Abbildungen der Seite
PDF

M. Müller s’est laissé souvent entraîner par des apparences spécieuses sans s’être astreint à examiner les conditions dans les— quelles des marques de ce genre avaient pu être placées sur la monnaie royale. Les symboles de villes ne peuvent y figurer que comme indices des ateliers d’émission et les monogrammes doivent être dans la grande majorité des cas ceux des magistrats préposés à la surveillance de la fabrication. M. WADDINGTON repousse absolument le système, mis en avant par M. Fr. Lenormant et M. Müller, d’allianccs monétaires établies entre deux villes indiquées sur les monnaies d’Alexandre. Ce système ferait suppo— ser que dans les Etats d’un prince toute monnaie à son nom ne circulait pas partout, quel que fût l’atelier d’où elle sortit. Une semblable hypothèse est inadmissible; autant vaudrait supposer qu’on pourrait à Lyon refuser les pièces de cinq francs frappées à Paris si elles ne portaient pas la lettre indicatrice de la monnaie de Lyon en même temps que celle de la monnaie de Paris.

M. Bruni appuie les observations de M. WADDINGTON.

M. Lenormant répond qu’il est peut—être difficile d'assimiler absolument la numismatique d’Alexandre à celle d’un autre roi. L’objection qui dans d’autrcs cas serait sans réplique ne lui parait pas ici également décisive. Une grande partie, sinon la majorité, des monnaies aux types et au nom d’Alexandre ont été frappées après sa mort, quelquefois plus d’un siècle après, et dans des cités qui_n’ont jamais été soumisesà son sceptre. Ce ne sont donc pas proprement des monnaies royales, mais des imitations de la monnaie du conquérant macédonien, motivées par la faveur que celleci trouvait sur les marchés. Dès lors, bien que portant un nom royal, elles ont été émises dans les conditions des autonomes, et la présence de deux noms de cités en alliance n’y est pas plus sur— prenante que sur celles-ci ; elle doit s’expliquer de la même manière.

M. Wxnnmcron reconnaît que beaucoup de tétradrachmcs au nom d’Alexandre ont été frappés après sa mort et doivent être assimilés aux monnaies autonomes des villes; mais, pour d’autres monnaies royales, celles des Ptolémécs, par exemple, il est im

possible d'accorder aux monogrammes d’autre valeur que celle de marque d’atelier ou de signature du monnayeur; car la monarchie égyptienne était parfaitement centralisée et les villes de l’Egypte n'avaient jamais connu l’autonomie à la façon des Grecs. Au surplus, M. WADDINGTON n'admet pas non plus l’explication de MM. Lenormant et Müller pour les pièces purement autonomes qui portent à la fois le nom de deux villes.ll ne pense pas que l’on puisse accepter l’hypothése d’ap‘rès laquelle l’un de ces noms se‘ rait celui de la ville dans laquelle la monnaie a été frappée et l’autre celui de la ville où elle devait circuler. Les anciens ne pre— naient pas de précautions de ce genre. Les alliances monétaires dans l'antiquité n'avaient d’autre but que le monnayage à frais communs, dans les mêmes conditions de poids et de titre, et le partage des bénéfices qui pouvaient‘ résulter de l’opération. On voit par les inscriptions contenant des inventaires des trésors des temples que les espèces d’or et d’argent monnayées dans les diverses parties du monde hellénique circulaient partout simultanément sans qu’on eût besoin de recourir à des moyens aussi compliqués que ces doubles marques de villes. Une inscription d’Athènes a trait aux sommes de numéraire qui furent emportées au départ de la fameuse expédition de Sicile. On y voit figurer des monnaies de tous pays, entre autres des statères de Cyzique et de Lampsaque, que l’on ne devait pas beaucoup connaître en Sicile à cette époque.

M. Lenormant oppose les inscriptions qui prouvent combien le change était élevé d’une ville sur l’autre ‘dans le monde grec. Dans l’hypothèse que M. Müller et lui ont proposée simultanément au sujet des alliances monétaires, la présence de deux noms de villes sur la même pièce serait le résultat d’une convention ayant pour objet de faire admettre la monnaie de l'une au pair sur le marché de l’autre.

M. Wxnmncron répond que le change est une pure question de commerce qui ne saurait avoir de rapports avec l'émission de la monnaie et avec les marques qu'elle porte.

M. DE Loucmänxrn trouve bien insuffisantes et bien douteuses les explications jusqu’à présent proposées au sujet des alliances monétaires. Il y a là un fait dont la véritable interprétation n’a peut-être pas encore été donnée, mais qui en lui-même paraît certain. Les doubles indications de villes sur des monnaies royales ne sont pas particulières à la numismatique d’Alexandre; on en trouve sur les monnaies de Philippe Arrhidée, de Lysimaque et des Ptolémées. Mais on ne peut pas encore en expliquer la cause d’une manière satisfaisante plus que celle qui fait que, dans le monnayage fédéral très—antique des cités de l’ltalie méridionale, tandis que ce monnayage s’étendait à un grand nombre de villes, on trouve quelquefois deux noms de ville sur la» même pièce et jamais plus de deux. Le même fait s'observe dans le monnayage fédéral de la Lycie avec le type de la rose. On y trouve, sur ces pièces d’argent, quelquefois deux noms de villes ensemble, jamais plus (4).

M. Wxnnmoron fait remarquer que, quant aux véritables pièces fédérales de la Lycie, celles qui portent la légende A1‘ ou AYKIQN, on ne trouve les noms réunis de deux villes que sur la monnaie de cuivre, et non sur la monnaie d’argent. Ces monnaies de cuivre portant les noms de deux villes se rattachent probablement à l’organisation des o’uymokna’iou ou GU}L’IIOÂLTEU6}LEVOL ôñy.ot, qu’on rencontre dans les inscriptions de la Lycie.

