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« d'éléphants noirs, il l'avait perdue presque entièrement depuis un repas « qu'il avait fait récemment, et où on lui avait offert du porc accommodé «avec du riz. Bien que la distance qu'il avait à parcourir jusqu'au bois «de Salas fût assez courte, il fut obligé de s'arrêter dans cet intervalle o jusqu'à vingt-cinq fois; et le soleil était déjà couché quand il parvint «enfin, après de bien pénibles efforts, à l'endroit qu'il avait désigné. «Quatre stations sur cette route, de Pava à Kouçinàgara , sont devenues * célèbres plus tard par la multitude des pèlerins qui sont accourus les «visiter. Le Bouddha ayant atteint le lieu de sa couche, s'y étendit sur «le côté droit, dans la noble attitude et avec l'assurance indomptable «d'un lion l. Sa jambe gauche était régulièrement pliéesous la droite; « mais, afin de prévenir la lassitude et la douleur qui en est la suite, la «position des jambes était calculée pour éviter le contact des deuxche« villes et des deux genoux. Le bois de Salas est au sud-ouest de Ko» «çinâgara; et, quand on se rend de la ville à ce bois, il faut d'abord « aller tout droit à l'est et incliner ensuite vers le nord.

■(Dès que le Bouddha se fut couché en cet endroit, les deux Salas « se couvrirent immédiatement des plus belles fleurs, qui répandirent «leurs parfums embaumés autour de sa personne, et qui, se penchant « vers le Bouddha, le couvrirent presque en entier. Mais ce ne furent « pas seulement ces deux arbres qui montrèrent ce prodige, ce furent « aussi tous les arbres de la forêt, et ceux des dix milliers de mondes. K Les arbres à fruits produisirent également, bien que ce ne fût pas la « saison, tous les fruits les meilleurs qu'ils eussent jamais portés. Leur « beauté et leur saveur dépassaient tout ce qu'on avait jamais vu. Les «cinq espèces de lis jaillirent tout à coup du sein de la terre, de toutes « les plantes et sur tous les arbres. C'était pour les yeux étonnés l'as« pect le plus ravissant. La puissante montagne de l'Himavat se para de «toutes les couleurs qui ornent la queue du paon. Les génies qui veil« laient sur les deux arbres Salas ne cessaient de répandre les fleurs les « plus odorantes. La fleur mandaravana, qui croît sur les rives du lac «sacré et qui resplendit comme l'or le plus pur, était produite à pro« fusion, ainsi que d'autres plantes odoriférantes, au milieu d'une pluie «de poudre desandal. Les Nagas et toutes les autres déités s'unissaient u aux génies pour apporter, chacun de leurs résidences, toute espèce « de parfums et de fleurs, qu'ils versaient comme une ondée autour de «la personne sacrée du Tathàgata. Quant à lui, voyant les honneurs «extraordinaires dont l'entouraient les hommes, les génies, les nagas u et les dieux, et entendant les voix harmonieuses qui chantaient ses «louanges, il appela Ananda, et lui dit:

1 Cette posture du Bouddha au dernier moment de sa vie, remarque W Bigandet, a été un motif de statues pour tous les sculpteurs bouddhistes du sud. 11 n'y a guère de pagode où l'on ne trouve une statue du Talhâgata dans cette attitude. Quelques-unes de ces statues ont des proportions gigantesques, et M1* Bigandet en a lui-même mesuré une qui avait 45 pieds de long. Des voyageurs en ont vu d'autres qui étaient bien plus longues encore. Ces œuvres d'art sont. en général, grossières, comme on peut le croire; et les artistes bouddhistes sont plus pieux qu'habiles. Ces statues ne sont jamais faites de bois ni de pierres taillées. La construction intérieure est tout simplement de briques, couvertes d'une épaisse couche de mortier, dans laquelle on figure aisément la statue. Ce modèle toujours identique semble remonter à la plus haute antiquité. Ces idoles sont fréquemment recouvertes d'or.

« ■—Tu vois, Ananda, tout ce que l'on fait pour essayer de me rendre «hommage. Ce n'est pas là un honneur digne de moi, qui possède la « connaissance de la Loi la plus suhlime. Nul n'est un de mes fidèles ser« viteurs et nul n'accomplit les commandements delà Loi, s'il se borne « à ces vains et extérieurs hommages. Ce sont les arhats, soit hommes » soit femmes, qui rendent à ma personne l'hommage véritable, en pra« tiquant tous les actes qui conduisent à la perfection. C'est l'observait tion seule de la Loi qui peut donner à quelqu'un le droit de dire qu'il « appartient à ma religion. Voilà ce qu'il faut toujours te rappeler, ô «Ananda, et voilà comment doit agir celui qui croit à la religion que «j'ai révélée. »

