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histoires qu'on a écrit ici dans la forteresse. Elles ne sont pas suffisantes pour éclaircir Votre Majesté touchant les faux soupçons qu'on a sur mon compte. C'est pourquoi je prends la résolution de suplier Votre Majesté Impériale de m'entendre elle-même. Je suis dans le cas de faire et procurer de grands avantages à votre empire.

Mes démarches le prouvent. Il sufit que je suis en état d'anulé toutes les histoires qu'on a tramés contre moi à mon insue.

J'altend avec impatience les ordres de Votre Majesté Impériale et je me repose sur sa clémence.

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect de Votre Majesté Impériale.

La très obéissante et soumise servante

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Catherine, loin de l'admettre auprès d'elle, écrivit au prince Golitsyne:

Prince Alexandre Mikhaïlovitch, allez dire à la femme en question, que, si elle veut un adoucissement à son sort, elle ait à cesser la comédie qu'elle continue à jouer dans les lettres que vous m'avez transmises. Elle pousse l'impudence jusqu'à signer Elisabeth. Ajoutez que personne ne doute qu'elle ne soit une aventurière; et conseillez-lui de baisser de ton, et de déclarer franchement de qui elle a appris le rôle qu'elle joue, quelle est son origine, et depuis quand elle a commencé ses impostures. Voilà une fieffée canaille (en français). L'impudence de sa lettre dépasse toute croyance, et je commence à la soupçonner de n'être pas dans son bon sens.

Votre affectionnée,

Catherine '. « Moscou, 7 juin 1770.

Quelques jours plus tard, elle ordonnait au prince Viazemski, procureur général, de transmettre à Golitsyne des renseignements sur l'origine de l'aventurière, communiqués parle ministre d'Angleterre. Selon son rapport, la fausse Elisabeth aurait été la fdle d'un ancien traiteur de Prague. Le procureur général invitait Golitsyne à presser la prisonnière de dire la vérité en lui montrant toutes les contradictions contenues dans ses premières déclarations. H recommandait encore de lui envoyer un ecclésiastique dont les exhortations triompheraient peut-être de son entêtement.

'Sans date;'évidemment des premiers jours de juin. — ' MopHum,, t. I, i85.

Je ne pense pas qu'il lût besoin de stimuler le zèle du prince Golitsyne. Dès qu'il s était aperçu que la prisonnière était moins souffrante, il l'avait fait transporter de l'appartement du commandant à une chambre dans un bastion, peut-être dans un cachot. Mais ce redoublement de rigueur n'avait pu la déterminer à des aveux, pas plus que l'espérance qu'on avait cherché à lui donner d'un pardon complet, en retour d'une entière franchise. Déçu dans toutes ses tentatives, Golitsyne écrivait à l'impératrice,-le 1 n août 1775, qu'il désespérait de vaincre son obstination. «Elle m'avait promis, dit-il, une lettre dans laquelle elle dirait "toute la vérité; au lieu de cela, elle m'écrit maintes choses qu'on ne «lui demande pas. Elle prétend se justifier des écrits supposés, ce qui « est impossible, car ils sont de sa main et ne peuvent être que des ori«ginaux ou des brouillons. Elle se plaint de la rigueur avec laquelle on « la traite. Elle m'a dit qu'elle était mariée au prince de Limbourg «Styrum, et qu'un certain Keith connaissait le secret de sa naissance. «Je passe une foule de mensonges, comme en peut dire une personne «qui n'a ni pudeur, ni conscience, ni religion. A l'entendre, elle serait «catholique, et elle l'a fait accroire au prince de Limbourg, mais la «femme de chambre qui ne l'a pas quittée dit que, bien qu'elle allât «dans des églises catholiques, elle ne s'est jamais confessée. Cela «montre qu'un ecclésiastique ne pourra pas en venir à bout. Aussi je « n'ai plus appelé l'archidiacre russe que je lui avais d'abord envoyé, et «je n'ai pas cru à propos de la mettre en rapport avec un prêtre catho«lique, d'autant plus qu'elle m'a dit n'en avoir pas besoin. Lorsque je « lui ai demandé pourquoi elle avait d'abord voulu avoir un prêtre grec, « elle m'a répondu que ses malheurs l'avaient tellement troublée, qu'elle «ne savait plus, par moments, ce qu'elle disait. Je lui ai demandé « pourquoi elle n'avait pas dit tout de suite qu'elle était mariée au prince «de Limbourg Styrum, et comment le mariage avait eu lieu? Elle a «répondu qu'il n'y avait pas eu de pope1, mais que le prince lui avait « promis de l'épouser, et qu'en gage il lui avait donné par contrat le «comté d'Oberstein, à la condition qu'elle ne le quitterait pas. Selon « le témoignage de sa gouvernante Catherine, Keith connaissait ses pa« rents, ainsi qu'un certain Schmidt, qui a été son professeur de mathé« matiques. Ce Keith n'est autre que mylord Maréchal, dont le frère a « servi dans notre armée pendant la dernière guerre contre les Turcs. « Dans son enfance, dit-elle, elle l'a vu en Suisse, où on l'avait menée « de Kiel pour peu de temps. Lorsqu'elle retourna à Kiel, il lui procura «un passe-port. II y avait chez lui une femme turque, que son frère «lui avait donnée après l'avoir amenée d'Otchakot ou de Circassie. « Cette femme était à la tête d'une école de petites filles. Je lui ai doit mandé si elle n'avait pas été dans cette école? Elle a répondu négativement. A la mort de Keith, cette femme turque est venue a Berlin « et la prisonnière l'y a vue.

