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Sur deuat‘ inscriptions himyaritiques, l'une d’Abidn et l’autre de Hisn Ghordb.

I

« En me communiquant l'inscription himyaritique que j'ai eu l'honneur de placer il y a quelque temps en original sous les yeux de l’Académie, M. Bonnetty m'avait dit que M. Gauldraud, le chirurgien de la marine impériale auquel il était redevable de la possession de ce précieux monument, lui avait montré dans le temps les copies recueilies par lui-même de plusieurs inscriptions analogues. Grâceà l'obligeance du savant directeur des Annales de philosophie chrétienne, j’ai pu entrer en relations directes avec M. Gauldraud. Il m'a remis un petit cahier contenant les copies de six textes épigraphiques qui subsistaient en 4844, date de son voyage, dans les ruines d‘Abiàn, village situé tout auprès d‘Aden, où sont des vestiges de monuments importants et d'où proviennent quelques-unes des inscrip— tions maintenant conservées au Musée Britannique.

J'étudie avec une sérieuse attention ces copies et j’ai déjà bon espoir d’arriver au déchiffrement de toutes les incriptions qu’elles contiennent. Mais aujourd'hui mon attention se borneà soumettre à. l’illustre Compagnie qui veut bien m'admettre à cet honneur le texte et un essai de traduction de la seule de ces inscriptions que je sois encore parvenu à comprendre en entier, la seule, du reste, dont la copie me paraisse dépourvue de toute faute. Bien que très-courte, elle me paraît d'un véritable intérêt philo— logique par son contexte.

Suivant une note de M. Gauldraud, elle était gravée sur un piédestal en marbre, renversé, qu’accompagnaient les débris d’une statue.

En voici le texte:

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l.’inscription appartient, on le voit, à ce type paléo raphique allongé qui est celui de la plupart des tables de bronze du Mus e Britannique et dont j'espère arriver à. déterminer l’époque au moyen d'un des monuments relevés par M. Gauldraud. Les mots sont séparés, suivant l'habitude, par un trait vertical, et le texte se transcrit:

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une: p _nraiv
ünD un

Passons à. l'analyse.

Dtfittfl (le premier mot est un nom propre qui se lit aussi dans la. 4re ligne de la table de bronze du Musée Britannique figurée sous le n°46 de la planche X de la publication anglaise et dans la planche XXlV du mémoire de M. Osiander. Ainsi que l'a. reconnu celui-ci, c'est, avec la ter—

minaison nasale exprimée par un D à la fin de la plupart des noms propres himyaritiques fournis par les inscriptions, l’arabe Ô{)« celer. Le Kamoûs

mentionne un poète nommé Sari, fils de A’mrau, qui était natif de l’Yé— men. ' . Vient après le mot bien connu ‘a, « fils », suivi d’un autre nom propre viril, 173W. Celui-ci se rencontre trois fois sur les tables du Musée Britan— nique (pl. Vll, n° 8,pl.Vlll, n° 42 et pl. IX, n° 44 de la publication officielle anglaise ; pl.Xl, X11 et VI du Mémoire de M. Osiander). Un Schammir, fils d’Alamlouk, figuredans la liste des rois de l’Yémen de la dynastie cahtanide çlaussm ne Pnncnvxn, Histoire des Arabes, t. I, p. 55), et un Schammir

érâ.sch dans celle de la dynastie himyarite (CAUSSIN DE Psncnvxn, t. I, p. 80). Le guerrier ghassanite qui tua Moundhir, roi de Bîrah, s’appelait aussi Schammir, fils de Amr (Cwssm un PEBCEVAL, t. II, p. 444). Enfin, le Kamoûs parle d'un mont Schammir situé dans l’Yémen.

