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mettre d'accord avec la philosophie péripatéticienne. Par là du moins il se rapproche singulièrement de l'auteur du More Nébouchim, et l'on ne comprend pas ce jugement qu'a porté sur lui un rabbin orthodoxe du xv° siècle : « Les paroles de Maïmonide sont plus souvent vraies que fausses, celles de Lévi-ben-Gerson plus souvent fausses que vraies. »

Le volume de M. Weil a sa place marquée dans toutes les bibliothèques philosophiques à la suite du magnifique travail de M. Munk. Il en est, en quelque sorte, le complément nécessaire. Nous voudrions cependant qu'il pût être regardé seulement comme une introduction à une œuvre plus considérable. Il serait digne de M. Weil de nous faire connaître, non plus par une analyse, mais par le texte même et par une traduction, sinon le livre tout entier, du moins les parties les plus intéressantes des Combats du Seigneur. Nous ne doutons pas que M. WeiT, le jour où il aura été appelé à une situation plus conforme à son mérite et plus favorable aux travaux de l'érudition, ne soit disposé à donner satisfaction à ce besoin de la science.

Ad. FRANCK.

Le Mahâbhârata.

Traduction générale, par M. Hippolyte Fauche; les neuf premiers volumes, grand in-8°, Paris, 1863-1868. — Fragments du Mahâbhârata par M. Th. Pavie, in-8°, Paris, i8^4- — Onze épisodes du Mahâbhârata par M. Ph. Ed. Foucaux, in-8°, Paris, 1862.

QUATORZIÈME ARTICLE '.

Douryodhana, désolé de ce revers, et craignant un désastre plus grand encore, s'adresse à Karna, le fils du Soleil, et il l'excite à se mêler

1 Voir, pour les treize premiers articles, le Journal des Savants, cahiers d'août, septembre, octobre, novembre i865, octobre et novembre 1867, janvier, mars, avril, juillet et septembre 1868; janvier, février, 1869, p. 171.

plus activement à la mêlée et à metlre dans la balance le poids de sa valeur, qu'il n'a pas jusque-là suffisamment déployée. Karna fait au roi les plus belles promesses; et, se fiant à la fameuse lance de fer que lui a donnée Indra, il lui annonce formellement la victoire. Il jettera contre Ardjouna cette arme invincible, qui ne manque jamais son coup1 ; et, Ardjouna une fois mort, il aura bon marcbé du reste. L'empire de la terre sera le partage de Douryodbana. Ces promesses, quoiqu'un peu fanfaronnes, sont assez flatteuses pour calmer les craintes du roi. Mais, comme Karna a été souvent prodigue de ces assurances, et qu'il n'a guère réussi jusqu'à présent, il y a des sceptiques autour du prince. Parmi ces moqueurs qui conservent des doutes, Kripa, le fils de Çaradvata, prend la parole et persifle ces espérances, si souvent données, si souvent déçues : « Enfin voilà donc que le roi a trouvé un protecteur. «Si le succès ne tient qu'à des paroles, on est désormais certain de ne «pas le manquer. Mais le malheur veut que cent fois l'intrépide Karna « ait fait de ces promesses et qu'il ne les ait pas une seule fois remplies. « Il s'est rencontré bien souvent avec les Pandavas, et il a toujours été « vaincu par eux. On l'a vu un jour fuir seul devant leur armée, quand « tout le monde combattait avec courage et faisait bravement son devoir. «Vaincre Ardjouna et le terrasser n'est pas une entreprise aussi facile «que Karna se l'imagine; et parler des Pnndavas, conduits par un tel « chef, aussi légèrement que le fait Karna , c'est donner la mesure de ce « qu'on est. L'homme de cœur s'avance à la lutte sans dire un mot; mais «il agit; les paroles ressemblent à un nuage d'automne, dont la pluie « vient trop tard et ne sert à rien. Elles ne tuent pas de loin , et Ardjouna « n'a point à les craindre tant qu'il est à distance. Quand il sera près, «on verra si Karna tiendra bon contre ses flèches. Il faut laisser ce vain «bruit de paroles aux brahmanes; les kshattriyas se contentent de « montrer la force de leurs bras. »

Ces reproches, bien qu'ils viennent d'un brahmane, piquent au vif l'orgueil de Karna; et il se défend du mieux qu'il peut avec les mêmes armes dont Kripa se sert pour l'attaquer: «Les nuages d'automne ne « sont pas aussi stériles qu'on le prétend ; comme eux, les héros tonnent «avant de frapper; les paroles sont le bruit de la foudre; et elles an« noncent, dans le cœur de celui qui les profère, la noble assurance dont

Voir dans le cinquième article, cahier de novembre 1867, page 691, tous les détails sur l'histoire de Karna, fils du Soleil, qui avait reçu en naissant une cui rasse naturelle, et qui avait commis l'imprudence de s'en défaire et de l'échanger avec Indra contre une lance de fer enchantée.