«Pourquoi le Bouddha faisait-il, dans cette circonstance, si peu de « cas des offrandes par lesquelles on l'honorait, tandis que, dans d'autres « occasions antérieures, il avait exalté les mérites que les offrandes u peuvent avoir? C'est qu'il voulait apprendre au monde entier que la u religion ne subsiste que par l'exacte pratique de tous les devoirs «qu'elle commande, et qu'elle disparaîtrait bientôt, si elle n'était soutenue que par les aumônes, les offrandes et tous les actes du dehors. «Sans doute l'aumône produit de grands bienfaits; mais c'est la pra« tique de la vertu qui peut seule assurer à la religion une existence « durable1. »

Pendant que le Bouddha est sur son lit de mort et avant qu'il rende le dernier soupir, Ananda lui adresse une foule de questions, qui sans doute ont, à ses yeux, la plus haute importance, et sur lesquelles il veut avoir l'avis de son maître avant de le perdre. Entre autres choses, il lui demande comment les arhats doivent se conduire, si des femmes viennent se présenter à leurs monastères. Le Bouddha répond

1 The life or legend ofGaadama, etc., pages 299 et suivantes.

à cette question délicate comme on doit s'y attendre. Ananda demande encore au Bouddha quelles sont les cérémonies qu'il faut accomplir sur sa tombe et sur ses restes mortels. Le Bouddha répond à son cousin à peu près comme Socrate répond à Criton dans le Phédon : — « Ananda, « ne t'inquiète pas tant de ce qui doit rester de moi après mon nirvana. «Occupe-toi plutôt d'accomplir les actes qui mènent à la perfection. « N'aie pas tant de soin pour les affaires de cette vie, sans cesse soumise « à un changement perpétuel; songe bien plutôt à ces dispositions in« térieures qui te rendront capable un jour d'atteindre le calme imper« turbable du nirvana. Il y a bien assez de princes et d'hommes riches « et puissants qui sont bienveillants pour moi et qui seront heureux «d'accomplir sur mes restes mortels les cérémonies d'usage. — Mais, «réplique Ananda, ils viendront certainement à moi; et ils voudront « savoir de moi quelles sont les cérémonies les plus convenables qu'ils « auront à accomplir.—Ananda, lui répond le Bouddha, ce sont les céré« monies qui ont été jadis accomplies pour un roi tchakravartin (tchéu kyavada). »

Ici le Bouddha entre dans les plus minces détails sur l'enterrement d'un roi tchakravartin, sur le linceul de soie dont le corps doit être enveloppé immédiatement, sur les toiles de coton qu'on doit placer successivement après cette première enveloppe, sur le cercueil qui doit être, à l'intérieur, frotté d'huile, sur le second cercueil destiné à recevoir le premier, sur le bûcher qui doit être formé de bois de sandal et d'autres bois odorants et où l'on doit déposer des fleurs et des parfums de toute sorte; enfin sur la manière de mettre le feu au bûcher. Tous ces détails semblent déjà bien en contradiction avec l'indifférence que le Bouddha exprimait tout à l'heure; car maintenant il demande pour ses restes mortels, qu'il dédaignait tant, tous les honneurs dont on entoure la dépouille des monarques les plus puissants. Mais cela même ne lui suffit pas : il parle du monument qui doit lui être élevé, du lieu où ce monument sera situé, des mérites qu'on gagnera en venant y faire de pieuses offrandes de fleurs, de parfums, d'ombrelles, de drapeaux, etc. Tout cela est bien peu modeste; et le sage, qui d'abord s'était montré si supérieur à toutes ces vanités, semble ensuite s'y complaire assez puérilementl. Le philosophe grec n'avait pas eu cette faiblesse.

Bien que sur le point d'expirer, le Bouddha se sent encore la force

1 The life or legend ofGaudama, page 3o4. J'ai fait remarquer, dans le précédent article, que le Bouddha ne brillait pas toujours par la modestie; en voilà une nouvelle preuve.

de recevoir une foule d'arhats les uns après les autres et de leur adresser des exhortations. Voici à peu près les dernières:

«Le Bouddha appelant Ananda et tous les arhats, leur dit : Quand uj'aurai disparu de l'état d'existence et que je ne serai plus au milieu a de vous de ma personne, ne croyez pas pour cela que je vous aie «quittés, et que vous m'ayez perdu. Vous conservez les Soûtras, et « l'Abhidharma, que je vous ai prêches, et les règles du Vinaya. La Loi « que contiennent ces sacrées instructions vous servira de maître quand «j'aurai disparu. Au moyen des doctrines que je vous ai transmises, je « ne cesserai pas d'être avec vous. Ainsi ne croyez pas que le Bouddha « soit perdu pour vous et qu'il vous ail abandonnés. »

