Abbildungen der Seite
PDF
EPUB

its, enlever les dépôts de fruits qu'il avait is pendant la journée et qu'il faisait vendre la halle à Paris aussi publiquement que

eût eu un jardin à lui. Ce misérable que comblais de bienfaits, dont Thérèse habil. t les enfants et dont je nourrissais presque père, qui était mendiant, nous dévalisait ssi aisément qu'effrontement, aucun des is n'étant assez vigilant pour y mettre dre; et dans une seule nuit, il parvint à Jer ma cave, où je ne trouvai rien le lenmain. Tant qu'il ne parut s'adresser qu'à oi, j'endurai tout; mais, voulant rendre ompte du fruit, j'en dénonçai le voleur. Maame d'Epinay me pria dě le payer, de le Hettre dehors et d'en chercher un autre; ce ue je fis. Comme ce grand coquin rôdait utes les nuits autour de l'Ermitage, armé 'un gros bâton ferre qui avait l'air d'une nassue, et suivi d'autres vauriens de son espèce, pour rassurer les gouverneuses que cet homme effrayait terriblement, je fis coucher son successeur toutes les nuits à l'Ermitage; et, cela ne les tranquillisant pas encore, je fis demander à madame d'Epinay un fusil que je tins dans la chambre du jardinier, avec charge à lui de ne s'en servir qu'au besoin, si l'on tentait de forcer la porte ou d'escalader le jardin, et de ne tirer qu'à poudre, uniquement pour effrayer les voleurs. C'était assurément la moindre précaution que pût prendre, pour la sûreté commune, un homme incommodé, ayant à passer l'hiver an milieu des bois, seul avec deux fem

s. Enfin, je fis l'acquisition d'un
pour servir de sentinelle. Deleyre
2 voir dans ce temps-là, je lui

et ris avec lui de mon appa.
e retour à Paris, il en voulut
à son tour; et voilà comme

[graphic]
[ocr errors]

cher, quittant le chemin qui tournait, voulut traverser en droiture, du moulin de Clairvaux à l'Ermitage : son carrosse s'embourba dans le fond du vallon; elle voulut descendre et faire le reste du trajet à pied. Sa mignonne chaussure fut bientôt percée; elle enfonçait dans la crotte; ses gens eurent toutes les peines du monde à la dégager, et enfin elle arriva à l'Ermitage en bottes, et perçant l'air d'éclats de rire, auxquels je mêlai lės miens en la voyant arriver. Il fallut changer de tout; Thérèse y. pourvut, et je l'engageai d'oublier la dignité pour faire une collation rustique, dont elle se trouva fort bien. Il était tard, elle resta peu; mais l'entrevue fut si gaie qu'elle y prit goût et parut disposée à revenir. Elle n'exécuta pourtant ce projet que l'année suivante ; mais, hélas ! ce retard ne me garantit de rien.

Je passai l'automne à une occupation dont on ne se douterait pas, à la garde du fruit de M. d'Epinay. L'Ermitage était le réservoir des eaux du parc de la Chevrette : il y avait un jardin clos de murs et garni d'espaliers et d'autres arbres, qui donnaient plus de fruits à M. d'Epinay que son potager de la Chevrette, quoiqu'on lui en volât les trois quarts. Pour n'être pas un hôte absolument inutile, je me chargeai de la direction du jardin et de l'inspection du jardinier. Tout alla bien jusqu'au temps des fruits; mais à mesure qu'ils mûrissaient, je les voyais disparaître, sans savoir ce qu'ils étaient devenus. Le jardinier m'assura que c'étaient les loirs qui mageaient tout. Je fis la guerre aux loirs, j'en détruisis beaucoup, et le fruit n'en disparaissait pas moins. Je guettai si bien, qu'enfin je trouvai que le jardinier lui-même était le grand loir. Il logeait à Montmorency, d'où il venait les nuits, avec sa femme et ses en

