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lettre au monogramme lui-même, il semble impossible de ne pas lire le mot AVGVSTI, qualification souveraine qu'un monarque seul a pu prendre et même un monarque très-puissant. Le génitif, il est vrai, soulève ici une objection assez grave. Faut-il y voir un exemple de plus de ces infractions à la grammaire dont les Goths ne se faisaient pas faute ? Celle-ci cependant serait bien forte.

Notons encore que la croix qui précède ici le monogramme a tout-à-fait la même forme que celles qui accompagnaient les fameuses couronnes de Guarrazar. Tout semble donc concourir à prouver l'origine wisigothique du mors de la real Armeria. La richesse particulière de l'ornementation permet en outre d'affirmer qu'il n'a pu appartenir qu'à un haut personnage, et, quoi que en dise le catalogue de l'Armeria, les monogrammes cités plus haut rendent au moins très probable que ce personnage a été Wittiza lui-même, hypothèse encore corroborée par cette circonstance particulière que le niors a été trouvé précisément dans la contrée où les traditions les plus anciennes veulent que Wittiza ait livré sa dernière bataille à son compétiteur. – On peut s'étonner seulement que les auteurs du catalogue de Madrid aient fait périr Wittiza dans cette rencontre, quand tout le monde sait qu'étant tombé vivant entre les mains de son compétiteur, celui-ci le jeta en prison après lui avoir fait crever les yeux en représailles du même acte de cruauté exercé sur son père par Wittiza lui-même. Mais là où l'homme ne mourut pas, le cheval put très-bien être tué, et il n'y aurait rien que de naturel à ce qu'une des pièces de son harnais se fût retrouvée plus tard surle lieu du combat. Toutes les probabilités semblent donc être en faveur de l'hypothèse qui attribue le mors en question au cheval de Wittiza lui-même. Mais en fût-il autrement, que la seule origine wisigothique de cet objet suffirait pour lui donner un intérêt exceptionnel. C'est à ce titre surtout que M. DE LASTEYRIE a cru devoir en soumettre le dessin à l'examen de l'Académie.

M. DE LONGPÉRIER invite M. DE LASTEYRIE à bien vérifier, avant de donner une forme plus arrêtée à son intéressante communication, si les textes et les monuments permettraient de croire que le titre d’Augustus ait pu être porté par un roi goth. « Les barbares de

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l'invasion, ajoute-t-il, s'emparaient des terres, des richesses, dų pouvoir; dépouillaient l’Empire et les Empereurs de toutes les manières, mais ils n'ont pas osé prendre le titre d'Auguste. Sur les monnaies de Wittiza on ne lit d'autre titre que REX; et, si, dans le second monogramme décrit par M. DE LASTEYRIE, on doit bien positivement reconnaître le titre Augustus, appliqué à Wittiza, il y aurait là une nouveauté tellement singulière qu'elle mériterait un commentaire tout spécial.

M. DE LASTBYRIE, tout en pensant qu'on trouverait peut-être quelques exceptions à cette règle, reconnait néanmoins la valeur de l'objection de son savant confrère. La forme du mot au génitif constitue d'ailleurs une autre difficulté d'interprétation qu'il a lui-même signalée. Mais alors il demande quel sens on pourrait donner à ce monogramme dont les éléments ne paraissent guère douteux.

M. LABOULAYE pense qu'en réunissant les deux monogrammes, on pourrait peut-être y trouver la formule VITA AVGVSTI.

Mais M. DE LONGPÉRIER objecte que, pour que cette formule fût régulière, il faudrait VITA AVGVSTO, ce dernier mot, non point au génitif, mais au datif. L'explication du monogramme est donc encore à chercher.

M. DĖ Rougé annonce une trouvaille qui n'est pas sans importance, et sur la voie de laquelle il a été mis, dit-il, par l'obligeance de M. Lenormant. Il s'agit, suivant l'expression même de M. DE Rougé, d'un chiffon de papyrus provenant de la collection de M. Raifé et appartenant aujourd'hui à celle de M. Gosset. A la suite d'une opération exécutée sur l'offre du possesseur et sous la direction de M. DE LONGPÉRIER, il s'est trouvé que ce lambeau renferme, selon toute apparence, un nouveau fragment du poëme de Pentaour, relatif aux campagnes de Ramsès II, contenu dans le papyrus Sallier. Ce serait une page et plus du même manuscrit précédant la première de celles qui sont actuellement conservées à Londres. Elle comble des lacunes importantes dans les documents hiéroglyphiques, surtout ceux de Louqsor et de Karnak.

