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S'ele est dyables par dedenz,

Ou guivre, ou fanlosme, ou serpenz,

Por la biauté qui est defors,

Doit touz li mons amer son corps. (P. a3.)

Là-dessus, il demande à Meraugis conseil sur cet amour qui occupe tout son cœur, et le dialogue suivant s'établit:

Por quoi l'ainez ? — Por sa biauté.

— Por sa biauté ? — Voire, sans plus,
Toul en claim quile lesorplus;

Fors por ilant sui ses amis.

Se Diex i a autre bien mis,

Je n'en sui liez, ne ne m'en poise.

Ou soit vilaine, ou soit corloise,

Ou soit de toutes maies mours,

N'aini je se sa biauté d'amours,

Tant que (ouz m'en puis mcrveillier.

— Vous estes bons à conseiller,
Dist Meraugis. — Sire, cornent?
Quant il ne puet estre autrement,
Amez la, jel vous lo einsi.

— Onques de voslre los n'issi,
Ce dit Gorveinz, ne ne quier fere;
Car vous m'avez de cest afere

Bien conseillié à mon talent. (P. 2/4 )

La satisfaction de Gorvein ne dure pas longtemps; car, à son tour, Meraugis lui demande conseil sur l'amour que lui aussi a conçu pour Lidoine:

J'aim la dame que vous amez
Ainsi sanz faille, outréement,
D'autre amour el tôt autrement
Que vous ne l'amez; car je l'aim
D'amour de si naturel raim,
Que je l'aim por sa cortoisie,
Por ses bons ditz sans vileinie,
Por son douz non, por sa proesce.
Auxi, corn vostre amour s'adresce
A amer sans plus sa biauté,
Vous di je, sour ma loiauté,
Que je l'aim por ce sans plus, voire,
Que s'ele estoit brunete ou noire,
Ou fauve , que vous en diroie?
Jà por ce mains ne l'ameroie,
Ne jà n'en seroie tornez. (P. 26.)

Mais, au lieu de répondre comme Meraugis, Gorvein lui conseille de ne plus songer à Lidoine; autrement, il romprait l'amitié. L'amitié se rompt en effet; car Meraugis n'entend pas renoncer à son amour; et un combat acharné commence entre les deux, qui ne sont plus amis; il n'aurait cessé que par la défaite ou la mort d'un des champions, si Lidoine, intervenant, ne leur avait commandé d'abandonner une lutte dont elle est l'objet. En vain ils réclament, en vain ils demandent qu'elle les laisse vider la querelle. La damoiselle est inflexible, et les renvoie au jugement de la cour du roi Artus, qui décidera de quel côté est le droit, du côté de l'amoureux de la beauté physique, ou du côté de l'amoureux de la beauté morale. Lidoine leur enjoint de se soumettre au jugement, quel qu'il doive être, et déclare qu'elle aussi s'y soumettra. Meraugis et Gorvein promettent de se présenter devant lu cour.

La cour est à Cardueil; Noël, Jerme fixé, est arrive; Lidoine et les deux chevaliers sont présents. On expose l'affaire; et, quand le roi veut en délibérer avec ses barons, la reine s'élève contre cette intention, et déclare que c'est à elle et à ses dames qu'appartient la décision de la question pendante. Le roi reconnaît la justice de cette prétention; et la reine, assemblant ses dames , leur parle ainsi:

Dames, entendez, pensez i;

Vous avez bien toutes oï

De quoi li jugemenz doit estre.

De vous doit tex jugemenz neslre.

Que bien puisse estre oîz partout. (P. 4o.)

Grand est le débat parmi les dames. Damoiselle Avice ne peut comprendre que l'on sépare deux choses aussi étroitement unies que beauté et courtoisie:

. . . Dames, ce me desvoie
Du jugemenz que ci jugiez,
Que chascun l'aime par moitiez.
Je ne puis ci raison veoir,
Puisque chascuns la vieil avoir.
Donqucs je di par vérité,
Que sa valeur et sa biaulé
Est tout un, quant tout tient en li.
Cornent sera ce départi?
Ne sai, ne nulz ne set cornent.
Ci est li pointz du jugement.
Or esgardez que vaut li cors,
Se la corloisie en est hors;

[graphic]

Noient; ne noient ne vaudroit

La corloisie, se n'esloit

Li biax cors qui tôt enlumine. (P. il.)

Mais la comtesse de Cyrencestre rappelle aux juges ce que précisément on leur demande de décider:

Lidoine dist que vieil aprendre

Li quex l'aime mielz par reson.

Ce est li pointz; ici veom.

Cil qui l'aime por son biau corps

Ne se met de riens au dehors,

Ains vielt par tant tout l'autre avoir.

Et cil revielt prover por voir,

Qu'il l'aime por sa cortoisie.

Et par tant doit eslre s'amie.

Et par tant claiuie le sourplus.

Après celi ne voi je plus,

Mes qu'on esgart selonc l'afaire

Laquex amour devroit mielz plere,

El laquex vient de meilleur lieu.

Icis point, par le droit del gieu,

La donra à l'un quitement.

Sans bataille, par jugement. (P. 4a.)