«Quelques moments après, le Bouddha, s'adressant aux arhats, leur i. fit des recommandations sur les égards mutuels qu'ils se doivent les ( uns aux autres, et sur les titres qu'ils ont à se donner réciproquement «quand ils se parlent. Puis il ajouta : « Chers Bhikshous, s'il en est un «seul parmi vous qui éprouve encore des doutes en ce qui regarde le « Bouddha , la Loi et l'Assemblée, les voies de la perfection et la pratique «des vertus, qu'il s'approche de moi et qu'il m'expose ses doutes afin «que je les éclairasse1.» Les arhats gardèrent le silence. La même «question fut répétée trois fois, et trois fois les arhats continuèrent à « rester silencieux. Le Bouddha reprit : « Chers Bhikshous, si vous avez «quelque respect pour ma mémoire, transmettez vos dispositions pour « ma personne et pour mes doctrines à ceux des arhats que vous ren« contrerez. » Les arhats restaient toujours dans un silence profond. « Ananda dit alorsau Bouddha : « 0 très-grand et illustre Bouddha, n'estail pas étonnant que, dans toute cette foule, il n'y en ait pas un seul «qui ait la moindre hésitation sur votre doctrine, mais que tous, au «contraire, sentent pour elle un si profond attachement? — Ananda, u repartit le Bouddha, je sais bien que jamais le doute ni l'hésitation ne u peuvent entrer dans le cœur d'un véritable arhat. En prenant un « nombre de 5oo arhats, et en choisissant parmi eux celui qui a le « moins de mérite, celui-là est tout au moins un çrotàpanna; et, comme « tel, il n'y a jamais assez de démérites en lui pour qu'il descende à un u des quatre états de châtiment. Son cœur est fixé sur la première des « routes qui conduisent à la perfection; et il fait déjà tous ses efforts « pour parvenir aux trois voies supérieures qui mènent à la perfection « entière. C'est ainsi que ni le doute ni une fausse doctrine quelconque « ne peuvent jamais entrer dans le cœur d'un arhat. »

1 The life or legend ofGaudumu, etc., page 317. Ces dernières paroles du Bouddha rappellent bien un peu celles de Mahomet mourant, quoiqu'elles ne soient pas identiques. Mahomet demande s'il a offensé quelqu'un ; et il est prêt à réparer les offenses qu'il a pu commettre. Comme la rédaction de l'ouvrage pâli peut être récente, il n'est pas impossible que quelque tradition musulmane s y soit glissée. (Voir mon ouvrage Mahomet et h Coran, pages 141 et i£6.)

«Enfin, après une pause légère, le Bouddha, s'adressant aux arhais, « leur dit : u Bien aimés Bhikshous, le principe de l'existence et du chan«gement entraîne nécessairement avec lui le principe de la destruction. « Ne l'oubliez jamais; nourrissez votre esprit de cette vérité; c'est pour « vous la faire connaître que je vous ai rassemblés. »

« Voilà les dernières paroles du Bouddha. Tel qu'un homme qui va «faire un long voyage prend un affectueux congé de tous ses proches «et de ses amis et les embrasse avec effusion les uns après les autres, « ainsi le Bouddha désira visiter pour la dernière fois les demeures su« blimes dans lesquelles son âme avait habité avec tant d'amour durant « ses longues et hautes pérégrinations. Il entra donc dans le premier état «du dhyâna, puis dans le second, puis dans le troisième et dans le qua« trième. Ensuite il remonta tour à tour dans le premier, le second, le « troisième et le quatrième état immatériel. Il venait d'atteindre le «quatrième, qui est la dernière limite de l'existence, quand Ananda « demanda à l'arhat Anourouda si le Bouddha avait complété son nir« vâna. Anourouda n'avait pas encore eu le temps de répondre quand «le Bouddha atteignit la borne dernière de l'existence; et, quelques ins«tants après, il entrait définitivement dans le parfait état de nirvana1.

«Ainsi, à la première veille de la nuit, il avait prècbé la Loi aux «princes de Malla; à minuit, il avait converti l'hérétique Soubhadra; «à la veille du matin, il avait instruit les arhats; et l'aurore paraissait «ià peine quand il obtint le nirvana, dans la ih$" année de l'ère It«sana, un mardi où la lune était pleine, un peu avant que le jour se «montrât.

«Au moment même où il rendait le dernier soupir, un affreux « tremblement de terre fut senti dans le monde entier; il eut lieu avec « une telle violence, qu'il remplit tous les êtres de terreur et qu'il leur a fit dresser les cheveux sur la tète. »

La description des funérailles du Bouddha est fort étendue dans la légende birmane, qui y consacre un chapitre tout entier; mais elle n'ajoute rien à ce qu'on sait sur les cérémonies dont on honora le corps

'The life or legend of Gaùdama, etc., p. 318 et suiv. Voir aussi mon ouvrage: Le Bouddha et sa religion, p. i36. Le dhyâna n'est pas autre chose que l'extase, avec les divers degrés qu'y peut observer l'ascète au moment même où il cherche à y perdre toute connaissance.

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