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Quelles sont donc les attributions plus spéciales du professeur de clinique, ou, si vous aimez mieux, quel est le but de la clinique et quelle est sa méthode ? :

Cherchons d'abord quel est le but de la clinique et voyons en quoi il diffère du but que se propose la pathologie,

La pathologie commence par l'examen d'individualités morbides, elle recueille, comme nous disons, des observations, et quand elle en a réuni un grand nombre, elle fait l'histoire de chaque maladie en particulier, c'est-à-dire la pathologie descriptiye ou nosographie. La pathologie ne s'arrête pas là ; elle cherche entre ces différentes maladies les analogies et les différences, et procède alors aux classifications. S'élevant plus haut encore, elle cherche à établir la cause et le mode de production des maladies, puis enfin, arrivant à des considérations plus élevées et plus générales, elle détermine les lois générales qui' régissent les phénomènes morbides, elle constitue ce qu'on appelle la pathologie générale.

La clinique au contrạire a pour but non plus le général, mais le particulier, le réel, le concret, l'individu; elle cherche à connaître le malade, à prévoir son avenir, et, s'il se peut, à le soulager et à le guérir.

Il y a donc entre la pathologie et la clinique une différence facile à formuler. La pathologie est une science, elle est par conséquent désintéressée, et plus elle progresse, plus elle s'élève vers une abstraction. La pathologie est donc impersonnelle, elle est mieux représentée par une génération que par un individu. La clinique au contraire est un art, eile a pour but l'action, elle cherche à protéger, soulager ou guérir l'individu, elle est personnelle dans son but et personnifiée dans le médecin ; aussi la clinique varie-t-elle avec le clinicien : autant vaut le clinicien, autant yaudra la clinique.

Abordons maintenant le second problème ; quelle est la méthode de la clinique ?

La clinique, avons-nous dit, se propose trois choses : 1° reconnaître l'état du malade, c'est-à-dire établir le diagnostic; 2o prévoir l'avenir du malade, faire le pronostic; et 3' prescrire les moyens thérapeutiques. Examinons en détail chacune de ces trois opérations :

Pour bien faire le diagnostic, il faut d'abord remonter dans les antécédents dų malade jusqu'à l'époque de są santé complète. Il fạut établir d’abord quel était son état physiologique pour juger sainement de son autre état, de son état pathologique,

Cette base une fois établie, on constate, soit par le récit du malade, soit par l'examen objectif, trois ordres de phénomènes : 1° les lésions fonctionnelles ; 2° les altérations des produits de l'or. ganisme, et en troisième lieu les altérations anatomiques qui peuvent être constatées par les sens seuls ou armés des moyens si précis qu'ont donnés les sciences physico-chimiques.

Cette première opération une fois faite, le clinicien cherche à subordonner ces différents phénomènes, à établir leur enchaine ment, et détermine ainsi les syndromes et les états organo-pathiques.

Pour une certaine école, le diagnostic s'arrête là ; pour nous, il doit arriver à une détermination plus élevée, celle de la malalię.

Or, comme, en ce moment même, les cliniciens sont divisés sur ce point en deux écoles, je désire vous exposer en quelques mots ce que sont ces deux écoles et pourquoi je me considère comme un représentant de l'une d'elles.

A la fin du siècle dernier, messieurs, Pinel, qui avait, à Montpellier, suivi l'école nosologique de Sauvages, vint à Paris et s'y fit connaître d'abord par une traduction de Cullen, le représentant de la même école en Angleterre. Il y fut bientôt remarqué et nommé, en 1792, médecin de l'hospice de Bicêtre, et appliquant à la description des maladies la méthode de l'analyse, il apporta dans la nosographie une telle clarté, que sa méthode se répandit bientôt et que l'école l'appela dans son sein, si bien qu'au commencement du siècle, les médecins étaient plus occupés à décrire les maladies comme des espèces botaniques qu'à regarder de près les malades.