un. Voici’ évidemment le verbe de la phrase, celui dont le premier nom propre est le sujet. C'est un mot qui ne s'est pas encore rencontré dans les inscriptions himyaritiques. Mais il faut nous souvenir ici de l‘observation deM. Osiander (Zeitschr. der deutsch.morgml., t. X, p. 37), qui a reconnu que, dans les racines trilitères que l’hébreu et les idiomes congénères terminent par n ou ar a, cette finale se changeait presque constamment en 1 dans l’ancienne angue de l’Yémen. Exemples: un (Fresnel, n° M), hébreu: .1371, mort. —- 7P’tU-(Fresuel, n° H), hébreu: .‘tpttJ, potauit. —

t:p(passim), hébreu: m‘p, possedit. -— un (Fresnel, n° 45), hébreu:

':‘iJZ, aedificam‘t. — 7'77: Œresnel, n°' 55 et 56), hébreu : æ57‘3, implevit.

Dès lors il devient évident que le un de notre inscription doit être assimilé au radical mu, que l’on croyait jusqu’iei exclusivement propre au phénicien.

On trouve ce verbe au yipht‘l (forme causative particulière au phénicien), mm, dans la deuæz’émc citz‘enne et la quatrième athém‘cmze, au hiphz‘l, NJ‘L’JI“, dans la st’æz’éme athénienne, s’appliquant dans ces trois exemples à celui qui a fait faire le tombeau, pour le mort, qui l’a fait élever, qui l’a dédié. Le texte grec de la sùm‘ème athém‘mnc, qui est, comme on le sait, bilingue, rend le hiphil mm par &‘Jt—ËB‘qxâ‘l. n11: se rencontre au kal dans la première ligne de l'inscription n° 90 du recueil de celles que M. Davis a rapportées de Carthage au Musée Britannique, et on en aper— coit les vestiges au commencement de la célèbre inscription de Marseille ;

ans l’un et Feutre cas, il a trait à l’établissement des taxes sur les sacrifices par l’autorité des suil'ètes. Ce sens d'établir convient parfaitement à notre texte himyaritique et nous croyons devoir nous y arrêter.

Le régime du verbe vient ensuite ; c'est ‘51112, que l’on trouve déjà, désignant l'objet dédié, dans une inscription provenant de Mareb et con-— servée au Musée Britannique (planche XVII, n° 34 de lav publication anglaise -, pl. XXX du Mémoire de M. Osiander). M. Osiander (Zettscfir. der deutsch. moment. Gesellsch., t. XIX, p. ‘273) l'a assimilé dans ce texte a

l'arabe ou «image, statue a, et cette signification est confir—

mée ici par la circonstance que notre inscription était ravée sur un pié

destal de statue, auprès duquel on voyait encore les d bris de la figure. Je propose donc de traduire:

K Sari, fils de Schammîi‘, a établi la statue. »

Il ne s‘agit évidemment pas ici d'une image de divinité, ni d’une dédicace religieuse. Le terme constamment employé dans ce cas par les inscriptions de1’Yémen est upn ou upw, suivi le plus souvent du nom de

la divinité à laquelle est faite l'ofl‘rande. C'est ainsi qu'on lit dans l'inscription de Mareb qui fournit un autre exemple du mot « statue » : upn

‘5ñn m:{v‘Î, « il a. dédié à Dhou-Samawî (le Seigneur des cieux) la sta

tue. » L'emploi du verbe me me parait indiquer que c'était quelque image de particulier que Sari, fils de Schammir, avait élevée dans un but de reconnaissance ou d'honneur. L'usage des statues—portraits, si développé chez les Grecs, existait donc dans la civilisation indigène de l'Yémen.

L'adjonction d'un nouveau radical en peu que nous savons encore de la langue des Himyarites n'est pas un résultat à. dédaigner dans l'état actuel de nos connaissances. Mais il devient encore plus intéressant par le fait que ce radical dans tous les autres idiomes sémitiques, ne se retrouve qu'en phénicien. béjà les beaux travaux de M. MUNK sur l'inscription de Marseille et sur l‘épitaphe d'Eschmounazar avaient établi qu’en partie du moins les rares mots que le phénicien possède et qui manquent à l'hébreu se retrouvent dans le ghcz. L'exemple que nous relevons ici est un nouvel indice que le langage des fils de Chanaan, bien que devenu presque identique à celui des Hébreux, conservait encore quelques vestiges de leur patrie première sur les bords de la mer Erythrée.

