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je montrerai dans le prochain article, en étudiant la vocalisation de la langue étrusque.

Alfred MAURY.

( La suite à un prochain cahier. )

Histoire De Charles VIII, Roi De France , d'après des documents diplomatiques inédits ou nouvellement publiés par C. De Cherriek, membre de l'Institut. Paris, libr. Didier et Cie, 1868, 2 vol. in-8°.

PREMIER ARTICLE.

I.

On a fixé, et non sans raison, le commencement des temps modernes à la chute de Gonstantinople, en 1 653, parce que c'est le moment où s'eflace, avec l'empire de Byzance, le dernier vestige des temps anciens, le moment où l'empire des Turcs vient fermer le cycle des grandes invasions et prendre en Europe une place qu'on lui a longtemps et vivement disputée, et que l'on a plus de peine encore à lui conserver aujourd'hui. Mais, à d'autres points de vue, les temps modernes ont commencé et plus tôt et plus tard. Us ont commencé plus tôt, au point de vue du régime intérieur : ils commencent à la fin du xme siècle, quand la liberté se fonde en Angleterre avec l'introduction des Communes au Parlement, et le despotisme en France, avec l'administration de Philippe le Bel. Ils ont commencé plus tard, au point de vue des relations extérieures : ils datent de la fin du xve siècle, quand Christophe Colomb découvre un monde nouveau, et que Charles VIII, par son expédition d'Italie, donne le signal de ce double mouvement d'invasion et de résistance d'où naîtra le système d'équilibre.

Le règne de Charles VIII, quel qu'ait été le roi, a donc une importance vraiement européenne, et il n'est pas inutile de le détacher de notre histoire générale, pour l'étudier de plus près. Les pièces dipiomatiques recueillies et publiées depuis quelques années offrent à l'histoire de nouveaux moyens de contrôle; d'autres, plus nombreuses encore, restent enfouies dans les archives. M. de Chorrier n'a pas seulement usé de celles qui sont mises par de savants éditeurs à la portée de tous. 11 a fouillé ce qui est accessible chez nous; il est allé en Italie, il a visité les dépôts qui lui ont été libéralement ouverts; et c'est ainsi qu'il s'est préparé à écrire le livre qu'il nous donne aujourd'hui : Histoire de Charles VIII, roi de France, d'après des documents diplomatiques inédits ou nouvellement publiés.

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Le règne de Charles VIII se divise en deux parties tout à fait tranchées : la première, où domine encore l'esprit de Louis XI; la seconde, où se manifeste l'esprit nouveau qui va jeter la France, et l'Europe après elle, dans la carrière des grandes guerres.

La première partie est une continuation du règne de Louis XI; mais elle débuta par une vive réaction contre lui. Clergé, noblesse, légistes et peuple, tous se redressent comme déchargés du joug qu'ils subissaient; tous s'élèvent contre un gouvernement qui a eu sans doute d'importants résultats, qui a agrandi le pays, affermi l'autorité, réprimé des abus; mais qui a fait la première chose au prix d'un état de guerre ruineux, et le reste moins par l'amour du bien public que par l'instinct d'un dur égoïsme. Le moment était bon pour réagir. La loi de Charles V déclarait le roi majeur quand il atteignait sa quatorzième année. Charles VIII avait, à la mort de son père, treize ans et deux mois. Il était donc assez âgé pour qu'il n'y eût pas de régence ; il était assez jeune et, en outre, assez faible pour qu'il dût être gouverné. Or il y avait deux prétendants à cet office : sa sœur, Anne de Beaujeu, à qui Louis XI avait confié sa garde, et qu'il avait par là désignée pour le diriger dans le gouvernement, et son beau-frère Louis d'Orléans, époux de sa seconde sœur, qui revendiquait la direction des affaires comme premier prince du sang. Anne de Beaujeu avait tout d'abord tranché la question par le fait. Charles VIII ayant l'âge légal, elle lui fit présider le conseil où elle venait comme ayant la garde de sa personne; c'était elle qui commandait par la bouche du roi. Elle avait tâché, par diverses concessions, de faire accepter cette fiction royale. Elle avait donné satisfaction au ressentiment public en sacrifiant les âmes damnées du despotisme de son père : par exemple, Olivier le Dain, comte de Meulan, ci-devant barbier, qui fut pendu à Montfaucon; elle avait essayé de satisfaire les mécontents d'une autre sorte, ceux qui lui enviaient le pouvoir, en leur partageant les profits du pouvoir par une large distribution d'honneurs, d'argent ou de domaines. Mais le duc d'Orléans voulait plus. Ces prétentions contraires avaient besoin d'un arbitrage. Il demanda, elle accepta la convocation des étals généraux.

