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« que nous professons une religion qui ne nous permet pas d'attenter à ula vie du plus faible insecte, qui nous défend de voler, de commettre «un adultère, et qui nous interdit même de faire usage de liqueurs et «de spiritueux. Notre régime nous prescrit de ne manger que du riz « une fois par jour. »

«En entendant ces explications de la part des deux étrangers, le «peuple de Saton se rassura sur-le-champ, et l'on reçut les nouveaux «venus avec un grand respect et avec bienveillance. Bientôt le pouvoir «que possédaient ces deux religieux mit en fuite les Bilous de la mer; «et, depuis lors, les Bilous ne se montrèrent plus. Le roi et le peuple, « reconnaissants du service qui leur était rendu et ravis de la doctrine «qui leur était prêchée, acceptèrent avec joie les cinq préceptes, « qu'ils promirent d'observer rigoureusement. Un nombre incalculable «d'hommes et de femmes se convertirent, et, parmi les néophytes, «beaucoup embrassèrent la vie religieuse1.».

L'auteur birman cite ensuite un trait remarquable de la dévotion du roi Sirimâçoka, qui se procura à grands frais des reliques du Bouddha, et il ajoute:

«De même qu'à Ceylan, la religion ne se propagea d'abord au Bir«man que par tradition orale. Le premier qui sentit le besoin de pos« séder les écritures fut Bouddhaghosa, religieux de Saton et de la race «de Pounha. Il s'embarqua donc à Salon, qui était alors sur le bord <de la mer, et il fit voile pour Ceylan, où régnait le roi Mahânama, « en l'année 943 du nirvana (4oo ans après Jésus-Christ). Il résida trois «ans dans l'île, et il écrivit le Pitakattaya tout entier sur des feuilles «de palmier en caractères birmans, tandis que le Pitakattaya qu'il «trouvait était écrit en langue et en lettres de Ceylan. D'autres disent •i qu'il traduisit en pâli les écritures qui étaient en langue singhalaise. «Pendant que Bouddhaghosa séjournait dans l'île, il sut si bien con« quérir l'affection des habitants, qu'ils lui firent les présents les plus ma«gnifiques quand il quitta le pays. Il rapporta dans le Pays de l'or, au « royaume de Ramagnia, une collection complète des écritures sacrées. »• On voit que la tradition birmane, en ce qui regarde Bouddhaghosa, est assez différente de la tradition singhalaise. C'est cette dernière qui paraît la plus sûre. Il est possible que dans l'autre il entre quelque arrière-pensée de rivalité. Les Birmans font de Bouddhaghosa un des leurs, afin de ne pas paraître s'inspirer uniquement de l'orthodoxie de Ceylan. L'office de Bouddliaghosa est de traduire simplement en langue birmane des livres qui sont composés en langue singhalaise. Le bouddhisme existe dès longtemps au Birman; mais le canon des écritures n'y est pas complet et régulier. Un religieux va le chercher dans l'île où ce trésor es! conservé, et il le rapporte à sa patrie, heureuse d'être affermie dans la croyance qu'elle a déjà. Au contraire, selon la tradition singhalaise, Bouddliaghosa vient des savants monastères du Magadha; il rend à Ceylan le service inespéré de remettre en pâli, langue originale de la Triple Corbeille, le Pittakattaya, qui n'était connu que dans l'idiome populaire. Il rend un service plus considérable encore au Birman en le dotant des écritures, que jusque-là le pays n'avait que très-imparfaitement connues.

1 The life or legend o/Gaadama, etc., page 3qi. On ne dit pas ici la date précise de la conversion du Birman; mais il semble probable que cette conversion suivit d'assez près celle de Ceylan, du moins selon la légende birmane.

De la conversion du Birman, l'auteur passe à celle du Pégu, qui est encore plus obscure; et voici les principaux traits de son récil. Dans l'année k 19 de l'ère du Pégu (1 o58 après J. C). Anorata, kî' ou !\k' roi du Pégu, fait la conquête du royaume de Bamagnia et il s'empare de la ville de Saton. En s'en retournant dans ses Etats, il emporte la collection des écritures que Bouddliaghosa avait rapportée de Ceylan, et il emmène avec lui les arhats les plus instruits. Grâce à leur aide, il établit fermement la religion au Pégu. Une centaine d'années plus tard. quand les trois grandes écoles de Ceylan se furent fondues en un. seule, celle du Mahâvihâra, des religieux du Pégu et du Birman retournèrent à Ceylan, à la fois pour y accomplir un saint pèlerinage, et pour y puiser des lumières nouvelles dont avaient grand besoin les pays récemment convertis. Cette mission réussit à merveille; et, depuis ce temps, la foi fut aussi florissante au Pégu qu'elle pouvait l'être au Birman. Ces événements se passaient vers la fin du xn" siècle de notre ère1.