1 Doua ne Bwjo.

« Elle m'a demandé la permission d'écrire à ses amis pour en obtenir « des informations sur ses parents. Je lui ai fait observer qu'il était bien « étrange qu'elle n'eût pas fait encore uue pareille recherche, ajoutant «que nous savions de source certaine que son père était un traiteur «de Prague, et qu'elle serait obligée tôt ou tard d'en convenir. Elle a « répondu que jamais de sa vie elle n'était allée a Prague, et que, si elle «savait qui a inventé cette fable, elle lui arracherait les yeux.

« Avant remarqué l'attachement singulier du polonais Domanski pour «la prisonnière, je l'ai pressé de dire la vérité, lui promettant qu'on la «lui donnerait pour femme, s'il révélait son origine et ses desseins. Il « a dit qu'il ne savait rien sur son compte, mais qu'il était prêt à signer «l'engagement de ne jamais sortir de sa prison, si on lui permettait de « l'épouser. Ses sentiments ne sont pas partagés par l'aventurière. Lora«que je lui en ai parlé, elle m'a dit que Domanski était un imbécile. u qu'il ne savait pas les langues, et qu'elle ne l'avait jamais traité autre«ment que Czernomski. La voyant inflexible de ce côté, je crus devoir «lui offrir de la renvoyer à son prince de Limboiirg, à la condition de « dire" toute la vérité. Alors elle m'a remis la note ci-jointe, en m'as«surant qu'elle ne pouvait dire autre chose que ce qui était contenu « dans ce papier. En le cachetant elle pleurait a chaudes larmes. A «l'exception des noms qu'elle cite de personnes qui ontkconnu ses «parents, rien de curieux dans cette communication, qui d'ailleurs « m'est suspecte. L'impression que ses réponses m'ont laissée est que «c'est une femme fausse, éhontée, méchante et sans conscience. La «dernière fois que je l'ai vue, je lui ai signifié que, comme cou« pable non repentante, elle est condamnée à la prison perpétuelle, et «je l'ai laissée là-dessus. J'ai tout essayé pour l'amener à un aveu; pro« messes, rigueurs de détention, réduction de nourriture1, de linge «et autres nécessités, si bien qu'elle n'a plus maintenant que le strict « nécessaire-, on la garde à vue, je lui ai ôté sa femme de chambre. Je « ne ferai rien de plus sans l'ordre de Votre Majesté. Peut-être que le « temps et la perte de la liberté, sans espoir, l'amèneront enfin à confesser « la vérité. »

1 Je traduis littéralement : yMeubmetiiein. nnian. Peut-être «'agit-il seulement d'une nourriture plus grossière.

Voici la lettre et la note de la main de la prisonnière, queGolitsyne envoyait à l'impératrice avec le précédent rapport:

Mon prince.

J'ai l'honneur de vous envoyer le peut de notes; j'ai fait mon possible pour rasembler toutes mes forces. Je suis si malades et si chagrinée ici, que Voire Altesse serait touchée jusqu'aux larmes si elle voyais tout.

Je vous conjure au nom de Dieu, mon prince ayé pitié de moi. Je n'ay ici que vous pour me défendre, ma confiance vis-à-vis de Votre Altesse est sans borne el il n'y a rien que je ne face au monde pour vous le témoigner. Voici une petite lettre pour Sa Majesté Impériale. Je ne sais si Votre Altesse poura lenvoyé.jene puis pour ainsi dire pas me soutenire, mon état fait horreur.