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«il fera preuve dans l'action. Karna peut le répéter : oui, il vaincra les «Pandavas, et il procurera au roi Douryodhana la domination incon« testée du royaume pour lequel on se bat aujourd'hui. »

Kripa n'est pas plus satisfait de cette seconde réponse que de la première, et il rappelle encore une fois au trop confiant Karna quelle est la valeur d'Ardjouna et de ses frères, de leurs amis et de leurs soldats; il lui rappelle surtout l'appui que Krishna leur prête en personne-, il maintient donc ses doutes injurieux, et malheureusement trop justifiés. Cette persistance d'une critique peu bienveillante blesse profondément le kshattriya, et il ne retient plus sa colère: « Que signifient ces invectives « dans la bouche d'un vieux brahmane qui ne connaît rien aux choses «de la guerre, et qui se permet de les juger avec cette arrogance hau«taine? Sans doute, les Pandavas sont courageux et vaillants; mais c'est o les aimer aussi par trop que de venir faire leur éloge en face des «Kourous, au risque de jeter le découragement dans l'âme des soldats. «Si Kripa continue de telles injures, à la fois si fausses et si dange« reuses, Karna va mettre le cimeterre à la main, et il coupera cette «langue perfide qui se laisse aller à des outrages insensés. Quoi! les «Kouroussont moins braves que les Pandavas! Kripa oublie donc tous «ces héros qui se sont fait tuer sans reculer d'un pas, et qui se sont si« gnalés, avant de périr, par les plus brillants exploits. Et Bhîshma, et « Vikarna, etTchitraséna, et Vâhlîka, et Djayadratha, et Bhouriçravas, et « Djaya , et Soudakshina, et Cala et des milliers d'autres ! Qui a su mieux «combattre et mieux mourir? O le plus abject des mortels, ne vois-tu « pas que la victoire dépend non de la bravoure mais du Destin? Les « plus vaillants ne l'emportent pas sur lui; et c'est surtout aux brahmanes « de savoir se résigner à ses arrêts. »

Kripa peut répondre en paroles aux insultes de Karna; mais il est hors d'état de se défendre contre ses menaces; et il est assez embarrassé de son rôle, quand il trouve un vigoureux soutien dans son neveu, Açvatthâman, le fils de Drona. Le jeune homme, exaspéré des outrages prodigués à son oncle vénéré, adresse quelques mots furieux à Karna; et tirant l'épée, il se précipite sur lui pour le tuer. Douryodhana et Kripa ont à peine le temps de se jeter entre les deux champions; ils les conjurent de s'apaiser, et ils arrivent enfin par leurs prières à calmer ces ressentiments qui allaient s'assouvir dans le sang '.

1 Mahâbhâruta, Dronaparva, çlokas 6970-7059. Cette scène, qui ne manque ni d'intérêt ni de couleur, est une des plus frappantes de tout le Mahâbhârata; elle n'est ni '"' '^igue ni de très-grande importance ; mais elle est tracée avec une vérité qu'on y

à

Pendant que ces vaines querelles divisent et alfaiblissent les Kourous, l'armée des Pandavas s7approche; et Karna, qui veut rétablir sa consiclération un peu compromise, se précipite avec fureur sur l'ennemi. Ses prouesses sont merveilleuses; ceux mêmes qui tout à l`heure semblaient douter de son courage sont forcés de lui rendre justice. Après avoir immolé un grand nombre d'adversaires, il se trouve bientôt entouré et pressé de toute part. Douryodhana, qui ne le perd pas de vue et qui voit le danger qu'il court . fait appel à la magnaminité d'Açvatthâman et de Kripa. Les deux guerriers, ~ tout à l`heure étaient sur le point d'immoler Kama à leurs rancunes, s'élancent pour le protéger contre les Pandavas. Ils arrivent à temps; car le fils du Soleil a rencontré le terrible Ardjouna. et une lutte épouvantable s`est engagée entre eux. lls se sont d'abord blessés mutuellement; mais bientôt Kama, tout obstiné qu'il est, a dû céder; ses chevaux sont tués; son cocher tombe percé de flèches, et lui-même doit en toute hâte se réfugier sur le char que lui amène le généreux Kripa , qui a tout oublié. Açvatthâman a presque les mêmes sentiments, et il suilit de quelques paroles de~Douryodhana pour qu'il vole lui aussi au secours de Karna, qu'il a le bonheur de dégager. *Kama et Kripa, sur le même char, peuvent s`éloigner sains et sauts et aller prendre quelques instants de repos, dont ils ont grand besoin 1. Cependant Açvatthâman court risque de payer bien cher sa magnanimité. Karna estsauvé par son intervention énergique; mais Açvatthàman .rencontre un adversaire des plus redoutables : c'est Dhrishtadyoumna. le généralissime pandava. Dhrishtadyoumna a fait vœu de tuer Açvatthâman; et il est assuré de faccomplissement de son vœu meurtrier; mais il doit auparavant immoler Drona, le père d'Açvatthâman.* Drona, comme son fils, est un brahmzme; et, aux yeux de bien des gens, même dans l'armée des Kourous, il commet une action coupable en usurpant les