La légende birmane entre ici dans des détails confus et très-concis sur la succession des rois de Pégu et sur le changement de la capitale, qui, de Tsit-Ken, fut tranférée à Ava, en 1364- Enfin l'auteur termine .son ouvrage en nous apprenant qu'il le composa en l'an 1773 dans la province de Dibayen, pour la plus grande gloire des Trois précieux.

Par l'analyse qui précède et par les extraits que nous avons donnés, on peut voir ce qu'est précisément l'ouvrage qu'a traduit MF Bigandet, en le tirant tour à tour des deux manuscrits qu'il avait à sa disposi

1 The life orlegendofGaudama, etc., p. 3o3. Il semble que, dans tout ce passage, M'' Rigandet a cessé son système exact de traduction, et qu'il a abrégé les documents qu'il faisait passer en tangue anglaise. On peut le regretter en cet endroit particulièrement, ainsi que dans plusieurs autres.

lion. Il est évident que la légende birmane n'a rien d'original par ellemême, et qu'elle a été puisée à deux sources principales, le Lalitavistâra et le Mahâvamsa. Pour le fond, c'est sur ces deux documents qu'elle s'appuie. Elle rappelle, sans les modifier, les faits les plus essentiels de la vie du Bouddha. Son principal mérite, c'est d'essayer de donner une biographie complète; et, dans une certaine mesure, elle y a réussi mieux qu'aucun des ouvrages bouddhiques jusqu'à présent publiés. On y suit le Tathàgata depuis sa naissance jusqu'à sa mort; et, sauf la lacune que j'ai signalée plus haut1, le fil ne se rompt pas.

Le goût littéraire, si l'on peut parler de goût dans ces matières, y est relativement moins mauvais que dans bien d'autres élucubrations bouddhistes. La superstition y est tout aussi aveugle; et la foi dans les miracles les plus extravagants et les plus inutiles s'y étale avec la naïveté et l'exubérance ordinaires; mais le style est plus raisonnable, et il ne s'y revêt pas d'ornements par trop faux. Les épisodes que nous aA'ons reproduits sont assez bien présentés; et, sans que le lecteur puisse être jamais ému, il est cependant intéressé, et ne reste pas absolument indifférent. La date de l'ouvrage sert à en expliquer le caractère. Malgré l'immobilité prétendue qu'on attribue bien à tort aux peuples asiatiques, ils font aussi des progrès, moins rapides et surtout moins brillants que les nôtres; mais ces progrès, pour être plus cachés, sont réels néanmoins; et il est clair qu'à la fin du xvnr* siècle les auteurs birmans n'écrivaient plus comme leurs prédécesseurs au xn* siècle, à l'époque des réformes religieuses, ni surtout comme au v*ou au vi", à l'époque de la conversion. Delà cette ordonnance assez régulière du récit, qui arrive presque au ton de l'histoire; de là cette sorte d'élégance nette et rapide qui atteste une assez grande culture de l'esprit. C'est depuis un demi-siècle tout au plus que le Birman a été mis en contact avec la civilisation occidentale par les Anglais; et cette influence n'avait pu se faire sentir à l'auteur de la légende, qui vivait il y a cent ans. Mais cet auteur avait pu profiler de lout ce qui s'était fait avant lui dans son propre pays; et il semble qu'il n'y a pas manqué.

Ce qui peut surtout nous toucher dans cette légende, c'est l'esprit d'édification dont elle est animée d'un bout à l'autre. Le Bouddha y est présenté à l'imitation des fidèles comme le modèle accompli de toutes les vertus. Il serait hasardeux de soutenir que l'idéal ait été toujours réalisé ; mais l'auteur y fait de son mieux, et, s'il ne réussit pas, il n'a , du moins, épargné aucun effort. Le Bouddha est le grand précepteur

