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niaire. Cet arrêt, attaqué par plusieurs parlements, fut remplacé par une déclaration royale dûment enregistrée.

La question n'était résolue toutefois qu'à titre provisoire ; mais, lorsque l'assemblée des notables fut convoquée au commencement de 1787, le plan de réforme des finances qui lui fut présenté comprenait la suppression des corvées, a Tout le monde, dit Loménie de Brienne dans «le discours prononcé à la séance de clôture le 25 mai 1 787, tout le a monde était frappé depuis longtemps de la rigueur et de l'injustice de «cet impôt terVible, dont la durée parmi nous fera l'étonnement des «siècles suivants. Mais l'imposition en argent avait aussi des inconvé«nients; on disait que, dans des temps malheureux, elle pourrait subsister « et la corvée être rétablie. L'établissement des assemblées provinciales « dissipera ces inquiétudes. »

L'édit portant création des assemblées provinciales fut enregistré à Paris le 11 mai 1787. La déclaration royale portant suppression de la corvée et l'attribution du service entier des routes à ces assemblées ne le fut pas sans une certaine opposition; elle finit cependant par être acceptée dans toutes les cours souveraines.

La corvée n'existait plus ni de droit ni de fait. Mais la réforme était moindre que ne l'avait voulu Turgot, puisque, les privilèges subsistant, la contribution représentative de la corvée ne portait que sur les taillables. La taille et le privilège ne devaient disparaître que dans la nuit du A août 1 789.

J. BERTRAND.

Le Mahâbhârata.

Traduction générale, par M. Hippolyte Fauche; les neuf premiers volumes, grand in-8°, Paris, 1863-1868. — Fragments du Mahdbhârata par M. Th. Pavie, in-8°, Paris, 1844- — Onze épisodes du Mahdbhârata par M. Ph. Ed. Foucaux, in-8°, Paris, 1862.

TREIZIÈME ARTICLE '.

Cependant Dhritaràshlra reprend le cours de ses questions habituelles, et il demande à Sandjaya, l'écuyer et le narrateur de son roi, comment, le lendemain, les Kourous ont pu soutenir l'attaque d'Ardjouna, furieux de son chagrin paternel. Le vieux monarque est frappé du silence sinistre qui règne même dans le camp des vainqueurs, affligés de leur triomphe trop facile sur un enfant. 11 se rappelle alors tout le passé, la fatale partie de dés, l'entêtement coupable de son lils Douryodhana, les sages conseils qu'il a repoussés, et toutes les conséquences fatales qu'a eues son iniquité. Le malheureux Dhritaràshtra croit, dans un esprit de justice très-désintéressé, que ce sont les Pandavas qui ont raison, et il donne tort aux Kourous, dont il est le chef A ces plaintes de son maître, le rude Sandjaya répond comme il l'a déjà fait: "Ce ne sont là que des lamentations stériles; il fallait avoir plus de « prévoyance -, si Dhritaràshtra n'eût pas permis la partie de dés que «désirait Youddhishthira, la querelle n'eût pas éclaté entre les deux «familles, et la guerre ne s'en serait pas suivie. Mais aujourd'hui il est «trop lard; puisque Dhritaràshtra n'a pas su empêcher le mal, il faut «qu'il sache le supporter sans se plaindre et sans gémir avec tant de « pusillanimité. » Sandjaya continue donc son récit2.

Dès le point du jour, Drona, revêtu d'une cuirasse blanche qui le distingue entre tous les combattants, range son armée en bataille, et il lui donne la forme d'un char par la disposition qu'il fait prendre aux différents corps qui la composent. Cet ordre est tellement savant, que les Siddhas, les Tcbâranas et les Bhoûtas ne peuvent retenir leur admiration; ces dieux inférieurs pensent que rien ne peut résister à une pareille stratégie. Ardjouna cependant ne paraît pas beaucoup la redouter; et il s'avance, avec sa bravoure ordinaire, pour rompre les lignes des Kourous, qui, dans l'intervalle, ont un peu changé de forme, et qui maintenant représentent une fleur de lotus, au milieu de laquelle est une aiguille dont le généralissime est la pointe l. A peine arrivé, Ardjouna fait retentir sa formidable conque; Krishna, qui le suit toujours, en fait autant; et ce bruit épouvantable va porter la terreur au cœur des ennemis 2. Ils rendent néanmoins bruit pour bruit; et les trompettes des Kourous ne sont pas moins retentissantes que celles de leurs adversaires. Ardjouna tient tout ce qu'on devait attendre et craindre de son courage et de sa fureur. Il est si brillant dans la lutte, que les yeux des combattants ne peuvent pas plus soutenir sa vue que celle du soleil; on est ébloui de ses exploits3. C'est en vain que Douççàsana, un des frères de Douryodhana, veut s'opposer à la marche d'Ardjouna; il est forcé de fuir.

