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Je reviens maintenant à l'osque meddix.

Une fois la forme et la signification originelles de ce vocable nettement fixées par l'espèce de dissection à laquelle il a été soumis, restait à M. Corssen à expliquer pourquoi le d ne se redouble pas dans les formes medicei, mediceis, medicim, medicalud.

En latin on rencontre souvent des mots composés qui n'ont plus la double lettre qu'ils devraient présenter; ainsi on trouve écrit : conecterc, conivere, conubium, oportet, operior, aperio. Plaute dans ses vers emploie comme brève la première syllabe des mots accumbes, accepisti, occallo, occidito, ce qui prouve que ces mots pouvaient alors s'écrire avec une consonne non redoublée. Dans la grande majorité des formes do flexion de ces différents mots, la première syllabe est devenue hypotnniijue (tieftonig) par suite de l'avancement de l'accent, qui a été porté sur la voyelle suivante. En outre, dans bon nombre de cas, la présence do l'accent sur une syllnbc a eu pour effet de rendre la consonne plus sifflante, plus accusée, comme cela est arrivé aux mots muccidus, buccjna, bracchiam, quatluor, loquella, querella; pour les noms Sttellius. Tattias, Slaltius, Cœcinna, Sabinna, Vinnius, Cœsennius, etc.

Les lois de la tonalité étaient les mêmes en osque qu'en latin, c'est ce que M. Corssen a depuis longtemps démontré; on comprend donc que le même pbénomène de vocalisation se soit produit, et on en a la preuve dans le mot poccapit comparé à pocapit, Statiieùi comparé à5/<7«tiis, mallom et mallurf comparés à malud, deemannioïs comparé au latin deciinanis, cvahslur comparé au latin quœstor, Acadunniad comparé au latin Aqnilonin. On doit conséquemment admettre que, lorsque l'accent était transporté de la syllabe qui se prononçait avec la sifflante ou la consonne aiguë et dans laquelle, pour ce motif, se doublait en écrivant cette consonne, à la syllabe suivante, ce qui rendait la syllabe initiale hvpotonique, la consonne auparavant si fort accusée perdait de son acuité. et alors on cessait d'avoir recours au redoublement de la lettre. La présence d'un seul d dans les vocables medicei, mediceis, medicim et med'ientinom, nous indiquent donc, chez ces formes dérivées de meddix, meidiss, le transport de l'accent à la syllabe qui suivait celle qu'on accentuait au nominatif. Le fait est rendu manifeste par la comparaison du mot evaïstùreï qui représente le datif (qumtori) du nom écrit au nominatif cvahslur avec deux s, tel qu'on le lit quatre fois dans nos textes osques.

Je me suisétendu longuement sur cette discussion, parce qu'elle est, je le répète, tout à fait propre à nous donner une idée des procédés auxquels la philologie a aujourd'hui recours, procédés que le livre de M. Fabretti ne laisse guère entrevoir. L'école italienne, qui a rendu tantfle services à l'archéologie, n'a pas su encore se les approprier; elle a recueilli les monuments, elle a fait, à leur sujet, de judicieuses observations, mais ce sont les Allemands qui les ont réellement déchiffrés. La gloire que s'est acquise l'école germanique, elle en est redevable à la sévérilé de la méthode qu'elle s'est imposée et qu'elle a transportée de l'étude des langues classiques, des langues aryennes, à celle des idiomes italiques. Les résultats obtenus sont toutefois moins satisfaisants pour l'ombrien que pour la famille osco-sabelliquc. Ils le sont moins encore pour le messapien, dont M. Mommsen réunit le premier les textes et où il est à peu près le seul qui ait porté la lumière.