trouve bien rarement et avec une eoncision plus rare encore. Elle rappelle, quoique de très-loin, la scène qui ouvre l`lliade et la querelle d'Agamemnon et d`Achille. Seulement la querelle de Karna et de Kripa reste sans conséquence, tandis que l'autre forme tout le nœud et toute l'unité de l`Iliade. - ' Ibid. çlokas 7066-7165. Quand Agvatthâman , apaisé par l`intervention de Douryodhana , s'élance , par l'ordre du roi, à la défense de Karna , qu'il voulait tuer quelques instants auparavant, il prononce un discours qui, pour la forfunterieÿ, vaut tous ceux que Kama a pu jamais prononcer de sa vie. Le moment est assez mal choisi; ear il n'y a pas un instant å perdre pour sauver Kama; et il est assez étrange de montrer une telle jtmtance quand, pour une immodestie beaucoup moins prononcée, on s`apprêtait à percer quelqu'un de son cimeterre. Je ne sais si ce contraste a été dans l'intention du poete; mais il est très-frappant.

fonctions des kshattriyas et en se mêlant à la bataille '. Dhrishtadyoumna ne manque pas de le reprocher amèrement au jeune Açvatthâman. Le combat s'engage entre les deux guerriers, qui sont animés de motifs divers, mais qui sont également irrités. Néanmoins le duel n'aboutit pas, parce que les rivaux sont séparés bientôt l'un de l'autre dans le tumulte de la bataille; mais l'avantage semble demeurer à Açvatthâman, contre qui \ouddhishthira et Bhima, son frère, sont obligés de marcher en personne, tandis que Drona accourt aussi pour soutenir son valeureux fils2. Après quelques passes d'armes, le grand roi Youddhishthira ce retire pour aller chercher des ennemis plus dignes de lui : Drona, quoique généralissime des Kourous, n'est pas un personnage assez important3. On se disperse donc de chaque côté, et la bataille se prolonge par des engagements partiels, auxquels la nuit, qui survient, semblerait devoir mettre fin.

Mais, dans l'état de fureur où sont les deux partis, la nuit elle-même ne peut suspendre le combat; il faut le continuer, malgré les ténèbres dont on est enveloppé. Douryodhana ordonne à ses troupes de déposer une partie de leurs armes, et chaque homme prendra à la main une lampe flamboyante. Toutes les lanternes sont allumées en quelques instants. L'idée sourit aux dieux eux-mêmes; et, sur l'invitation des grands Rhishis, Nârada et Parvata, ils prennent aussi des lampes pour éclairer toutes les parties de l'espace. A l'exemple desRishis, les Dévas, les Gandharvas, les Dévarshis, les Apsaras, les Nâgas, les Yakshas, les Ouragas et les Kinnâras, habitants des airs, s'associent à cette illumination générale, et l'obscurité a bientôt disparu. Les reflets des armes scintillantes ajoutent encore à la clarté nouvelle. Chacun des chars porte cinq lanternes; chacun des éléphants en a trois. On aurait cru voir les flammes d'un vaste incendie consumant une forêt de pins, et éclipsant la splendeur même du soleil. Les Pandavas s'empressent d'imiter un si utile exemple; seulement ils renchérissent sur leurs adversaires; les éléphants ont chacun sept lampes au lieu de cinq, les chars en ont dix, les chevaux en ont au moins quatre sur la tète, suites flancs, sur la croupe. Les lanternes brillent à l'envi dans les deux armées, et les soldats qui n'ont pu s'en procurer prennent à la main

1 Mahûbhârata, Dronaparva, çlokai 7180-7181. Le préjugé des castes et de leurs devoirs respectif est tellement fort, que les passions les plus violentes ne peuvent le faire oublier. Des brahmanes peuvent d'ailleurs plus facilement devenir guerriers que les kshattriyas ne peuvent passer dans la caste sacerdotale.—* lbid. çloka 7203. — ' lbid. çloka 7270. Cette préoccupation de la dignité royale est assez étrange au milieu du combat; et elle peut causer plus d'un mécompte et plus d'une défaite.

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