Aussi, quand les travaux de Bordeu et de Bichat sur l'anatomie générale des tissus vinrent à paraître et qu'on fit les premières tentatives de la physiologie expérimentale, le besoin d'une réforme se faisait sentir. Alors parut un homme d'une grande intelligence, d’un talent remarquable d'écrivain et d'orateur, d'un temperament ardent et passionné. Cet homme, c'était Broussais; il arrivait à propos.

Plein d'enthousiasme pour les découvertes toutes récentes de l'anatomie générale et de la physiologie expérimentale, Broussais voulut non pas les faire servir à l'étude plus approfondie de la médecine, mais y enfermer la médecine tout entière. Il suffit, disait-il, de connaître quel est l'organe souffrant et commentil souffre, l'anatomie pathologique et la physiologie expérimentale suffiront pour cela.

Broussais nia donc la maladie, et pour lui il n'y eut plus ni pronostic ni thérapeutique, et, par conséquent, ni matière médicale.

Broussais fut bientôt suivi par Rostan, MM. Bouillaud, Piorry, etc., et l'organicisme devint la doctrine de la Faculté de Paris. Pourtant, si Broussais était le maître de tous, il ne fut bientôt plus accepté comme tel, sa négation de la thérapeutique le fit abandonner, et tellement, que les plus fervents défenseurs de l'organicisme oublièrent à qui ils le devaient. Seul de ses successeurs, M. Piorry conserve encore, dans sa verte vieillesse, ses convictions pleines et entières.

Pourtant il y eut une véritable réaction contre Broussais et les partisans de l'organicisme, du physiologisme, mais c'est surtout en dehors de la Faculté que se fit cette réaction.

Bretonneau, l'un des premiers, puis Récamier, Cayol, Gendrin, Trousseau, Pidoux, Bazin, Teissier, J. Bouley et la plupart des médecins des hôpitaux, qui avaient suivi les leçons de M. Bazin, devinrent le foyer d'une école qu'on peut, par opposition aux précédentes, nommer clinique.

Ces observateurs, tout en profitant des précieuses découvertes de la science moderne, ne voulurent point abandonner l'idée supérieure de la maladie. Je n'ai pas à vous faire l'histoire des travaux de ces savants, ils sont connus de tous; mais je veux vous parler de quelques-uns. Pendant que Trousseau s'associait MM. Gouraud et Lebaudy pour fonder un journal, il s'adjoignail M. Pidoux pour défendre avec lui cette même doctrine en thérapeutique. D'autre part, MM. Teissier, J. Bouley et Bazin voulurent s'associer pour une réforme semblable.

Teissier, en voulant combattre l’organicisme des broussaisiens, se trouva ramené au nosologisme par son esprit mystique, et retournant dans le passé, recula jusqu'au moyen âge, jusqu'à saint Thomas dont il fit son patron.

J. Bouley, érudit et patient, tenta de refaire un traité de pathologie générale. Il entassa texte sur texte, réunit la quintescence de la tradition médicale, éclaircit les idées, les formula d'une manière nette et précise, et nous aurait donné le plus beau traité de pathologie générale qui ait été vu, si son extrême timidité et, il faut bien le dire, sa paresse pour écrire ne l'eussent arrêté quand le travail principal était fait. M. Bazin, plus persévérant, appliqua ces idées à l'étude des affections de la peau, et il a si bien réussi que son en

seignement, qui est aujourd'hui l'un des plus beaux titres de gloire de la clinique française, est un véritable modèle dans le genre.

Pour me résumer, je dirai que la réforme de Broussais, fondée sur l'anatomie pathologique et la physiologie expérimentale, précieuse au plus haut titre pour la pathologie, c'est-à-dire pour la science, a été stérile pour la clinique, c'est-à-dire pour l'art ou la pratique;

Que l'école clinique, qui ne s'est pas tenue à regarder les lésions, mais est remontée à l'unité supérieure de la maladie, a permis de reconnaître qu'une même lésion variait encore suivant les différentes maladies et pouvait conduire au diagnostic complet, c'està-dire à celui qui mène au pronostic et au traitement.

Arrivons maintenant au pronostic. Le pronostic est un problème essentiellement individuel, il se prête mal aux généralités et il se base sur trois considérations :

1° Sur la nature de la maladie;
2° Sur l'importance de la fonction atteinte;
3° Sur l'étendue des lésions.