Je me répose entièrement sur la bonté de Votre Altesse, Dieu vous béniras et tous ceux qui vous sont chers. Si vous saviez comme je suis mon prince vous ny pourie/. pas tenir vous même, des hommes jour et nuit dans ma chambres. Ne savoir pas un mot de la langue, tout contre moi, privé de tout en un mot je sucombe. Faites moi l'amitié mon prince de me permettre que j'écrive à mes amis, affin que je ne passe pas pour ce que je ne suis pas. J'aime mieux passer ma vie dans un couvent que d'aitre persécutée plus longtemps. En un mot tout m'acable. Je suplie Votre Altesse de macorder sa protection, ne m'abandonnez pas mon digne prince.

J'ai l'honneur d'être avec les sentiments les plus dévoués,

Mon Prince,
De Votre Altesse,

La très humble et très obéissante servante '.

Voici une note des personnes que je me souvient d'avoir vus étant enfent.

A lage de 6 ans on m'envoya a Lion, nous pasames par le pais que Mr. de Poeit avait sous son gouvernement nous alames à Lion, ou je fus cinq à six mois, on vaint me cherché on me mena de rechef à Kil. Voici les personnes que j'ai vus a

Mr. Climid qui me donnait des leçons en mathémathiques. Mes autres mètres sont inutiles à nommés il ny avait que celui la qui su les secrets de la maison.

Mr. le baron de Stern avec sa femme et sa sœur, M. Chouman, negotien aDendsig1 payait pour mon entrelien a Kil, voila les personnes a qui il faut s'adresse je ne sais rien de plus sure. On m'a fait mislere de tout et je ne me suis point donné de peine pour savoir ce qui ne métail d'aucune utilité et au sur plus on ne m'a jamais dit qui j'étais, on ma fait mille comptes, qui ne regardent personne, vus que ce sont des comptes.

Sans date ni signature. — * Il est étrange qu'une Allemande écrive si des noms allemands : Schmidl, Schuhmann, Kiel, Danzig.

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Elle écrivait en même temps à l'impératrice:

■ Votre Majesté Impériale,

Enfein à l'agonie je m'arache des bras de la mort pour exposer mon déplorable sort aux pieds de Votre Majesté Impériale.

Bien loing quelle me perdra ce seras voire sacré Majesté qui feras seser mes peines Elle verras mon inocence. J'ai rasembles le peut de force qui me reste pour faire des notes que j'ai remis au prince Golizin. On me dit que cest Votre Majesté Impériale que j'ai eu le malheur d'offenser, vu qu'on croy telle chose je suplie a genoux voire sacré Majesté d'entendre elle-même cette chose, elle seras vengée de ses ennemis et elle seras mon juje.

Ce n'est pas vis-à-vis de Votre Majesté Impériale que je me veux justifier. Je connais mon devoir et sa profonde pénétration est trop connue pour que jaye besoin de lui détailler les diminutifs '.

Mon état fait frémire la nature. Je conjure Votre Majesté Impériale au nom délie même quelle veuille m'entendre et macorder sa grâce, Dieu a pitié de nous. Ce n'est pas a moi seule que Votre Sacré Majesté refuseras sa clémensc : que Dieu touche son cœur magnanime a mon égard et le reste de ma vie je la consacrerais à son auguste prospérité et service.

Je suis de Votre Majesté Impériale la très-humble et obéissante et soumise dévouée servantes.

Depuis le 1 2 août, date probable de cette lettre, jusqu'au 26 octobre la prisonnière paraît être demeurée dans sa cellule sans communication avec son juge. Le 2 6 octobre le prince Golitsyne écrit à l'impératrice:

La femme détenue dans la forteresse est depuis longtemps dans un grand état de faiblesse. Son élat s'est tellement aggravé, que le médecin qui a soin d'elle désespère de son rétablissement et ne lui donne pas longtemps à vivre. Sans doute la surveillance a e'ié rigoureuse, mais on ne peut attribuer son épuisement à l'insuffisance de sa nourriture*. Si elle succombe, sa mort ne pourra être attribuée qu'à une maladie naturelle causée par le changement de position 4.

Quelques jours plus tard le commandant de la forteresse envoyait a Golitsyne le rapport suivant:

La femme détenue ici en vertu de l'ordre du 13 mai n'a cessé d'être malade depuis son entrée à la forteresse. Malgré les efforts qu'on a faits pour combattre le mal, il s'est aggravé, et finalement, le 4 décembre à 7 heures après midi, elle est

'Elle veut dire des détails; ce mot suffirait à prouver que l'aventurière n'était pas française. — * Point de date ni de signature. Probablement Golitsyne l'avait prévenue que le nom d'Elisabeth déplaisait à l'Impératrice. — * Bcerja npoSaso^nMO

<'ii Bbi.io nen3uypmiie.moe uponn rauic. —' Cocto/iuui.

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