L'existence des inscriptions messapiennes est pourtant connue depuis le xvie siècle, car, dès i5io environ, Antonio de Ferrari donnait une de ces inscriptions dans son ouvrage intitulé De situ Iapyqiœ; d'autres monuments du même dialecte furent publiés en Italie dans la période qui suivit, mais ils ne conduisirent à aucun travail d'ensemble et ne fixèrent pas l'attention des philologues. Cependant le caractère des inscriptions messapiennes, l'antiquité à laquelle paraissent remonter plusieurs d'entre elles, étaient bien faits pour exciter la curiosité des érudits. Ce que dit Strabon prouve que la langue messapienne continuait à se parler de son temps. Mais, si le nombre des mots étrusques, osques, sabins, ombriens, que l'antiquité nous a transmis, est fort petit, celui des vocables messapiens consignés dans les auteurs est plus exigu encore. Ce sont donc des inscriptions seules, inscriptions pour la plupart funéraires, qu'il faut interroger pour se faire une idée de la langue des habitants de la péninsule japygienne. M. Mommsen a entrepris leur examen critique dans son bel ouvrage intitulé Die unteritalischen Dialekle; l'insuffisance des matériaux ne lui a pas permis de pousser bien loin son entreprise. M. Fabretti n'a point essayé de faire un pas de plus, et il se borne d'ordinaire à enregistrer le mot messapien en renvoyant simplement au numéro du Corpus où se trouve reproduit le monument sur lequel on le lit. Le savant italien ne donne même pas, dans son tableau des alphabets italiques, l'alphabet messapien que M. Mommsen avait dressé avec soin. Cet alphabet est sans doute identique, pour les caractères, à l'alphabet grec, mais il y manque plusieurs des lettres helléniques, et l'on y observe des variantes de formes qui valaient la peine d'être relevées. H y a aussi lieu de tenir compte des différences que présentent, à cet égard, les inscriptions et les monnaies. M. Fabretti aurait dû d'ailleurs discuter la valeur du signe h tout semblable à ï de l'alphabet osque, signe qu'il regarde avec rai40 comme figurant la moitié d'un H, et qui, pour M. Mommsen, est plutôt l'indication d'une aspiration que la voyelle longue qu'il représente en grec.

Il faut avouer que les obscurités les plus désespérantes enveloppent encore les textes messapiens; et cela excuse le Gbssariam italicum d'être, à l'endroit de leur idiome, si peu explicite. C'est seulement par son aspect extérieur que nous pouvons juger de la nature de cr dialecte et reconnaître la parenté qui le lie au grec. Il nous a été, jusqu'à présent, interdit de pénétrer dans son organisme. Aucun texte bilingue, aucune donnée précise, ne nous fournissent de base assurée pour arriver à l'intelligence des mots, à plus forte raison des épitaphes dans lesquelles ces mots figurent. De ces épitaphes, il n'en est qu'une dont le sens se laisse deviner, c'est l'inscription de Cœlium (Ceglie) qui porte le n° 396 1 dans le Corpus; elle est ainsi conçue:

AAXTAMOROANAAn
ROAITAHiriAAE*

et doit se lire:

Aafrat MopOotra. h.itpoSmuji staSes

Le nom de Daxta, Daxtas (AaÇras) ou Dastas (Aaaras) se retrouve sur plusieurs autres inscriptions messapiennes, notamment sur un vase en forme de dauphin ayant appartenu à la collection Durand. lia donc été fort répandu en Messapic; c'est manifestement le même nom que celui de Aa£a> (Aa/Çoo) inscrit sur une monnaie do l'Apulie '. Le sens peut en être cherché dans le mot SàtÇa, qui signifiait, au dire d'Hésvchius, mer (3-ocÀ<xo,ja)2 dans la langue des Epirotes. Le même vocable entre vraisemblablement comme racine dans le nom grec de Arf&fto* (sans doute signifiant marin) que nous fournissent des inscriptions3 de l'Acarnanie et de la Grande Grèce.

Le mot épirote se conserve encore légèrement altéré dans la langue albanaise, où Séz signifie mer *. Et sa ressemblance avec le nom propre messapien vient confirmer la tradition qui faisait venir Iapyx, Peucetius et Daunus de l'IUyrie, où l'on rencontrait précisément un peuple appelé les Iapodes ï. Le nom de Daxias ou Dastas semble donc avoir signifié homme de mer; l'on comprend que, dans un pays aussi maritime que la Messapie, où toute la population vivait de piraterie et de pêche, cette appellation ait été fort répandue, peut-être même n'est-ce en réalité qu'un cognomen, et le vocable MopOava nous offre-t-il le véritable nomen du personnage dont nous avons l'épitaphe dans le monument en question. M. Mommsen a montré, par le rapprochement des mots messapiens, que la désinence tu (Hl) répondant au latin œ était la marque du génitif. Il s'ensuit que le vocable AirpoSnatjt représente le nom de l'ascendant comme dans cette autre inscription de Cœlium (Corpus, n° 2973), où reparaît le nom de Daxtas:

