de la Faculté et de l'Académie impériale

de médecine, etc.

(per article.)

L'histoire des applications thérapeutiques de l'acide chromique est fort courte et très-récente.

Découvert par Vauquelin vers 1800, il fut employé pour la première fois par Hannover, en 1840, dans ses études anatomiques, dans le but de durcir les tissus sans les déformer ni les réduire sensiblement de volume, de manière à faciliter les préparations par coupes minces pour l'examen microscopique (1). Depuis Hannover, cette application se généralisa ainsi aux études anatomiques, et ce moyen est aujourd'hui entre les mains de tous les micrographes. L'acide chromique est donc, à ce point de vue, un antiseptique et un agent de conservation presque indéfini des tissus cadavériques.

(1) Hannover, die Chromsaure, ein vorrügliches Mittel bei mikroskopischen Unterfuschungers (Arch. für anat. und physiologie, von J. Müller, 1840, p. 547).

A cet effet, on plonge les préparations dans une solution aqueuse à concentration variée suivant le degré de dureté qu'on veut leur donner.

L'idée première de l'application de l'acide chromique comme caustique sur les tissus vivants paraît appartenir à M. Ch. Robin, qui, dans une communication à la Société de chirurgie, en 1855, mentionne deux cas de chancres de la verge cautérisés avec une goutte d'une solution d'acide chromique (1).

Des deux faits observés par lui à cette époque, M. Robin concluait que cet agent devait être regardé comme l'un des meilleurs caustiques propres à détruire les chancres naissants et arrêter la marche de ceux qui deviennent phagédéniques. Il avait remarqué, en outre, que son action ne s'étend pas au delà du contour de la goutte de liquide employé et qu'elle gagne en profondeur à peu près autant que la couche liquide a d'épaisseur. Il résulterait de cette application la formation d'une eschare sèche qui se détache peu à peu et laisse, lors de sa chute, une plaie de bonne nature. · Quoi qu'il en soit, l'exemple donné par M. Robin ne paraît pas s’ètre répandu, et, en dehors de l'application généralisée aujourd'hui de la solution d'acide chromique à la destruction des végétations vé. nériennes, nous ne connaissons que fort peu d'indications de son emploi externe.

Toutefois M. Serres d’Alais, imitant en cela la pratique de certains chirurgiens belges, a proposé l'emploi de l'acide chromique monohydraté à la destruction des granulations si rebelles du cartilage tarse (2) et M. E. Ménière l'emploie en solution assez faible contre les végétations de la caisse et de la membrane du tympan.

Plus récemment, Pardou, dans le dispensaire de dermatologie de Belfast, a proposé une solution d'acide chromique (1 drachme pour 1 once d'eau) en lotion contre les dermatophytes : teigne circinée et tonsurante, sycosis et les maladies parasitaires en général (3). Nous avons personnellement vérifié l'efficacité de cette solution dans le traitement d'un certain dermatophyte, le pytiriasis versicolor, qu'elle fait complétement disparaître même après une seule application.

Dans les condylomes et productions diverses de nature épider

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(1) Gazette des hôpitaux, 1855, p. 590.

(2) Comptes rendus de la Société impériale de chirurgie, 1866, et Gazette des hôpitaux, 1866, p. 44.

(3) Journal of cutaneous medicine, no 5, 1867.

mique ou épithéliale, l'acide chromique a donné, entre les mains du même chirurgien, des résultats bien préférables à l'emploi des caustiques ordinaires, acide azotique, chlorures de zinc et d'antimoine. Le médecin anglais remarque, en outre, qu'il a l'avantage de ne causer aucune douleur. Il l'a employé même dans le lupus et dans l'eczéma, contre lequel une solution au millième est, dit-il, trèsutile. M. Pardou rapporte, en outre, que Sigmund l'a employé contre le cancer, mais il ne mentionne pas les résultats obtenus.

Nos premières expériences personnelles sur l'emploi comme caustique de l'acide chromique dans quelques affections de la muqueuse buccale remontent à environ huit années. Frappé de l'état que communique cette substance aux tissus organiques destinés aux études anatomiques, nous avons songé à l'utiliser comme modificateur de certains états morbides des gencives si souvent rebelles, comme on sait, aux remèdes les plus énergiques. Nous avons fait connaître, il y a deux ans, les premiers faits de notre pratique spéciale dans une étude sur l'ostéo-périostite alvéolo-dentaire (1). Nous avions en même temps étendu l'emploi de cet agent à un certain nombre d'affections buccales, et nous fûmes si frappé des bons effets obtenus, que nous l'avons adopté comme le caustique par excellence de cette muqueuse. Ce sont ces résultats que nous allons consigner dans ce travail.

L'acide chromique se présente à l'état sólide sous forme de cristaux octaèdres oblongs qui sont bydratés. Sa formule chimique est Cro:HO.

Ces cristaux sont d'un rouge foncé qui peut passer au noir par l'action de la chaleur. Il est sans odeur, mais sa saveur est styptique et désagréable, avec un arrière-goût comme savonneux. Il est excessivement soluble dans l'eau. Il est déliquescent à l'air et même dans les pacons bouchés à l'émeri. La dissolution est d'un jaune rougeâtre et assez rapidement décomposable par l'action de la lumière, avec dégagement d'oxygène et dépôt de chromate de sesquioxyde de chrome (CrO' =Cros, Cr?03+03).

L'acide chromique est également soluble dans l'alcool, mais cette dissolution nous paraît difficile et dangereuse à manier, surtout dans la bouche, attendu que sous l'influence de la lumière ou de la chaleur elle est susceptible de se décomposer avec dégagement de

(1) Archives générales de Médecine, 1867, série VI, t. IX, p. 679, et t, X.

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