Les états de 1 684, dont un Journal a été publié en 1835, dans les Documents inédits de l'histoire de France, ont une place importante dans l'histoire de nos grandes assemblées, et M. de Cherrier y a vu avec raison le point le plus saillant des commencements de Charles VIII. On y avait déjà particulièrement relevé le mode de leur composition et signalé l'esprit nouveau qui y domine. Les trois ordres y gardent toujours le rang affecté à chacun; mais tous ceux qui y sont figurent au même titre. Ce n'est pas comme seigneur de tel fief, comme titulaire de tel évêché, par une sorte de droit personnel, que tel seigneur ou tel prélat y est entré, mais comme représentant de son ordre et par élection , tout comme les membres du tiers état. Ces états, il est vrai, ne sont pas seulement partagés en ordre, ils le sont en nations : il n'y a pas une nation en France, il y en a six: i° l'Ile de France, avec les provinces oie Picardie, Champagne, Orléanais, Nivernais-, 2° la Bourgogne; 3° la Normandie; XAquitaine, comprenant la région sud-ouest; 5° la Langue d. Oc le sud-est; 6° la Langue d'Oil, renfermant le Berii et toute la zone centrale de la France. C'est dans le cadre de six grandes divisions que tes trois ordres se distribuent. Mais leur situation n'en est pas moins la même à l'égard du pouvoir; ils ont des griefs communs, même avec des intérêts divers. Aussi, après la rédaction des cahiers particuliers, formèrent-ils ce qu'on ne vit plus après, une commission unique pour la rédaction d'un cahier général, et il y eut non pas trois orateurs pour chacun des trois ordres, mais un seul orateur pour tous.

Une question considérable s'élevait au-dessus des questions particulières : c'était, le roi étant majeur mais incapable de se conduire, la question même du gouvernement. Le débat s'établit sur le principe. Les états étaient-ils compétents pour nommer le conseil ? n'était-ce pas le droit du roi, et, à défaut du roi, des princes de sa maison? La rivalité des princes était favorable à l'opinion la plus parlementaire. Le sire de La Roche la soutint dans un discours où il établit fièrement, comme fondement du pouvoir des rois, le suffrage du peuplé souverain [popali rerum domini saffragio); mais, quand on en vint au fait, on se divisa, et cette division rendit à la cour tous ses avantages. Elle nomma le conseil (la présidence en fut donnée au duc d'Orléans); elle nomma nonseulement le conseil, mais tous les commissaires avec lesquels le gouvernement voulait conférer pour le règlement des articles portés au cahier : sorte de représentants des états, qui auraient dû au moins recevoir leur délégation des états eux-mêmes; et, pour mieux faire entendre à l'Assemblée que, ces commissaires une fois choisis, elle n'avait plus à se réunir, on recourut à un moyen qu'on employa souvent et qui ne réussit pas toujours : on démeubla la salle. Mais les états refusèrent de reconnaître ces faux délégués, et, comme l'impôt n'était pas voté, ce refus avait de graves conséquences. Pas d'Assemblée, pas de subsides; ce fut leur dernier mot, et il fallut bien céder. La question du subside (celle du conseil étant résolue) restait la grosse affaire; et à celle-là s'en rattachait une autre, dont la décision allait entraîner dans les voies de la liberté ou du despotisme toutes les destinées de notre pays. Ici il est à regretter que les états n'aient pas eu la véritable intelligence delà situation. L'intérêt du pays n'était pas tant de réduire le subside : on ne pouvait s'affranchir des armées féodales et de la féodalité que par des troupes permanentes, et il fallait bien de l'argent pour les entretenir; l'intérêt du pays c'était que cet argent, une fois voté, ne pût pas être perçu à toujours; que les états se réunissent, sinon tous les ans, au moins à des intervalles rapproebés, pour renouveler ce vote et en contrôler l'usage. Les états demandèrent bien qu'on les rassemblât tous les deux ans; mais ils ne prirent pas la mesure indispensable pour en faire une nécessité politique : ils ne limitèrent pas la durée de l'impôt. Ils crurent avoir tout gagné parce qu'ilsen avaient réduit le chiffre : erreur fatale, qui nous condamna pour des siècles au régime de l'arbitraire; et ils se séparèrent avant qu'on fit droit au cahier, se contentant de simples promesses1. C'était abandonner tout à la cour et la cour elle-même à ses divisions.