Sont présentés à l'Académie les ouvrages suivants :

1° Etudes historiques et archéologiques sur le département de Tarn-etGaronne, par Devals aîné, etc. (Caen, 1866, in-8°) (1).

2° Au nom de M. DE WITTE, Notice sur Celestino Cavedoni, de son vivant correspondant de l'Académie et l'un des plus estimés pour son vaste savoir archéologique.

3o Au nom de M. de Caumont, correspondant, Abécédaire ou Rudiment d'archéologie : Architecture religieuse (5° édition, Caen, 1867), 4 fort vol. in-8°, accompagné de l'Almanach de l'archéologue français, par les membres de la Société française d'archéologie, 3e année, 1 vol. in-16.

4° De la part de M. Germain, doyen de la faculté des lettres de Montpellier, autre correspondant de l'Académie, « Etudes archéologiques sur Montpellier « (1 fascic. in-4°, 1866. Extr. des Mémoires de la Société archéologique de cette ville)

5° Au nom de M. Bréal, professeur de grammaire comparée au College de France, « De la forme et de la fonction des mots, leçon faite pour la réouverture de son cours » (Paris, 1866, in-8°).

Essai sur la chronologie du cartulaire de Brioude, etc., par M. Alex. Bruel, archiviste-paléographe (Paris, 1866, in-8°).

7° Journal asiatique : n° d'octobre-novembre 4866.

Séance du vendredi 18.

PRÉSIDENCE DE M. DE LONGPÉRIER.

Par une lettre du 5 janvier, M. Le Brethon, archiviste-paléographe, sorti de l'École des chartes en 1860, et depuis attaché au bureau des travaux historiques de la ville de Paris, renouvelle, à l'occasion de la démission de M. Meyer, la demande déjà formée par lui, l'an dernier, pour la place vacante d'auxiliaire attaché aux travaux de l'Académie.

M. Emile Travers, par une lettre du 9, se met sur les rangs

(1) Cet ouvrage, destiné à l'un des concours annuels, comme l'indique l'envoi de six exemplaires, étant arrivé après l'expiration du délai, est renvoyé à l'un des concours de 4868, parmi lesquels l'auteur sera prié de faire son choix,

pour la même place, en invoquant ses diplômes de licencié en droit et d'archiviste-paléographe obtenus en janvier 1862 et janvier 1866.

Renvoi de ces deux lettres à la Commission des travaux littéraires qui avisera suivant les formes établies.

M. le Secrétaire perpétuel donne lecture de son rapport sur les travaux des Commissions de publication de l'Académie pendant le 2e semestre de l'année 1866.

« MESSIEURS,

» Ce second semestre de l'année qui vient de s'écouler, s'il n'a pas tenu toutes les promesses du premier, à beaucoup près, en a tenu du moins une partie. Il m'a été donné de déposer sur votre bureau le tome III des Historiens occidentaux, faisant partie de la grande collection des Historiens des croisades, que vous avez courageusement entreprise il y a trente ans. Ce volume in-folio considérable, dont les éditeurs sont nos confrères, MM. H. WALLON et Ad. REGNJER, est le premier qui commence à donner, après Guillaume de Tyr et ses continuateurs, formant une vaste et authentique introduction à l'histoire générale des croisades, les historiens de chacune d'elles en particulier. Il se compose de l'histoire de Tudebode ou Tuebeuf, avec quelques chroniques abrégées ou imitées de la sienne, qui en sont comme les annexes; puis de celles de Raimond d’Agiles, de Foucher de Chartres avec ses abrégés; de Raoul de Caen, de Robert le Moine, suivies de quelques épîtres contemporaines. Les éditeurs, dans une préface étendue, en français, ont savamment disserté sur ces vieux auteurs de la première croisade, et les textes originaux, accompagnés d'un choix de variantes et de notes d'une louable sobriété, sont suivis d'un index général en latin, rapprochant, dans toutes les parties de ce grand ensemble, les choses, les lieux et les personnes. Un plan de Jérusalem au temps des croisades, tiré d'un des manuscrits et reproduit en chromolithographie, est joint à ce volume, dont l'exécution matérielle, sous tous les rapports, fait honneur aux presses de l'Imprimerie impériale. Ce n'est pas son moindre mérite que d'avoir été achevé, par un concours d'efforts soutenus, dans la période déterminée par nos règlements. J'ajoute que déjà le plan d'un nouveau volume, le quatrième de cette grande division du Recueil général, a pu être adopté par votre Commission des travaux littéraires, et que les éditeurs annoncent l'envoi à l'imprimerie de la copie de ce volume.