'Voir, pour les douze premiers articles, le Journal des Savants, caliie* d'août, septembre, octobre, novembre i865, octobre et novembre 1867, janvier, mars, avril, juillet et septembre 1868; janvier, 1869, p. 36. — * Mahâbhdrala, Dronaparva, çlokas 3oio-3o63, 3o64-3o85. Ainsi ce dialogue de Dhritaràshtra et de Sandjaya, qui s'est répété déjà plusieurs fois, et qui se répétera plusieurs t'ois encore, n'a pas moins de 75 çlokas, c'est-à-dire 1 5o vers. C'est beaucoup pour cette simple question : «Que s'est-il passé le lendemain de la mort d'Abliimanyou? » Mais tout est d'une prolixité égale dans ce poëme monstrueux.

Cette partie de l'armée des Kourous étant détruite, Ardjouna pense à en écraser une autre. Mais, comme il se trouve en face de Drona, il se rappelle que c'est son ancien maître de stratégie; et, au milieu même du carnage, il va lui rendre hommage comme un fidèle et reconnaissant élève. Il fait plus; et, avec une condescendance vraiment singulière, il demande à Drona la permission de le combattre. Le gourou, non moins gracieux que son disciple, lui octroie sans peine celte permission, qui ne se refuse jamais; et un combat épouvantable s'engage sur-le-champ entre Drona et Ardjouna; car il faut que Drona soit vaincu pour qu'Ardjouna puisse arriver jusqu'à Djayadratha, le roi du Sindhou , qui a été la veille le meurtrier de son cher fils *. Cependant le combat de Drona et d'Ardjouna cesse bientôt, parce que les deux guerriers sont également invincibles; c'est sur Djayadratha que le chef Pandava veut se précipiter. Mais, avant de le joindre, il doit abattre bien des ennemis qui lui barrent le passage, Çroutàyoush 5, Soudakshina, iils du roi de Cambodje, Alchyoutâyoush, et une foule d'autres non moins vaillants.

1 Makâbhârata, Dronaparva, çloka 3i Io. Cet ordre de bataille, tout admirable qu'il est, ne dure que quelques instants; et le poète qui vient de le créer n'hésite pas à le détruire presque immédiatement. — ' Ibid. çloka, 3i/ij. * lbid. çlokas 3i75 et suivants. —* Ibid çlokas 3aig-3a5o. — * Ibid. çlokas 33o5-33if>. L'histoire de Çroutàyoush est étrange. Il est fils d'une rivière aux eaux fraîches, la

Ces premiers succès d'Ardjouna causent une vive inquiétude au roi Douryodhana; et, s'adressant à son généralissime, il l'invite à prendre au plus vite des mesures pour protéger Djayadratha et pour vaincre Ardjouna. Drona ne demande pas mieux que de redoubler d'énergie, tout vieux qu'il est; mais il prie le roi de partager ce labeur avec lui. Drona a promis solennellement de faire Youddhishthira prisonnier, et il tiendra son serment; mais il faut que, de son côté, Douryodhana se charge d'arrêter les efforts d'Ardjouna. Douryodhana, tout brave qu'il est, trouve l'entreprise fort difficile. Il soumet donc quelques réflexions à son vénérable généralissime; mais Drona le rassure, en lui donnant une cuirasse d'or, qui doit le mettre à l'abri de tous les coups. Douryodhana doute encore de son succès; et, pour calmer toutes ses appréhensions, il faut que Drona lui raconte l'histoire de celte merveilleuse cuirasse, qui jadis a été offerte par Brahma lui-même à Indra, lorsqu'il alla combattre et terrasser l'indomptable Vritra l. D'Indra, cette armure superbe est passée à Angiras, d'Angiras à Vrihaspati, son fils, de Vrihaspati à Agnivécya, qui l'a léguée à Drona. La cuirasse est mise à Douryodhana par Drona, qui prononce en même temps une incantation puissante; et le roi desKourous, reprenant enfin confiance, n'hésite plus à marcher contre le redoutable chef des Pandavas, Mais les deux princes ne doivent pas se rencontrer de sitôt sur un cltamp de bataille aussi vaste et aussi confus 2.