1 Mionnet, Med. Antiq. I, p. 129; Sappl. I, a38. ■—■ ' Ce mot entre sans doule dons le nom d'Andaxanus, que portail une rivière de l'Epirc. — * Bœckh, Corpus, n° 1793 B, addend. et 5,77a. — * Voyez R. v. Xylander, Die Sprache der Albanesen.p. 199 (Frankf. a. M. i835). On peut également rapprocher le mot messapien (Saup/a, qui, d'après le Grand élymologisle,répondait au grec oixia, de l'albanais |SoOpa signifiant placer, poser, et les noms de àaÇttjo, Aaleru, Aa£(fias, Aa£ofiots, qui reparaissent plusieurs fois dans les textes messapiens, du nom de AiSio». inscrit sur les monnaies de Dyrrachium. — ' Voyez Festus, v° Daunus, Antonin. Liber. Xfetam. 8t.— * Ce mot messapien se lit, je crois, aussi dans l'inscription suivante de Gnalia (Fasano) (n° 2,o5o, c.) VTABOAV ("OPFAIAE*, c'est-à-dire Slaboas Gor. filins. Faides peut être une forme locale pour Paides ou Pades. Carelli donne une monnaie d'Uria où se lit le mot ("OR, qui ne saurait être que l'abrégé d'un nom. —3 Je citerai toutefois le mot KAAATORAZ, inscrit après un nom (BAATOIHI) au génitif, sur un caducée de bronze découvert à Tarente (Corpus, 5,986). On y reconnaît à première vue le mot latin calator, «héraut. • Cette inscription ainsi conçue:

AAXTA* MOAAAHXAIHI

Aa&as MoXSatiZatyii

La forme AirpoSnam nous reporte au nom grec d'AippoSkij, AtypoSt•njs, et signifie, selon toute apparence, consacré à Aphrodite; enfin isaSes est une forme messapienne du grec tscûs, génitif tratSSs2. Ainsi l'inscription doit se traduire par : Daxta(s) Morthanajib d'Aphrodisias.

Entre les noms que présentent les textes messapiens, il en est d'autres qui pourraient être aisément rapprochés de noms grecs ou latins, mais ces rapprochements laissent trop de place à la simple conjecture pour que j'ose les produire ici avec quelque assurance5. J'aurais pourtant souhaité que l'auteur italien nous les eût indiqués, en y apportant toute la réserve que commande un sujet si difficile.

BAATOIHI

KAAATORAZ

BAAETOIHI

me parait contenir une sorte de jeu de mots ou de calembour destiné à expliquer le nom du héraut auquel appartenait le caducée ou qui 1 avait offerl comme ex-voto; car la troisième ligne reproduit ;i peu près le nom du calator, BXarOnji (génilif de hXatOtas). (Cf. le nom grec de BÀà<r7a, BÀiTra dans Pape, Gricch. Eirjennam., édition Benscler.) Cela m'amène à supposer qu'il v a là une sentence fusant du nom du consécraleur un calembour. Elle signifie peut-être: consacre cela au dieu ou aux dieux, ou obiet consacré au dieu. Le dernier sens est le plus probable et justifie la l'orme génilive du nom, en sorte qu'on aurait ici l'équivalent du grec:

Je me bornerai à ces observations sur les textes dont on doit l'inventaire intelligent, le tableau exact, au zèle et au savoir de M. Fabretti. Les quatre articles que j'ai consacrés à son recueil suffisent pour en démontrer l'importance et l'utilité; ils aideront peut-être aussi aux progrès de la philologie des antiques idiomes de l'Italie.

Alfred MAURV.

BAirraî
xrjpvxoe

àviOr/ua Toïs Q-eots (ou rà S-eeù)

Je noterai, à l'appui de celte interprétation, d'abord que le vocable &irji se rapproche fort du giee Q-eàs, puis, que le verbe (SâAAtu a souvent le sens de placer, poser, constituer. On reconnaît une forme du même mol dans l'inscription d'une terre cuite trouvée dans la terre de Bari {Corpus, n°ao,,446), et qui porie : BAAOEZ MOPKOHIAZ (IlaÀoeî Mopxorçiaî), inscription qui peut se traduire par àvéO-nxe Mopo>;('as ( \larius).

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