fants, enlever les dépôts de fruits qu'il avait faits pendant la journée et qu'il faisait vendre à la halle à Paris aussi publiquement que s'il eût eu un jardin à lui. Ce miserable que je comblais de bienfaits, dont Thérèse habil. lait les enfants et dont je nourrissais presque le père, qui était mendiant, nous dévalisait aussi aisément qu'effrontement, aucun des trois n'étant assez vigilant pour y mettre ordre ; et dans une seule nuit, il parvint à vider ma cave, où je ne trouvai rien le lendemain. Tant qu'il ne parut s'adresser qu'à moi, j'endurai tout; mais, voulant rendre compte du fruit, j'en dénoncai le voleur. Madame d'Epinay me pria de le payer, de le mettre dehors et d'en chercher un autre; ce que je fis. Comme ce grand coquin rôdait toutes les nuits autour de l'Ermitage, armé d'un gros bâton ferré qui avait l'air d'une massue, et suivi d'autres vauriens de son espèce, pour rassurer les gouverneuses que cet homme effrayait terriblement, je fis coucher son successeur toutes les nuits à l'Ermitage; et, cela ne les tranquillisant pas encore, je fis demander à madame d'Epinay un fusil que je tins dans la chambre du jardinier, avec charge à lui de ne s'en servir qu'au besoin, si l'on tentait de forcer la porte ou d'escalader le jardin, et de ne tirer qu'à poudre, uniquement pour effrayer les voleurs. C'était assurément la moindre précaution que pût prendre, pour la sûreté commune, un homme incommodé, ayant à passer l'hiver au milieu des bois, seul avec deux femmes timides. Enfin, je fis l'acquisition d'un petit chien pour servir de sentinelle. Deleyre m'étant venu voir dans ce temps-là, je lui contai mon cas, et ris avec lui de mon appareil militaire. De retour à Paris, il en voulut amuser Diderot à son tour; et voilà comment la coterie holbachique apprit que je voulais tout le bon passer l'hiver à l'Ermitage. Cette constance, qu'ils n'avaient pu se figurer, les désorienta; et, en attendant qu'ils imaginassent quelque autre tracasserie pour me rendre mon séjour déplaisant, ils me détachérent, par Diderot, le même Deleyre, qui, d'abord ayant trouvé mes précautions toutes simples, finit par les trouver inconséquentes à mes principes, et pis que ridicules, dans des lettres où il m'accablait de plaisanteries amères et assez piquantes pour m'offenser, si mon humeur eût été tournée de ce côté-là. Mais alors, saturé de sentiments affectueux et tendres, et n'étant susceptible d'aucun autre, je ne voyais dans ses aigres sarcasmes que le mot pour rire, et ne le trouvais que folâtre où tout autre l'eût trouvé extravagant.

À force de vigilance et de soins, je parvins à garder si bien le jardin, que, quoique la récolte du fruit eût presque manqué cette année, le produit fut triple de celui des années précédentes ; et il est vrai que je ne m'épargnai point pour le préserver, jusqu'à escorter les envois que je faisais à la Chevrette et à Epinay, jusqu'à porter des paniers moi-même; et je me souviens que nous en portâmes un si lourd, la tante et moi, que, prêts à succomber sous le faix, nous fùmes contraints de nous reposer de dix en dix pas, et n'arrivâmes

que

tout en nage. (1757.) Quand la mauvaise saison commença de me renfermer au logis, je voulus reprendre mes occupations casanières; il ne me fut pas possible. Je ne voyais partout que les deux charmantes amies, que leur ami, leurs entours, le pays qu'elles habitaient, qu'objets créés ou embellis pour elles par mon imagination. Je n'étais plus un moment à moi

roman,

même, le délire ne me quittait plus. Après beaucoup d'efforts inutiles pour écarter de moi toutes ces fictions, je fus enfin tout à fait séduit par elles, et je ne m'occupai plus qu'à tâcher d'y mettre quelque ordre et quelque suite pour en faire une espèce de

Mon grand embarras était la honte de me démentir, ainsi moi-même si nettement et si hautement. Après les principes sévères que je venais d'établir avec tant de fracas, après les maximes austères que j'avais si' fortement prêchées, après tant d'invectives mordantes contre les livres efféminés qui respiraient l'amour et la mollesse, pouvait-on rien imaginer de plus inattendu, de plus choquant, que de me voir tout d'un coup m'inscrire'de ma propre main parmi les auteurs de ces livres que j'avais si dureinent censurés ? Je sentais cette inconséquence dans toute sa force, je me la reprochais, j'en rougissais, je m'en dépitais; mais tout cela ne put suffire pour me ramener à la raison. Subjugué complétement, il fallut me soumettre à tout risque, et me résoudre à braver le qu'en dira-t-on, sauf à délibérer dans la suite si je me résoudrais à montrer mon ouvrage ou non : car je ne supposais pas encore que j'en vinsse à le publier.

Ce parti pris, je me jette à plein collier dans mes rêveries ; et à force de les tourner et retourner dans ma tête, j'en forme enfin l'espèce de plan dont on a vu l'exécution. C'était assurément le meilleur parti qui se pût tirer de mes folies : l'amour du bien, qui n'est jamais sorti de mon cour, les tourna

des objets utiles, et dont la morale eût pu faire son profit. Mes tableaux voluptueux auraient perdu toutes leurs grâces, si le doux coloris de l'innocence y eût manqué. Une fille

« ZurückWeiter »