M. Lenormant rappelle qu’à défaut de l’exemple des monnaies de la Lycie, les monnaies de la première confédération thessalienne au type de la fleur d’ellébore, savamment étudiées par Duchalais, en ofi’riraient un autre, exactement semblable à celui de l’Italie méridionale. Cette confédération, nous le savons par un passage d’Aristote, comprenait toutes les cités de la Thessalie; mais, sur les monnaies, leurs noms sont constamment groupés deux a deux.

M. Encan demande pourquoi l'on n’expliquerait pas tout simplement l’union des noms ou des symboles de deux villes sur une même monnaie par ce que certains monuments appellent l’ôpu5

(4) Voy. Reu.numz‘sm.,4840, p. 405, 454 ; 4843, p. 333 ; 4853, p. 94; 4859, p. 424 . -— Num. chron., t. x, p, 80; nouv. sér. t..1n, 40. —- W. Koner, Beitr. zur Münzk. Lyciens, 4854. — J. Leicester Warren, An essay on greek federal minage, 4863, p. 35 et suivi

vaux entre ces deux villes, c’est-à—dire par un lien spécial d’union politique, sociale et civile. Dans l'intérieur d’une confédération certaines villes avaient souvent avec d'autres de ces pactes spéciaux plus étroits et plus intimes encore que le lien général de la confédération. Les ôp6vomt de ce genre entre villes se sontproduites même sous la domination des empereurs romains ; les monuments numismatiques sont là pour l’attester; il a donc pu en exister sous l’autorité d’Alexandre, de _Lysimaque ou des Ptolémées.

M. Lenormant croit pouvoir remarquer que, dans le débat qui est soulevé, il y a deux questions bien distinctes, le fait même des alliances monétaires, c’est-à—dire la présence des symboles ou des monogrammes de deux villes sur une même monnaie d’Alexandre, de Lysimaque ou des Ptolémées, et les explications que l’on tente d’en donner. Les explications sont encore bien douteuses, mais, abstraction faite de ces explications, le fait en lui-même lui parait difl’icile à contester. Revenant à la question posée d’abord par M. WADDINGTON, il rappelle que deux hypothèses principales ont été émises pour expliquer les doubles marques de ville, celle qu’il a soutenue lui-même d’accord avec M. Müller, que la seconde marque étaitdestinée à faciliter la circulation de la pièce sans agio et sans différence de change sur une place déterminée; celle qui considère la double marque comme révélant entre deux villes une convention pour émettre la monnaie d’un commun accord et avec un partage de bénéfices en vue d’un commerce à l’étranger. C’est une convention de ce genre pour émettre de ces statères d'or à bas titre dont se compose en grande partieà une certaine époque la circulation de l’Asie Mineure que révèle entre Phocée et Mytilène une inscription encore inédite, découverte par M. Newton et communiquée par lui à la Société Royale de Littérature de Londres. Dans la première hypothèse, la présence de la marque des Euxinophylaques sur certaines monnaies d’Alexandre paraît à M. Lenormant se justifier naturellement. Dans la seconde, il croit que l’on s’expliquerait sans trop de peine comment les diverses cités inté— ressées au commerce du Pont-Euxin et confédérées pour la garde des détroits auraient placé sur la monnaie qu’elles frappaient spécialement pour payer aux Scythes de la Russie méridionale

[graphic]

actuelle le blé qu'elles leur achetaient, comme une garantie de plus, la marque des magistrats qui se trouvaient avoir une surveillance toute spéciale sur ce commerce.

M. WADDINGTON admettrait difficilement qu'on ait frappé dans l’antiquité des monnaies destinées spécialement à un commerce particulier; quand un négociant athénien avait à solder une acquisition dans le Pont-Euxin, où les statères de Cyziq‘ue étaient reçus avec faveur, il s'adressait aux changeurs et leur achetait des statères, mais jamais les Athéniens n’ont songé à imiter les monnaies de Cyzique. On possède très—peu de données positives et certaines sur les conditions de l’émission et de la fabrication des monnaies dans le monde grec, ainsi que sur les magistrats qui y présidaient. Le fragment de la convention entre Phocée et Mytilène, signalé par MrLenormant, se rapporte uniquement au mode de jugement et aux pénalités applicables aux personnes chargées de la fabrication des monnaies d'or. Il serait très—dangereux de se guider en pareille matière sur l’analogie avec les usages modernes. Dans le monde hellénique l’inscription du nom sur la monnaie n'était'pas, comme chez nous, un honneur réservé au magistrat suprême; elle constituait une_responsabilité très- grave (responsabilité de la tête d'après l'inscription de Mytilène) qui pesait sur des magistrats spéciaux et d’un ordre inférieur. Pour en revenir au cas spécial qui a motivé la discussion, il comprend que, dans les données des principes généraux qu'il a rappelés, certains magistrats financiers, ayant principalement a faire de grands payements, auraient pu être obligés à mettre leur marque sur la monnaie, comme indication d'une responsabilité retombant sur eux pour la valeur de celle qu’ils mettaient dans la circulation. Mais, d'après l’inscription même qui révèle leur existence, les Euxinophylaques, comme les Hellespontopbylaques, étaient avant tout des magistrats percepteurs; au lieu de faire des payements, ils encaissaient des recettes. La présence de leur marque sur les monnaies ne se justifierait donc pas, ni ne s’expliquerait.

M. Brou’: confirme par l’exemple de la numismatique d’Athènes ce que vient de dire M. Wannmerou sur le caractère des magis— trats préposés chez les Grecs à la fabrication de la monnaie. Il fait

« ZurückWeiter »