II

Le second monument épigraphique au sujet duquel je veux au,‘purd’hui soumettre à l’Académie quelques observations est un texte très-court, en trois lignes seulement, relevé par Wellsted sur les rochers de H15!)Ghoràb, non loin d’Aden, à la frontière de I'Hadhramaut et de I’Yémen

roprement dit. On sait que cette localité, qui parait correspondre à 'empom’um Cana des géographes classiques, conserve les ruines d'une vaste forteresse de l'époque himyarite, dans lesquelles on lit la plus longue des inscriptions dans l'idiome indigène de l’Arabie méridionale qui soit parvenue jusqu'à nous, inscription quel‘on ne peut expliquer encore que partiellement, mais qui conttent des données historiques de la plus haute importance sur la résistance des Yamanites à la domination des Abyssine dans les années qui précédèrent immédiatement Mahomet. C'est avec cette longue inscription qu'a été publiée celle dont je m'occupe aujourd'hui, dans le voyage de Wellsted et dans la planche XXXII de l'année 4834 du journal de la Société Asiatique de Calcutta. Wellsted l'accompagne de la note suivante pour en indiquer la provenance : F0und on a small detached rock on the summt‘t of the hill. Il ajoute dans son texte une observation dont nous devons tenir soigneusement note, c'est que les lettres sont à demi rongées par l'air marin et que le tracé de quelquesunes est un peu douteux. ,

Voici, du reste, comment le savant officier du Palfinurus donne ce texte

1 ' 1HlZlr>ltén

IlÏIÂ “Ê”!
‘ŒftJ2Œr‘r

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N

Le premier mot n’cst pas douteux. C’est le propre Mart’ad, si commun dans l'ancien Yémen, écrit, comme dans tous les autres textes himyaritiques où on l'a jusqu'à présent rencontré, avec la terminaison nasale rendue par un la, n'rñ1n. Le second mot, d'après la copie de Wellsted,

devrait se lire '72; mais on ne saurait trouver à une semblable expres

sion aucun sens raisonnable. Au contraire, le contexte appelle si naturellement ici, entre deux noms propres, le mot 1:, « fils, » qu'il me paraît

bien difficile de ne pas rejeter de l'inscription le ‘7, qui du reste excède la ligne, et de ne pas le considérer comme une de ces lettres isolées comme on en voit quelques—unes au-dessous de notre texte dans la copie de Wellsted, vestiges fugitifs d'autres proscynèmes entièrement détruits par le temps. Le mot qui suit est en effet bien positivement un nom propre; il offre la terminaison nasale et se transcrit D3HN. Cette forme n'est pas absolument impossible; elle signifierait urgens, de la racine via, urst‘t. Mais il ne faut pas oublier que les figures du a; et du v dans l'himyaritiqne sont extrêmement voisines et très-faciles à con

fondre pour un copiste inexpérimenté. Aussi n'est-il pas plus naturel de reconna1tre 1er, en apportant une correction fort legère au point de vue

matériel à la copie de Wellsted, le nom LJ9l, donum, sous»entendu

Der‘, également fréquent chez les Yamanites et chez les Arabes Ismaéliens, que plusieurs inscriptions ont déjà offert, précisément sous la forme nana? '

La dernière ligne est la plus intéressante, car c'est celle qui contient autre chose que des noms propres. Par une circonstance très-heureuse, si dans les deux lignes précédentes nous avons pu avoir quelques doutes sur l'exactitude de la copie de Wellsted, ici tout nous indique que nous pouvons l'accepter sans recourir à aucun essai de correction, en restituant seulement une dernière lettre qui manque évidemment à la fin.