Pendant qu'Ardjouna cherche, de son côté, à joindre Djayadratha, il remarque que les chevaux de son char sont criblés de flèches; il met pied à terre, et il prie Krishna d'enlever à ses coursiers les dards qui leur ont fait de profondes blessures. Krishna les a bientôt guéris; mais les chevaux harassés de fatigue ont besoin de boire. Il n'y a point d'eau dans toute la plaine, et ils ne peuvent se désaltérer; mais ce n'est pas là une difficulté pour Ardjouna, qui est doué du don de faire des pro

Parnàçà. En mère tendre et prudente, Parnàçà demande à Varouna que son fils soit invulnérable. Varouna donne à l'enfant une massue qui doit le rendre invincible. Seulement il faudra toujours frapper avec cette massue; et il ne faudra jamais la lancer comme projectile à la tête de personne. Le malbeureux Çroutàyousli oublie cette recommandation et lance la massue contre Ardjouna, qui n'en est pas même ébranlé. Mais l'arme fatale revient sur Çroutàyoush, qui l'avait irrégulièrement décochée, le tue, et rentre aussitôt en terre, où elle se cache, çloka 331 5. — 1 Mahâbhârata, Dronaparva, rluk.cs 34i2-348o. — ' Ibid. çlokas 3510-3647. Tous ces combats sont excessivement confus, et il est souvent très difficile de s'y reconnaître.

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diges. Il lui suffit de toucher la terre avec sa flèche pour qu'à l'instant même il se forme un lac immense, où les chevaux vont aussitôt se baigner et se rafraîchir '. Le poète se plaît à décrire ici ce beau lac, qui remplit en effet toutes les conditions d'une pièce d'eau magnifique. Il est couvert de cygnes, de canards et d'oiseaux aquatiques de toute espèce; les lotus partout répandus ornent sa surface; ses eaux limpides et transparentes sont pleines de poissons et de tortues. Bien plus: les bords de ce lac charmant sont habités comme le sont ordinairement les lacs les plus renommés de l'Inde. De saints rishis peuplent ses rives, et le grand anachorète Nârada quitte tout exprès son séjour bienheureux pour venir l'admirer. Mais Ardjouna fait un prodige plus complet encore. Pour que Krishna puisse panser plus à l'aise ses chevaux blessés, il construit sur-le-champ une vaste salle, où ils sont à l'abri contre tontes les atteintes de l'ennemi; cette salle est fournie d'armes de tout genre. Les coursiers sont bientôt guéris sous la main d'un dieu; et les deux héros, les deux Krishnas, retournent au combat avec une ardeur nouvelle2; ils se dirigent vers les lieux où ils croient trouver Djayadratha.

Déjà ils vont l'atteindre, transportés de fureur, et ils vont le tuer, quand le roi Douryodhana se jette de sa personne à leur rencontre, et les arrête l'un et l'autre avec un courage qui fait l'admiration des deux armées. On n'eût jamais supposé que Douryodhana osât à lui seul affronter les Krishnas réunis; son audace est d'autant plus méritoire, qu'il connaît la valeur de ses adversaires et qu'il est lui-même rempli de terreur. Mais il se fie à la cuirasse divine que Drona, le généralissime, lui a donnée, et il sait que, tant qu'il en sera couvert, il est protégé contre tous les traits et contre toutes les blessures. En effet, Krishna et Ardjouna, qui décochent des centaines de flèches, sont stupéfaits de les voir tomber à terre, rebondissant sur la cuirasse impénétrable3. Ils se communiquent mutuellement leur surprise; et Ardjouna apprend au dieu, qui devrait cependant le savoir mieux que lui, que la mirasse est enchantée. Ardjouna essaye de charmer ses propres flèches et de leur donner une puissance surnaturelle; mais ce nouvel effort est aussi vain que les autres, et, ne pouvant abattre Douryodhana luimême, il se rejette sur son char et les deux cochers qui le conduisent. Il les terrasse et brise le char en mille pièces. Douryodhana, contraint de mettre pied à terre, est serré de très-près; mais les guerriers les plus

'Mahâbhârala, Dronaparva, çloka 37a 1. — ' Ibid. çlokas 37^ 1 el suiv. — ' Ibid. çlokas 3847 el su'v

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