Il n'en est pas de même, je regrette d'avoir à le dire encore une fois, de cette grande division qui doit comprendre, parallèlement à la précédente, les Historiens orientaux des croisades. Faute d'un plan arrêté dès l'origine pour l'ensemble et pour les parties, nous sommes toujours dans l'attente du tome ser des auteurs arabes de cette section. Malgré l'impression enfin terminée, depuis plusieurs années, du texte et de la traduction de ce volume, les accessoires, et surtout l'introduction sans cesse remaniée ou même transformée, retarderont longtemps encore peut-être la publication. Il faut en dire autant, dans une moindre mesure, du tome ler

des Historiens arméniens, car l'éditeur nous fait espérer de voir livrer à l'impression les compléments dans le cours du semestre actuel.

En attendant, votre Commission des travaux littéraires tâche de réparer, pour le tome II des Historiens arabes, interrompu depuis longues années déjà par la mort de M. QUATREMÈRE, l'inconvénient de ce défaut d'un plan concerté et arrêté d'avance, au moins dans les grandes lignes. Ce plan, elle vous le soumettra bientôt pour le second volume et pour la suite, et elle vous proposera du même coup un nouvel éditeur choisi dans votre sein, qui s'est chargé de le préparer.

Grâce à la marche adoptée depuis la reprise des Historiens grecs des croisades, cette section du Recueil continue de suivre son cours avec une régularité satisfaisante. M. Miller a conduit l'impression du volume, divisé en deux parties, qui comprendra la totalité, jusqu'à la cent-quatrième feuille tirée ou bonne à tirer, et la copie ne fait pas défaut. Notre confrère, M. ALEXANDRE, reprendra bientôt la part qui lui est dévolue dans la tâche commune.

Je passe à celles de vos publications qui ont pour objet notre histoire nationale proprement dite. Votre grand Recueil des Historiens des Gaules et de la France est toujours un modèle pour les autres. Les deux éditeurs, MM. de WAILLY et DELISLE, après avoir achevé le tome XXII° qui vous fut présenté il n'y a pas deux ans, se sont remis à l'æuvre aussitôt. Le 14 septembre dernier, ils faisaient adopter le plan détaillé du XXIII, envoyaient une première livraison de copie, et ce nouveau volume est aujourd'hui sous presse, comptant déjà douze feuilles imprimées. C'est le commencement de la célèbre chronique de Primat sur le règne de saint Louis, traduite par J. de Vigpay, et dont nous devons la découverte à M. Paul Meyer, qui, sous la salutaire discipline de ses maîtres, succédait naguère au si regrettable Teulet, comme auxiliaire de leurs travaux, et que viennent de nous enlever les Archives de l'Empire. Puisse-t-il y trouver la compensation de ce qu'il perd auprès de nous !

Quant au Recueil, toujours en préparation, des Chartes et diplômes, non imprimés, dont la direction est confiée à M. L. Delisle, la collection des copies des chartes antérieures à l'an 1180 s'est accrue de 680 pièces nouvelles : 150 que M. Siméon Luce a recueillies dans divers dépôts de la Gironde et des Pyrénées-Orientales; 212 que le même et zélé auxiliaire a transcrites dans la première partie du cartulaire de Lérins; 318 que M. Paul de Fleury à extraites des différents fonds des archives de la. Haute-Marne.

L'impression du tome VII et dernier de la Table des diplômes et actes imprimés, qu'il sera donné à notre confrère M. LABOULAYE d'achever, nous en avons la confiance, a repris une activité nécessaire. Si quatorze feuilles seulement sont tirées, six sont en composition, et quatorze feuilles de copie viennent d'être transmises à l'imprimerie.

Quant au Gallia Christiana, dont le tome XVI se poursuit sous vos auspices, par les soins de M. HAURÉAU, je rappelle que le second fascicule de ce tome, contenant la fin du diocèse de Grenoble et les diocèses de Valence et de Genève, vous a été présenté récemment. La copie du troisième fascicule est, en partie, livrée à l'impression et s'imprime. Ce nouveau fascicule, l'avant-dernier du volume, comprendra les évêchés de Die et de Viviers, ainsi qu'une partie de l'évêché de Saint-Jean de Maurienne.

Le même et énergique éditeur, fidèle en tout aux exemples de M. VICTOR LE CLERC, m'a remis les trente-trois premières feuilles tirées du tome XXV de l'Histoire littéraire de la France, et j'ai pu envoyer chez MM. Didot les

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