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'Tous ne s'étaient pas résignés à celle dissolution sans aulrc garantie : « On nous «promet beaucoup, dirent certains députés, mais l'effet ne répond nullement aui « paroles. » D'autres se plaignirent de ce que la somme votée était fort dépassée dans la répartition entre les provinces, cl qu'elle excédait quinze cent mille livres. «Depuis «qu'on a notre consentement pour la levée des deniers, dit un théologien, on se «joue de nous; nos demandes, nos résolutions, les bornes mises à l'impôt, tout est • méprisé. Malédiction de Dieu, exécration des hommes sur ceux dont les complots «ont produit ces malheurs! Ils sont les ennemis les plus dangereux de la nation et « du gouvernement. Ravisseurs publics, détestables ministres d'une puissance tyran « nique, est-ce là le moyen de faire prospérer le royaume ? » Comme il voulait continuer sur ce Ion, une forte opposition lui imposa silence. «Comme je ne manie pas -! les deniers de l'Etat, répondit avec calme le chancelier, c'est peine perdue de « m'interpcller à ce ïujet. Si on se croit grevé, il faut recourir au roi eu son conseil, ■ cl se plaindre sans emportement.» Déjà, depuis près de deux mois cl demi, les états étaient assemblés à Tours, et la plupart des dépulés, principalement ceux de la noblesse et du haut clergé,dont, à en croire Masselin «les plus éminenls avaient «été rassasiés de promesses,» se montraient fatigués de celle longue session.

H y eut encore un dernier débat sur l'indemnité due aux membres, que les deux ordres privilégiés voulaient faire retomber sur Je troisième. La question résolue et le chiffre de l'indemnité fixé, on ne songea plus qu'à les renvoyer. «Comme vos «requêtes sont presque toutes appuyées, dit le chancelier, qu'ordre est donné d'en «expédier une déclaration authentique, il est désormais inutile que vous vous fa-# «tiguiez à des travaux superflus. Voire session, en se prolongeant, deviendrait très« onéreuse au pays. Pour ne pas vous retenir davantage, on a taxé vos journées • jusqu'après-demain, et la somme s'élève à plus de cinquante mille livres-. Passé «ce jour, on n'allouera de salaire qu'à vos seuls délégués. Nommez donc dans «chaque section deux ou trois commissaires, qui, après votre départ, régleront ce « qui vous intéresse, » Les délégués furent nommés de guerre lasse. Recommandation leur fut faite de rester unis, afin de se faire écouter; de ne point s'attacher à des intérêts privés, mais de réserver toute leur sollicitude pour les articles du cahier; enfin d'insister particulièrement sur l'examen des comptes et la répartition de l'impôt. Après quoi l'assemblée se sépara le iA mars. «Nous partîmes, dit Mas«selin, en priant Dieu pour que nos travaux fussent utiles au salut du peuple.» [Histoire de Charles VIII, 1.1, p. 107-110.)

«C'est ainsi, dit M. de Cherrier, que finirent sans résultais bien i:importants les états de i/t8/i. Cette assemblée, où se trouvèrent «réunis, avec des droits égaux et des prétentions opposées, deux ordres «privilégiés, et un troisième, celui du peuple, sur qui, en définitive, retombaient toutes les charges, ne réalisa ni l'attente de ceux qui l'avaient ■ fait convoquer, ni les appréhensions du parti contraire. Après avoir -écouté, avec surprise plutôt qu'avec faveur, tics paroles hardies qui «élevaient sa puissance au-dessus de toutes les autres, l'assemblée des » états se montra timide, indécise, prête à courber sa tête devant un .1 gouvernement mal assis, exigeant quoique faible, qu'elle était appelée à réformer. Les princes, déçus de l'espoir d'obtenir la conduite des affaires, n'avaient garde de favoriser le retour de ces assemblées. «La noblesse, qui cessait d'être un pouvoir pour n'être plus qu'une «caste, se rattachait aux princes et aux grands, protecteurs naturels de «ses exactions, et craignait presque autant qu'eux ces réunions natior nales où on ne parlait que de reformes. Le haut clergé, qui n'y entrait «plus de plein droit à titre d'ordre privilégié, n'en voulait pas davan«tage. Enfin, le tiers, ignorant, méprisé, accablé d'impôts, et devenu « craintif sous un pouvoir despotique, était mal disposé à participer, «par ses mandataires, au gouvernement du royaume. Ses vœux se «bornaient presque généralement à être maintenu en paix, à obtenir «quelque adoucissement à sa situation, des franchises pour son trafic, «et surtout une réduction des taxes dont il portait le pesant fardeau. «Cet engourdissement de l'esprit public fut pris pour une autorisation «tacite de se passer des états généraux. Non-seulement ils ne revinrent «pas en 1/186, mais, sous Charles VIII, il ne fut plus question de

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