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ambassade marseillaise, le Sénat désigna, pour le remplacer, P. Junius Brutus, qui commandait alors en Etrurie en qualité de propréteur, et celui-ci se håta de partir pour l'Espagne ultérieure (1); mais il ne put y arriver avant la fin de l'année.

» Cependant Paul-Emile avait réparé les pertes de son armée. Désirant prendre så revanche sur les Lusitaniens avant de quitter la province, il leur livra bataille quelque temps avant l'arrivée de son successeur, prius aliquanto quam successor veniret, dit Tite-Live (2), et les battit complétement : il leur tua dix-huit mille hommes, leur fit deux mille trois cents prisonniers, et se rendit maître de leur camp.

» Nul doute qu'après cette victoire Paul-Emile n'ait été proclamé imperator par son armée; ce qui le prouve d'ailleurs, c'est que le Sénat, en ayant été informé, ordonna des supplications : Supplicationes deinde fuerunt ex senatusconsulto, quod L. Aemilius in Hispania prospere rem publicam gessisset (3).

« Ces supplicationes furent ordonnées, suivant Tite-Live, après le triomphe de L. Aemilius Regillus, qui fut célébré le jour des calendes de février. Cela nous permet de fixer à la fin de l'an 565, ou dans les premiers jours de 566, l'époque de la victoire remportée par Paul-Emile ; et notre inscription, qui est d'une date postérieure à cette victoire, puisqu'il y prend déjà le titre d'imperator, est du XII des kalendes de février de cette dernière année, ou, suivant notre calendrier, du 24 janvier 188 av. J.-C. C'est, parmi les inscriptions latines sur bronze de quelque importance, la plus ancienne qui soit parvenue jusqu'à nous, le sénatusconsulte sur les Bacchanales étant de l'an 568 de Rome, 186 avant notre ère.

» Les Hastensium servi, qui in Turri Lascutana habitabant, étaient, suivant moi, une population assujettie aux Hastenses, une sorte d’ilotes, qui ayant rendu quelque service à Paul-Emile, dans sa campagne contre les Lusitaniens, en reçurent, comme

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récompense, la liberté d'abord, puis la propriété de la ville et des terres qu'ils occupaient, cette propriété toutefois, sauf ratification du peuple et du Sénat. »

Après quelques observations échangées entre M. RENIER et divers membres de l'Académie, M. DE LONGPÉRIER lit une note sur la même inscription.

ANALYSE.

« Lorsque M. Ladislas Lazeski présenta à l'Académie la table de bronze, sur laquelle se trouve consignée la décision de Lucius Æmilius touchant les Hastensium servi, j'ai fait remarquer que le nom de localité Turris Lascutana se rapportait à des monuments numismatiques.

Il s'agit de monnaies qui sont publiées depuis fort longtemps, mais dont, par suite d'une singulière préoccupation, les numismatistes semblaient ne pas vouloir reconnaitre les légendes, telles cependant qu'ils les donnent dans leurs gravures.

En 1773, Florez, dans son troisième volume des Medallas de España, en fit dessiner une qui représente, comme les monnaies de Gadès, une tête d'Hercule et, au revers, un modius contenant des épis de blé. Il divise la légende LASCV, et l'explique par LAStigi Civitas Victrix.

En 1775, Gusseme, dans son Diccionario numismatico general (t. III, p. 274), place la même pièce à Cadix, en compagnie de plusieurs autres variétés dont une porte, suivant lui, la légende LASCVs.

Le chanoine don Juan Lozano attribue ces monnaies à Ascoy, localité située dans les montagnes de Murcie (Diss. IV de la Bastitania, etc., & XIII, p. 48).

En 1818, Sestini, publiant son traité intitulé Descrizione delle medaglie Ispane, décrivit treize variétés de monnaies sur plusieurs desquelles il crut lire ASCVI. En conséquence, il les rangé sous la rubrique Ascui ou Ascuta, et il explique la forme de la légende donnée par Florez, en supposant que LASCVI peut représenter le nom Ascui, précédé de l'article el qu'il croit phénicien. El-Ascui serait, suivant lui, le nom de la ville ue Pline et Plo

lémée nomment Escua (1). Il est presque inutile de faire remarquer que l'article phénicien est 17 et non pas el.

Mais selon ces auteurs, Escua était située dans la province de Cordoue, et le type des monnaies se rapporte à une contrée plus méridionale, comme celle de Gadès ou de Sex.

M. Mionnet, en 1819, dans le premier volume du supplément de la Description des médailles antiques, reproduit les descriptions de Sestini, auxquelles il ajoute celle d'une monnaie offrant la tête d'Auguste, avec la légende ASCVTA AVG, et il attribue toutes ces pièces à Ascua vel Ascuta de la Tarragonaise.

En 1846, M. John Yonge Akerman, dans ses Ancient coins of greek cities and princes (p. 20 et 42), classe à la ville d'Ascui ou Ascuta de la Bétique toutes les monnaies décrites par Sestini et Mionnet; bien qu'il lise sur l'une d'elles la légende LASCVT. Mais il donne de nouveau la description de cette dernière variété à l'article de Lastigi, sans avertir le lecteur de ce double emploi d'un même monument.

En 1850, M. de Werlhof, dans son Handbuch der griechischen Numismatik (p. 106); place à la Bétique les monnaies d'Ascui ou Ascuta, lieu inconnu, ajoute-t-il, peut-être l'antique Escua de Ptolémée.

M. Anat. de Barthélemy, dans son Manuel de numismatique ancienne (1851), enregistre sous le titre d'Ascui ou Ascuta de la Bétique les légendes ASCV, ASCVI, ASCVTA, sans tenir compte de la variété plus complète fournie par Florez.