1 Voir le premier article. Journal des Savants, cahier d'août 1869, page 4&7

de la morale telle que ces peuples la comprennent, ou du moins telle que la comprennent, chez ces peuples, les intelligenccs les plus éclairées. ljidéal chrétien est infiniment plus haut, ct je n'ai garde d`établir une comparaison qui ne serait pas assez juste et qui pourrait être blessante; mais l'idéal birman ne laisse pas que d'être assez élevé et assez pur. C`est le même qu'à Ceylan, qu'au Népal, qu'en Chine et dans les autres pays bouddhistes; mais, ici, l'intention morale est marquée davantage, et elle communique à tout fouvrage une solidité et une onction remarquables. ' ll va d`ailleurs sans dire qu'en adressant ces éloges à l'ouvrage birman, nous supposons toujours que le traducteur a été parfaitement exact et que MF' Bigandet n`a pas trop laissé passer l'empreinte européenne dans son travail, qu'ellc dénaturerait. Ce scrupule nous est venu quelquefois; mais il nous était impossible de 'féclaircir comme nous l`eussions désiré. Un partie très-curieuse du livre de M5' Bigandet, et tout à fait actuelle, ce sont les notes et les appendices qu`il a joints à sa traduction. Vivant au milieu d'un peuple de bouddhistes, en relation avec les religieux et les moines les plus instruits, il a pu apprendre de leur bouche une foule de choses que la science la plus consommée ne saurait révéler à nos érudits. Quelques conversations et des questions bien posées peuvent être extrêmement instructives; et, par la nécessité même de sa situation, MU' Bigandet a dû provoquer bien des entretiens de cette sorte et même bien des confidences. Ses devoirs de missionnaire apostolique étaient un secours et un stimulant de plus; chargé de cenvertir à la foi chrétienne les peuples au milieu desquels il passait sa vie, il était obligé de connaitre d'abord in fond la foi insuffisante et erronée qu'il avait in remplacer par une meilleure. C'est en commentant la légende birmane qu'il nous fait part des explications précieuses qu'ila recueillies. Sans le vouloir. c'est comme le tableau de l'état actuel du bouddhisme au Birman qu'il a composé. MU' Bigandet ne prétendait qu'élucider par ses notes les passages obscurs de l'origínal, mais il est allé plus loin; et nous essayerons de mettre et profit les renseignements qu'il nous a donnés grâce à la situation toute particulière où il se trouvait.

BARTHELEMY SAINT-HILAIRE. '

(La suite à un prochain cahier).

Histoire De Charles VIII, Roi De France, d'après des documents diplomatiques inédits ou nouvellement publiés par C. De Cherrier, membre de l'Institut. Paris, libr. Didier et C", 1868, 2 vol. in-8°.

DEUXIÈME ARTICLE '.

III.

Lorsque Louis le Maure députa vers Charles VIII pour l'appeler en Italie , ses envoyés le trouvèrent tout disposé à le bien accueillir. Déjà Innocent VIII, après une rupture avec le roi de Naples, Ferdinand, avait engagé le prince à venir revendiquer l'héritage de la maison d'Anjou ( 1 489); et l'année suivante, dans une ambassade à Henri VII au sujet des fiançailles d'Anne de Bretagne avec Maximilien, Charles, en proposant au roi d'Angleterre une alliance intime, lui avait annoncé l'intention d'aller conquérir le royaume de Naples et de passer de Naples en Grèce pour en chasser les Turcs. Innocent VIII, il est vrai, n'avait pas donné suite à sa proposition; il s'était rapproché de Ferdinand et lui avait conféré l'investiture de Naples, sans plus se souvenir de ses offres au roi de France. Mais il y avait à côté de Charles VIII des hommes qui n'avaient pas attendu la démarche du pontife pour jeter cette idée dans son esprit, et qui ne cessaient de l'y entretenir : c'étaient les barons du parti angevin, chassés de Naples et réfugiés à la cour de France. Ils le pressaient avec cette passion violente de l'émigré contre celui qui l'a chassé de sa patrie, avec cette foi dans le succès que nourrissent les illusions de l'exil.

Les ambassadeurs de Milan étaient San-Severino, comte de Cajazzo, Jérôme Tuttavilla, le comte Charles de Belgioioso et Galéaz Visconti. L'objet public de leur mission était de complimenter le roi sur l'heureuse issue des affaires de Bretagne et de le remercier pour l'investiture de Gênes donnée à Ludovic. Des instructions secrètes, que M. de Cherrier a trouvées aux archives de San-Fedele à Milan, leur prescrivaient de faire valoir le dévouement de Ludovic pour la France, en communiquant au roi une invitation qu'il avait reçue du roi d'Angleterre pour

1 Voir, pour le premier article, le cahier d'août, p. bgb.

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