Lorette au blond chef plaide pour amour et courtoisie contre amour et beauté:

Biauté qu'est-ce ? ce est uns dis,
Uns nons qui vient par aventure.
Biauté s'en vet com embleûre.
Biauté vient çà; or fust el mielz,
Biauté si fiert la gent es ielz.
Biauté, qu'est-ce qu'en est issi?
Ce est orgueils; si com je di
Que c'est uns nons de vilainie.
Dont nest amours de courtoisie.
C'est sa fille, par foi, c'est mon.
En amours a mult cortois non.
Voire, se nature n'apere,
L'amours, qui retrait à sa mère,
Covicnt estre partol cortoise.
Par quoi ? qu'à cortoisie poise
Que ce qui naist de lui n'est teus,
Qu'el soit cortoise en toz bons lieus.
Por ce di je et si voil prover
Qu'amours doit cortoisie amer;

Et s'amours aime ce qu'il doit.

Donc aime Meraugis à droit,

Qu'il aime por sa courtoisie.

C'est veritez; je ne di mie

Que Gorveinz, qui por sa biauté

L'aime, l'aint si en loiauté

Ne d'aussi naturiels amours. (P. 45.)

L'avis de Lorette au blond chef prévaut parmi les dames; et le roi proclame le jugement en pleine cour. Gorvein refuse de s'y soumettre; il provoque de nouveau Meraugis, et le combat recommencerait, si le roi n'interposait son autorité. Mais Lidoine s'y soumet; et, en acquiescement, elle accorde un baiser à Meraugis et le droit, pour un an, de la nommer sa dame. Au bout de l'an, elle verra si elle veut continuer à accepter ses services. Mais, en donnant le baiser, Lidoine, qui sait que l'amour se prend par les yeux, cherche à s'y soustraire en ne regardant pas le chevalier. Précaution inutile:

Une grant pièce s'en garda,

Qu'onques vers lui ne regarda.

Garda? voire, dont fu ce force.

Car ses cuers, qui touz jours l'esforce,

De lui C5garder la destraint.

Li cuers, qui par force la vaint,

Lui dit: bien le pues esgarder.

Lors ainsi, comme por taster,

Le feri des ielz une fois

Et amours se iiert en la roiz.

Qu'est roiz? qu'apel je roiz? les ielz,

Et dont nel sai je nommer mielz. (P. 53.)

L'année fixée par Lidoine ne s'écoulera pas sans que les périlleuses aventures viennent en couper le cours. Le roi donne un grand festin:

Coustume estoit à si haut jour
Que les damoiscllcs servoient
Devant le roi; jà i estoient
Les plus génies de la meson.
Li damoisel de grant renon
Servoient devant la roïne. (P. 54-)

Au plus beau du repas survient un nain difforme, qui, s'adressant au roi, lui demande s'il se rappelle que son neveu Gauvain, le meilleur chevalier du monde, est parti, il y a un an, pour lui conquérir l'épée aux estranges renges, et qu'il devait revenir aujourd'hui même. — Oui, dit le roi, il m'en souvient; et où est Gauvain? — Je ne le dirai pas, reprend le nain; tout ce que je puis t'apprendre, c'est qu'il serait ici, s'il était en son pouvoir de revenir, et que tu n'as chance de le revoir:

. . . fors tant seulement
S'en ceste court a chevalier,
Un seul, qui tant s'osasl prisier.
Qui se levast por demander
De lui où on en orroit parler.
Viegne avant ou vieil ou meschin;
Ou se ce non, ce est la fin.
Que jaunes n'en orrés avant.
Mez ainz que chevaliers se vant
De ceste qneste, tant vous di,
S'il ne se sent à mult hardi,
Je lo que jà n'en soit pense
Par lui. Por quoi ? or soit posé
Qu'il n'a nul meillour chevalier
El nlonil, si n'os je pas plegier
Que jamès rentre en ceste terre.
Mes seulement por los conquorre,
Et por le bien c'on en dira.
Or soit oï qui s'eslira
Dater enquerre les novcles
Du chevalier as danioiscle.*. (P. 57.)

A cet appel, tous les chevaliers demeurent muets. Seul, Meraugis se déclare prêt à partir, si sa dame lui en donne congé. Non seulement Lidoïnc le lui permet, mais encore elle veut l'accompagner pour être témoin de sa prouesse; car

Savoir vaull mieux que oïr dire. (P. 59.)

Les voilà partis. La première rencontre qu'ils font est du nain qui vint rappeler le souvenir de Gauvain; il est dolent, à pied, privé de son cheval. «Qui t'a mis en cet état? — C'est cette vieille qui est là, «à l'entrée de la lande.» Meraugis y court; la vieille dame s'arrête et frappe le chevalier au visage. Meraugis saisit le frein, arrête le chev;il et retient la vieille. « Quoi, dit-elle, me frapperiez-vous, dans chevalier? «— Non, reprit-il, mais vous n'êtes pas cortoise envers moi. Rendez>« moi le cheval du nain. — Je ne vous le rendrai pas, ou plutôt je ne «vous le rendrai qu'à une condition, c'est que vous irez abattre cet écu,

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