En 1847, le Dr Judas, étudiant les légendes en caractères phéniciens que portent au revers quelques-unes des pièces qui viennent d'être citées, et y lisant 7100, avait cru pouvoir proposer l'attribution de ces monnaies à la ville de Tipasa en Afrique. Mais son opinion, tout-à-fait indépendante des travaux de ses prédécesseurs qu'il ne connaissait pas, n'a été, comme on le voit, adoptée par aucun numismatiste : elle paraît être passée inaperçue.

(1) On n'aperçoit d'ailleurs pas de motifs pour altérer le nom d'Escua, mot national qui existe aujourd'hui encore dans la langue basque avec le sens de main.

En 1851, M. Gaillard, rédigeant à Madrid le catalogue de la collection de don Jose Garcia de la Torre, fait figurer Ascui ou Ascuta parmi les villes de la Bétique; mais il ajoute cette note:

« Bien que ces monnaies se trouvent ordinairement dans le » midi de l'Espagne, ce n'est que pour me conformer à l'usage » que je les classe à la Bétique ; car il est impossible, après en » avoir examiné l'ensemble, et surtout le style, de douter qu'elles » n'aient été frappées en Afrique. » (P. 6, n° 81.)

Cependant, en 1852, M. Daniel Lorichs, ministre de Suède à Madrid, imprimant ses Recherches numismatiques concernant principalement les médailles celtibériennes, fit graver avec un grand soin plusieurs médailles (pl. VIII, no 1-5), sur lesquelles on lit LASCVT. Mais il ne se préoccupe pas de leur classification exacte, et se contente d'interpréter, suivant son système habituel, la légende phénicienne, qu'il croit celtibérienne, par ces mots latins II. OF. C., secunda officina Citerioris (p. 217). Je n'entreprendrai pas d'examiner ici la méthode toute particulière adoptée par l'auteur. Elle n'a pas trouvé d'adeptes. Après la mort de M. Lorichs, don Antonio Delgado, chargé de rédiger le catalogue de la riche collection laissée par cet amateur d'antiquités, décrivit (1857, p. 19, nos 343 et suiv.) quatre médailles de bronze, sous le titre LASCVT (Conventus Gaditanus). Aucune note n'accompagne la mention des types, et l'on voit que M. Delgado n'a pas même essayé de compléter le nom de la ville en combinant les légendes qu'il avait sous les yeux avec celle que Mionnet nous a transmise ; ASCVTA AVG. (inscrite près d'une tête d’Auguste; Suppl., t. I, p. 55, n° 308).

C'est seulement en 4863 que M. Zobel de Zangroniz, jeune archéologue espagnol qui s'est fait connaître par plusieurs bonnes dissertations, a, dans un mémoire, imprimé dans la Zeitschrift der deutschen morgenländischen Gesellschaft (Leipzig, XVII. vol.), repris les descriptions de monnaies bilingues qu'il attribue à Lascuta, et il identifie cette localité avec celle que Pline nomme Liscula, ou, suivant un manuscrit de Leyden, dit-il, Lascula.

Nous ferons remarquer que dans la plupart des éditions de Pline le nom de la ville à laquelle M. Zobel fait allusion d'une ANNÉE 1867.

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manière si sommaire est écrit Lacibi, forme qui s'appuie sur le Adxıbls de Ptolémée (Geogr. II, iv, 11).

Mais M. Sillig, dans son édition de Pline, fournit les variantes Lascula, tirée du manuscrit Riccardi, un des meilleurs, au dire du docteur ROULIN, Laseula, du manuscrit de Leyden, Liscula, du manuscrit de Paris, no 6797. 'La plus ancienne édition (Venise, 1469), consultée obligeamment par notre confrère M. QUICHERAT, porte Lasculasa guntia, c'est-à-dire Lascula Saguntia.

Ùn voit que cette version, identique à celle du manuscrit Riccardi, ne diffère de la légende monétaire que par le changement du T en L ; que celle du manuscrit de Leyden (inexactement citée par M. Zobel) revient au même, si l'on admet qu'un copiste a pris un C pour un E.

La table de bronze tranche toute espèce de difficulté. L'ethnique Lascutana est formé de Lascuta, comme Romanus de Roma, Albanus d'Alba, Africanus d'Africa, etc.

La T'urris Lascutana est une localité, comme la Turris Regina de la Bétique qui nous est connue par de précieuses monnaies, portant la légende TVRI RIIGINA (Florez, Med. de España, pl. LXVIII, no 10; -- Akerman, Ancient coins, p. 119; – Delgado, Cat. Lorichs, p. 28, n° 505; Zobel, Zeitschr. der deutsch, morg. Gesellsch.) (1). D'un autre côté, le style des monuments numismatiques que nous invoquons ici montre que lascuta et Turris Lascutana étaient situées très-près de Gades, et par conséquent d'Hasta, qui, suivant l'itinéraire d'Antonin et les itinéraires gravés sur les vases d'argent de Vicarello (Aquæ Apollinares), existait à seize milles de Gadès. La table de bronze découverte dans les montagnes de Gibraltar, du côté de la Jimena, à 6 kilomètres de Alcala de las Gaveles, est donc bien un monument de la Bétique, se rapportant à des localités dont le site était fort rapproché de celui de Gadès.

Il demeure aussi constant qu'il faut introduire le nom de Lascuta dans le texte de Pline, au point où quelques manuscrits portent la variante Lascula ou Lascula, trop négligée par les édi

(9) On trouve aussi dans Ptolémée, parmi les localités de la Lusitanie, Tlúpyou leukol (Géogr. II, v, 6).

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