Il considère ensuite les forces du malade, ses conditions de résistance, ses maladies antérieures et ses tendances pathologiques.

Quant à la thérapeutique, elle s'est toujours partagée en deux écoles, d'un côté les systèmes et de l'autre la tradition. Les systèmes ont commencé avec Themison. Ce chef d'école rejeta l'observation pour ne plus faire que de la théorie. Suivant lui, il n'était plus besoin de distinguer les maladies par leurs symptômes.

Tout se réduisait à savoir si le corps était dans un état de strictum ou de laxum; il est vrai que pour les cas douteux il se tirait d'affaire, il admettait un troisième état, le mixtum.

Pour remplir ces deux indications, resserrer ou relâcher, il ne fallait pas une matière médicale encombrée : il rejeta donc les poisons, les purgatifs et tous les évacuants, même les évacuations chirurgicales, et dans son exclusion il alla jusqu'à proscrire le diacode, dont il était l'inventeur.

Le second systématique, Galien, admit quatre états correspondant aux quatre éléments : la terre, l'eau, l'air et le feu, c'est-à-dire les solides, les liquides, la vapeur et le feu; il y eut de même quatre états : le sec, l'humide, le froid et le chaud; et quatre ordres de médicaments à opposer à ces affections : le chaud contre le froid, le sec contre l'humide, etc.; mais on corrigeait ces médicaments les uns par les autres : les chauds par les froids, les secs par les hu

mides, etc. C'est cette classe de médicaments correctifs qui porta le nom d'altérants.

A la renaissance, on fit un retour vers l'empirisme, et l'on retomba, au siècle dernier, dans les systèmes. À la suite de la découverte de l'irritabilité, Brown ne voulut plus voir qu'excès ou défaut d'irritabilité, comme au commencement de ce siècle on ne vit plus qu'acides et alcalins; puis les Italiens, avec Rasori renversant la doctrine de Brown, ne voulurent plus voir que stimulants et contre-stimulants. Enfin Broussais, vous le savez, ne vit plus qu'irritation.

Remarquez, messieurs, que tous les systématiques ont un côté commun, c'est qu'ils n'ont pas de matière médicale. . .

L'autre école est celle de l'empirisme, qui ne s'appuie plus sur les théories, mais bien sur l'observation, et qui peu à peu recueille les découvertes pour constituer ce que nous appellerons le trésor des vérités acquises.

Permettez-moi de vous citer les différentes méthodes suivies successivement par les empiriques, vous verrez qu'elles se succèdent dans un ordre très-logique. La première est celle d'Hippocrate, c'est la méthode du sens commun. Si une maladie est légère, sans danger et peu douloureuse, il faut la laisser suivre son cours. De même, si elle est fatalement mortelle ou arrivée à l'agonie.

Si la maladie n’a ni cette bénignité ni cette gravité, prendre, pour la guérir, les procédés qu'ont suivis les maladies dans les cas de guérison spontanée.

La seconde méthode est celle de Paracelse. Si, dit-il, une plante est desséchée et qu'on la fasse revivre en lui donnant de l'eau, ce n'est pas parce que l'humide est opposé au sec, mais parce que cette eau vivifie le germe et nourrit les racines. La seconde méthode, celle de Paracelsé, consiste donc à soutenir le malade pendant l'évolution de la maladie. Il avait ensuite étudié les spécifiques, mais leur véritable défenseur, c'est van Helmont.

La troisième méthode est donc celle des spécifiques, ou mieux encore, celle des médicaments empiriques, c'est-à-dire ceux dont l'action thérapeutique est mieux connue qu'expliquée.

Jusqu'ici toutes les méthodes thérapeutiques ont été des méthodes d'ensemble s'adressant à la maladie tout entière ou à l'individu tout entier. Les modernes ont été plus modestes : Barthez, appliquant à la médecine la méthode de l'analyse, a cherché à décomposer les maladies en un certain nombre d'éléments, qu'on attaquerait iso

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