Le premier mot de cette troisième ligne se transcrit sans hésitation pos

sible ‘tutti. C'est l'arabe JL..., scripsz‘t, que l'hébreu ne nous offre que

sous la forme du participe ‘mW, scribe. Cette racine a, du reste, été déjà reconnue ici par M. Rœdiger (Versuch ùber dz‘e Himgam’tz‘schen Schm‘/t. monumente, p. 3l), à qui une imparfaite connaissance de l'alphabet himyaritique, fixé d'une manière définitive seulement par les travaux de Fresnel, n'a. pas permis de se rendre un compte exact du sens général de l'inscription. . ,

Vient enfin me. Il est bien évident qu'il faut restituer 1.‘n:tw, c’està-dire mu, nomen, hébreu I:JttJ, arabe roi et ,.—n éthiopien t"l æ;

avec le suffixe de la troisième personne du masculin, qui est constamment

‘m dans l'himyaritique. Et même une restitution n'est peut-être pas

nécessaire. En effet, la copie de Wellsted offre un peu plus bas un 1 isolé,

suivi du trait vertical indicatif de la fin des mots. Rien n'empêche d'ad

mettre que ce 1 final soit la dernière lettrede l’inscription que quelque

crevasse, quelque accident du rocher aura forcé à rejeter à cette place. Je propose donc de lire :

1m:iw 115117 aime p :nÏw: « Mart’ad, fils d’Aus, a écrit son nom. » Nous aurions ainsi dans ce texte un exemple de ces inscriptions laissées par les voyageurs sur les rochers ou sur les monuments en souvenir de leur passage, et dont l'épigraphie grecque et latine nous ofl‘re tant de spécimens. C'est une catégorie nouvelle à ouvrir dans l'épigraphie himya» ritique, et peut-être quelques autres parmi les inscriptions actuellement connues devront venir s'y joindre.

En outre, cette inscription nous fournit deux mots nouveaux, et je

crois certains, le verbe nuit] et le substantif min, à. joindre au lexique encore si pauvre de la langue himyarite. Le verbe 113117 se retrouve, du reste, encore dans trois passages des inscriptions himyaritiques. Il salit À la ligne six de la grande inscription de Hisn—Gborâb : 11:17:‘! '‘‘t 1Ta'lfi,

Scripsemnt huncce titulum; je me sers ici du latin pour traduire le mot TîJ’nfi, qui dans les inscriptions du Musée Britannique provenant de

Amrén désigne constamment la table votive et dont on ignore l'étymo— logie précise (voy. ce qu'en ont dit M. Osiander et M. le docteur A. Lévy, Zeitschr. des deutsch. morgenl. Gesellsch., t. XIX, p. 464 et suiv.), ne pouvant se rendre exactement que par le titulus de la langue latine; ce n'est pas en effet proprement l’ « inscription n, ni « la table dédiée dans le temple » (die Taie], die man in Tempel auigestellt oder angehel‘tet habe), puisqu'à Hisn-Ghoràb le texte est gravé sur un rocher. Les deux autres exemples se tirent d’un membre de phrase appartenant à une longue formule dédicatoire reproduite dans les n°' 55 et 56 de la publication de Fresnel, copiés dans les ruines du temple d’Almakah

(aujourd'hui le Haram-Bilkis) a Mareb : puis v‘uz~ . .. ‘a: ou ‘1.... 5:» « tout ce que nous avons écrit».

M. Roussillon lit un fragment de la continuation de son ouvrage intitulé : « Origines, migrations, philologie et monuments antiques. »

Cette lecture donne lieu à de nombreuses objections.

Séance du vendredi 13.

PRÉSIDENCE DE M. on LONGPÉRIER.

Le procès—verbal de la séance précédente est lu et la rédaction en est adoptée.

M. le Président de l’Institut invite I’Académie à désigner un lecteur qui la représentera dans la prochaine séance générale trimestrielle fixée au 2 octobre prochain. — Cette désignation sera mise à l’ordre du jour de la séance prochaine.

M. le Sénateur, surintendant des Beaux-Arts, prie l'Académie de vouloir bien rédiger et lui adresser une inscription destinée à une médaille commémorative du départ de S. M. l’Empercur pour la campagne d'ltalie. — Un modèle en plâtre de cette mé— datlle exécutée ,par M. Bovy est joint à la lettre de M. le surin

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